1776 – Histoire de Loango, Kakongo et autres Royaumes d’Afrique – par l’abbé Proyart.

 

L’auteur : Liévin-Bonaventure Proyart

Biographie

Né le 13 février 1743, à Douchy-lès-Ayette, village du canton actuel de Croisilles, à 14 kilomètres d’Arras1, Liévin-Bonaventure Proyart  étudie au collège de Saint-Quentin puis au séminaire de Saint-Louis à Paris, il embrasse l’état ecclésiastique et se consacre à l’enseignement, devenant sous-principal du collège Louis-le-Grand, délégué aux boursiers d’Arras, où il a pour élève Maximilien de Robespierre. De là, il passe au collège du Puy-en-Velay en qualité de principal.

Rappelé dans le diocèse d’Arras par l’évêque, Mgr de Conzié, il émigre à la Révolution, passant en Belgique puis en Allemagne. Résidant chez le prince de HohenloheBartenstein, en Franconie, il en devient le conseiller ecclésiastique.

De retour en France sous le Consulat, après la promulgation du Concordat, il se retire à Saint-Germain-en-Laye, où il achève un ouvrage intitulé : Louis XVI et ses vertus aux prises avec la perversité de son siècle, publié en 1808, dans lequel il exprime son attachement pour Louis XVI et la famille des Bourbons et son horreur de la Révolution et de la philosophie. L’ouvrage est interdit et son auteur emprisonné à Bicêtre. Il y demeure peu de temps, avant d’être conduit à Arras, où il meurt, à son arrivée, le 23 mars 18082,3,4,1.

En rédigeant la biographie du Dauphin, fils de Louis XV, et celle de Stanislas Leszczynski, il voulut administrer la preuve de la vérité de la religion chrétienne et de la supériorité du système monarchique par le tableau des vertus de ces deux princes5.

L’abbé Proyart passe à la postérité avec une étiquette d’écrivain et religieux français catholique, monarchiste, contre-révolutionnaire et antimaçonnique et de biographe de Maximilien de Robespierre.

Œuvres

  • L’Écolier vertueux, ou Vie édifiante de Décalogne, écolier de l’université de Paris, 1772.
  • Le Modèle des jeunes gens, ou Vie de Souzi le Pelletier, 1772.
  • Histoire de Loango, Kakongo et autres royaumes d’Afrique, 1776.

Liévin-Bonaventure Proyart n’a jamais été missionnaire et ne s’est jamais rendu en terre d’Afrique. Il a rédigé cet ouvrage d’après les mémoires des missionnaires Bellegarde et Descourvières en Afrique équatoriale septentrionale, spécialement dans les royaumes de Loango et Kakongo, à l’est du Zaïre, sur la mer (le royaume de Loango fut aboli en 1885). Description précise de la faune, de la flore, des habitants et de leurs mœurs et coutumes, ainsi que de leur histoire et de leurs régimes politiques, et de la langue usitée chez ces peuples. Plusieurs chapitres traitent de l’esclavage, Loango fut en effet une des principales places en Afrique pour l’esclavage, et son principal commerce, les esclaves étaient présentés comme prise de guerre, et la ville commerçait tout particulièrement avec Nantes. La seconde partie de l’ouvrage narre la mission des deux évangélisateurs, plus réellement rédigé par Proyart à partir des mémoires.

On y relève quelques erreurs et exagérations, mais il nous donne aussi de précieux renseignements sur les royaumes côtiers d’alors, la littérature évoquant ces régions avant les explorations coloniales de la fin du XIXème siècle étant particulièrement rare.

L’ouvrage s’ouvre sur une épître à Monsieur,  frère du roi (le futur Louis XVIII), nous en reproduisons les pages scannées par Google. Ces images permettront au lecteur de voir  pourquoi, pour en faciliter la lecture, le  texte a été transcrit en caractères modernes et les mots dont l’orthographe a été changée obéissent à la graphie actuelle.

Consulter la version originale en suivant ce lien.

  • Vie du Dauphin, père de Louis XVI, 1777.
  • De l’Éducation publique et des moyens d’en réaliser la réforme, 1781.
  • Vie du Dauphin, père de Louis XV, 1782.
  • Histoire de Stanislas, roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, 1784.
  • Discours à lire au Conseil, en présence du Roi, par un ministre patriote, sur le projet d’accorder l’État Civil aux Protestants(comprenant les discours de Jacques-Julien Bonnaud, Alexandre Charles Anne Lenfant et Liévin-Bonaventure Proyart), 1787, 312 pages
  • Vie de M. de la Mothe d’Orléans, évêque d’Amiens, 1788.
  • Préservatif pour ma famille contre les dangers du schisme, Paris, Imprimerie de Laurens jeune, 1792, 37 pages
  • Aux citoyens français, assemblées en Convention-nationale a Paris, 1792.
  • Vie de la reine de France, Marie Lesksinska, princesse de Pologne, Bruxelles, Le Charlier, 1794
  • Vie et crimes de Robespierre surnommé le Tyran, depuis sa naissance jusqu’à sa mort(sous le nom de Le Blond de Neuvéglise, colonel d’infanterie légère), Augsbourg, 1795.
  • Louis XVI détrôné avant d’être roi, ou Tableau des causes nécessitantes de la Révolution française et de l’ébranlement de tous les trônes ; faisant partie intégrante d’une Vie de Louis XVI qui suivra, Mannheim, Fontaine, 1800, 531 pages ; Paris, 1803, 492 pages.
  • Louis XVI et ses vertus aux prises avec la perversité de son siècle, 1808.
  • Vie de Madame Louise de France : religieuse carmélite, fille de Louis XV, Rusand, 1808.
  • Œuvres complètes de l’abbé Proyart, Méquignon, 1819.

Notes et références

  1. a et b Abbé Robilaille, « Notice historique sur l’abbé Proyart », Mémoires de l’académie des sciences, lettres et arts d’Arras, Académie des sciences, lettres et arts d’Arras,‎ 1872,  293.
  2. « Œuvres complètes de l’abbé Proyart », L’Ami de la religion, Paris, Adrien Le Clère,  20, no 505,‎ 12 juin 1819, p. 145-149 (lire en ligne [archive]).
  3. Gérard Walter, Maximilien Robespierre, Gallimard, 1989,  19, 21, 25-28, 60, 74-76, 209-210, 215, 620, 629-631, 668 (notes 7 et 8), 679 (note 11), 680 (note 23), 681 (note 29), 682 (note 30), 683 (note 7), 688 (note 43), 708 (note 40) et 753 (note 22).
  4. Charles Dezobry et Théodore Bachelet, Dictionnaire de biographie et d’histoire, de mythologie, de géographie ancienne et moderne comparée, des antiquités et des institutions grecques, romaines, françaises et étrangères, Paris, Delagrave,1876, 3108 p..
  5. Sous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Bernard Hours, « Contre-révolution avant 1789 », éd. Perrin, 2011, p. 199.

 

HISTOIRE DE LOANGO, KAKONGO et AUTRES ROYAUMES D’AFRIQUE[1]

CHAPITRE PREMIER

Idée de l’Ouvrage et sa division

Il est assez surprenant que nos vaisseaux fréquentent habituellement les côtes de Loango, Kakongo et autres Royaumes d’Afrique, que nos négociants même y aient des comptoirs et que nous ignorions absolument ce qui se passe dans l’intérieur de ces Etats et quels sont les peuples qui les habitent. On aborde chez eux : on leur donne des marchandises d’Europe, on charge leurs esclaves et on revient. Personne jusqu’ici n’avait encore pénétré dans le pays en observateur ; personne du moins ne s’y était fixé assez de temps pour qu’on pût compter sur ses observations. On juge ces différents peuples par ceux qui habitent le long des côtes ; et parce que ceux-ci, souvent trompés par les européens, ne se font point scrupule des les tromper à leur tour, on accuse toute la nation de duplicité. Ils vendent des hommes, on les accuse d’inhumanité. Est-il beaucoup plus humain de les acheter que de les vendre ? mais on ne fait point attention que ces hommes qu’ils vendent sont des ennemis pris en guerre et auxquels, souvent ils auraient eu droit d’ôter la vie. On croit que le père vend son fils, le prince ses sujets ; il n’y a que celui qui a vécu parmi eux qui sache qu’il n’est pas même permis au maître de vendre son esclave, s’il est né dans le Royaume, à moins qu’il ne se soit attiré cette peine par certains crimes spécifiés par la loi.

On ne s’en tient point à ces imputations : on prétend que ces peuples sont aussi dissolus dans leurs mœurs que perfides et inhumais dans le commerce de la vie ; et sans qu’ils aient été entendus sur des chefs si graves, on leur fait le procès : les conjectures et les ouï-dire, quelques relations infidèles sont les preuves et les témoins. Ils sont en même temps accusés, jugés, condamnés. Des gens qui n’ont jamais considéré leur pays que du haut de l’Observatoire les excommunient, la carte à la main et déclarent leurs climats déchus de toute espérance à la religion du vrai Dieu. A une sentence si rigoureuse, fondée sur une accusation si frivole, reconnaîtrait-on le siècle qui ne prêche que raison et humanité ?

Ces peuples ont des vices, quel peuple en est exempt ? mais fussent-ils plus méchants et plus vicieux encore, ils n’en auraient que plus de droits à la commisération et aux bons offices de leurs semblables, quand le missionnaire désespérait d’en faire des chrétiens, l’homme devrait encore essayer d’en faire des hommes.

Celui qui ne mérite que les noms de sacrilège et d’impie, en prêchant au chrétien la suffisance de la loi de nature, pourrait s’appeler l’Apôtre de l’humanité, s’il allait en prêcher l’observance au barbare qui s’en écarte. Mais il y a peu d’apparences que le zèle qui porte certains philosophes modernes à parcourir les grandes villes, à voyager de palais en palais, en se donnant en tous lieux pour des patrons de l’humanité, leur persuade jamais de s’arracher à la douceur des climats qui nourrissent leurs docteurs de l’encens de la flatterie, pour aller au-delà des mers annoncer à des hommes pauvres et grossiers qu’ils sont des hommes et leur apprendre à se connaître en connaissant le Dieu qui leur a donné l’être. Cet emploi si digne d’un vrai philosophe, ne fut jamais que celui du philosophe chrétien : tant il est vrai que l’humanité, comme les autres vertus sociales, sont bien plus les vertus de la religion chrétienne que celles de la philosophie du Jour[2]. Ce sont les missionnaires qui, malgré les préjugés si peu favorables aux peuples dont nous parlons, n’ont pas fait difficulté pour aller s’expatrier pour aller se fixer près d’eux ; dans le dessein, sinon de les rendre parfaits, au moins de les rendre meilleurs[3]. Nous ne hasarderons dans cette histoire aucune conjecture : nous n’avancerons rien que d’après ces témoins irréprochables. Comme ils ignoraient la langue du pays, à leur arrivée, ils eurent le loisir d’être observateurs, avant de pouvoir être missionnaires.

On ne doit point s’attendre que nous donnions une histoire bien étendue de peuples qui n’ont pas encore l’usage de l’écriture et qui n’y suppléent par aucune espèce de monument, en sorte que cet ouvrage sera moins le récit de ce qui s’est passé chez eux, que le tableau de ce qui s’y passe aujourd’hui. Je le diviserai en deux parties. Je rapporterai à la première tout ce qui regarde le pays et à la seconde ce qui concerne la mission. Dans l’une on verra quelle est la situation géographique des lieux et la température du climat ; la nature du sol et les productions les plus communes dans les genres végétal et animal : quel est le caractère des peuples, leurs vertus et leurs vices ; leurs alliances, leurs occupations, leur gouvernement et leurs lois, leur commerce et leurs guerres, leur langue, leur religion, La seconde partie fera connaître l’origine et les progrès de la mission ; le peu de confiance que ces peuples ont dans leurs idoles ; leurs dispositions favorables à l’égard de la religion chrétienne ; la facilité qu’il y aurait, après les avoir désabusés de leurs erreurs, d’en faire de parfaits chrétiens. Le lecteur sensible à la gloire de Dieu, verra surtout avec plaisir la relation d’une découverte que viennent de faire les missionnaires d’une colonie de chrétiens au Royaume de Kakongo.

 

CHAPITRE II

De la situation du pays et de la température de l’air

            Les peuples dont nous parlons habitent la côte occidentale de l’Afrique, depuis la ligne équinoxiale jusqu’au fleuve du Zaïre, dont l’embouchure se trouve vers les six degrés de latitude méridionale.

            Cette étendue de pays est divisée en plusieurs Royaumes, dont le plus remarquable est celui de Loango ; il commence au village de Makanda : non pas à un demi degré de l’Equateur comme le rapportent quelques voyageurs, mais vers le quatrième degré cinq minutes de latitude méridionale[4]. Il a vingt lieues de côte et il finit à la rivière de Loango-Louisa qui coule sous le cinquième degré cinq minutes de la même latitude[5]. Bouali, la capitale, que les français appellent communément Loango, est située vers le quatrième degré quarante cinq minutes.[6] Le royaume de Kakongo[7], que les mariniers appellent Malimbe et celui de N’Goio qu’ils nomment Cabinde, sont au sud de Loango. On trouve au nord un royaume de Iomba, que les mariniers et les géographes appellent Ma-ïomba, mais à tort, parce que Ma-ïomba signifie Roi de Iomba, comme Ma-Loango signifie Roi de Loango. A l’orient de Loango sont situés le Royaume de N’Tekaet un autre Royaume de Iomba, que l’on confond quelquefois avec le premier. Au-delà de ces Royaumes en sont d’autres encore, qui nous sont inconnus et où les européens n’ont pas encore pénétré.

Comme ces différents Etats ne sont pas situés à une distance notable de la ligne équinoxiale, les jours et les nuits y sont, à eu de chose près, égaux toute l’année : on y connaît pas le froid. Un physicien, du fond de son cabinet, déciderait que les chaleurs y sont excessives ; mais quand on est sur les lieux, on les trouve supportables et l’on, ne peut s’empêcher de reconnaître et d’admirer cette Providence qui a tout prévu, qui tempère et régit tout avec une merveilleuse économie. L’année dans ces climats, est divisée en deux saisons à peu près égales. La plus agréable et la plus saine commence au mois d’avril et finit au mois d’octobre. Pendant tout ce temps il ne tombe jamais de pluie, mais il se répand toutes les nuits des rosées assez abondantes pour entretenir la végétation des plantes. Le soleil, pendant six mois de sécheresse, échaufferait excessivement la terre, mais le plus souvent le ciel est couvert de vapeurs qui en interceptent les rayons et en modèrent les ardeurs. La saison de la sécheresse n’est point celle des plus grandes chaleurs : l’été se compte depuis le mois d’octobre jusqu’au mois d’avril. Les chaleurs sont alors excessives et seraient insupportables, surtout aux européens, si rien n’en modérait la violence ; mais elles sont accompagnées de pluies abondantes et presque continuelles qui rafraîchissent l’atmosphère ; ce sont toutes des pluies d’orage : il se passe peu de jours sans qu’on entende gronder le tonnerre.[8]

Ces pluies forment en plusieurs endroits des marais dont les exhalaisons corrompent la pureté de l’air. Les naturels du pays n’en sont nullement incommodés ; mais les européens qui ne sont point encore faits au climat, doivent d’éloigner autant qu’ils peuvent des endroits marécageux. Le Royaume de Kakongo, par cette raison, est beaucoup plus sain pour eux que celui de Loango, parce qu’outre que les pluies y sont moins fréquentes, la disposition du pays favorise davantage leur écoulement.

