1953 – PROBLEMES DE DEMOGRAPHIE URBAINE AU MOYEN CONGO par Marcel Soret

Marcel Soret en 1953 se lance dans l’interprétation du recensement de 1950. Il en tire de nombreuses conclusions, partiales, et biaisées puisqu’il il omet la cause UNIQUE des travers qu’il relève : la colonisation et la perversion des structures sociales traditionnelles qu’elle a induit sous prétexte d’apporter la civilisation à des peuples qui n’en étaient pas demandeurs[1].

Si les cultures congolaises se passaient de la ville telle qu’elle est comprise par les européens, c’est qu’elles n’en avaient nul besoin et qu’elles s’accommodaient fort bien de leur absence.

Les solutions qu’il entend apporter vont toutes dans le sens de l’infériorisation et la vassalisation de l’africain. On trouvera quand même dans son étude le témoignage qu’à cette époque, le problème de l’exode rural était déjà d’actualité.


PROBLÈMES DE DÉMOGRAPHIE URBAINE AU MOYEN CONGO
par Marcel Soret

L’installation de la France dans l’intérieur de l’A.E.F.  ne date guère de plus d’un demi siècle. Si Brazza atteignait pour la première fois le Congo en 1880, ce n’est qu’au cours de la dernière décade du XIX° siècle qu’il commençait l’organisation du territoire. Mais, dans ce pays qui, avant notre arrivée, ne comptait que de petites agglomérations villageoises, les villes restèrent rares. Avec la capitale seule, pendant longtemps, les chefs-lieux de territoire méritèrent ce nom. Pour l’ensemble de l’A.E.F. il en existe seulement deux autres, très récentes : Dolisie au carrefour des routes Pointe-Noire Brazzaville et Libreville Moyen-Congo, et le débouché des bois du Gabon : Port  Gentil.

Cependant, depuis une dizaine d’années, en raison du développement que l’on a voulu donner au pays, ces centres urbains ont vu leur importance s’accroitre tandis que des postes éloignés prenaient l’allure de petites villes. Les chefs-lieux devenaient des centres de redistribution des matériaux dont le pays avait besoin, mais aussi et surtout c’est là que se tiraient les commandes de ce renouveau d’activité.

Cette brusque croissance des villes devait poser à l’administration de nombreux problèmes : logement, approvisionnement, chômage, questions juridiques à régler suivant les multiples coutumes, problèmes sanitaires etc.

En 1950 l’administration s’efforçait de faire le point en opérant dans les villes un recensement aussi exhaustif que possible. Pour Brazzaville, le plus important des centres urbains de la fédération et Dolisie, ville neuve type, ce recensement était entièrement dépouillé, étudié, contrôlé et complété par des sondages. Les résultats de ce travail faisaient l’objet d’une première publication[2].

Malgré leurs nombreuses erreurs, ces recensements montrent bien les caractères nettement différenciés des villes. A Brazzaville même, les deux agglomérations de Bacongo et Poto-Poto, séparées l’une de l’autre par la ville européenne arrivent même à s’opposer. Créées toutes deux officiellement vers la fin de la première décade de ce siècle, elles ont pendant longtemps une croissance parallèle. Mais au fur et à mesure qu’elles grandissent leurs caractères particuliers s’affirment. La deuxième guerre mondiale a été le pierre de touche consacrant leurs différences. Bacongo s’est peuplé de lari, tous originaires de moins de 200 kilomètres et solidement encore organisés au point de vue social. Poto-Poto reste le réceptacle des immigrés en provenance de toute l’A.E.F., voire d l’étranger puisque Afrique occidentale, Congo belge et colonies portugaises fournissent 120% de sa population. A partir de 1940, à Poto-Poto l’immigration va en s’amplifiant plus multiforme que jamais, à Bacongo elle diminue progressivement pour pratiquement cesser après 1950.

Dolisie était, avant guerre un poste, important certes, mais auquel rien ne permettait de prétendre au titre de commune-mixte. L’ouverture de la route su Gabon l’importance prise par la vallée du Niari, lui a donné une imprévisible tension, là aussi, quoi que à une autre échelle, se posent les problèmes que nous retrouvons à Brazzaville à Poto-Poto surtout.

Malgré la meilleure volonté des autorités, les erreurs sont nombreuses dans les recensements. L’homogénéité et la stabilité de Bacongo, la petitesse de Dolisie les réduisent un peu pour ce deux centres ; la complexité, la mobilité et l’importance de Poto-Poto obligent par contre à un contrôle incessant et donnant parfois des résultats aléatoire. C’est qu’un recensement urbain en Afrique Noire doit tenir compte d’un certain nombre de données fondamentales auxquelles on doit imputer une lourde part de ces erreurs.

L’Etat civil est pratiquement inexistant. Aussi non seulement n’avons-nous qu’un âge approximatif, mis toute personne qui se soustrait volontairement ou non au recensement ne peut être retrouvée par recoupements.

La grosse masse des immigrants récents est essentiellement mouvante. Ceux qui n’arrivent pas à gagner leur vie, à se faire entretenir, retournent au village, reviennent repartent pour une autre ville. C’est cette mobilité essentielle des population urbaines qui est le plus gros handicap des études démographiques, Un recensement précis, effectué en un jour ne nous donnerait qu’un instantané, vieilli trois mois plus tard… et il faut des mois pour mener « à bien » un semblant de dénombrement. Combien sont-ils dans ces centres ? 50 000 à Poto-Poto, peut-être 25 000 à Bacongo, 7 500 à Dolisie.

Enfin si Bacongo reste homogène (nous y trouvons bien les représentants d’une cinquantaine de tribus, mais le sous groupe lari forme 92% de la population). Dolisie et surtout Poto-Poto sont constitués par un agrégat de peuples divers originaires de tous les points de l’Afrique noire au nord du 12° parallèle sud à l’ouest du 28° méridien est. Nous avons ainsi pu relever le nom de trois cent tribus plus ou moins différenciées, avec chacune sa langue, ses coutumes, son égocentrisme.

Malgré cette diversité des origines et es caractères, un certain nombre de problèmes communs à ces ethnies et à ces agglomérations, plus ou moins graves suivant les centres et les tribus, méritent qu’on y prête attention.

EXODE RURAL

La création d’une ville européenne en Afrique noire a immédiatement fixé autour de celle-ci une population autochtone dix à quinze fois plus importante. La population blanche des viles a quadruplé depuis dix ans alors qu’elle n’avait même pas triplé de 1910 à la veille de la guerre. La population africaine a suivi une courbe parallèle.

A Poto-Poto, c’est au début du siècle que nous voyons apparaître les premiers immigrants. A Bacongo, c’est surtout après sa création officielle (1909) que l’immigration devient sensible. Dolisie n’existe encore pas. Le poste administratif et installé à Loubomo, à quelques kilomètres.

