1942-1943 – La tchikumbi, rite initiatique du royaume de Loango

La tchikumbi est un rite initiatique propre au peuple Vili de la région de Loango destiné aux jeunes filles nubiles. Elles sont parées par leurs aînées de bracelets et autres bijoux ainsi que couvertes d’une poudre de bois rouge mêlée d’huile de palme d’après le témoignage de Bernard Lefebvre dit Ellebé. Ce reportage est le fruit d’une collaboration entre Ellebé, Robert Carmet et Germaine Krull.

La Tchikumbi

Les hommes et surtout les femmes sont astreints à des interdits sexuels et alimentaires dont la non-observance affecte l’ensemble de la collectivité.


Les cérémonies d’initiation et de fécondité qui se déroulent pendant la période dite « de tchikumbi » ont pour but d’agréer les jeunes filles adolescentes à la collectivité, de leur faire prendre connaissance des mythes relatifs à la création de « l’Homme » et surtout leur apprendre à vivre en respectant les innombrables interdits (tchi : na) qui pèse sur tout individu dont les bakisi basi sont les plus sûrs garants.
Parvenue à l’âge nubile, la jeune fille accède à un nouvel état physiologique et social, assimilé généralement à la Féminité (sexualité, fécondité).
Dés l’apparition du premier sang menstruel, la jeune fuit dans la brousse, poursuivie et rejointe par les femmes averties de l’événement, qui la chargent sur leur dos et la ramène au village où elles répandent la nouvelle avec force clameurs. Les hommes sortent les fusils et tirent quelques salves…
La tchikumbi est immédiatement enfermée dans une case avec des amies de son âge ou légèrement plus jeunes, en compagnie desquelles elle passera la nuit à chanter et pleurer la fin de son enfance. La future initiée doit au cours de cette nuit, consommer avec ses amies : un poulet, du poisson et du manioc grillé (kuko : ka) (mayaka mala : bu).
Les deux ou trois compagnes qui partagent la case de la tchikumbi sont appelées ba : na bankhamma. Elles ne sont pas encore nubiles et participent à la vie quotidienne de leur amie qui les a personnellement choisies. Pendant toute la durée d’internement, elles s’accoutumeront aux comportements, chants et interdits de leur future initiation. Leur rôle auprès de la tchikumbi est :

  • Constituant une cour autour de leur initiée, elles distraient cette dernière
  • L’accompagnent lors de chants et danses de circonstance
  • L’enduisent quotidiennement d’une couche de tukula (peinture obtenue à l’aide du sable et de bois de padouk écrasés et mélangés à l’eau
  • L’aident à se parer chaque matin
  • Elles l’exhortent aussi à la patience et s’assurent par une surveillance de tous les instants, qu’aucun interdit n’est transgressé.


Le lendemain matin, une matrone déroule une natte et s’assied devant la case pour diriger les premières phases d’initiation.

Neuf couches de tukula doivent être appliquées sur le corps de tchikumbi. Chaque application est suivie d’un laps de temps nécessaire au séchage, puis des frottements rapides débarrassent le corps des granules, esquilles de bois et autres impuretés contenu dans la peinture.

Préparation de la poudre pour la cérémonie

Après le séchage de la couche de tukula, la tchikumbi revêt les habits et parures de sa nouvelle condition :

  • Une jupe de raphia (lisani) recouverte d’une couche de sauce épaisse obtenue par la cuisson dans l’eau des noix de palmes décortiquées et pilées appelée mwa : ba, puis imbibée de tukula
  • Une bande de raphia (mphufa) à la quelle sont accrochés des clochettes, dissimulant les seins
    Sindetcheka, perles très fines et multicolores placées en bandeau sur le front
  • Milu :nga yi mio : ko : plusieurs bracelets de cuivre enfermant les deux avant-bras du poignet à la saignée du coude
  • Milunga yi ma : lu, gros et lourds anneaux de cuivre enfermant la jambe de la cheville au genou.

Ce jour, un grand repas réunit les membres du clan et les amis de la tchikumbi. Des Bikumbi (pluriel de tchikumbi) des villages voisins ont été invitées avec leurs parents : elles participent aux festivités qui se déroulent toute la nuit.

Cet enfermement de la tchikumbi dans une case avec des amies de son âge ou légèrement plus jeunes peut durer plus de douze mois pendant lesquels un prince charmant peut postuler à la prendre en mariage (nous verrons dans un prochain article comment se passe le mariage au royaume Loango). La demande en mariage se négocie entre le postulant et le clan de la tchikumbi avec ou sans l’acquiescement de cette dernière. L’oncle maternel (nkhasi nka : da) et chef de famille, joue un rôle primordial (matriarcat) dans tout mariage au Royaume Loango.

Un lavage de la tchikumbi, dans un ruisseau termine l’internement de celle-ci et de tous les interdits permettant ainsi son intégration dans la société.

Source du texte : http://www.royaumeloango.org/


Ecoutez un des chants qui accompagnent la danse rituelle de la Tchikoumbi en cliquant ICI

Source des photographies : http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ulysse

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