 

CHAPITRE III

Du sol, des eaux et des forêts

            La terre en général est légère et un peu sablonneuse, plus propre au maïs et au millet qu’à aucun des grains que nous cultivons en Europe. Elle est d’ailleurs très fertile : l’herbe y croit naturellement jusqu’à la hauteur de huit à dix pieds ; mais les nègres ne savent pas tirer parti d’un si bon fonds ; ils ne cultivent que superficiellement avec une espèce de petite bêche et c’est dans la saison des pluies. Cette légère culture suffit pourtant pour que la terre leur rende au centuple, 80 souvent beaucoup au-delà, les grains et les plantes qui lui sont confiées. Un seul grain de maïs en produit jusqu’à huit cent et communément il n’en rend pas moins de six cent.

On voit dans le pays beaucoup de montagnes et de très hautes. Elles ne renferment ni pierres ni cailloux ; ce sont des amas de terre parfaitement semblable à celle des campagnes.

Six mois de pluies continuelles n’empêchent pas qu’il ne se trouve de vastes plaines incultes et désertes parce que l’eau y manque. A quelque profondeur qu’on creuse, on ne trouve ni le tuf ni la pierre. C’est une couche d’argile compacte, qui contient l’eau à l’intérieur de la terre : elle manque en certains endroits, d’où il arrive que les écoulements minant peu-à-peu le terrain, préparent souvent de larges et profonds abîmes qui s’ouvrent tout-à-coup pendant la chute des pluies. Les habitants du pays fuient autant qu’ils peuvent le voisinage de ces terres mouvantes, qui restent incultes.

Les nègres ne connaissent point l’usage des puits, ils n’en creusent jamais : ce sont les lacs, les fontaines et les rivières qui leur fournissent l’eau dont ils ont besoin et quelque fois ils vont la puiser fort loin de leur demeure.

Les fleuves et les rivières qui arrosent le pays coulent ; pour la plupart, dans des vallées profondes et sont ombragées par d’épaisses forêts qui conservent à l’eau sa fraîcheur.  le fleuve du Zaïre, qui borne au sud les Royaumes de N’Goio et de Kakongo, coule avec autant d’abondance et de rapidité après les six mois de sécheresse qu’à la fin de la saison pluvieuse. On a observé qu’il en était de même des plus petite rivières et des moindres ruisseaux, dont plusieurs sont exposés le long de leur cours à toute l’ardeur du soleil : ils ne tarissent jamais, ils ne diminuent même pas sensiblement pendant la sécheresse. Ne pourrait-on pas dire, pour expliquer de phénomène, que l’eau de la pluie dont la terre est imprégnée pendant six mois de l’année, ne se décharge que peu-à-peu et pendant un même espace de temps, dans les rivières et dans les réservoirs qui fournissent à leurs sources ?

Des forêts toujours vertes couvrent une grande étendue de pays. Tous les nègres y ont un droit de chasse et peuvent y couper autant de bois qu’ils jugent à propos ; mais ils de contentent de ramasser le bois mort, qui leur suffit pour faire du feu. Quelques unes de ces forêts sont si épaisses, que les chasseurs ne peuvent y pénétrer que par les issues que font les bêtes sauvages pour aller paître la nuit dans les campagnes et se désaltérer aux rivières.

 

CHAPITRE IV

Des plantes, des légumes, et des fruits de la terre

                Les peuples de ces pays, naturellement peu laborieux, s’attachent particulièrement à cultiver les plantes qui produisent le plus avec le moins de travail ;

Manioc[9]

Tel est le manioc. Sa tige est une espèce d’arbrisseau d’un bois tendre et moelleux, qui porte des feuilles assez ressemblantes à celles de la vigne sauvage. Une tige de manioc produit tous les ans dix à douze racines de quinze ou vingt pouces[10] de longueur sur quatre à cinq de diamètre. Le manioc pourrait multiplier par la semence ; mais comme il reprend de bouture, ils en coupent la tige par petits morceaux, qu’ils fichent en terre pendant la saison des pluieset qui produisent la même année. Pour que la même tige produise plusieurs années de suite, il suffit d’épargner, quand on fait la récolte, quelques unes des plus petites racines.

Le manioc est le pain du peuple et un pain assuré que les pauvres ont en abondance ; aussi ne voit-on point de mendiants dans ce pays. Si cependant la pluie ne tombait pas dans la saison ordinaire, comme on assure que cela est parfois arrivé, il s’en suivront une cruelle famine ; parce que ces peuples ne conservent point de provisions d’année à l’autre et qu’ils n’ont aucun moyen de s’en procurer de l’étranger.

On prépare la racine de manioc de plusieurs manières : après l’avoir fait fermenter dans l’eau durant plusieurs jours, on la coupe, suivant la longueur, par tranches qu’on fait griller ; ou bien on en fait une espèce de compote. Les nègres ont pour cela des vases de terre à deux fonds : ils mettent le manioc sur le premier, qui est percé en forme de couloir ; le fond inférieur est plein d’eau : ils ferment le vase hermétiquement et le mettent sur le feu : l’évaporation de l’eau bouillante fait cuire le manioc, qui serait insipide s’il était cuit dans l’eau.

Manioc acide

Il y a une espèce de manioc acide que l’on ne mange qu’après en avoir exprimé le jus et ce jus est un poison. On a observé que le vases de cuivre dans lesquels on apprêtait ce manioc ne prenaient pas le vert de gris, même plusieurs jours après qu’on s’en soit servi pour ce usage. La feuille de Manioc se mange aussi en guise d’épinards.

Pinda [11]

Après le manioc il n’est rien que les nègres cultivent avec plus de soin que la pinda, que nous appelons pistache : c’est une espèce de noisette longue qui renferme deux amandes, sous une gousse assez mince. Ce fruit se sème par sillons : il pousse une tige qui ressemble d’abord à celle du trèfle, mais il en sort ensuite des filaments qui, après avoir rampé quelque temps sur la terre, y entrent par le sommet. La tige pousse alors une petite fleur qui est stérile : c’est au bout des filaments qui sont entrés dans la terre que se trouve le fruit en grandes quantité. Il est fort bon au goût, mais indigeste : on le fait griller avant de le manger. On le broie aussi pour en faire une pâte qui sert d’assaisonnement aux ragoûts. On en exprime encore une huile assez délicate.

Pomme de terre

Il se trouve dans ce pays une pomme de terre toute semblable à celles qu’on cultive dans nos colonies d’Amérique. Les africains l’appellent bala-n’poutou, racine d’Europe ; sans doute parce que les portugais la leur ont apportée d’Amérique. Elle est de meilleure qualité et plus sucrée que nos pommes de terre d’Europe. La tige coupée par morceaux et fichée en terre, reproduit l’espèce.

Igname

L’igname est une racine grosse, informe et toute couverte de nœuds qui renferment autant de germes. Pour la reproduire, on la coupe par petits morceaux qu’on frotte sur la cendre et qu’on laisse exposés pendant un jour à l’ardeur du soleil : on les met ensuite dans la terre : chaque morceau pousse une longue tige que l’on soutient avec un échalas. La racine de l’igname est plus agréable au goût que celle du manioc ; mais les nègres en négligent la culture, parce qu’elle produit peu.

Fèves

Ils plantent dans la saison des pluies quatre ou cinq sortes de petites fèves semblables à nos haricots. Il y en a de plusieurs espèces, dont on peut faire trois récoltes sur la même terre en moins de six mois. Ils ont aussi un pois de terre, dont la tige ressemble à celle de notre fraisier sauvage ; elle traîne par terre comme celle de la pinda et elle y entre par des filaments au bout desquels se trouvent les pois ; ils sont agréables au goût, mais indigestes pour les estomacs européens.

Melons, potirons, concombres

Les melons, les potirons et les concombres ne demandent presque aucun soin. Les épinards et l’oseille croissent dans les champs sans culture.

Pourpier, chiendent

On trouve autour des villages et le long des chemins du pourpier tout semblable au nôtre. Le chiendent n’est pas plus rare que chez-nous et les nègres font aussi usage de la racine pour faire une tisane lorsqu’ils sont malades.

Palma Christi, tabac

Notre palma christi est fort commun dans les campagnes. Le tabac paraît être une des production naturelles du pays[12] ; les nègres jettent la semence au hasard dans leurs cours et leurs jardins, où elle fructifie sans culture. Quelques uns, à l’imitation des européens, prennent le tabac en poudre, mais tous le fument ; et les hommes comme les femmes ont leur pipe de terre glaise.

Les choux, les raves et la plupart de nos légumes d’Europe s’accommodent parfaitement bien du sol ; la chicorée y vient aussi belle qu’en France.

Maïs[13]

On cultive en plusieurs provinces le maïs ou blé de Turquie. Il croit si promptement, que dans l’espace de six à sept mois on en fait jusqu’à trois récoltes sur la même terre[14]. Comme les habitants du pays n’ont pas l’usage des moulins, ils pilent les grains de maïs dans un mortier et les réduisent en farine, dont ils font une pâte qu’ils cuisent sous la cendre. Quelquefois, ils grillent les grains, à-peu-près comme nous grillons notre café et ils les mangent, sans autre préparation.

Millet

Il y a dans le Royaume de Kakongo une espèce de millet dont la tige devient grosse comme le bras : elle porte des épis qui pèsent jusqu’à deux et même trois livres[15]. Cette plante est naturelle au pays ; on la trouve au milieu des campagnes désertes, mais peu de gens la cultivent d’une manière particulière.

 

 

CHAPITRE V

Des arbres et des arbrisseaux

Palmier

Le palmier est de tous les arbres fruitiers celui que les nègres préfèrent pour l’utilité : il s’élève jusqu’à la hauteur de quarante et cinquante pieds[16], sur un tronc de quinze à dix-huit pouces de diamètre. Il ne pousse point de branches, mais seulement un bouquet de feuilles, en forme d’éventail, à sa cime. Ces feuilles, avant d’être développées, forment comme une grosse laitue blanche, tendre et d’un goût sucré et vineux. Le palmier produit son fruit en grappes, dont chaque grain est de la grosseur d’une noix et s’appelle noix de palme ; la chair est jaunâtre. Cette noix peut se manger, mais ordinairement on la fait bouillir dans l’eau ou rôtir sur le charbon ; on la broie ensuite et on en exprime une huile qui sert à assaisonner les ragoûts ou a s’oindre le corps. Chaque noix porte un noyau très dur, qui renferme une amande que les nègres trouvent d’un bon goût.

On tire aussi du palmier une liqueur que les européens appellent le vin de palmier. On fait pour cela une légère incision à l’endroit où le fruit commence à former une tumeur avant d’éclore ; on met dans l’incision une feuille pliée e orme de gouttière ; pour servir de véhicule à la liqueur, qui est reçue dans une cale basse qu’on attache le soir au palmier et qui se trouve pleine le lendemain matin. Cette liqueur fait la boisson ordinaire ses riches ; elle à le goût de notre vin au sortir du pressoir : elle est pectorale et rafraîchissante : on dit qu’enivre quand elle est prise avec excès : elle aigrit au bout de quelques jours. Les naturels du pays ne préfèrent au vin de palmier que l’eau-de-vie qu’on leur porte d’Europe.

Cocotier

Le cocotier ne diffère du palmier que par son fruit : il vient aussi en grappes, mais dont les grains sont de la grosseur d’un petit melon. Ce fruit est revêtu d’une coque très dure et assez solide pour qu’on tire des grains de chapelets dans son épaisseur. Le jus laiteux qui sort en abondance à l’ouverture du coco, est une boisson douce, agréable et bienfaisante et la substance solide qu’on extrait de sa coque est un bon manger. Il parait que le cocotier n’est point naturel au pays et que ce sont les européens qui l’ont transporté d’Amérique en Afrique, parce que le coco s’appelle banga n’poutou, noyau d’Europe.

Bananier [17]

Le bananier est plus commun que le cocotier ; c’est moins un arbre qu’une plante, qui se porte pourtant jusqu’à la hauteur de douze à quinze pieds, sur un tronc de huit à dix pouces de diamètre. Le fruit sort du milieu de ce tronc en forme de grappe, que nous allons appeler régime. Chaque régime porte depuis cent jusqu’à deux cent bananes et la banane est de huit à dix pouces de longueur sur environ un pouce de diamètre : en sorte qu’une bonne grappe fait la charge d’un homme. Un bananier n’en porte jamais qu’une et il meurt dès qu’on l’en dépouille, aussi a-t-on coutume d’abattre l’arbre pour avoir son fruit : mais, pour un pied qu’on coupe, il en renaît plusieurs autres. Le tronc du bananier est revêtu de plusieurs couches d’une espèce de tille avec laquelle les nègres font des cordes : les feuilles portent sept à huit pieds de longueur, sur dix-huit à vingt pouces de largeur ; elles ont presque autant de consistance que notre parchemin : elles de plient et se replient en mille manières sans se casser ; on s’en sert surtout pour couvrir les pots et les grands vases.

La banane est le pain des riches, comme le manioc est le pain des pauvres. Il ne serait pourtant pas difficile de multiplier assez le bananier pour qu’il suffise à la nourriture du peuple. Un plan de bananier ne s’épuise jamais et il n’exige de culture que la première année.

Figue banane [18]

Le figuier banane ne diffère du bananier que par ses fruits : ils viennent également en grappe ou régime, mais ils sont moitié moins longs et ils n’ont ni le même goût ni les mêmes propriétés. La banane [19] est un pain, la figue banane est un fruit délicat. La substance de la banane est dure et farineuse, celle de la figue banane est molle et pâteuse.

Lolotier

Le lolotier est un arbre qui s’élève à la hauteur de vingt-cinq à trente pieds, sur un tronc proportionné. On ne prend point la peine de le planter : les pépins de ses fruits jetés au hasard le reproduisent en quantité autour des villages. Cet arbre donne son fruit du tronc et des branches, sans pousser de fleurs, comme le figuier. Pour peu qu’on offense da racine, il se dessèche et il meurt. Son fruit que les nègres appellent lolo et nous papaye, est d’un goût agréable et sucré ; il ressemble assez, pour la couleur et la grosseur, à nos melons verts : mais ils n’en ont point le goût et il renferme une plus grande quantité de pépins. Le lolo est du nombre des fruits qui appartiennent au premier passant qui juge à propos de les cueillir. Les missionnaires en faisaient une assez bonne soupe.