De 1900 à 1945 l’immigration à Brazzaville est sensiblement régulière. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, par contre, nous assistons à une véritable fièvre migratoire. Cet exode

 

  • A la veille de la première guerre mondiale et à son lendemain nous avons les premiers afflux.
  • 1927-1930 Période de bien-être économique mondial, nous assistons au premier essai de Brazzaville pour prendre sa place dans le monde. D’autre part, c’est à cette époque que le chemin de fer Congo-Océan, en gestation depuis de longues années, entre dans sa phase de réalisation sous l’impulsion du Gouverneur Général Antonetti.
  • 1930- 1935 Après l’euphorie, la crise, puis le C.F.C.O. s’éloignant de sa base de départ entraîne des déplacements de main d’œuvre vers l’ouest.
  • 1939-1940 Brazzaville, capitale de l’Union française : 5 000 immigrants (60% en 1940) s’installent dans le seul Poto-Poto.
  • 1941-1944 Mobilisation économique, production accélérée : l’administration locale conserve le maximum de main d’œuvre.
  • La paix revenue, l’équipement économique du pays, c’est-à-dire en fait d’abord le développement des villes se traduit par un exode rural plus fort que jamais. Durant ces années l’irrigatio

rural se cristallise cependant autour de quelques années de pointe séparées par des années de calme.n atteint à Poto-Poto, les chiffres suivants :

La mort a pris son tribut, quelques uns sont repartis, mais les survivants représentent certainement plus du tiers de la population actuelle de Poto-Poto.

A Bacongo, à partir de 1940, l’afflux des lari est beaucoup moins fort. Il cesse pratiquement après 1950.

Ces immigrants sont e général jeunes : les deux tiers viennent entre 15 et 25 ans. Ils sont célibataires. Ce n’est que lorsqu’ils seront installés, de 3 à 5 ans plus tard qu’ils feront venir une femme. Ainsi Bacongo, où l’immigration des hommes a presque cessé nous donne-t-il l’impression de tendre vers une normalisation du taux de masculinité. Par contre, Poto-Poto reste le type même des centres urbains où se posent de nombreux problèmes démographiques et sociaux.

Aussi (voir le tableau précédent) l’immigration diminue-t-elle mais pas dans les proportions du ralentissement de l’embauche. C’est que l’appel de la ville, surtout depuis une dizaine d’années, ne joue pas seulement sur le plan du travail. L’attraction familiale a elle aussi, un rôle de premier ordre : 15% des hommes (5 500 environ) reconnaissent être venus rejoindre ou accompagner un membre de leur famille, mais 13 autres pour cent sont venus travailler avaient déjà un parent qu’ils sont venus rejoindre. Plus du quart des hommes (11 ou 12 000) ont donc été amenés par un parent soit attiré par lui : l’oncle maternel dans les sociétés à parenté matrilinéaire du bs Moyen-Congo, le frère ou l’oncle paternel chez les autres.

Notons encore 7,5% d’immigrants venant poursuivre leurs études, 1% apprendre un métier (ensemble 4 000) 2,5% amenés par un patron.

C’est que la ville, et Brazzaville surtout qui renferme 54% de la population urbaine de l’A.E.F., les trois quarts de celle du Moyen-Congo, joue, dans l’exode rural, un triple rôle.

  • C’est avant tout un marché du travail que l’embauche sans cesse croissante pendant des années a fait croire insatiable.
  • C’est aussi le centre intellectuel où l’on vient accroître son instruction pour mieux se défendre sur le marché.
  • Enfin la ville est le lieu de regroupement des individus, des familles qui ne se sentent plus à l’aise dan les entraves de la coutume, de ceux qui veulent changer de travail, d’horizon.

Mais il est d’autres forces qui poussent les villageois vers la ville. Quelques centaines, à peine, disent « Je voulais habiter en ville ». En fait pour beaucoup d’immigrants, il y a e désir, souvent inconscient peut-être de goûter d’une vie que l’on croit, qui vous a été dépeinte plus facile, en un lieu où, dit-on, on trouve tout ce qu’on peut désirer. Toutefois, cette idéalisation de la ville ne jouerait pas avec tant de force si l’arrière pays offrait des ressources suffisantes.

Les immigrants sont à 79% originaires de deux régions bien déterminées : six sur sept des districts de la région administrative du Pool et (à Poto-Poto seulement) des districts au nord de la Léfini. C’est ainsi que ces derniers envoient à Brazzaville seulement, 10% de leur population, ceux du Pool 20%. Pour ces deux régions les raisons peuvent paraître un peu différentes. En effet le nord du Moyen-Congo est formé soit de plateaux arides, soit de forêts inondées les trois quarts de l’année, presque sans développement économique possible. La densité y est faible, mis encore trop forte pour que les habitants puissent y vivre convenablement. Par contre le Pool est, sinon la plus riche, du moins une des régions les mieux cultivées du sud de l’A.E.F.. Mais là, la population est prolifique. Franceville, puis à moindre échelle, Dolisie lui servent d’exutoire. En fait, au nord ou à l’ouest de la capitale la raison profonde reste la même. Quelle que soit la densité, moins de 1 à Impfondo ou plus de 20 à Boko et sur le plateau babembe, elle est partout trop forte pour que les habitants aient un niveau de vie égal à celui qu’ils trouvent ou croient devoir trouver en ville. La règle du « peuplement option »[3] joue et l’osmose se fait avec les centres urbains.

Certes bien des espoirs sont déçus, mais une fois en ville, l’émigrant ne peut plus retourner. Il est détribalisé, il ne peut plus se plier aux contraintes du clan. D’autre part le citadin est considéré comme un important personnage par ceux qui sot demeurés. Il ne veut pas déchoir, il restera, quitte à s’enfoncer de plus en plus dans sa lisère, à errer de ville en ville, s’il ne trouve pas un moyen pour vivre aux crochets d’un compatriote plus chanceux… ou plus courageux.

Car, et nous nous devons d’insister sur cet aspect de l’exode rural, jusqu’à présent l’osmose ne joue que dans un sens. Surpeuplée, la ville ne déverse pas sur la campagne. Seuls retournent les vieux pour qui la vie en ville devient trop dure et qui, s’ils n’ont le prestige de la fortune, auront au moins celui de l’âge. Ils feront partie des notables qu’écouteront respectueusement les nouvelles générations. Qu’elles qu’aient été leurs souffrances en ville, ils ne garderont de celle-ci, ils n’en diront que les bons souvenirs, et l’exode continuera…

Ces migrations internes posent un premier problème, rural celui-ci. Le nord du Moyen-Congo difficilement exploitable, le centre, à la population dense, sont moins touchés, en fait que la vallée du Niari, c’est-à-dire les districts de Loudima et de Dolisie d’une part, de Kibangou et de Sibiti d’autre part. Les deux premiers avec une densité inférieure à 10 habitants au Km² envoient 3% de leur population en ville, les deux autres, avec 3 habitants au Km² en envoient 4%. L’exode touchant surtout les hommes, il reste dans ces districts 1 638 femmes pour 1 000 hommes chez lez adultes, c’est-à-dire moins de un homme de plus de 15 ans sur 4 habitants. L’économie locale ne saurait guère en souffrir étant donné que l’immense majorité des travaux agricoles indigènes sont faits par des femmes. Mais la richesse (relative) u sol de cette région a poussé le gouvernement de l’A.E.F. à miser largement sur elles pour les années à venir. L’exploitation intensive de cette région risque de s’en trouver gênée. Elle ne trouvera plus guère de travailleurs dans les villages, et le pays ne saurait d’ailleurs être vidé de tous ses adultes masculins, sans que, à un moment, ne naissent des malaises.

