1608 – Antonio Manuel Nsaku ne Vunda, premier ambassadeur du Royaume du Kongo au Vatican

Il y a 400 ans, le 6 janvier 1608 mourait à Rome le premier ambassadeur africain au Vatican. Il s’appelait Antonio Manuel Nsaku ne Vunda, et venait du Royaume du Kongo représenter le Mani Kongo auprès du pape.

Pour mémoire, en 1482, le Royaume du Kongo est déjà puissamment établi. Il s’agit, disent les historiens, d’un Etat centralisé dirigé par un souverain résidant dans sa capitale (Mbanza- Kongo ou San Salvador).

Et même si ses frontières sont jugées « fluctuantes », le noyau du Royaume (Nzita-Nza) est relativement stable, composé de six provinces (Soyo, Mpangu, Mpemba, MBata, Mbamba et Nsundi), noms subissant des variations suivant qu’ils sont écrits par des portugais, des anglais ou bien qu’ils sont transcrits à partir de la manière de prononcer de nos ancêtres.

Emanuele Ne Vunda Sala dei Corazzieri Palazzo Ducale

Les missionnaires catholiques débarquent dans la région en 1490. Et l’année suivante,  Nzinga Nkuwu le roi du Kongo, est baptisé sous les noms de Ndo Nzuawu. Or, le « tuteur portugais » s’orientera bien vite vers des intérêts plus prosaïques comme le commerce des esclaves, de l’or et de l’ivoire. Les missionnaires en général versent dans le commerce et la politique.

Une ambassade pour Rome est tout de même envisagée par les Portugais après l’érection du diocèse du Congo le 20 mai 1596. Mais la mise en œuvre de la décision est sujette à des atermoiements de ceux qui ne voulaient pas d’une souveraineté du royaume. De sorte que l’idée ne revient sur le tapis qu’après la mort du premier évêque (portugais) de San-Salvador (10 mai 1602).

Suivant les recommandations du nouveau roi du Portugal Alvare II, outre la prestation d’obédience au pape, l’ambassadeur de Kongo au Vatican devait négocier la désignation d’un nouvel Evêque à Mbanza-Kongo et « d’autres questions importantes » (4).  Rendant compte de cette mission dans un article du quotidien italien La Repubblica célébrant le 400è anniversaire de l’ambassadeur kongo au Vatican, l’historien Pietro Veronese précise que figurait également dans les missions du diplomate du Kongo, la demande d’un appui du pape pour mettre fin à la traite des Noirs.

Mais après la mort de Alvare II, son successeur décide d’« africaniser » en 1604 un projet qui répondait d’ailleurs aux vœux pressants du pape (Clément VIII – 1592-1605). Celui-ci réclamait l’envoi à Rome d’un premier ambassadeur africain au Vatican dans l’absolu, fils de la terre kongo. Ce sera donc « Dom » Antonio Manuel Nsaku ne Vunda.

La Sainte Congrégation des Rites décida que l’audience solennelle, au cours de laquelle se ferait la prestation du serment d’obédience et la présentation des lettres de créances, aurait lieu dans la “ Sala Regia ”, comme c’était l’usage – et comme c’est toujours l’usage aujourd’hui encore au Vatican – pour les audiences accordées aux rois ou à leurs représentants. Vainement l’Espagne protestera les fastes qui se préparaient, alléguant que le Kongo n’était pas un royaume indépendant mais tributaire de la Couronne d’Espagne.

L’entrée solennelle – ordinairement un cortège splendide – devait se faire le jour de l’Epiphanie (06 janvier 1608). Et pour marquer tout l’éclat qu’il entendait donner à l’événement, le pape décida la frappe d’une médaille spéciale pour honorer l’ambassadeur après la cérémonie.

Vatican Salle Pauline. Une fresque de Giovanni Battista Ricci représente le Pape au chevet d’Antonio Manuel Nsaku ne Vunda

C’est dans cette atmosphère que Dom Antonio Manuel Nsaku ne Vunda, ambassadeur plénipotentiaire du Royaume du Kongo au Vatican, arrive à Rome le 3 janvier 1608, mais il est tombé malade au cours de son voyage. Le pape Paul V multiplie les attentions à son endroit et lui rend visite en personne. Mais le 6 janvier 1608, jour de la fête catholique de l’épiphanie, l’ambassadeur Antonio Manuel Nsaku ne Vunda meurt dans la sérénité, causant un grand émoi au Vatican. Signe de l’affliction du pape, Paul V demande qu’on enterre ce digne fils d’Afrique dans la basilique Sainte-Marie-Majeure dont la cour d’Espagne était la protectrice.

Aujourd’hui encore on peut visiter dans cette basilique, située non loin de la Gare centrale Termini de Rome, le buste de l’ambassadeur kongo réalisé par l’artiste Francisco Caporale. Et un mausolée dessiné par le Bernin rappelle  la mission et la mort de l’ambassadeur dans le baptistaire de la basilique Sainte-Marie-Majeure. Et, « à quelques pas, dans la chapelle Borghese de la même Basilique Sainte-Marie-Majeure, nous trouvons encore, renseigne Bontinck, un texte qui se rapporte à l’ambassade d’Antoine Emmanuel, alias Dom Antonio Manuel Nsaku ne Vunda. Sur le tombeau grandiose de Paul V un bas-relief représente la réception d’une ambassade persane par le Pape en 1609, mais dans l’inscription, on fait aussi allusion à une ambassade congolaise … et japonaise ».

Lusala Nkuka, (Jésuite, Doctorand en Missiologie – Université Grégorienne de Rome) et Benda Bika

In culturecongolaise.com