Orangers, citronniers

Les orangers et les citronniers viennent très beaux dans ces climats et y produisent d’excellents fruits ; mais on en néglige absolument la culture et on en aperçoit qu’un très petit nombre dans les villages et aux environs.

Cazou

Le cazou est un fruit de la grosseur d’un melon, qui renferme quinze à vingt noyaux rouges et oblongs, à-peu-près de la grosseur et de la forme d’un œuf de pigeon. Ils sont d’une substance farineuse et sont fort nourrissants. Les nègre ne manquent point d’en porter avec eux quand ils vont en voyage ; quelques uns de ces noyaux les soutiennent pendant une journée entière. Il y a en apparence que c’est une espèce de cacao, mais on a pas été à la portée de le vérifier par l’inspection de la tige.

Tonga

La tonga est un fruit oblong de la grosseur d’un œuf, qui renferme une quantité de pépins de la figure d’une lentille. Il en croit depuis cinquante jusqu’à cent, sur une tige haute de deux à trois pieds.

Comba

La comba ne diffère de la tonga que parce qu’elle est plate au lieu d’être ronde. Ce fruit croit en Provence, on l’y appelle bérengenne.

Pois d’arbre

On voit au Royaume de Kakongo un arbre d’environ dix pieds de hauteur, qui, dans la saison de la sécheresse, porte des pois peu différents des nôtres pour la gousse, pour le grain et même pour le goût.

Tomate       

La tomate est un petit fruit de la grosseur et de la couleur de la cerise. Les nègres le font entrer dans leurs ragoûts, comme nous faisons usage des oignons dans les nôtres ; mais c’est par raison d’économie et pour le remplissage plutôt que pour l’assaisonnement, ce fruit, absolument insipide par lui-même, prend le goût de la sauce sans lui en communiquer aucun. Il croit sur un arbrisseau.

Pimentier

Le pimentier est un autre arbrisseau qui se porte jusqu’à une hauteur de quatre ou cinq pieds. Ses feuilles, assez ressemblantes à celles du grenadier, sont du plus beau vert. Son grain est un grain assez semblable à celui de l’avoine pour la forme, mais un peu plus gros et d’un rouge éclatant. Cet arbrisseau charme la vue quand il est couvert de son fruit. Ce fruit est le poivre du pays ; mes nègres en mettent beaucoup dans la plupart de leurs sauces ; mais il est si violent qu’il brûle la langue et le palais aux européens, jusqu’à en faire tomber la peau.

Canne à sucre

Il se trouve, dans plusieurs endroits humides et marécageux, des cannes à sucre de la même espèce que celles de Saint-Domingue ; mais les nègres ne pensent point à les cultiver. Ils sucent la moelle de celles qu’ils trouvent et quelques particuliers font métier d’en ramasser, qu’ils portent au marché.

Basilic

On voit dans les campagnes des basilics qui ne diffèrent des nôtres que par la hauteur de leur tige qui peut être d’environ huit pieds.

Cotonnier

Le cotonnier est un arbrisseau de la hauteur de cinq à six pieds. Il porte une espèce de gros fruits verts qui sont revêtus d’un duvet d’une ligne[20] d’épaisseur ; ce duvet est le coton. Quand le fruit est mur, il s’entrouvre et laisse apercevoir plusieurs rangées de pépins, du reste il n’est bon à rien. Les nègres laissent aussi perdre le coton, qui ne céderait pas, pour la qualité, à celui d’Amérique.

Vigne

On a point vu de vigne dans le pays ; mais il y en a dans plusieurs provinces d’au-delà du Zaire et elle y fait fort bien. Le sol de Loango, Kakongo et autres Royaumes circonvoisins, ne lui serait pads moins favorable, mais les femmes, seules chargées de la culture des terres et déjà excédées de travaux, n’ont garde d’augmenter leur tâche en plantant la vigne, dont le jus, d’ailleurs, serait moins pour elles que pour leurs maris.

Arbres fruitiers

Les arbres fruitiers portent souvent des fleurs et des fruits en même temps et dans toutes les saisons ; la plupart reprennent de boutures, dans de terrains arides et au temps même de la plus grande sécheresses.

Arbres des forêts

Les arbres des forêts sont revêtus de feuilles en toutes saisons, les anciennes ne tombent que pour faire place aux nouvelles. Quelques un produisent des fruits bons à manger, d’autres sont toujours couverts de fleurs stériles qui répandent au loi l’odeur la plus agréable. On trouve dans le Royaume de Iomba, qui est au nord de Loango, une forêt de bois rouge bon pour la teinture. Parmi une infinité d’arbres d’espèces différentes, on n’en aperçoit pas un seul qui ressemble à ceux que nous avons en Europe. Il y en a qui sont d’une grosseur prodigieuse et qu’on prendrait de loin pour des tours, plutôt que pour des arbres. Les nègres abattent ceux qui sot e la moyenne grosseur : ils les creusent pour en faire des batelets d’une seule pièce que nous appelons pirogues avec lesquelles ils vont à la pêche en mer et sur les rivières.

Quelques uns de ces arbres sont tendres et spongieux, ils résisteraient à la hache comme l’écorce du liège, mais on le couperait facilement avec un sabre bien affilé. D’autres sont d’un bois très dur : il s’en trouve un qui, au bout de quelques mois qu’il a été abattu, durcit au point qu’on en fait des enclumes pour battre le fer rouge ; on tenterait inutilement d’y faire entrer un clou à coups de marteau. La plupart de ces arbres périssent de vétusté, on ne pense point à las abattes, parce qu’on ne saurait quel usage en faire.

 

CHAPITRE VI

Des animaux

Animaux domestiques

Les habitants de ces pays, sûrs de trouver toujours du manioc dans leur jardin, s’inquiètent fort peu de ce qu’ils pourraient se procurer pour la bonne chère. Ils aiment mieux fonder l’espérance de leur cuisine sur la fortune de la chasse ou de la pêche, pour les jours où ils veulent se régaler, que de se donner la peine d’élever chez eux des bestiaux que les officiers du Roi pourraient, à chaque instant, leur enlever. Ils s’en nourrissent pourtant mai sen petite quantité

Cochon, chèvre, mouton

Leurs cochons sont plus petits que les nôtres. Leurs chèvres ne donnent point de lait. Leurs moutons ne portent point de toison de laine, comme ceux des climats d’Europe, du reste ils sont en tout semblables.

Canards, poules

Ils ont des canards qui portent des crêtes et qui sont deux fois plus gros comme les nôtres ; mais leurs poules sont fort petites. Ils n’en mangent pas les œufs, parce que, disent-ils, avec un peu de patience, un œuf devient un poulet. Suivant le même principe, ils prétendent que les Européens doivent payer une couple d’œufs aussi cher qu’une couple de poulets. Ils rabattent pourtant un peu du prix, mais il est très difficile de leur faire entendre raison sur cet article et si l’on veut trop marchander, ils répondent froidement qu’ils attendront que leurs œufs soient devenus poulets. On ne peut pas objecter que ces œufs leur coûteront avant de d’être bons à manger, parce qu’ils ne les nourrissent point. La mère les emmène dans la campagne où ils vivent avec elle, comme les autres oiseaux. Ceux qui disent que pour la valeur de six sous on a trente poulets au Royaume de Loango, se trompent aussi grossièrement que quand il prétendent qu’on vend une pistole la pièce au Royaume de Congo, mais je doute qu’ils trompent personne, il n’est point de lecteur assez crédule pour s’en rapporter au témoignage d’un historien, quand il lui racontera que trente poulets, qui se vend cent écus dans un Royaume, se donnent pour six sous dans le Royaume voisin.

Chien, chat

On voit dans le pays des chiens et des chats. Les chats ont un mufle plus allongé que les nôtres, les chiens n’aboient pas.

Cheval

Un missionnaire vit du côté de Loango un cheval bai qui bondissait dan la plaine. Il était assez haut de taille et d’une grande beauté. Il se laissait approcher de fort près. Au moment où le missionnaire le considérait, le ministre des affaires étrangères vint à passer : il s’arrêta et il dit au missionnaire qu’il connaissait, que ce cheval lui serait fort utile pour les voyages qu’il se proposait de faire, que s’il voulait, il lui en ferait bon marché. Le missionnaire y consentit, à condition qu’il lui livrerait, mais la difficulté d’aller lui mettre la bride empêcha le conclusion du marché. La tradition du pays est que le roi d’Angleterre envoya autrefois deux chevaux, mâle et femelle, au roi de Loango et que ce prince, après les avoir examinés, ordonna qu’on les mit en liberté : que depuis ce temps ils ont erré dans les  campagnes et les forêts, où ils ont fait des petits : que celui qu’on voit près de Loango est le dernier de son espèce, les autre étant morts d vieillesse ou ayant été dévorés par les tigres.

Perdrix

Les campagnes nourrissent quantité d’animaux de toutes espèces, quadrupèdes, volatiles et insectes. On y a vu ni lièvres ni lapins mais il s’y trouve des perdrix de deux ou trois espèces : il y en a qui sont du plus beau rouge ; toutes ont la grosseur de nos poules.

Cailles, alouettes

Les cailles et les alouettes n’ont rien qui les distingue de celles d’Europe.

Pigeon

On a vu qu’une espèce de pigeon, son plumage est vert mais il a les pattes le bec et les yeux d’un fin rouge

Oiseau cornu

Il y a un oiseau de la grosseur  et à-peu-près la forme d’un dindon, mais qui a la tête plus grosse et qui porte au lieu de la crête, une corne percée, comme un cornet de trictrac.

Gros oiseau[21]

Un nègre vint un jour offrir aux missionnaires de leur vendre un oiseau aquatique qui était beaucoup plus gros que les plus gros que nous voyons en France, Il en avait sa charge, mais sur ce qu’ils lui répondirent, qu’ils ne voulaient point l’acheter, il ne leur laissa pas le temps de le bien considérer. Ils virent seulement qu’il avait le cou long comme le bras et qu’il était de la grosseur d’un mouton.

Aigle , Corbeau

Les aigles sont semblables à ceux que l’on montre dans nos foires. Le corbeau ne diffère en rien du nôtre[22].

Il y a quantité d’autres oiseaux de proie. Dans une saison où les nègres mettent le feu aux herbes des campagnes, on les voit voltiger au dessus de la flamme. S’ils aperçoivent quelque animal se soit laissé surprendre par le feu, ils fondent sur lui avec impétuosité, ils l’enlèvent à moitié rôti.

Hibou, coucou

Le hibou est de la grosseur d’un dindon, Le coucou s’appelle aussi coucou : il est un peu plus gros que le nôtre, il lu ressemble pour le plumage, mai sil chante tout autrement. Le mâle commence à entonner : cou, cou, cou….. en montant toujours d’un ton, avec autant de justesse qu’un musicien chante ut, ré, mi. Quand il es est à la troisième note, la femelle reprend et monte avec lui jusqu’à l’octave et ils recommencent toujours la même chanson.

Hirondelle

L’hirondelle est la même que nous voyons en Europe mais elle a le vol plus uniforme.

Moineau

Les moineaux sont très multipliés, ils volent par troupes comme les nôtres ; ils piaillent de même, ils sont un petit peu plus petits, ils ont le plumage plus fin et luisant comme le satin.

Sauterelle

La sauterelle est de la grosseur d’un petit oiseau elle a le cri perçant et importun ; elle fait grand bruit dans l’air, on croirait au battement de ses aile entendre voler in oiseau de proie.

Insecte utile

Un autre insecte de la grosseur d’un hanneton est de la plus grande utilité dans un climat chaud. Il est le boueur et le vidangeur de tout le pays.. Il travaille avec une assiduité infatigable à ramasser toue les immondices qui pourraient corrompre l’air, il en fait de petites boules qu’il cache fort avant dans des trous qu’il a creusés dans la terre. Il est assez multiplié pour entretenir la propreté dans les villes et les villages.

Mouche luisante

La mouche luisante vole la nuit et porte une assez grande lumière. On la prendrait, dans une nuit obscure, pour une de ces exhalaisons que nous appelons étoiles filantes. Les missionnaires en ont examiné qui étaient venues se reposer sur leur case : ils ont remarqué quelles étaient de la grosseur de nos vers luisants et qu’aux ailes près, elles n’en différaient pas beaucoup pour la forme ce qui leur a fait juger que ce pouvait être la même espèce.

Rats

Les herbes des campagnes servent de retraite à une infinité de rats d’espèces différentes dont les plus gros font de la taille de nos chats.

Grenouille, crapaud, limaçon

On y voit aussi des grenouilles et des crapauds plus gros que les nôtres et un limaçon de la grosseur du bras.

Eléphant.

Les bois servent de retraite à toutes sortes d’animaux. Les éléphants de ce pays ne différent de ceux dont nous avons la description que parce qu’en général ils sont plus petits. Leurs plus grosses dents ne pèsent que cinquante à soixante livres. Les nègres ne les domptent pas et ils ne leur font jamais la chasse. Les dents qu’ils vendent aux Européens ont été trouvées dans les bois. L’ivoire de Loango est le plus recherché pour sa finesse et sa blancheur.

Animal monstrueux

Les Missionnaires ont observé, en passant le long d’une forêt, la piste d’un animal qu’ils n’ont pas vu; mais qui doit être monstrueux les traces de fes griffes s’apercevaient sur la terre, et y formaient une empreinte d’environ trois pieds de circonférence. En observant la disposition de ses pas on a reconnu qu’il ne courait pas dans cet endroit de son passage et qu’il portait ses pattes la distance de sept à huit pieds les unes des autres.

Lion

Le lion ressemble à ceux de la moyenne taille que nous voyons en Europe.

Tigre, chat-tigre

Le tigre est beaucoup plus redouté dans ces pays que le lion. Il y en a de deux espèces sans compter le chat-tigre, qui mange les souris des champs, les petits des oiseaux et les poules et les cafards. Les tigres de la première espèce s’appellent tigres de bois et les autres tigres d’herbes, de l’endroit où ils ont coutume de chercher leur pâture. Les tigres d’herbes ont de la taille de nos grands chiens. Ils font la chasse aux rats et aux autres animaux qui se retirent dans les herbes que produisent les terres incultes. Us s’approchent quelquefois, la nuit des cases pour enlever la volaille et les autres animaux domestiques mais ils prennent la fuite, dès qu’ils aperçoivent un, homme. Le tigre de bois est beaucoup plus gros et plus haut de taille que ceux-ci. Il fait sa proie des animaux les plus forts tels que les buffles et les cerfs. Il les guette au passage, il leur faute fur la croupe les déchire de la griffe et des dents, et ne lâche point prise qu’il ne les ait fait tomber sous lui. Quand cet animal carnassier est pressé par la faim il sort des bois et va la nuit roder autour des villages cherchant à dévorer les chiens les cochons les moutons et les chèvres.