Cette situation pose en outre le problème de la polygamie que nous retrouverons au chapitre de la famille avec les problèmes urbains qui sont bien plus nombreux, bien plus complexes.

SURPEUPLEMENT URBAIN

Parties de zéro ou presque, il y a quelques décades, les agglomérations indigènes du Moyen-Congo évoluent autour d’un noyau original situé au voisinage de la ville blanche. Contrôlée par l’administration, cette évolution se fait suivant un dessin clair en quadrillage où la densité diminue au fur et à mesure que l’on s’éloigne du point de départ. Les nouveaux arrivants s’installent chez un parent, un ami venu depuis un certain temps, donc vivant dans un quartier ancien, à densité déjà forte, qu’ils accroitront encore. Ce n’est que plus tard que certains (seulement) iront bâtir ou louer plus loin.

C’est ainsi, qu’à Poto-Poto, des quartiers entiers se construisent chaque année, que, depuis la guerre, Bacongo a doublé sa superficie. Malgré cette activité incessante, les densités sont fortes : à Poto-Poto le premier quartier a 13 habitants à l’hectare ; Bacongo en compte en moyenne 105. Il ne faut en outre pas oublier qu’il s’agit là de la population légale, régulièrement recensée, dont le membres adultes paient leur impôt ici. Il faut y ajouter toute une population de fait : parents et amis en visite qui s’incrustent, etc.. Un essai d’estimation de ces flottants a été faite à Dolisie où ils représentent 25% de la population totale. Ils sont probablement moins nombreux à Bacongo, certainement plus à Poto-Poto.

Chaque case a, autour d’elle une petite cour qui aère l’agglomération. Mais la superficie bâtie, habitable en est d’autant réduite. Chaque lot a une superficie à peu près standard : 3 ares 25, mais la population des lots varie de 1 à 22 habitants. A Poto-Poto 20% des lots n’ont qu’un seul habitant : des hommes qui ont quitté le village parce qu’on les accusait de sorcellerie ou qu’ils craignaient d’être empoisonnés et que les soupçons ou leur phobie les a suivis en ville ; des femmes, veuves, divorcées ou jeunes filles ayant complètement rompu avec le clan et qui veulent profiter de leur liberté, des prostituées le plus souvent. Si les lots « familiaux » (2 à 7 personnes), comptent pour 71% à Bacongo, ils représentent 44% à Poto-Poto qui renferme par contre 37% de lots de 8 à 22 habitants : familles hébergeant parents et amis venus en ville, mais aussi groupes de célibataires aux faibles soldes qui se mettent à 15 ou plus pour louer une concession. Les propriétaires sont la majorité : 58%. Une demande de l’administration, une redevance minime, et le candidat propriétaire peut s’installer dans un des lots délimités çà l’intérieur des nouveaux quartiers, à moins qu’il ne préfère racheter une concession qui, par suite du retour au village ou de la mort sans héritier pour s’installer à sa place, de son propriétaire, se trouve à vendre. Mais les prix de la « propriété bâtie » sont très élevés. Dans les autres, le propriétaire se construit ne case légère et, au fur et à mesure de ses loisirs, de son courage et de ses possibilités financières il bâtit une ou plusieurs cases véritables. Mais une case revient, au moins à 25 ou 30 000 francs. C’est pourquoi nous avons tant de lots n’ayant qu’une seule (40ù) ou deux cases (34%).

22% de la population de Poto-Poto et 38% à Bacongo sont hébergés par des parents ou des amis. Sans parler des parents proprement dits (père et mère) qui ne sont d’ailleurs pas les hôtes principaux, sur 100 adultes hébergés nous en avons à Bacongo 38 qui le sont par l’oncle (maternel) et 28 par le frère ; à Poto-Poto 20 le sont par l’oncle (soit maternel ou soit paternel) et 50 par le frère. Une fois encore nous retrouvons le même grand rôle joué par la famille. Un oncle ou un aîné amène avec lui son neveu ou son cadet. Souvent aussi le frère ou le neveu viennent s’installer d’autorité et la loi coutumière de l’hospitalité familiale interdit de s’y opposer. Et ces arrivants n’ont souvent pas de travail, et souvent, ne se hâtent pas d’en chercher. Certes 95% des hommes adultes ont déclaré une profession au recensement, mais nous n’avons là que la population légale et c’est surtout dans la population de fait que se recrutent les parasites. D’autre part, les recensés ont indiqué la profession qu’ils connaissent ou croient connaître sans qu’ils l’exercent pour autant.

Nous avons relativement peu de locataires : 20% à Poto-Poto, 5% à Bacongo : 12 000 habitants au total, 6 à 7 000 groupes familiaux. Mais sur ces individus, les locations pèsent lourdement alors que les soldes et revenus varient partout entre 1 000 et 1 800 fr par mois (98% des travailleurs), les locations varient de 100 à 1 800 fr, avec une moyenne, centre de la zone de plus grande fréquence de 550 fr. Les locations représentent donc 10% des salaires ou revenus.

TRAVAIL ET NIVEAUX DE VIE

Le niveau de vie très bas qui est en général dans les centres urbains d’Afrique s’explique par l’organisation du travail, le caractère des travailleurs.

Si nous tenons compte des chiffres fournis par les recensements, sans opérer la difficile élimination des chômeurs, plus ou moins volontaires les travailleurs représentent :

Poto-Poto et Dolisie, agglomérations cosmopolites, détribalisées ont entre nombreux autres points communs (taux de masculinité élevé…) un pourcentage sensiblement égal de travailleurs.

L’inspection du travail estime à 12 000 le nombre des ouvriers de Poto-Poto qui travaillent régulièrement. Il faut y ajouter quelques 3 000 commerçants, et artisans plus ou moins indépendants, un millier de cuisiniers et domestiques fixes. Tenu compte des familles nous avons donc environ 35 000 personnes assurées de l’avenir. Les 20 000 habitants enferment quelque 8 000 travailleurs irréguliers, leurs familles et de nombreux parasites.

Comme traits principaux du caractère de ces travailleurs, caractéristiques qui sont en même temps la cause des bs salaires, nous avons :

  • La non spécialisation
  • L’instabilité professionnelle
  • De nombreux employeurs insistant sur le manque de conscience professionnelle.