Près de l’endroit où les missionnaires sont établis un de ces tigres, sorti sur la brune d’une forêt voisine enleva un petit enfant que sa mère rapportait des champs sur son dos et il s’enfuit avec précipitation le dévorer dans la forêt. Il n’est pas sur de passer seul dans un bois sans être bien armé. Le tigre a l’odorat fin et la vue perçante il sent l’homme de fort loin s’il le voit seul et sans armes il s’approche pour l’attaquer autrement il évite sa rencontre. Il est bien rare qu’un chasseur l’aperçoive à portée de fusil.

Quand un nègre a tué un de ces tigres, il le promène comme en triomphe dans le village à l’aide de ses amis ; il le porte ensuite au Chef, qui lui paye fur le champ une récompense proposée par le Gouvernement pour celui qui diminué le nombre de ces animaux sanguinaires. Lorsqu’un tigre a dévoré quelque animal dans un village les paysans font sûrs qu’il ne leur échappera pas : la nuit suivante ils attachent à un pieu les restes de sa proie s’il en a laisse, ou ils lui font un nouvel appât, ils y attachent des cordes qui communiquent à des fusils disposés de manière qu’ils doivent nécessairement se décharger sur le tigre, s’il vient mordre à l’appât. Il est rare qu’il manque de revenir la nuit suivante : il se tue lui-même. La décharge des fusils est le signal qui annonce aux nègres d’aller l’achever, s’il respirait encore.

Buffle

Le buffle n’est point compté parmi les animaux domestiques comme dans la Chine. Il est sauvage et féroce il erre par les bois et les campagnes désertes qu’il fait retentir d’un mugissement désagréable. Il est un peu plus haut de taille que nos bœufs ordinaires dont il ne diffère pas essentiellement du reste. Le buffle ne fuit pas devant le chasseur et si celui-ci manque son coup et qu’il n’ait pas le temps de grimper sur un arbre, il est sur le champ mis en pièces. Quand cet animal ne peut pas décharger sa vengeance sur celui qui l’a blessé il court cherchant au hasard une victime à sa fureur. Malheur au premier passant qu’il aperçoit homme femme ou enfant; c’en est fait de lui. C’es ce dont les missionnaires furent un jour témoins : un de ces buffles sorti des bois se tourna contre une femme qui était occupée à cultiver son champ il la terrassa et ne la quitta point qu’il ne l’eût fait expirer de la mort la plus tragique.

Sanglier

Les sangliers multiplient peu. Ils se nourrissent de racines d’arbres, et de bois tendre.  Ils sont plus petits et moins féroces que ceux qui se nourrissent de glands dans nos forêts d’Europe.

Loup

L’animal que les nègres appellent chien sauvage est une espèce de loup qui a beaucoup de ressemblance avec celui que nous voyons en France. Comme il ne tient pas l’empire des bois, il est plus modeste que le nôtre, un homme ne craint point sa rencontre. Il ne porte pas sa vue jusque sur la grosse proie, qu’il abandonne au tigre et au lion, qui ne l’épargnent pas lui même quand il leur tombe sous la griffe. Au défaut d’autre pâture, il sait vivre de racines et brouter l’herbe comme la chèvre.

Singe

Les singes se retirent, pour l’ordinaire, dans l’intérieur des forêts. Il est rare qu’ils marchent par terre on les voit toujours perchés sur les plus hauts arbres. Ce qui ne les empêche pas s’ils font poursuivis de faire en peu de temps beaucoup de chemin en sautant de branches en branches et d’arbre en arbre. Les nègres cherchent moins à tuer les singes qu’à les prendre vivants pour les vendre aux Européens. La manière de les prendre est d’exposer au pied des arbres sur lesquels ils ont coutume de se retirer, des fruits qui font de leur goût fous lesquels sont cachés des pièges. La guenon a toujours son petit à ses côtés elle l’emporte avec elle lorsqu’elle est poursuivie et ne l’abandonne que quand elle est blessée à mort. Il y a dans les forêts de ce pays des magots qui ont quatre pieds de haut. Les nègres assurent que lorsqu’on les pousse à bout ils descendent des arbres, un bâton à la main pour se défendre contre ceux qui leur font la chasse et que souvent ils poursuivent ceux qui les poursuivaient. Les missionnaires n’ont pas été témoins de cette singularité.

Chevreuil, daim,

Le chevreuil et le daim ne sont pas rares dans les forêts ils ne différent pas de ceux que nous voyons en Europe.

Cerf

Les cerfs font plus petits que les nôtres, et ils ne portent pas de bois. La privation de cet attribut est pour eux un grand avantage, dans des forêts épaisses, ou ils sont continuellement exposés à la poursuite des animaux carnassiers.

Petit cerf

On voit bondir dans les campagnes un cerf que la petitesse de son espèce rend tout- à-fait curieux. Il ressemble en tout aux cerfs du pays. Il est privé de bois comme eux il a le pied fourchu la jambe fine et  déliée. Il est à-peu- près gros comme un lièvre mais plus élancé ; sa taille est de douze à quinze pouces. Quoiqu’il soit très-léger à la course, on le prend quelquefois à la main. Sa retraite la plus ordinaire est dans les grandes herbes des terres incultes, qui font pour lui ce que sont les forêts pour les autres. Lorsque les nègres l’aperçoivent ils entourent un grand espace de terrain et en le resserrant ils enferment le cerf. Quand ce petit animal se voit environné, il ne songe plus à échapper, il se laisse prendre mais il ne saurait survivre à la perte de sa liberté. Si on ne le tue pas il meurt bientôt de tristesse ou il se .tue lui même contre les barreaux de la cage dans laquelle on l’a enfermé. Sa viande est un manger délicat.

Oiseaux des forêts

Les forêts plus encore que les campagnes sont remplies d’une infinité d’oiseaux du plus joli plumage. Mais ils n’ont pour eux que la richesse des couleurs on ne les voit jamais assez on les entend toujours trop. Leur chant est faible et coupé.

Rossignol

Le rossignol même ne fait que gazouiller. Il est plus gros que le nôtre.

Faisans, pintades

Les faisans et les pintades font fort communs.

Perroquets, perruches

Les perroquets et les perruches ne sont pas plus rares: les nègres les dénichent pour les vendre aux européens.

Tourterelles

On distingue deux espèces de tourterelles. Il y en a une qui n’est pas plus grosse qu’un merle et qui a le plumage cendré. L’autre est de la figure et de la grosseur des nôtres: elle en a le plumage ,et son gémissement est le même.

Abeilles.

Les Nègres ne connaissent point encore l’art d’apprivoiser les abeilles et de les faire travailler à leur compte, en leur procurant le logement. Les forêts font la retraite ordinaire de cet industrieux insecte. Le creux d’un arbre lui sert de ruche, Il y dépose ses rayons. Les abeilles d’Afrique travaillent comme les abeilles d’Europe de fleurs toutes différentes, elles extraient le même miel et la même cire. Sans s’être communiqué leur modèle elles se copient parfaitement. C’est de part et d’autre la même sagesse dans les préparatifs, la même régularité dans les proportions, la même activité dans l’exécution on reconnaît sans peine qu’elles ont été instruites par le même maître. Le miel qu’elles donnent est très-délicat, les nègres s’en font un régal ils sucent le rayon et jettent la cire. Ils n’étouffent pas les abeilles, pour avoir leur miel: ils font du feu sous l’arbre dont le creux leur sert de retraite. La fumée les en fait sortir, ils prennent le miel, les abeilles rentrent dans le même arbre, ou elles vont chercher un domicile ailleurs.

Fourmi

On voit des fourmis de plusieurs espèces. II y en a une beaucoup plus grosse que la nôtre, elle est également prévoyante et appliquée au travail et c’est dans ce pays, mieux que partout ailleurs  qu’on pourrait, avec le Sage envoyer l’homme à son école. Ces insectes ramassent avec empressement au temps de la sécheresse de quoi vivre pendant les six mois de la saison pluvieuse. Pour se mettre à l’abri des inondations, elles se bâtissent à force de travail, de petites maisons de terre glaise, qui acquirent presque la solidité de la pierre. Les nègres, en les renversant, en font des réchauds qui ressemblent assez à nos réchauds de terre et ils n’en ont point d’autres.

Serpent

Dans les forêts les plus épaisses que les rayons du soleil ne pénètrent jamais il y a beaucoup de serpents. Le plus commun est celui qu’on appelle serpent borna qui a environ quinze pieds de longueur, et qui est gros à proportion. Il s’en trouve quelquefois de beaucoup plus gros, On raconta aux missionnaires que six mois avant leur arrivée dans le pays, un petit enfant était allé à la forêt pour y dénicher des oiseaux, (c’est presque l’unique occupation des enfants) ; son père voyant qu’il tardait beaucoup à revenir, s’arma comme pour la chasse de son sabre et de son fusil pour aller le chercher. En s’avançant dans la forêt par la route la plus fréquentée il aperçut un serpent d’une énorme grosseur. Ne doutant point qu’il ne fut le meurtrier de son fils, il l’attaqua et le tua. L’ayant ouvert il trouva l’enfant enseveli dans son ventre comme dans une bière : il était mort, n’ayant reçu aucune blessure. Les nègres mangent les serpents qu’ils tuent, et la chair n’en est pas mauvaise. Lorsque les européens leur demandent pourquoi ils se nourrissent de ces animaux ? ils leur demandent eux-mêmes pourquoi ils ne s’en nourriraient pas ? et ils ajoutent que s’il et un animal qu’ils doivent manger c’est surtout celui qui cherche à les manger eux-mêmes.

Poissons

Les rivières nourrissent de fort eau poissons et en grande quantité ; celui qu’on pêche dans le fleuve du Zaire est fort délicat. On voit aussi dans ce pays des lacs poissonneux y en a un près du village de Kilonga, où les missionnaires ont formé leur premier établissement. Il abonde en poissons de plusieurs espèces.

Carpe

Les carpes y font semblables à celles de nos rivières de France mais plus délicates.

Anguille

On y pêche de belles anguilles qui font différentes des nôtres elles ont la tête plate, et fort grosse. Leurs dents ne font pas affilées et ressemblent assez pour la forme et la grosseur aux grosses dents de l’homme. Certaines rivières nourrissent des anguilles qui ressemblent à de petits serpents.

Poisson monstrueux

Les côtes de la mer sont fréquentées par des pêcheurs de profession :i ils prennent surtout beaucoup de raies et de soles, d’espèces différentes, Quoiqu’ils ne montent que des pirogues ils ne laissent pas de pêcher quelquefois de fort grosses pièces. J’ai entre les mains le morceau d’une mâchoire qui annonce; un poisson monstrueux les dents ont vingt-quatre lignes de circonférence sur vingt-neuf de hauteur; elles font fichées dans des alvéoles de vingt-deux lignes de profondeur. Elles sont médiocrement affilées par le bout.

Il y a sur les côtes de Loango une espèce de poison malfaisant qui cause souvent beaucoup de dommages aux capitaines européens. Il a la tête trois fois grosse comme celle d’un bœuf. Sa manie est de défoncer les barques et les canots. Il s’approche des endroits où les vaisseaux sont à l’ancre, il lève le cou au-dessus de l’eau et s’il aperçoit un canot, il s’élance par-dessous avec impétuosité, il le défonce du premier coup de tête et il prend la fuite. Il dédaigne les pirogues, jamais il ne les attaque.

Les filets des nègres sont travaillés comme ceux de nos pêcheurs. Ils les font avec une filasse qui ne Ie céderait pas au meilleur chanvre et qu’ils tirent du bananier et de l’écorce de quelques autres arbres. Ils ne font pas dans l’usage de saler leur poisson pour lé conserver, ils le font sécher au soleil, quand il est allez ardent et plus souvent ils l’enfument.

 

CHAPITRE VII

Des sociétés

Les peuples de ces contrées habitent comme nous des villes et des villages, et ils offrent l’image la plus sensible de l’origine des sociétés. Ce sont moins les besoins réciproques qui les rapprochent, que les liens du sang qui les empêchent de se séparer. Les familles ne de dispersent pas comme parmi nous ;   en sorte que dans la même ville, et dans le même village on distingue une infinité de petits hameaux qui sont autant de familles présidées par leurs Patriarches. Une famille qui se voit trop resserrée et qui ne veut pas se confondre avec celle qui l’avoisine peut aller s’établir sur le premier terrain qui n’est pas encore occupé, et y fonder un hameau : c’est l’affaire d’une journée, dans un pays où un père de famille peut à l’aide de sa femme et de ses enfants emporter d’un seul voyage sa maison et tous ses meubles. Les chefs des familles en sont les premiers Juges. Quand il s’y est élevé quelque différent ils font comparaître les parties et après avoir entendu les raisons de part et d’autre ils prononcent une espèce de sentence en forme juridique. Ce tribunal domestique est le modèle des autres Tribunaux supérieurs. Les lois ne permettent point à une femme d’en appeler de la sentence de son mari, ni à un fils du jugement de son père, il ne leur en vient pas même la pensée mais nous verrons dans la suite, que du tribunal du chef de chaque village on en appelle à celui du Gouverneur de la province et enfin à celui du Roi.

Le pays n’est pas également peuplé partout : les villes et les villages sont plus multipliés le long des rivières, des ruisseaux, des lacs et des fontaines par la raison sans doute que l’eau étant une des choses les plus nécessaires à la vie ceux qui ont le choix du terrain donnent la préférence à celui qui leur en offre naturellement et laissent aux derniers venus le soin de creuser des puits. Ces grandes et superbes villes que nous voyons toutes bâties le long des rivières, n’ont point ;eu d’autre origine et si nous pouvions interroger les premiers fondateurs de Paris ils nous répondraient qu’en dressant leurs chaumières au même endroit où nous avons depuis élevé des Palais ils songeaient comme les peuples dont nous parlons à se procurer une eau saine pour se désaltérer et abreuver leurs troupeaux et nullement à bâtir une ville, encore moins à préparer sa splendeur future, par 1a facilité qu’elle aurait d’étendre son commerce.

Les villes, ne sont à proprement parler, que de grands villages ; elles n’en différent que parce qu’elles renferment un plus grand nombre d’habitants. L’herbe y croît comme dans les villages les rues ne sont que des sentiers étroits. Une grande ville est un vrai labyrinthe, d’où un étranger ne sortirait pas s’il n’avait soin de prendre un conducteur. Les bourgeois n’ont rien qui les distingue des villageois, ils ne sont ni mieux vêtus, ni mieux logés. Les bourgeoises de la capitale vont travailler aux champs comme les paysannes du plus petit hameau.

Cases

Les vastes forêts dont nous avons parlé, fourniraient aux nègres les moyens de se loger commodément, s’ils voulaient s’en donner la peine ils pourraient même, au défaut de la pierre, qui ne se trouve nulle part dans ce pays faire usage de briques qu’ils tireraient de presque toutes les terres. Les bois leur fournirait le charbon nécessaire pour les faire cuire, mais ils ne sont pas d’humeur à prendre tant de peines pour se loger. Leurs maisons que nous appelions cases sont de petites huttes faites de joncs, ou de branches artistement entrelacées. La couverture répond à l’édifice elle n’est que de feuilles ils emploient de préférence celle du palmier qui ont assez de résistance pour résister plusieurs années à la pluie et aux injures des saisons. La porte de la maison est pratiquée dans un des pignons qu’on a soin de ne pas exposer au vent qui amène les pluies. On ne connaît point l’usage des fenêtres. Il n’y a pas longtemps que nous n’en avions nous-mêmes que de fort petites, comme nous l’attestent plusieurs châteaux antiques. On trouve même encore dans plusieurs de nos provinces de vieilles chaumières qui ne reçoivent de jour que par une porte coupée par le haut.

Celui qui a besoin d’une maison, s’en va au marché avec sa femme et ses enfants. Il achète celle qui lui convient chacun en prend une pièce suivant fa force et on vient la dresser. Pour empêcher que le vent ne la renverse on l’attache à des pieux fortement enfoncés dans la terre. Une case n’a rien qui choque la vue: c’est une espèce de grande corbeille renversée. Les riches et les curieux en ont quelquefois qui sont travaillées avec beaucoup d’art et revêtues intérieurement de nattes de différentes couleurs qui font les tapisseries ordinaires du pays.

Palais du Roi

Ceux qui nous disent que les habitants de Loango font des poutres à leurs maisons  avec le palmier, n’ont point d’idée de leurs habitations ; et ils ignorent que s’ils voulaient élever des édifices comme les nôtres, ils trouveraient dans leurs forêts du bois de charpente de toutes espèces et bien préférable pour cet usage, au bois de palmier. Le Palais du Roi de Loango tel que plusieurs auteurs nous le décrivent, a moins de ressemblance avec la véritable demeure de ce Prince que notre Palais des Tuileries n’en a avec le couvent des Capucins. Ils donnent à ce prétendu Palais l’étendue d’une ville ordinaire et il n’est composé que de cinq ou six cases un peu plus grandes que celles dont nous venons de parler; au lieu que les villes en renferment par milliers.

 

CHAPITRE VIII

Le caractère du peuple, ses vices et ses vertus

            L’auteur de l’Histoire générale des voyages [23], s’étend assez au long sur les mœurs de ces peuples, sur leurs coutumes et leurs usages. Il a inséré dans sa collection différentes relations de ce qui se passe chez eux, mais après en avoir fait la lecture on pourrait demander si ceux qui les ont composées ont jamais été dans le pays ? c’est cette source commune que plusieurs écrivains de nos jours ont puisé es erreurs qu’ils ont publiées sur les habitants de cette contrée de l’Afrique; et ils nous ont donné, sans doute contre leur intention, des portraits d’imagination, pour des faits indubitables. Les plus judicieux il est vrai choqués des contradictions manifestes qui se rencontrent à chaque page de ces relations, se sont contenté d’en extraire ce qui leur a paru le plus vraisemblable, mais le peu qu’ils en ont extrait en est encore trop pour qui ne voudrait que la vérité et suffit pour faire connaître à celui qui a vécu parmi ces peuples, qu’ils n’ont pas été peints d’après eux-mêmes.

On ne peut connaître à fond le génie d’une nation qu’en l’étudiant et cette étude n’est pas l’ouvrage de quelques jours. Un voyageur, en le supposant même de bonne foi, qui parcourt le journal à la main, un pays inconnu et dont il ignore la langue, ne peut prendre qu’une connaissance bien superficielle des peuples qui l’habitent. Si le hasard veut que plusieurs jours de suite il soit témoin de quelques traits de cruauté et de perfidie il les représentera comme cruels et perfides. S’il eut pris une autre route témoin de quelques actes des vertus contraires, il eût fait l’éloge de leur amour pour la droiture et l’humanité. [24]

Le rapport des mariniers n’est pas plus sûr et ne doit pas plus fixer notre jugement en cette matière que celui d’un que voyageur tel que je suppose. Outre que leurs affaires ne leur laissent pas le loisir de se faire observateurs ils ne sont pas à portée de l’être n’ayant de relation qu’avec le petit nombre des nègres commerçants, que l’esprit d’intérêt et une plus grande facilité à satisfaire leurs passions, ont fait déchoir des vertus qui qui caractérisent le gros de la nation.

Il faut en convenir, ceux qui habitent le long des côtes et les seuls qui fréquentent les européens, paraissent enclins à la fourberie et au libertinage mais peut-on raisonnablement conclure de là, sans autre examen, comme le font la plupart des historiens que, le dérèglement et la duplicité soient des vices communs à tous ? nous ririons de la simplicité d’un Africain qui après avoir passé quelque temps à Paris, sans jamais s’en être éloigné de plus d’une lieue, irait raconter dans son pays que les habitants de nos campagnes ne font que boire, danser et se divertir parce qu’en traversant les villages qui avoisinent cette capitale y il aurait entendu de toute part le son des instruments et vu écrit le long des murs : Ici l’on fait noces et festins. Ce Barbare jugerait notre nation comme nous jugeons la sienne.

Quoique le Royaume de Congo confine à ceux dont nous parlons ici, on a pas le droit d’en juger les habitants par comparaison et d’attribuer aux uns ce qu’on connaît des autres. Il a pu être un temps où ces peuples se ressemblaient mais ce temps n’est plus. On ne saurait dis-convenir que le séjour qu’ont fait les Portugais dans le Congo, n’y ait altéré notablement l’innocence la simplicité des mœurs. Je me garderai pourtant bien d’imputer à une religion sainte et divine des abus qu’elle condamne et des maux qui la font gémir. Il faudrait fermer les yeux à la lumière et être en effet aussi peu instruit dans l’histoire qu’affectent de le paraître en ce point, certains philosophes modernes, pour ignorer de quel abîme de corruption la religion chrétienne a tiré le genre humain. Tout ce qu’on peut raisonnablement conclure de cette décadence de mœurs qui a suivi la prédication de l’évangile dans le Congo et d’ailleurs, c’est que s’il est digne d’un prince chrétien de favoriser la propagation de la Foi chez les nations infidèles, il est aussi de la prudence et de son devoir de ne pas détruire d’une main ce qu’il édifie de l’autre, en envoyant sur les traces des missionnaires des hommes qui n’ont de chrétien que le nom qu’ils déshonorent et dont la conduite plus que païenne peut faire douter aux idolâtres si les dieux qu’ils adorent ne sont pas préférables encore à celui des chrétiens.  La religion, tant est puissant l’empire de la grâce, n’avait pas laissé de faire des progrès dans le Congo et au milieu de la licence à laquelle s’abandonnaient les portugais, des barbares devenus chrétiens les rappelaient à leur devoir et condamnaient leurs excès par des vertus contraires. Mais depuis que les naturels du pays ont chassé les Portugais et qu^ils ne reçoivent plus chez eux que les missionnaires, ceux-ci trouvent bien plus de facilité à leur persuader la pratique de la morale évangélique. Le cardinal Castelli, président de la Congrégation de la Propagande, écrit de Rome au Préfet de la mission de Loango, qu’il y a actuellement plusieurs cent-milliers de fervents chrétiens dans le seul Royaume de Congo. Mais les capucins, qui depuis la dissolution des jésuites sont restés seuls chargés ce cette vaste et pénible mission, commençant à manquer eux-mêmes de sujets, cette florissante chrétienté, si la main qui l’a formée ne la soutient court le risque de se voir privée dans peu des secours les plus nécessaires.

Ceux qui donnent aux nègres de Loango, Kakongo et autres Etats voisins le caractère et les mœurs des esclaves que nous tirons de chez eux pour nos colonies se trompent le plus grossièrement de tous puisqu’ils jugent d’une nation par ses plus mortels ennemis et par ses sujets les plus désespérés. Si on nous vend quelques esclaves du pays ce font ceux que leurs crimes font juger indignes d’y être citoyens. Mais la plupart de ceux que nous achetons ont été pris en guerre sur d’autres peuples sauvages et qui sympathisent si peu avec ceux dont nous parlons, qu’il n’y a jamais entre eux ni paix, ni trêve. Ces esclaves pour l’ordinaire, ont beaucoup de mauvaises qualités sans aucun mélange de bonnes, il faut en faire des hommes avant d’en faire des chrétiens. Souvent ils conservent toute la vie leur férocité naturelle et le désespoir de l’esclavage semble fermer leur cœur à la vertu. [25]

Les missionnaires, depuis leur séjour auprès des peuples que le Saint Siège a confiés à leur zèle, se sont appliqués, en vivant et conversant avec eux à reconnaître leur génie et leurs mœurs leurs qualités d’esprit et de cœur, leurs vices et leurs vertus et le résultat de leurs observations me paraît former un préjugé bien avantageux en leur faveur.

Ces peuples, à parler en général, sont inappliqués, mais pas incapables d’application. Comme ce sont surtout les besoins qui commandent l’application et qu’ils n’en connaissent presqu’aucun il est naturel que leur esprit reste dans une forme d’inertie, ou qu’il ne s’exerce que sur des objets frivoles qui l’amusent sans l’occuper. Ceux qui font le commerce, ou qui ont le maniement des affaires publiques, ne manquent ni d’application, ni d’activité et le peuple, dès qu’on lui offrira un objet capable de le toucher et de l’intéresser, tel que la religion, s’en occupera, comme l’expérience l’a déjà fait voir.

La paresse de corps accompagne ordinairement chez eux celle de l’esprit. Ce vice néanmoins n’affecte pas nécessairement la nation puisqu’il n’est pas celui du sexe le plus faible. Les femmes, accoutumées dès l’enfance aux travaux les plus pénibles de l’agriculture s’y livrent avec une ardeur infatigable. La chaleur, il est vrai invite l’homme au repos mais un intérêt puissant le réveille et le rend supérieur au climat et à lui-même. Les habitants de nos campagnes ne sont jamais plus actifs que dans la saison des plus grandes chaleurs, parce que c’est celle de leur récolte. On fait que les peuples de l’ancien Latium habitaient le doux climat de Italie et l’amour de la patrie les faisaient triompher des peuples belliqueux du nord. La religion Chrétienne qui proscrit l’oisiveté et qui ne veut pas que la société nourrisse celui qui refuse de travailler pour elle, porterait insensiblement les hommes au travail comme l’éducation y accoutume les femmes. C’est ce qu’on voit parmi les chrétiens du Congo.

Ces défauts, qui ne sont pas sans remèdes  et que les circonstance semblent encore excuser, sont d’ailleurs amplement compensés par des qualités naturelles et des vertus morales vraiment dignes d’admiration dans des païens. On a remarqué en eux un esprit juste et pénétrant quand on leur expose les vérités de la foi, quelques-uns font des objections assez spécieuses, d’autres font des réflexions pleines de sens, ou des questions ingénieuses qui annoncent qu’ils comprennent parfaitement ce qu’on leur propose.

Ils sont doués d’une heureuse mémoire. Les missionnaires en ont vu qui, au bout d’un mois leur ont répété les commandements de Dieu qu’ils n’avaient entendu réciter qu’une seule fois au milieu d’une place publique.

Ils ne font cependant aucun usage de cette faculté pour se transmettre ce qui s’est passé de mémorable parmi eux dans les âges précédents. Ayant pour principe de se borner au nécessaire, pour les connaissances comme pour les besoins de la vie, tous vivent à l’égard de l’histoire dans cette indifférence des habitants de nos campagnes, qui ne savent pas plus ce qui s’est passé en France sous le règne de Louis le Grand qu’au temps de Jules César. Si on leur demande pourquoi ils ne conservent pas le souvenir de ce qu’ont fait leurs pères ? ils répondent qu’il importe peu de savoir comment ont vécu les morts, que l’essentiel est que les vivants soient gens de bien. Suivant le même principe,  ils ne comptent point le nombre de leurs années « ce serait, disent-ils se charger la mémoire d’un calcul inutile, puisqu’il n’empêche pas de mourir et qu’il ne donne aucune lumière sur le terme de la vie ». Ils envisagent la mort comme un précipice vers lequel on s’avance les yeux bandés, en sorte qu’il ne sert de rien de compter ses pas puisqu’on ne saurait ni apercevoir quand on approche du dernier, ni l’éviter : ce n’est pas mal excuser son ignorance et sa paresse.

Les peuples de ces contrées, hommes et femmes aiment beaucoup à parler et à chanter en quoi il semblerait que la nature n’est pas d’intelligence avec elle-même car tous les autres animaux font silence le jour et la nuit. On n’entend point le ramage des oiseaux dans les forêts, le coq n’éveille jamais son maître, les chiens même ne savent point aboyer. Mais au milieu de ce silence général les femmes en cultivant leur champ font retentir la plaine de leurs chansons rustiques et les hommes passent le temps à raconter des nouvelles, et à discourir sur les sujets les plus frivoles. C’est surtout l’après-midi qu’ils tiennent leurs assemblées, à l’ombre d’un arbre bien touffu. Ils sont assis par terre en rond les jambes croisées. La plupart ont la pipe à la bouche. Ceux qui ont du vin ‘de palmier en apportent avec eux et de temps en temps on interrompt la séance pour boire un coup en faisant passer une calebasse à la ronde. Celui qui entame la conversation, parle quelquefois pendant un quart d’heure de suite. Chacun l’écoute dans un grand silence un autre reprend et on l’écoute de même, jamais on n’interrompt celui qui parle. Mais quand il a cessé de débiter ses sornettes, celui qui est en tour de parler, a droit de les réfuter, et de proposer les siennes. A voir le feu qu’ils mettent dans leur déclamation on croirait qu’ils discutent les affaires les plus épineuses ou les plus importantes et l’on est tout surpris quand on prête l’oreille de reconnaître qu’il n’est question que d’un méchant pot de terre, d’une plume d’oiseau, ou de quelques observances ridicules et superstitieuses. Lorsqu’on assiste à leur conversation sans entendre la langue, on pourrait aussi la prendre aisément pour un jeu. Il y a chez eux un usage assez singulier et fort bien imaginé pour soutenir l’attention des auditeurs et donner du ressort à des conversations si fades par elles-mêmes : lorsqu’ils parlent en public, ils désignent les nombres par des gestes. Celui, par exemple, qui veut dire « j’ai vu six perroquets et quatre perdrix » dit simplement « j’ai vu † perroquets et † perdrix » et il fait en même temps deux gestes dont l’un répond au nombre six et l’autre au nombre quatre. Au même instant tous ceux de la compagnie crient : six quatre et le discoureur continue. Si quelqu’un paraissait embarrassé ou prononçait après les autres on jugerait qu’il sommeillait ou qu’il avait l’esprit ailleurs et il passerait pour impoli.