Les recensements donnent de 14% (Brazzaville) à 25% (Dolisie) de manœuvres. Il s’agit ici presque uniquement des manœuvres de débroussement et de terrassement. En fait la plupart des professions renforcent un grand nombre d’apprentis, de « boys ». Le chiffre de 75% de non spécialisés que donne l’inspection du travail ne doit pas être loin de la vérité. En effet ces apprentis seront un jour dans la mécanique, le lendemain dans le bâtiment, domestique ou « boy-manivelle » (aide chauffeur). Ce faisant, ils croient arriver plus vite à de hauts salaires. En fait, ils n’arrivent jamais à se spécialiser, ce qui explique le fort pourcentage ci-dessus, et ils ne peuvent toujours que gagner un salaire minimum.

C’est ainsi que 45% des travailleurs d Poto-Poto, 31% à Bacongo, souhaitent changer de métier. En premier lieu viennent les manœuvres. Ce m étier est partout considéré comme provisoire. L’immigrant sans connaissances utilisable dans la vie européenne trouve là le seul débouché possible. Peut-être pourra-t-il apprendre un « vrai métier », devenir ouvrier. Souvent il y réussit puisque, à Dolisie par exemple, les manœuvres ne représentent que 16% des travailleurs de plus de 25 ans, alors qu’ils sont 22% du total. Le métier de domestique est souvent considéré come provisoire. Ceci est dû surtout au fait que bien des maitresses de maison préfèrent les jeunes gens nouvellement arrivés en ville, qu’elles forment à leurs habitudes. De nombreux commis, quelques ouvriers aussi veulent changer : la vie au contact direct de l’européen est trop trépidante à leur goût. D’autres se trouvent trop vieux pour un métier actif. Mais trois raisons éclairent mieux cette non spécialisation, cette instabilité :

  • « Pour mieux vivre », c’est une fois sur deux la raison donnée par ceux qui veulent changer de métier.
  • « Un homme véritable doit connaître plusieurs métiers » et quelques-uns ajoutant « Pour être sûr de toujours me débrouiller ». 7% auxquels on pourrait ajouter les 12% qui ont déjà mis cette « maxime » en pratique en connaissant un ou plusieurs autres métiers, qu’ils regrettent.
  • « Pour avoir un vrai métier » et « le métier me plait plus que le mien », deux raisons qui découlent d’une même pensée que d’aucun expriment clairement en ajoutant « car c’est un métier honorable » (12%).

Ces métiers « honorables » sont ceux de mécanicien, de chauffeur, de commerçant. Ceux qui permettent de « mieux vivre » sont les mêmes, puis la fonction publique, et enfin ce que l’on peut appeler « la production alimentaire », agriculture et pêche.

Quoique ces derniers métiers soient les seuls qui, aux dires de ceux qui les demandent « permettent de manger son content sans qu’il n’en coute rien », ils sont assez peu recherchés. C’est qu’ils ne sont pas « honorables » il y en a tant qui les exercent en Afrique et ils n’assurent pas, comme celui de commerçant par exemple, la fortune et la puissance. Mais surtout, avant de venir en ville 90 ou 95% des immigrants exerçaient ces métiers. Se serait reconnaître son échec que de vouloir reprendre ce que l’on abandonné pour rejoindre l’Eden urbain.

Lorsque les chauffeurs et surtout les mécaniciens arrivent à une certaine perfection, ils sont parmi les mieux payés. D’autre part les chauffeurs se font de substantiels bénéfices en transportant des passagers en sus du chargement qui leur a été confié. Ces métiers permettent donc de « mieux vivre ». Ils sont « honorables » parce que l’au impressionne toujours un peu plus le commun et surtout parce que l’offre dépasse la demande. Il est difficile d’avoir des places, quelque inconfortables et chères qu’elles soient sur ces camions. Les chauffeurs sont doc puissant, respectables.

La puissance du commerçant est autre. Il fournit aux travailleurs ce dont ils ont besoin, mais surtout les mille futilités tentatrices qui sont la ruine du noir. Qu’importe que chez lui les prix soient parfois le double de ceux du magasin européen voisin, il est de leur race, mais surtout, il vend à crédit… jusqu’à ce que le débiteur lui soit livré pieds et poings liés. Financièrement le commerçant y trouve son avantage puisque les intérêts peuvent atteindre 30% par mois[4]. Les commerçants sont certainement les plus riches des travailleurs. Eux seuls ont des revenus mensuels dépassant 30 000 fr. Ils sont riches, puissants, durs. Ils sont donc respectables et enviables.

Les travaux de bureau, ou plus exactement la fonction publique, sont très recherchés. Qu’il soit planton ou comptable le fonctionnaire est assuré, lorsqu’il est « dans les cadres »  d’avoir un revenu fixe et substantiel contre relativement peu de travail et l complexité de l’administration lui permet toujours d’user un peu de cette autorité dont le noir est toujours friand, vis-à-vis de ses compatriotes.

La dernière raison qui dit qu’un homme doit connaître plu le sort des ouvriers est plus grave : les patrons débauchent. L’inspection du travail estime à plusieurs milliers le nombre des chômeurs parmi les ouvriers réguliers. De plus en Plus, seul l’ouvrier spécialisé ou tout au moins celui connaissant bien son métier trouvera preneur sur le marché du travail. L’autre, celui qui multiplie les cordes à son arc sans en graisser soigneusement une, s’il lui arrive de trouver du travail devra ses contenter de salaires de moins en moins rémunérateurs à une époque où le coût de la vie augmente chaque jour[5] et se plier à un niveau de vie de moins en moins élevé.

Cette instabilité, cette non spécialisation qui, en fait, sont les causes du manque de conscience professionnelle, sont aussi à la base de la faiblesse des soldes (indication un franc C.F.A. =sieurs métiers montre que l’instabilité est profondément ancrée en eux. En fait les multiples cordes de leur arc leur permettront peut-être de se « débrouiller » un certain temps, mais certainement pas de monter bien haut à l’échelle de ce mieux vivre auquel ils aspirent tous. La crise est commencée. Si le chômage des employés de bureau vient du nombre sans cesse croissant de nouveaux lettrés, souvent même pas titulaires du C.E.P.E. cherchant un travail digne de l’évolué qu’ils croient être, 2 francs métropolitains).

Les deux tiers des travailleurs (58% à Bacongo, 70% à Poto-Poto) gagnent plus de 200 fr par jour. Encore que le nombre des individus ayant des salaires ou des bénéfices supérieurs à la moyenne (5 850 fr) soit relativement élevé (35%), il ne faut pas se laisser abuser : plus un homme est riche, plus il aura de femmes et surtout plus il aura d’amis et de parents qui viendront s’accrocher à lui : le nombre moyen d’individus vivant sur un salaire croit presque aussi vite que la courbe des salaires. Aussi assistons-nous à un nivellement par la base des niveaux de vie moyens (sommes disponibles par individu). Mis à part 0,15% de la population qui vit avec moins de 10 fr par jour nous avons à Brazzaville :

(à Poto-Poto seul nous avons 63% disposant de moins de 50 fr par jour.)