Ces peuples sont d’une grande’douceur. Les contestations sont rares parmi eux et et il n’en viennent presque jamais aux mains. S’ils ne peuvent pas s’accorder ils vont trouver leur Juge, qui les réconcilie dans un instant. Ce que dit un Historien [26] [27] moderne : que les habitants de Loango immolent les esclaves aux mânes de leurs rois. n’a pas le moindre fondement. Ils n’ont point même d’idée de ces sacrifices abominables.

Les nègres commerçants qui habitent les côtes sont, pour la plupart défiants et intéressés jusqu’à la friponnerie. Ayant pour principe de rendre tous les Blancs comptables les uns pour les autres, ils ne se feraient pas scrupule de tromper un Français[28], s’ils le pouvaient, parce que dix ans auparavant ils auraient été trompés eux-mêmes par un anglais. Mais la rapine et la duplicité ne sont nullement du caractère de la nation, On remarque au contraire que ceux qui habitent l’intérieur des terres, joignent à beaucoup de droiture et de franchise, un désintéressement qu’on pourrait appeler excessif. Ils pratiquent à la lettre le conseil de l’évangile, de ne point s’inquiéter pour le lendemain. Ils ne pensent pas même que la nourriture et le vêtement puissent jamais leur manquer. Toujours ils sont prêts à partager le peu qu’ils ont avec ceux qu’ils savent être dans le besoin, S’ils ont été heureux à la chasse ou à la pêche et qu’ils se soient procuré quelque pièce rare, ils courent aussitôt en donner avis à leurs amis et à leurs voisins en leur en portant leur part. Ils aimeraient mieux s’en priver eux-mêmes, que de ne pas leur donner cette marque d’amitié. Le reproche d’avarice est un des plus sensibles qu’on puisse faire à quelqu’un comme on ne saurait le flatter plus agréablement qu’en faisant l’éloge de sa facilité à donner et en disant de lui que c’est une main toujours ouverte. Ils appellent les Européens des mains fermées, parce qu’ils ne donnent rien pour rien.

La politesse ne leur est pas étrangère. Ils se préviennent par des déférences réciproques. Ils sont surtout démonstratifs dans la manière de donner et de rendre le salut. Si ce font des égaux qui se rencontrent, ils font une génuflexion et se relèvent en battant des mains. Celui qui rencontre un homme qui lui est notablement supérieur se prosterne, baisse la tête. touche la terre du bout des doigts, les porte à sa bouche et fe relève en battant des mains. La personne qui a été ainsi saluée, fut-ce un Prince, ou même le Roi, ne se dispense jamais de rendre le salut en faisant une génuflexion et et en battant des mains. Ils sont humains et obligeants même envers les inconnus et ceux dont ils n’ont rien à espérer. Les hôtelleries ne sont point en usage parmi eux. Un voyageur qui passe par un village à l’heure du repas entre sans façon dans la première casé et il y est le bien-venu. Le maître du logis le régale de son mieux, et après qu’il s’est reposé, il le conduit dans ton chemin. Les missionnaires se sont souvent mis en route sans provisions et sans marchandises pour s’en procurer, on on les a reçus partout humainement, ils n’ont manqué de rien pour la vie. Quand un nègre s’aperçoit que son hôte ne m,ange pas d’assez bon appétit, il cherche le meilleur morceau du plat, il mord dedans et lui présente le reste en disant « Mangez sur ma parole », cette politesse est fort éloignée de nos mœurs, mais elle est bien dans la nature : nous voyons que deux petits enfants dans un verger se présentent les fruits dont ils ont fait l’essai en y portant la dent.

Pendant la dernière guerre que nous eûmes avec l’Angleterre un navire français ayant échoué sur la côte de Loango, deux ou trois matelots se sauvèrent à la nage, et se retirèrent dans un village nommé Loubou. Les habitants de l’endroit les reçurent avec bonté et pourvurent généreusement à leurs besoins. Ils les logèrent, les nourrirent et les habillèrent pendant plusieurs années sans exiger d’eux aucun travail: toute leur occupation était d’aller se promener le long de la côte et lorsqu’ils découvraient un vaisseau ils en avertissaient les nègres qui les faisaient monter dans une pirogue pour aller se reconnaître. S’il était anglais, ils retournaient avec précipitation dans la crainte de laisser tomber leurs hôtes entre les mains de leurs ennemis. Ils en usèrent ainsi avec ces matelots jusqu’à ce qu’ils eurent trouvé l’occasion favorable de repasser en France sans jamais leur témoigner qu’ils leur fussent à charge par un si long séjour. C’est dans le village même oh la chose s’est passée que les missionnaires l’ont apprise,

En mil sept cent soixante sept le Préfet de la mission reçut la visite d’un Officier de vaisseau qui lui dit qu’ayant appris qu’il était arrivé des prêtres français à Loango, il s’y était rendu pour se confesser et rendre grâces à Dieu avec eux de ce qu’il avait échappé au plus grand danger. Il leur raconta qu’il était embarqué sur un navire de Saint-Malo que le capitaine voyant une île flottante qui passait près de son bord l’avait envoyé sur un canot avec quatre matelots pour y couper de l’herbe, mais qu’ayant été entraînés par la violence des courants ils avoient lutté contre les flots pendant quatre jours et quatre nuits, sans pouvoir regagner leur vaisseau qu’enfin, le cinquième jour le vent avait poussé le canot sur le rivage. Des quatre matelotes qui accompagnaient l’officier deux étaient morts de faim et de fatigue, un troisième avait expiré sur la côte en sortant du canot. L’officier et le matelot qui restaient, se traînèrent, comme ils purent jusqu’au premier village. Les habitants s’empressèrent de les soulager et leur firent toute forte de bons traitements. Quand ils se disposèrent à quitter l’endroit après y avoir fait un fort long séjour on les assura qu’ils pouvaient y rester encore autant de temps qu’ils voudraient sans craindre d’être à charge à personne. Ils ne prirent pas de provisions de bouche en partant pour Loango on leur en offrit libéralement dans tous les villages où ils s’arrêtèrent le long de la route jusqu’au terme de leur voyage.

Ces peuples sont fort pauvres, considérés relativement à nous; mais dans le vrai, celui qui n’a besoin de rien est aussi riche que celui qui a tout en abondance, et il vit plus content. Dans nos mœurs nous regarderions comme l’homme du monde le plaindre celui qui n’aurait pas le moyen de se procurer un lit pour dormir et un siège pour s’asseoir : à Loango, ce serait condamner un homme à un vrai supplice que de l’obliger à passer une nuit dans un bon lit, ou à rester assis deux heures dans un fauteuil. Le Ma-kaïa de Kakongo l’un des plus puissants princes du Royaume a un appartement meublé à l’européenne on y voit des lits, des commodes des buffets garnis d’argenterie. Le prince offre des sièges aux Européens qui vont lui faire visite ; pour lui il trouve qu’il est plus commode de s’asseoir par terre selon l’usage du pays. On ne connaît chez ces peuples ni office,  ni caves ,ni greniers, ni garde-meuble. En entrant dans une case on aperçoit une natte, c’est le lit du maître, c’est sa table et ses sièges quelques vases de terre, c’est fa batterie de cuisine, quelques racines et quelques fruits, ce sont ses provisions de bouche. Quand ils prennent une pièce de gibier ou un poisson ils en font un ragoût que les européens trouvent détestable mais qui est délicieux à leur goût. Si la chasse et la pêche ne leur ont rien fourni pour la table, ils s’en tiennent à leurs racines et à leurs fruits et toujours ils paraissent contents de ce qu’ils ont à manger, S’il leur est survenu un étranger, et qu’ils payent que du manioc à lui présenter, ils ne s’excusent pas de lui faire faire maigre chère supposant qu’il doit penser que c’est parce qu’ils n’ont rien de mieux à offrir.

Élevés dans l’abondance ou du moins dans l’estime des commodités de la vie et et richesses qui les procurent, nous nous sentons portés, comme naturellement, à mépriser des peuples si simples et si pauvres:, mais si apprenant eux-mêmes que nous sommes les laborieux artisans de mille besoins qu’ils n’éprouvèrent jamais : si témoins de nos délicatesses, de nos profusions et du luxe de nos tables, ils nous rendraient mépris pour mépris et se diraient plus sages que nous. Je doute qu’un arbitre impartial jugeât ce différent en notre faveur.

C’’esl une opinion qui s’accrédite de jour en jour que la licence des mœurs parmi ces peuples est portée jusqu’au débordement. Ainsi l’assurent les auteurs modernes qui traitent de ces pays. De prétendus voyageurs se jouant de la bonne foi publique, n’ont pas craint d’avancer que les prostitutions, les adultères, et les plus monstrueux excès de la débauche y font passés en usage, au point que les maris eux-mêmes favorisent le libertinage de leurs femmes et que les obsèques des morts s’y célèbrent par des abominations et des infamies. Un écrivain mercenaire respecte peu la vérité, quand il trouve son compte à la déguiser et c’est ici le cas il est sûr de plaire par des récits licencieux, à cette classe nombreuse de lecteurs frivoles ou libertins, qui falsifient avec avidité tout ce qui semble anoblir leurs faiblesses ou étendre sur un plus grand nombre l’empire des passions qui les maîtrisent. Et cependant c’est d’après ces relations calomnieuses qu’on des systèmes et qu’on nous dit gravement que la religion chrétienne ne saurait être la religion de tous les climats ; que la chasteté qu’elle prescrit forme un obstacle invincible à son établissement dans les pays méridionaux et sous la Zone torride. [29]

Mais ceux qui du fond de leur cabinet calculent ainsi à leur manière l’influence des climats sur les mœurs, et qui ne font point difficulté d’assigner, le compas à la main, les régions au delà desquelles ne sauraient s’étendre le culte et la religion du vrai Dieu. Ces prétendus sages, dis-je devraient faire attention qu’ils se constituent par-là les accusateurs et les juges de la divinité, car supposé qu’ils ne soient point de ces insensés qui regardent cet univers comme la production d’un agent aveugle et un jeu du hasard, je ne voudrais, pour les confondre, que leur dire : « expliquez-nous comment il aurait pu arriver que celui qui a créé les temps et formé les saisons, qui a distribué les climats  et précédé à l’économie générale de cet Univers, se fût si étrangement mécompté à son préjudice en offrant pour demeure à une grande partie de ses créatures des régions où son nom ne pût être que méconnu et sa loi méprisée ? » Mais la Providence s’était justifiée elle-même de ce reproche longtemps avant qu’on ne pensât à le lui faire. Personne ne peut ignorer que ce fut dans les climats les plus chauds que la religion chrétienne opéra les plus grandes merveilles, que ce fut au milieu des déserts arides et des sables brûlants de la Thébaïde que pendant plusieurs siècles des milliers de solitaires, l’admiration du monde entier, gardèrent la chasteté la plus parfaite, et menèrent une vie toute angélique.

Mais quel que puisse être le résultat des observations faites sur d’autres peuples, elles ne sauraient détruire celles que les missionnaires ont faites depuis plusieurs années sur ceux dont nous parlons. Pour asseoir un jugement sûr, il faut avoir tout vu, tout calculé, la chaleur du climat, si elle est tempérée, par une vie sobre et frugale sera toujours bien moins préjudiciable à la chasteté, que ne le sont dans des contrées plus froides les vins les viandes succulentes les spectacles, les accents passionnés de la musique, les écrits licencieux et la fréquentation des jeunes gens des deux sexes, amorces de volupté qui toutes sont inconnues aux peuples dont nous parlons. Ils se nourrissent habituellement de racines, de légumes et de fruits, ils boivent de l’eau, ils couchent fur la dure et ils sont chastes, comme naturellement et sans efforts de vertu. Ils attachent cependant de l’honneur à la pratique de la chasteté et de la honte aux vices contraires. Un auteur cité dans l’Histoire générale des Voyages[30]dit qu’à Loango on est dans la persuasion que le crime d’une fille qui n’a pas résisté à la séduction suffirait pour attirer la ruine totale du pays, s’il n’était expié par un aveu public fait au Roi. Et le même écrivain, emporté par je ne ne sais quel aveugle penchant à calomnier les mœurs de ces peuples, ajoute que cet aveu pourtant n’a rien d’humiliant. Mais il est aisé de juger qu’une faute estimée assez énorme pour provoquer le courroux du Ciel, doit condamner à l’opprobre et à la honte la coupable obligée d’en faire l’aveu.

Un homme, comme nous le verrons bientôt peut épouser autant de femmes qu’il en trouve qui veuillent s’attacher à lui ; mais il est inouï qu’un homme et une femme habitent publiquement ensemble sans être époux légitimes. On ne voit point dans ce pays comme dans les grandes villes d’Europe de ces sociétés de femmes qui tiennent école de débauche. On n’y souffrirait point qu’elles trafiquassent honteusement de leur honneur. en le promenant par les rues encore moins qu’elles exerçassent l’infâme métier de séduire et de corrompre la jeunesse. La langue,, quoique très riche, n’offre aucun terme qui réponde à celui de femme de débauche, il se rend par un mot Portugais.

Les négresses ont, comme les nègres, les bras et le sein découverts, surtout pendant le travail, mais l’usage est général, personne n’y pense, personne n’en est scandalisé et c’est à tort que quelques auteurs ont conclu de là qu’elles bravaient toutes les lois de la pudeur. Cette nudité d’une négresse qui, du matin au soir, est occupée à cultiver son champ à l’ardeur du soleil, est moins insidieuse et choque moins la décence publique dans ce pays, que la demi nudité de nos Dames de Cour parmi nous. Toutes les fois que les missionnaires se sont trouvé avec les habitants du pays au passage des rivières, où il n’y a ni pont ni barques, ils ont observé que quand une femme se mettait à l’eau, tous les hommes détournaient les yeux jusqu’à ce qu’elle fut à l’autre bord les femmes, de leur côté faisaient de même quand les hommes passaient.

Les jeunes filles accompagnent partout leurs mères, qui exigent ‘d’elles la plus grande retenue. Un garçon n’oserait parler à une fille qu’en présence de fa mère. Il ne petit lui faire un présent que lorsqu’il la demande en mariage. Un missionnaire rencontra un jour une petite négresse qui revenait des champs avec sa mère. Elle lui dit en langue du pays et d’un ton un peu folâtre bonjour, homme de Dieu. Sa mère aussitôt lui ft une sévère réprimande de ce qu’elle parlait à un homme, et avec si peu de retenue. La danse est dans ces pays un exercice de tous les jours mais les hommes ne dansent jamais qu’avec les hommes et les femmes avec les femmes. Les chansons de joie qui accompagnent ordinairement leurs danses n’ont jamais rien qui blesse la pudeur.