                Si l’on considère que le minimum vital est le salaire accordé aux manœuvres non spécialisés : 120 fr par journée de travail soit sensiblement 3 000 fr par mois, nous nous apercevons que près de 90% des individus vivent avec moins de ce minimum alors que 13% seulement gagnent moins.

                La famille joue son rôle, certes mais elle ne doit pas être la seule mise en cause. Si nous prenons en effet ce mot de « famille » dans le sens que nous lui donnons habituellement, c’est-à-dire dans celui d’une cellule comprenant un chef de famille, ordinairement le travailleur, et, s’il y a lieu, sa femme et ses enfants encore à charge, nous avons à Bacongo une moyenne de 2,2 personnes par faille et 1,9 à Poto-Poto, les célibataires des deus sexes étant surtout à Poto-Poto, de beaucoup les plus nombreux. En fait beaucoup plus de personnes vivent sur une seule solde : 3,7 en moyenne  à Poto-Poto, 2,9 à Bacongo. Aussi alors que l a moyenne des soldes, à Bacongo comme à Poto-Poto est de 5 850 fr, la moyenne des niveaux de vie est de 1 550 fr dans la seconde agglomération, 2 500 dans la première. Si les salaires servaient à nourrir seulement la faille, nous aurions 3 080 fr et 2 650 fr.

C’est donc surtout Poto-Poto qui souffre du parasitisme des parents venus de la brousse et qui ne peuvent – ou ne veulent – chercher du travail. Mais le mal n’est pas seulement là. Sur le peu d’argent gagné, outre l’entretien de la famille présente¸ le travailleur doit encore faire la part des cadeaux destinés à la famille restée en brousse, à celle de sa femme. Et les multiples tentations de la ville l’aguichent : cabarets, dancings, cinémas, femmes et les mille futilités brillantes du commerçant voisin. Ces maigres budgets demanderaient une étude détaillée. Voici cependant un aperçu moyen de l’utilisation des salaires :


LA FEMME ET LA FAMILLE

L’élévation du taux de masculinité est le caractère démographique principal des centres urbains d’Afrique noire : à Poto-Poto nous n’avons, pour l’ensemble des la population que 685 femmes pour 1 000 hommes. Si à Bacongo nous arrivons à 865, nous n’avons plus à Dolisie que 660 femmes pour 1 000 hommes. Mais si nous ne considérons plus que les mariables nous arrivons seulement à 605, 747 et 593 femmes pour 1 000 hommes.

Dolisie n’étant qu’une toute petite ville, très récente elle n’est encore que peu parquée par es problèmes. C’est donc surtout à Poto-Poto que le manque de femmes se fera sentir.

Les notables du Conseil Coutumier Africain affirmaient un jour « Un africain ne peut se passer de femme. », surtout pour les travaux ménagers et les services sexuels. Aussi celles-ci prennent « une conscience aigüe de leur valeur marchande ». Souvent ainsi les femmes refusent de se marier, préférant se mettre au service de jeunes gens qui les rétribuent grassement. Mais seuls les riches peuvent s’offrir ces « demi-mondaines », les autres célibataires n’ont de recours qu’en la prostitution qui assure des revenus substantiels aux professionnelles, un appoint appréciable aux occasionnelles.

Les femmes mariées veulent, elles aussi se montrer exigeantes : peu de travail, beaucoup de liberté et d’argent. Pour ce faire elles ont recours à l’argument puissant du divorce facile. Par ailleurs le manque de femmes fait s’accroitre le prix de la dot. Plus même, les familles s’efforcent parfois de reprendre leur fille en remboursant une dot minime pour la remarier à un tarif deux ou trois fois supérieur. La facilité du divorce est là encore à incriminer.

Près de 25% des mariages se dissolvent. Si l’homme renvoie sa femme presque aussi souvent que celle-ci rentre d’elle-même dans sa famille, nous avons par contre plus de deux divorce sur trois qui ont lieu, soit  parce que la femme ne trouve plus la vie conjugale agréable, parce que son mari la fait trop travailler, soit pace que celui-ci la trouve trop dépensière, paresseuse, en un mot parce que les femmes trouvent trop stricte l’autorité des maris qui voudraient les obliger aux travaux coutumiers alors qu’elles aspirent à la liberté. Nous arrivons même à trois divorces sur quatre si on y ajoute les « discussions » qui sont souvent causées par l’opposition de ces deux états d’esprit : tradition et libération. D’autre part, alors que la différence d’âge moyenne des époux est de 8 ans, celle des divorcés est de 10 ans. Il semble bien que les divorces atteignent les ménages où un homme relativement âgé, donc plus imprégné des traditions, a épousé une jeune fille plus évoluée. Enfin, les immigrants mariés au moment de leur arrivée à Brazzaville ? ont en moyenne, 1,3 femmes, soir 3 bigames sur 10 mariés. Nous n’avons plus maintenant que 1,03 femmes par ménage, soit  mois de 1 bigame sur 10. Certes les nouveau mariages, presque uniquement monogames jouent beaucoup moins pour diminuer ce taux, mais nous n’avons pu constater aussi qu’une grande partie des deuxièmes et autres épouses de polygames avaient divorcé depuis l’immigration.

C’est d’ailleurs chez les jeunes ménages arrivés depuis peu que sévit surtout le divorce : les femmes se rendent compte des avantages que, dans une ville, elles pourraient tirer de leur liberté et de leur jeunesse.

A Poto-Poto l’adultère n’entre ne ligne de compte que pour  moins de 9% des cas de divorce. C’est que, souvent, le mari trouve un net avantage au rôle de souteneur tacite. Souvent aussi, il préfère passer l’éponge étant donné le petit nombre des femmes, le prix toujours croissant de la dot, et le fait que, une fois en ville, « les femmes sont maintenant toutes pareilles » (Conseil Coutumier Africain). Une autre solution consiste à porter l’affaire devant les juges : les litiges pour adultère représentent 20% des affaires jugées par le tribunal Qui fait ordinairement payer une amende et des dommages-intérêts par le complice.

L’absence d’enfant est, selon la coutume, un motif de divorce. Elle n’apparaît pas dans ceux invoqués. Nous constatons cependant que les ménages n’ont au divorce que 0,6 enfant par femme avec deux femmes sur trois sans enfant. Dans les ménages normaux ayant une même ancienneté de mariage, nous arrivons à 1 enfant par femme. Le divorce en soi n’est pas une cause de dénatalité, il en apparaît plutôt comme une des conséquences. Mais il y joue néanmoins son rôle, surtout à Poto-Poto et à Dolisie, par le fait que les femmes s’y marient souvent peu afin de profiter de leur liberté.

Le grand nombre des célibataires, les divorces fréquents ne ne suffisent pas à expliquer la pauci-natalité[6]. Même si on y ajoute la prostitution, d’une part parce que les prostituées ont moins de 0,2 enfant par femme, d’autre part en raison des maladies vénériennes qu’elles transmettent et qui sont des causes importantes de stérilité, de mortinatalité et de mortalité infantile, il nous faut encore chercher ailleurs.

La moyenne est de 1,2 (Poto-Poto) à 1,6 (Dolisie) enfants par femme. Mis nous avons une population jeune, susceptible d’avoir encore des enfants. Si nous considérons seulement les femmes de plus de 40 ans (sur plusieurs milliers de cas il ne nous a pas été donné de trouver de femme féconde après cet âge) nous avons encore, à Poto-Poto, un nombre important de femmes stériles :

Plus du tiers des femmes sont stériles. Le birth-control, l’avortement provoqué jouent certainement un rôle, mais à une échelle réduite. Les causes de la pauci-natalité sont à chercher principalement dans les conditions du mariage :

Les exigences de la famille de la femme, les conditions de vie demandées par celle-ci supposent chez le mari une situation économique qui ne peut être atteinte que très tard. Alors que jadis, dans les campagnes l’âge moyen au mariage des hommes était souvent inférieur à 20 ans, il approche maintenant de 30. Si l’on estime que dans ce pays, passé 40 ans, l’homme comme la femme, commence à vieillir, on se rend compte combien la période de procréation est brève. Par contre l’âge du mariage des femmes reste toujours le même : u peu moins de 20 ans. Aussi, à Brazzaville, la différence d’âge moyenne des deux époux est-elle de 8 ans avec 10 à 15 % des femmes ayan 15 ans et plus de moins que leur mari. Or, les ménages les plus féconds vont de ceux où les époux ont le même âge à ceux où le mari à moins de 15 ans de plus. Mais chez les polygames 35% des deuxièmes épouses, 57% des troisièmes 87% des quatrièmes ont plus de 15 ans de différence avec leur mari. Aussi n’y a-t-il rien d’étonnant à ce que, à Brazzaville les deuxièmes et suivantes épouses de polygames n’ont que 0,8 enfant par femme (toutes femmes : 1,2 enfant).

Dans les régions rurales où l’immigration a laissé jusqu’à deux femmes pour un homme la polygamie devient une règle. Si le prix des femmes y est moins élevé qu’en ville, l’argent y est aussi plus rare. Il faudra longtemps à l’home pour économiser les sommes nécessaires à la dot de 3,4,5 etc. femmes. Les dernières toujours épousées entre 15 et 22 ans, n’auront guère de chances d’avoir des enfants à cause de la grande différence d’âge qu’elles ont avec leur mari. Par ailleurs l’abus des relations sexuelles épuise vite le noir. Femmes en surnombre ou taux de masculinité élevé aboutissent au même résultat : la pauci-natalité.

STATISTIQUES SANITAIRES

Dans ces agglomérations à forte densité où les règles d’hygiène sont encore mal respectées, les maladies contagieuses devraient trouver un milieu de culture idéal. Nous avons la chance que typhus , peste ou choléra soient pratiquement inconnus dan nos régions, car, malgré la meilleure volonté du des services de santé trop peu nombreux, nous aurions des épidémies aussi meurtrières que le typhus égyptien de sombre mémoire.

  • De ce qui précède on peut retenir que les centres urbains sont caractérisés par :
  • Une très forte densité

La non-spécialisation des travailleurs (entraînant la faiblesse des salaires et par là un niveau de vie très bas)

  • Le petit nombre de femmes
  • Ces caractéristiques ont comme conséquences :
  • L’inconfort des logements surpeuplés
  • Une nourriture insuffisante en quantité et en qualité
  • Un habillement insuffisant et surtout mal utilisé
  • La prostitution
  • La dénatalité

MORBIDITE ET MORTALITE CHEZ LES ADULTES

La sous-alimentation est déjà par elle-même une cause importante de morbidité et de mortalité puisque les avitaminoses et carences diverses comptent pour 5,2% des maladies soignées et causent 8% des décès. Mais ces carences sont à l’origine de bien d’autres maladies pour lesquelles elles préparent le terrain, notamment la tuberculose (0,8% de la morbidité, 12,4% de la mortalité). Les possibilités de tuberculose sont certainement accrues par l’inconfort des logements mal aérés où le locataires sont entassés dans des chambres minuscules.

Le manque d’hygiène de ces cases basses, humides en saison de pluies ne peut que favoriser le développement des rhumatismes chez ces gens déjà affaiblis : 11,5% de la morbidité (un tiers de rhumatismes articulaires aigus). Et la mortalité est pratiquement nulle, la valeur physique des hommes n’en est pas moins fortement réduite.

Les maladies respiratoires comptent pour 14,8% des maladies soignées et causent 17,1% des décès. Les causes ci-dessus et le fait de conserver les vêtements mouillés sont certainement à l’origine de la grande extension de ces maladies.

Les parasitoses intestinales (notamment l’ankylostomiase) comptent pour 2,7% des maladies et causent 2% des décès. En fait le nombre de ces maladies doit être bien plus élevé, la majorité ses africains ayant nombre e parasites intestinaux. Ceci tient surtout au manque d’hygiène, surtout d’hygiène alimentaire.

Manque d’hygiène alimentaire, insuffisance, irrégularité, mauvaise qualité de la nourriture sont à l’origine des multiples autres maladies intestinales (9,1% de la morbidité, 5,1% de la mortalité).

La malpropreté du corps, des vêtements, de l’habitation ne peut que facilitée l’éclosion des dermatoses, notamment la gale, cependant que la promiscuité dans les logements surpeuplés est responsable de leur diffusion. La mortalité est presque nulle, mais la morbidité (3%) a une importance sociale qui n’est pas à négliger.

Le paludisme (9,8%) de la morbidité, 4,5% de la mortalité), doit porter en outre avec les maladies vénérienne, une lourde part du fardeau de la mortinatalité et de la mortalité infantile.

Le manque de femmes et ses multiples conséquences sociales entretiennent la prostitution qui, n’étant pas contrôlée, ne ^peut que propager les maladies vénériennes.

  • Morbidité : 8,1% (dont 4,7% pour les gonococcies)
  • Mortalité : 4% (dont 2,8% pour la syphilis)

C’est cet état sanitaire, somme toute peu reluisant qui est ne grande partie cause de la mortinatalité et  de la mortalité infantile.

MORTINATALITE, MORTALITE INFANTILE

La natalité que nous avons vu si faible est encore compliqué d’une importante mortinatalité, d’une forte mortalité infantile.

Comme il est très difficile, pour les avortements, de connaître la durée exacte de la grossesse, nous avons, sous le nom de mortinatalité regroupé les interruptions de grossesse et le mortinatalité (accouchement d’un enfant mort après six mois au moins de gestation) celles-ci nous apparaissent toutefois nettement beaucoup plus fréquentes que les premières. Sur 100 femmes enceintes,, 78 seulement ont un accouchement viable. Il ne faut pas attribuer ce pourcentage élevé de mortinatalité aux gros travaux auxquels seraient assujetties les femmes. Si cette raison peut être prise en en considération dans les régions rurales où les femmes accomplissent la majorité des travaux agricoles, nous avons vu que leur situation est bien meilleure dans les villes. Il s’agirait plutôt su mauvais état sanitaire général et des maladies vénériennes. En effet mes populations originaires des régions marécageuses du nord du Moyen-Congo voient leur taux de mortinatalité croitre jusqu’à 35% des grossesses.