 

CHAPITRE IX

Des mariages & des alliances

La polygamie est autorisée par les lois nationales, et il est permis à un homme d’épouser autant de femmes qu’il le juge à propos, mais cette liberté qu’accorde la loi, la nature la restreint : le nombre des femmes parmi eux, ne paraît pas surpassée celui des hommes peut-être même ne l’égale-t-il pas, en sorte qu’un Grand du pays ne saurait épouser vingt femmes fans mettre dix-neuf de lès concitoyens dans la nécessité, de garder le célibat. Une femme d’ailleurs préfère, pour l’ordinaire, l’avantage d’être l’unique épouse d’un particulier, à l’honneur d’être femme d’un seigneur, qui doit lui donner un nombre de rivales, aussi n’y a-t-il que les plus riches qui puisent user du privilège, ou plutôt de l’abus de la loi car c’est le seul nom qui convienne à une disposition qui ne favorise une partie de la société qu’au détriment de l’autre. Mais comme la classe des riches est peu nombreuse tous les hommes libres et même la plupart des esclaves, trouvent encore à se marier. Ceux qui avancent que le commun des nègres de ces pays ont deux ou trois femmes, auraient dû calculer auparavant si le nombre des femmes surpassait deux ou trois fois celui .des hommes, comme ceux qui en donnent jusqu’à sept mille. au Roi de Loango auraient du s’informer si toute sa capitale en renferme un pareil nombre, ce que n’oseraient assurer ceux qui ont été sur les lieux.

Les pères et mères laissent aux garçons le soin de se choisir une épouse Le mariage des filles est regardé comme une affaire de ménage qui concerne uniquement la mère. Les femmes ne portent point de dot à leur mari, au contraire lorsqu’un garçon veut avoir une fille en mariage, il va trouver sa mère il lui fait les présents qu’il croit devoir lui être les plus agréables. Si ces présents, ou la main qui les offre ne plaisent point à la mère, elle les refuse. Si elle les agrée, le jeune homme en fait aussi à la fille qui est encore libre de les recevoir ou de les réfuter. L’acceptation des présents de la part de la mère et de la fille, équivaut à une promesse de mariage. Les noces cependant ne se célèbrent qu’environ un mois après. Et pendant tout ce temps, la fille paraît en public le corps peint en rouge, afin que tout le monde sache que l’homme avec lequel on la verra habiter est son mari. Si cette cérémonie n’avait point été observée, le mariage serait censé illégal et sacrilège et les parents de la fille seraient en droit de la faire punir de mort. Le terme prescrit par l’usage étant expiré, la fille fait disparaître la couleur rouge dont elle est barbouillée, et les noces se célèbrent par des danses et des chansons rustiques,

Le mariage ainsi contracté forme un lien indissoluble  Il n’y a que certains cas particuliers exceptés par la loi, qui autorisent un mari à répudier sa femme, comme par exemple lorsqu’une princesse le choisit pour son époux. La chasteté conjugale est singulièrement respectée parmi ces peuples, l’adultère y est mis au rang des plus grands crimes. Par une opinion généralement reçue les femmes sont persuadées que si elles se rendaient coupables d’infidélité, les plus grands malheurs viendraient fondre sur elles à moins qu’elles ne les détournassent par un aveu fait à leurs maris et en obtenant d’eux le pardon de l’injure qu’elles leur auraient faite. Il y a encore d’autres fautes dont les femmes se croient obligées de s’accuser à leurs maris. Cette accusation est une espèce de cérémonie religieuse. Le mari se rend toujours facile à pardonner à sa femme les fautes dont elle lui fait l’aveu, mais si elle lui nomme un complice il est en droit de le poursuivre en justice et il n’y manque pas surtout s’il avait porté l’audace jusqu’à fouiller sa couche nuptiale. Quand il s’agit de ce crime, le Juge n’exige point d’autres preuves que la dénonciation du mari confirmée par l’aveu de fa femme, parce qu’il suppose que cet aveu qui la condamne à l’infamie ne saurait être que le cri de sa conscience. Elle en est quitte au tribunal du Juge, comme auprès de son mari pour le repentir et la honte mais il n’en est pas ainsi du séducteur : la loi ordonne qu’il fera remis au pouvoir de celui qu’il a outragé et il devient son esclave à moins qu’il ne soit assez riche pour se racheter. On juge assez que de tels esclaves ne sont point épargnés de leurs maîtres.

Une Princesse a le double droit de choisir parmi le peuple tel mari qu’elle juge à propos, même celui qui est déjà marié et de l’obliger à n’avoir qu’elle seule pour épouse. Comme cette dernière condition paraît ordinairement trop dure aux Princes, il est rare que les Princesses en trouvent qui veuillent les épouser. Les roturiers même redoutent leur alliance mais lorsqu’elle leur est offerte ils sont obligés de l’accepter à peine d’y être contraints par confiscation de corps et de biens : et ceux que les Princesses choisissent sont ordinairement les plus riches du pays. Elles ont encore la liberté que n’ont point les femmes du peuple, de répudier un mari qui ne leur convient plus et de s’en choisir un autre et il ne paraît pas qu’elles aient besoin d’apporter d’autre motif de leur divorce, que leur volonté. Pour que le mari répudié d’une Princesse puisse se marier, ou même reprendre sa première femme, s’il en avait une avant son mariage avec la Princesse, il faut qu’il en obtienne la permission du Roi, qui ordinairement se rend facile fur cet article.

 Le petit Royaume de n’Goïo reconnaît sa dépendance de celui de Loango en donnant au Roi une Princesse du sang qui ne doit être que la première de ses épouses et n’a aucun des privilèges des autres Princesses.

Celui dont une Princesse a fait choix pour devenir son époux commence par se frotter le corps d’huile de palmier et se peindre en rouge; c’est-là le premier exercice d’une retraite d’un mois, qu’il passe tout entier sans mettre le pied hors de sa case.Pendant tout ce temps, il ne se nourrit que des mets les plus communs et il ne boit que de l’eau. Au bout du mois, il se lave, et il épouse la Princesse avec beaucoup d’appareil. Mais le jour de ses noces est le dernier de fa liberté. Le mari d’une Princesse est moins son époux que son esclave et son prisonnier. Il s’engage en l’épousant, à ne plus regarder aucune femme tout le temps qu’il habitera avec elle. Jamais il ne sort qu’il ne soit accompagné d’une nombreuse escorte. Une partie de ses gardes prennent les devants pour écarter toutes les femmes du chemin par où il doit passer. Si malgré ces précautions, une femme se rencontrait sur son passage et qu’il eût le malheur de jeter les yeux fur elle, la princesse, sur la déposition de ses espions peut lui faire trancher la tête et ordinairement elle use de son droit. Cette sorte de libertinage soutenu par la puissance, porte souvent les Princesses aux plus grands excès, mais on ne redoute rien tant que leur colère. La cruauté semble leur être naturelle et l’on dirait qu’elles veulent se venger sur tout ce qui les approche, de l’espèce de servitude à laquelle est condamné leur sexe.

La condition des autres femmes forme, en effet le contraste le plus frappant avec celle des Princesses. Tandis que celles-ci traitent leurs maris en maîtresses impérieuses, celles-là sont, à l’égard des leurs, dans une dépendance qui tient de la servitude. Quand elles leur parlent, ce n’est jamais qu’à genoux, Elles sont seules chargées de la culture des terres et de tous les travaux domestiques c’est à elles à pourvoir à leur subsistance à celle de leurs enfants et de leur mari.

Si un homme a plusieurs femmes, chacune à son tour lui prépare à manger et se tient honorée de le servir pendant le repas, et de recevoir ensuite de sa main, les restes pour elle et ses enfants. Le mari, pour ne pas exciter de jalousie entre ces femmes ne se familiarise avec aucune. Il habite toujours seul dans sa case et chacune d’elles dans la sienne avec ses enfants. Cette séparation de demeure n’empêche pas qu’il ne s’élève de temps en temps des différents entre elles, que le mari, suivant l’usage du pays a droit de terminer juridiquement. Sur la plainte qui lui a été rendue, il ordonne aux deux rivales de comparaître à son audience; chacun plaide sa cause â genoux tandis que lui-même est assis par terre, les pieds croisés. Après, les avoir entendues, il prononce, elles se retirent en silence et en témoignant la plus entière soumission à son jugement. Il paraît que ceux qui ont plusieurs femmes mettent entre elles quelque distinction, et que les unes sont épouses du premier ordre et les autres du second ordre. Il y en a même dans cette dernière classe qui font véritablement esclaves. Le sort des femmes des Princes diffère beaucoup de celui des Princesses, elles ne sont point dispensées des travaux domestiques et souvent on les voit occupées, comme les autres de la culture des terres.

Le mari se charge pour l’ordinaire, de donner des habits à sa femme, et d’entretenir sa casé, il va à la chasse et à la pêche. Quand ceux qui ont plusieurs femmes se font procuré une quantité suffisante de gibier ou de poisson ils la distribuent entre toutes, observant scrupuleusement de faire les parts égales, à raison du nombre de leurs enfants. Si ce qu’ils ont pris né peut pas suffire pour toutes ils n’en font part qu’à celle qui est chargée de la cuisine ce jour-là.

La communauté de biens entre les maris et les femmes n’a point lieu dans ces pays. Elle ferait sujette à trop d’inconvénients avec l’usage de la polygamie. Quant aux successions les enfants n’héritent point de leurs père mais seulement de leur mère. Les biens du père sont réversibles, après sa mort à son frère aîné utérin, s »il en a un. Au défaut de frères, au fils aîné de sa sœur aînée utérine; ou enfin au fils aîné de son plus proche parent maternel.

Les successions pour les pauvres, c’est-à-dire pour le gros de la nation, se réduisent à une case, un fusil, un labre, quelques vases de bois ou de terre, quelques macoutes, souvent elles sont de moindre valeur encore. Celles des riches des Princes et des Rois, consistent en esclaves, toiles de coton, couverts d’argent, corail, sabre, fusils et autres effets tirés d’Europe. Comme le Roi est le propriétaire du Royaume, les terres et Seigneuries que les Grands tiennent à titre de gouvernement, ne passent point à leurs héritiers, à moins qu’ils n’achètent la préférence à force de présents faits au Roi et à ses Ministres.

 

CHAPITRE X

De l’éducation des enfants

Les pères ne prennent aucun soin particulier de l’éducation de leurs enfants. Ils se contentent de leur inspirer une certaine crainte vague de la Divinité dont ils n’ont eux-mêmes que des idées bien grossières. Ils les portent, par leurs exemples plus que par leurs discours, à respecter leurs pratiques superstitieuses, à éviter le mensonge, le vol et le parjure. Ils leur recommandent aussi le respect pour les Ganga ou ministres et pour les vieillards. Ils leur donnent ces leçons Suivant occasion. Il n’y a chez ces peuples aucune école publique, ni pour la religion, ni pour les sciences et il y a très-peu de métiers auxquels ils puisent appliquer les enfants. Les jeunes filles sont aussi laborieuses que leurs mères. Toujours à leurs côtés, elles partagent avec elles les travaux les plus pénibles des champs, et tous les soins du ménage. Elles vont ramasser du bois dans les forêts, et puiser de l’eau à la rivière, qui est souvent éloignée d’un quart de lieue. Mais les petits garçons suivant l’exemple de leur père ne veulent prendre aucune part aux travaux dont leurs sœurs sont accablées et à peine sont-ils en âge de se connaître, qu’ils prennent avec elles un ton de maîtres comme ils voient que leur père fait à l’égard de leur mère. Un missionnaire entendait un jour une mère qui donnait une commission à son fils. L’enfant qui n’était âgé que d’environ huit ans lui répondit gravement « pensez donc que je suis garçon ».

Tandis..que la mère travaille avec les filles, les garçons s’amusent, et passent le temps avec les enfants de leur âge. Ils jouent peu, quelquefois ils cherchent des cannes de sucre, des ananas et d’autres fruits bons à manger, mais leur grande et presque unique occupation est d’aller dénicher des oiseaux dans les forêts où ils en trouvent en quantité et du plus joli plumage. Ils en prennent aussi au trébuchet et avec des filets, se servant pour appât d’œufs de fourmis. Il y aurait bien des enfants parmi nous qui s’accommoderaient mieux de ce genre de vie que du sérieux de l’étude.

Lorsqu’ils sont parvenus à l’âge de quinze ou seize ans, ils s’occupent plus volontiers de la pêche ou ils vont à la chasse quand ils ont le moyen d’acheter un fusil. Quelques uns fabriquent des macoutes qui sont de petites pièces de toile qui servent de monnaie dans le pays.

CHAPITRE XI

Des arts & métiers

Ces peuples n’ont point de connaissance de l’écriture ni d’aucuns signes qui puisent en tenir lieu. Ils n’ont de monuments que la tradition, qui se conserve par certains usages. Les arts chez eux font encore dans leur enfance : ils exercent que ceux qui font nécessaires à la vie, et d’une manière bien imparfaite.

Les Médecins sont révérés comme des hommes précieux et même nécessaires à la société, leur art fait partie de la religion. Ils portent le nom de Ganga qui en langue du pays signifie ministre. Quand ils arrivent chez un malade ils lui demandent où le mal le tient ? et ils se mettent à souffler sur la partie souffrante après cela ils font des fomentations et ils lui lient les membres en différents endroits avec des bandelettes, ce sont-là les préliminaires usités dans toutes les maladies. Ils ne connaissent ni les saignées, ni les médecines. Il y a des cas où ils emploient des simples de différente espèce mais en topique seulement. Les missionnaires n’ont pas été à portée d’en reconnaître la vertu. Ils en mâchent toujours avant de souffler sur leurs malades ce qui pourrait, bien surtout dans les blessures extérieures produire quelque effet naturel. Les médecins de ce pays connaissent encore un remède très salutaire, à leur avis, pour toutes les maladies mais qu’ils n’emploient qu’en faveur de ceux qui ont le moyen d’en faire les frais, lorsqu’ils font appelés chez un homme riche ils se font accompagner de tous les joueurs instruments qu’ils peuvent rassembler dans le pays : ils entrent chez lui en silence; mais au premier signal qu’ils donnent, la troupe musicienne se met en train. Les uns sont armés d’instruments à cordes d’autres frappent fur des troncs d’arbres creux couverts de peau, quelques-uns ont des trompettes et des espèces de tambours de baque. Tous unissant leur voix au son des instruments font, autour du lit du malade, un vacarme effroyable qui, souvent est continué pendant plusieurs jours et plusieurs nuits de suite. Le remède serait plus cruel que le mal pour un Européen; mais cette musique qui charme les nègres lorsqu’ils sont en santé ne doit pas leur faire éprouver, au temps de la maladie, une sensation plus désagréable que celle que produirait en nous un concert harmonieux et, dans ce cas, le remède ne doit pas être si violent que nous l’imaginerions d’abord. Quoi qu’il en soit, quand l’état du malade paraît empirer, ils s’efforcent de tirer de leurs instruments les sons les plus perçants et ils font retentir tout le voisinage de leurs cris comme s’ils voulaient épouvanter la mort et la mettre en fuite. S’ils n’y réussissent pas, comme il arrive souvent ils se consolent dans la pensée qu’ils ont fait leur devoir et que les parents du défunt n’ont rien leur reprocher. Tout le temps que ce chœur de musiciens reste auprès du malade ses médecins lui rendent de fréquentes visites, et viennent à des heures réglées lui administrer différents remèdes et souffler sur son mal.