La mortalité infantile apparaît moins forte que ne pourraient le laisse supposer les conditions sanitaires et hygiéniques : 13% des naissances, le double seulement du taux de France.

Si nous poussons l’étude de cette mortalité vers la deuxième et la troisième enfance, nous la voyons descendre rapidement de la naissance à trois ans où elle arrive à 1% des naissances vivantes, pour remonter à 3% (par année) à 6 ans et se maintenir en palier jusque vers dix ans ce qui nous donne malgré tout un tiers de décès de la naissance à 10 ans.

La mortalité infantile touche plus les garçons que les files. Elle se décompose den 5% de garçons et 4% de filles jusqu’à un an, 57% de garçons et 43% de filles jusque vers 10 ans. Il meurt donc 14% des garçons et 12% des filles avant un an. 42% de garçons et 32% de filles avant 10 ans.

Il est difficile de déceler les causes de la mortalité infantile : un grand nombre d’enfants meurt sans passer par l’hôpital ou les dispensaires urbains. Les renseignements recueillis de la bouche des parents nous donnent notamment :

  • Maladies pulmonaires : 25%
  • Fièvres : 22%
  • Maux de entre diarrhées : 16%

Les maladies pulmonaires sont donc, plus encore chez les enfants que chez les adultes (17%) un mal à craindre. Les maux de ventre, diarrhée, comprennent les différentes formes de dysenteries microbiennes ou d’autres, si fréquentes en Afrique, sans parler de l’entérocolite des nourrissons, déjà dangereux en France. Les 22% de fièvres peuvent s’appliquer à bien des maladies. En fait, il s’agit la plupart du temps de paludisme.

Peut-être la mortalité infantile et surtout la mortinatalité peuvent-elles nous aider à expliquer un phénomène : l’élévation du sex-ratio en Afrique. Les démographes belges[7] ont déjà signalé une prédominance très nette des filles à la naissance ‘(1 041 pour 1 000 garçons). Nous rencontrons ce même phénomène de ce côté du Congo. A Bacongo le nombre de filles est beaucoup plus important. C’est, que nous avons ici une population à parenté matrilinéaire. Les enfants appartenant à l’oncle maternel celui-ci fait venir ses nièces de brousse pou pouvoir veiller soigneusement sue elles car c’est lui qui touchera la dot à leur mariage. Les garçons pour lesquels il lui faudra débourser la dot seront laissés à la charge des parents, quitte à les faire venir quand ils seront en âge de gagner leur vie, mais, même à l naissance nous avons 1 012 filles pour 1 000 garçons  alors que dans les pays où ont lieu des dénombrements réguliers nous n’en avons que 952. Or la mortinatalité est plus forte chez les garçons que chez les filles. Le sex-ratio des morts nés étant sensiblement de 800 (1 250 garçons pour 1 000 filles).  Si nous donnons aux mort-nés que nous faisons revivre leur sex-ratio, nous arrivons sensiblement à 965 filles pour 1 000 garçons, taus qui, sans être absolument conforme à la norme s’en rapproche néanmoins dans des limites acceptables.

SOLUTIONS ET REMEDES

Problèmes sociaux, problèmes économiques, problèmes sanitaires s’éclairent à la lumière des données démographiques avec leurs interférences complexes, leurs causes et leurs conséquences.

EXODE RURAL

Si l’on remonte l’enchaînement des problèmes urbains nous arrivons à un fait presque unique : l’afflux des hommes vers la ville. C’est cet envahissement continu de la ville qui sème la surdensité et ses conséquences ; cet afflux d’immigrants sans connaissances spéciales trouve difficilement du travail et surtout arrive difficilement à se spécialiser ; c’est cet afflux d’hommes seulement qui donne à la femme son importance, source de nombreux problèmes.

Mais il faut remonter plus haut, aux causes même de cet exode rural : nous avons d’abord la pauvreté de l’arrière pays s’opposant au marché du travail plain de promesses que furent durant quelques années les centres urbains. Plus psychologique est l’idéalisation de la ville, mais elle n’est pas à dédaigner : n’est-ce pas entre autres causes, celle qui a dépeuplé nos campagnes françaises, faisant passer notre population urbaine de 23,4% (1846) à 52,4% (1936) de la population totale. La solidité des liens familiaux est aussi largement coupable : l’aîné appelle le cadet, l’oncle fait venir son neveu, ou bien l’on va rejoindre, s’imposer à son frère, son oncle. D’autre part l’image idéale que l’on se fait de la ville jointe à cette solidité des liens familiaux est la raison même du pressurage que les ruraux font subir aux membres de leur famille installés en ville.

Il semble donc bien que, avant toute chose, il faille arrêter cet exode rural car, que l’on assainisse les logements, que l’on assure des salaires plus élevés en facilitant la spécialisation ou par tout autre moyen, si les arrivées des parasites et les demandes faites par la famille sont toujours plus importantes, cela ne servira à rien. Il faut donc agir sur les causes profondes.

L’une d’elles a déjà disparu : les centres urbains ont cessé d’être les marchés du travail, le gouffre impossible à combler par une main d’œuvre toujours plus abondante. Plus même, nous assistons à un débauchage des travailleurs, des manœuvres surtout. L’appel ne se faisant plus, l’arrivée sera moins forte. Peut être pourrions nous assister à un décongestionnement comme ceux qui ont suivi les précédentes périodes de pointe. Mais ceci ne pourrait être que très lent et les problèmes qui dès maintenant s’imposent à nous risquent auparavant d’empirer. Il faut agir directement. Cette action ne peut qu’être entravée par l’attraction familiale qui amène de nombreux immigrants. Cependant, le travail devenant plus rare, la vie plus difficile à gagner, l’oncle ou le frère n’appelleront plus le neveu ou le cadet et si ceux-ci ou d’autres parents cherchent à s’imposer, ils s’efforceront, autant que leur permet la coutume de les renvoyer au village à moins que, dégoûtés par le faible niveau de la vie urbaine, ces hôtes ne partent d’eux-mêmes.

L’arrière pays est pauvre, mais des économies rurales indigènes se sont déjà organisées dans notre Moyen-Congo, soit à des dates déjà anciennes comme sur le plateau koukouya, soit récemment comme chez les bacongo-balali de Boko. Le terrain n’est pas riche, il ne peut pas porte une population dense, cependant une politique agricole adéquate permettrait de mieux nourrir les habitants et par là de es garder chez eux tout en assurant ainsi un meilleur ravitaillement de la ville. Il faudrait d’autre part contrôler plus strictement les départs des districts. C’est par centaines lorsqu’on consulte les monographies de village que l’on trouve les mentions : parti à Brazzaville, parti à Dolisie, à Pointe-Noire. Contrôle au départ, à l’arrivée avec refoulement avant la détribalisation de l’élément sont choses difficiles mais, semble-t-il possibles.