Les maladies les plus communes dans ces climats font les fièvres, la petite vérole, la rougeole et la paralysie. Cette dernière est appelée la malade du Roi : les nègres la regardent comme la punition de quelque attentait prémédité contre le Roi. Le paralytique n’est pas poursuivi en justice, parce qu’on suppose que le Ciel qui l’a privé de l’usage de quelques-uns de ses membres l’a puni suivant le degré de malice qu’il y avait dans son intention, mais il est regardé comme un méchant citoyen.

Les médecins ne prescrivent aucun régime particulier à leurs malades. Ils leur font donner tout ce qu’ils demandent pour, le boire et le manger sans aucun égard à la qualité ni à la quantité mais s’ils ne demandent rien; ils ne leur font rien offrir. Cette méthode n’est pas sans inconvénients, mais, elle peut avoir aussi ses avantages. Dès que le malade est mort ou quand il est guéri, ses parents font une quête dans l’endroit, au profit du médecin qui l’a traité pendant sa maladie. Lorsque les quêteurs allaient chez lés missionnaires ils leur demandaient ordinairement de l’eau-de-vie d’Europe les assurant que c’était la chose qui pouvait faire’ le plus de plaisir au médecin;.

Comme la plupart de nos maladies sont occasionnées par les excès de la table les nègres qui mènent toujours une vie également sobre et frugale sont rarement malades et un grand nombre parmi eux parvient à une extrême vieillesse.

Le Roi actuel de Kakongo nommé Poukouta est âgé de cent vingt-six ans. Il s’est toujours bien porté et ce ne fut qu’au mois de Mars de l’année dernière qu’il se ressentit pour la première fois des infirmités de la vieillesse, et que sa vue et ses jambes commencèrent à s’affaiblir mais il a encore toute sa tête et il emploie habituellement cinq ou six heures par jour à rendre la justice à ses sujets. La Princesse Ma-mtéva, sa tante est à-peu-près du même âge et se porte également bien.

Quand les nègres se sentent indisposés, ils font une tisane avec un chiendent, qui est le même que le nôtre. Ceux qui ont des incommodités qui ne les oblige pas à garder le lit, vont trouver eux-mêmes les médecins, qui leur prescrivent quelques pratiques superstitieuses auxquelles ils attribuent la guérison que la nature opère elle-même.

Quoique ces médecins, comme ce que nous venons de dire l’annonce assez, ne soient pas de grands magiciens, le peuple les croit pourtant très versés dans les secrets de la magie et eux-mêmes ne se défendent pas des connaissances occultes qu’on leur attribue, et du commerce qu’on suppose établi entre eux et l’esprit malfaisant qu’ils se chargent d’apaiser. Les enfants des médecins succèdent à leur père.

Les missionnaires eurent un jour occasion de voir un nègre seigneur d’un village, que ni le son des instruments, ni le souffle des médecins, ni leurs topiques, ni leurs opérations magiques, n’avaient pu guérir. Sa maladie avait des caractères tout-à-fait singuliers. Au moment où il en ressentait les accès, soit le jour ou la nuit, il sortait de chez lui et courait au hasard par les campagnes et les forêts poussant, comme un énergumène, des cris et des hurlements lamentables. Il avait les yeux hagards et enflammés, il jetait l’écume par la bouche et quand il s’arrêtait, il paraissait agité de violentes convulsions. Quoiqu’il ne fît de mal à personne les habitants du pays lorsqu’il état dans cet état redoutaient sa rencontre plus que celle d’une bête féroce. Quand ces accès de fureur étaient apaisés cet homme paraissait fort raisonnable et parlait sensément mais tout ce que les missionnaires purent tirer de lui et ce qu’il dit constamment à tout le monde c’est qu’il est obsédé par un grand spectre dont la vue l’agite et le jette hors de lui-même, fans qu’il sache alors où il est ni ce qu’il fait. Les missionnaires n’ayant pas été à portée de suivre cet homme et de l’examiner dans les accès de sa fureur ont supposé que sa maladie n’était occasionnée que par un dérangement dans les organes; quoi qu’il ne oit pas impossible que le Démon qui possédé déjà les âmes des malheureux habitants de ces contrées, n’étendît quelquefois son empire jusque sur les corps; et que par un juste jugement de Dieu il commençât à les punir dès cette vie même du culte sacrilege qu’ils lui rendent.

Agriculture

Nous avons parlé ailleurs de l’agriculture ; ce font les femmes qui l’exercent. Elles n’ont pas d’autre instrument de labourage qu’une petite bêche pointue qui ressemble assez aux truelles de nos maçons. Ceux qui disent qu’on voit quantité de vignerons à Loango auraient dû faire attention qu’il n’y a point de vignes dans le pays. Les hommes, d’ailleurs, par un préjugé universel, fondé sans doute sur leur indolence croiraient s’avilir s’ils travaillaient à la terre. Ils aiment mieux attacher l’honneur à des occupations plus amusantes et moins pénibles. Presque tous sont chasseurs et pêcheurs. Un grand nombre sont aussi charpentiers, si on peut donner ce nom à ceux qui construisent des maisons telles que celles que nous avons décrites. On voit encore parmi eux des forgerons, des potiers, des tisserands et des sauniers.

Forgerons

Les forgerons tirent leur fer d’Europe [31]. Ils emploient pour le faire rougir, le charbon de bois. Ils le battent sur des. enclumes d’un bois plus dur que la pierre. On a cependant vu quelques petites enclumes de fer dans les forges du Roi de Kakongo. Les ouvriers sont lents et peu habiles ils ne font que de petits ouvrages. Les marteaux dont ils se fervent ne pèsent pas plus que ceux de nos tapissiers. Leurs soufflets sont d’une fabrique assez ingénieuse.

Potiers.

Les potiers font toutes sortes de vases de terre qu’ils cuisent au milieu d’un grand feu. Ils les façonnent, presque aussi bien qu’en Europe, quoiqu’ils ne fassent point usage du tour. Ils font aussi des pipes à fumer dont le grand débit fait une branche considérable de leur petit commerce,

Tisserands.

Les tisserands font leurs toiles avec une herbe haute d’environ deux pieds, qui croît sans culture dans les campagnes désertes et qui n’a besoin d’aucun apprêt pour être mise en œuvre. La longueur de l’herbe fait la longueur de la pièce. On la fait un peu moins large que longue. Cette toile est tissée comme la nôtre mais ils la font sur leurs genoux sans navette et fans métier, ayant la patience de passer la trame avec les doigts entre chacun des fils, en la, manière dont nos vanniers font leurs claies. Quoi qu’ils travaillent avec tant de précipitation qu’on a peine à suivre des yeux le jeu de leurs doigts, ils avancent peu. Les meilleurs ouvriers ne font pas plus de la valeur d’une aune de toile dans l’espace de huit jours.

Leurs petites pièces, que nous appelons macoutes servent de monnaie courante dans le pays. Les marchands n’ont pas droit de les refuser en échange des denrées qu’ils portent au marché. Outre les toiles communes, les nègres font encore de petits sacs, des bonnets et d’autres ouvrages, dont quelques-uns seraient admirés en Europe pour la variété du dessin et la délicatesse du travail. On trouve dans le pays un arbre dont la seconde écorce est une vraie toile, forte et flexible comme la nôtre les nègres s’en servent comme des macoutes, pour se faire des habits.

Sauniers.

Les paysans des villages qui avoisinent là mer, sont pour la plupart sauniers. Tout leur art consiste à faire évaporer sur un grand feu, l’eau de la mer, qui dépose son sel au fond des vases qu’ils emploient à cet usage.

La deuxième partie vous intéresse, lisez la dans le texte en suivant CE LIEN

Notes :

[1] NDLR : Pour des raisons de facilitation de la lecture, ce texte à été retranscrit par Lionel Sanz qui n’a pas changé le texte mais qui a utilisé la graphe et l’orthographe contemporaine. Il a également apporté nombre d’éclaircissements dans les notes NDLR

[2] NDLR : Proyart taille une croupière aux Philosophes des lumières : Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau…

[3] NDLR : A noter que l’auteur ne s’est jamais rendu outre-mer et qu’il a rédigé ce texte d’après les relations que lui ont fait des prêtres de retour d’Afrique.

[4] NDLR : Latitude approximative de l’embouchure du fleuve Noumbi

[5] NDLR : approximative de l’embouchure du fleuve Loémé

[6] NDLR : Cette latitude est erronée, elle nous reporte dans le quartier Raffinerie à Pointe-Noire. Bwali étant aujourd’hui Diosso qui se trouve 10’’ plus au nord.

[7] Quelques géographes appellent ce royaume Caconda. Malimbe est le port de Kakongo, comme Cabinde est celui de N’Goio. Ainsi, quand nous appelons ces Royaumes Malimbe et Cabinde, c’est comme si les anglais appelaient la France le Royaume de Calais, parce que leurs vaisseaux abordent au port de cette ville.

[8] NDLR : ce paragraphe , très exagéré, montre que Proyart ne connait pas le pays.

[9] NDLR : Le manioc (Manihot esculenta/utilissima) est aujourd’hui la plus cultivée d’une série de plantes domestiques d’origine américaine qui dominent la production agricole de toute l’Afrique centrale malgré le fait qu’il ne fut introduit qu’après 1600, sans doute par les négriers pour nourrir à moindre frais les esclaves durant le voyage vers les Amériques.

[10] NDLR : Un pouce en France mesurait à l’époque 2,707 cm

[11] NDLR : Il s’agit de l’arachide, elle aussi originaire du nouveau monde et importée par les négriers pour les mêmes raisons que le manioc.

[12] NDLR : Le tabac est originaire d’Amérique centrale, sans doute importé par les négriers pour se réapprovisionner avant la traversée. Cependant la présence d’industries anciennes de fabrication de pipes sur les bords du fleuve Congo démontrent que les populations du Kongo ancien fumaient sans que l’on connaisse la nature du produit consommé (chanvre ?)

[13] NDLR : Il est originaire de régions clairement reconnues et séparées par l’équateur :
au nord : Mexique, Amérique centrale, Venezuela, Colombie ;
au sud : Pérou, Équateur, Bolivie, Chili, Brésil.

[14] NDLR : Nous doutons de ce rendement, monsieur Henri Daulne, spécialiste du maïs est parvenu  avec des techniques modernes et des semences sélectionnées à deux récoltes sur une année dans les plaine fertiles de la Bouenza.

[15] NDLR : Une livre = 489,5 grammes.

[16] NDLR : Un pied = 0.32483 mètre

[17] NDLR : Banane plantain

[18] NDLR : banane fruit

[19] Le rédacteur des Mémoires de l’Evêque de Tabraca sur l’histoire du Royaume de Siam, confond la banane avec la figue banane. J’ignore si c’est aux mémoires du prélat, ou à la bévue du rédacteur que doit être attribuée cette erreur, erreur qui assurément ne blesse ni la religion, ni la société. Mais pour ses allusions indécentes et le parallèle odieux que l’auteur établit dans l’occasion, entre les observances superstitieuses des siamois et les pratiques autorisées ou prescrites par notre sainte religion, il est à croire qu’il a plus consulté le répertoire de la philosophie moderne, que le mémoires du vénérable prélat missionnaire qui, après avoir prêché et confessé la foi chez les nations idolâtres, vient de reporter tout de nouveau au-delà des mers, un corps infirme et plus que sexagénaire, dans l’espérance d’arracher encore quelques victimes de l’enfer.

[20] NDLR : Une ligne = 2,256 mm

[21] NDLR : Une autruche ?

[22] NDLR : Le corbeau d’Europe est d’un noir uniforme, le corbeau africain a le ventre blanc.

[23] NDLR : Histoire générale des Voyages (Paris, 1746-1759; 15 volumes) par l’Abbé Antoine François Prévost

[24] NDLR : On pourrait croire que Proyart, dans ces deux paragraphes, fait son autocritique.

[25] NDLR : Proyard nous donne une grande leçon de manichéisme missionnaire : Le noir christianisé des terres proches du rivage est doux, travailleur, honnête. Rien n’était inné chez lui, mais sa rencontre avec Jésus du fait des évangélisateurs l’a transformé et rendu fréquentable.
A contrario, le nègre sauvage de l’intérieur et dont ne sait rien si ce n’est l’image qu’en donnent les commerçants locaux, est revêtu de tous les vices terrestres sans avoir la moindre qualité. Il peut être considéré comme un animal et à ce titre emmené en servage.

[26] L’auteur de l’ Histoire de l’Asie, de l’Europe et de l’Amérique. Tome 12

[27] NDLR : Histoire de l’Asie, de l’Europe et de l’Amérique – Pierr e  Joseph André Roubaud – Paris – 17 70

[28] NDLR : A rapprocher de la phrase  populaire encore couramment entendue de nous jours : « Voler le blanc, c’est pas voler »

[29] NDLR : Lorsque Proyart  écrit ces lignes, il vient tout juste de passer le cap de la trentaine. D’évidence il est  perturbé par les questions sexuelles, dont il parle souvent et avec une outrance quelque peu suspecte. Ce qu’il nous dit  de la sexualité en pays Loango est aux antipodes de ce que nous en savons. Il semble évident que pour lui complaire, ses sources truquent cette partie de leur récit ou que Proyart les censure.
Proyart nous rappelle Frollo dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. Le poète aurait il lu proyart ?

[30] NDLR : Op.cité

[31] NDLR : in Métallurgie et politique en Afrique centrale. Deux mille ans de vestiges sur les plateaux batéké, Gabon, Congo, Zaïre Marie-Claude Dupré  et Bruno Pinçon,  évoquent une métallurgie au moins bi-millénaire sur les plateaux batéké. Les bantous du Congo connaissaient donc le fer avant de connaître les européens.