Des patrons recrutent en brousse une main d’œuvre nouvelle, plus soumise, moins exigeantes. Economiquement l’employeur n’y a pas un gros intérêt (s’il est bien sûr qu’il ait celui de la soumission) : même pour un manœuvre, l’expérience à prouvé que le fait d’exercer son métier depuis longtemps assure un rendement meilleur. Cette immigration peut facilement être supprimée et sans dommage apparent.

Une action complémentaire devrait comprendre un rapatriement massif. Alors qu’à Poto-Poto une famille comporte en moyenne deux personnes, une solde sert en fait à en nourrir quatre. Les deux consommateurs supplémentaires sont des parents, des amis venus théoriquement chercher du travail, en fait vivre aux dépens se quelqu’un. Ce sont ces individus qui devraient être refoulés sur leur pays d’origine. Mais la chose s’avère difficile. Certes, la plupart de ces « chômeurs » accepteront de retourner chez eux aux frais de l’administration pour parader un instant auprès des anciens. Mais ils ne voudront jamais admettre leur échec. D’autre part, si bref qu’ait été leur séjour en ville, ce sont déjà des détribalisés qui ne pourront plus se plier aux lois claniques. Ils reviendraient et l’on risquerait de se trouver pris dans un cercle vicieux.

L’inspection du travail préconiserait une solution déjà expérimentée en Afrique orientale anglaise et qui y a donné des résultats satisfaisants : opérer le refoulement, le rapatriement, non pas sur les districts d’origine (sauf pour les individus dont on est certain qu’ils ne reviendront pas) mais, sur des endroits favorables, peu peuplés, relativement riches, pour qu’il soit possible d’y créer, de toutes pièces cette fois, une économie semi-agricole, semi-industrielle du type bacongo-balali ou du Woleu-Ntem. Prises en charge au départ par l’administration ces communautés seraient dirigées insensiblement vers la coopérative, avant de devenir, peut-être, de vrais villages.[8]

D’autre part, il est possible d’attirer vers les régions dont l’exploitation intensive a été décidée les émigrants des districts sans grand avenir économique, émigrants qui jusqu’à présent partaient pour les villes maintenant saturées.

Il ne saurait par contre être question d’empêcher les enfants, les adolescents de venir poursuivre leurs études dans ces villes qui, longtemps encore resteront les seules à avoir des écoles supérieures, des centres de formation professionnelle. Mais l’écrivain (commis), l’ouvrier, bien préparé, à son métier pourrait, au lieu d’attendre en ville une problématique embauche, être dirigé sur des chefs-lieux de l’intérieur qui, souvent manquent de main d’œuvre spécialisée…

TRAVAIL ET NIVEAU DE VIE

L’arrêt de l’immigration et surtout le renvoi des parasites qui forment la majorité des chômeurs professionnels diminuerait de beaucoup le nombre des ouvriers non spécialisés et surtout ceux non susceptibles de spécialisation. Mais il faudrait aussi effacer de l’esprit es africains, l’opinion qui n’est d’ailleurs souvent que le fruit d’expériences malheureuses, qu’un homme doit pour pouvoir se « débrouiller », connaître plusieurs métiers. Il devra apprendre aussi qu’il n’y a pas de sots métiers, que le travail de menuisier, d charpentier ou de maçon est aussi honorable que celui de commerçant, de chauffeur ou de mécanicien et que, s’il est accompli avec adresse et conscience, il peut être plus rémunérateur. Mais il s’agit là, avant tout, d’éducation.

C’est que nous manquons d’écoles professionnelles où les élèves apprendraient à se servir correctement d’un outil, à remplir correctement leur tâche.

Certes de rares écoles de ce nom existent sur le modèle de celles de France. Mais on oublie trop que l’esprit de l’africain est différent du notre. Lire, écrire, compter sont très certainement utiles à l’ouvrier, mais les langues étrangères, l’histoire, la géographie, la littérature le sont moins que le travail pratique à l’établi, à l’étau ou « au pied du mur ». C’est ce que, rompant avec les méthodes classiques, s’efforce de faire à Brazzaville le Centre de Formation Professionnelle Accélérée, patronné par l’inspection interrégionale du travail et qui fournit des ouvriers très appréciés. C’ »est d’ailleurs ce principe que suivent, depuis longtemps déjà, les Belges d’Outre-Congo. Ainsi leurs ouvriers sont-ils très recherchés en territoire français. Il ne faut pas oublier que les métiers manuels occupent quelque 70% des travailleurs contre 8% de professions dites intellectuelles.

L’africain devra aussi apprendre que le fait de savoir lire, écrire, compter à peu près correctement ne donne pas automatiquement droit à un emploi de bureau, que bien des fonctions remplies ici par des jeunes gens sortant du cours moyen exigent en France des diplômes autrement sérieux, que métier manuel et instruction peuvent fort bien aller de pair. Nous n’assisterons alors pas à cette pléthore de commis au rendement faible, aux exigences nombreuses.

La lutte contre le manque de conscience professionnelle semble possible : chaque fois qu’il a été tenté le travail à la tâche, contrôlé du point de vue de la qualité seulement, a donné des résultats plus que satisfaisants allant jusqu’à 200% du rendement du travail à salaire journalier. D’autres expériences ont montré que l’importance des salaires jouait aussi sur le rendement des ouvriers : pour une même entreprise deux chantiers emploient le tout venant des manœuvres ; l’un au tarif légal, l’autre à 120 ou 125% d ce même tarif. Sur ce deuxième chantier les rendements sont nettement supérieurs, de plus de 25% en tout cas. Certes il ne s’agit pas de pratiquer une politique démagogique de gonflement des salaires, qui ne pourrait qu’aggraver la situation, mais de donner à l’ouvrier qui le mérite, une solde une solde suffisante qui lui permette de vivre correctement. L’autre, le travailleur occasionnel ou sans conscience, sera rapidement éliminé par la suroffre sur le marché du travail. C’est en effet très souvent ce travailleur amateur qui, gâté par la demande des années passées a des exigences déraisonnables pour un rendement presque nul.

Il sera très difficile par contre d’agir sur les niveaux de vie proprement dits. Si les lois classiques ont de gros avantages sociaux et méritent par là même d’être affermies, elles agissent par contre dans le sens de la diminution du niveau de vie. Il faut faire la part du feu. Longtemps encore des délégations de solde, des cadeaux en espèce et en nature prendront le chemin de la brousse : « Un fait bien connu, le lendemain de la paye beaucoup de travailleurs manquent à l’appel. De grand matin, et même dans la nuit, on les voit partir sur la route. Ils vont dans leur village porter aux leurs une bonne partie de la paye ».[9]

Cette exploitation systématique des travailleurs diminuerait avec un contrôle sérieux de l’immigration et un refoulement des parasites venus vivre aux dépens du parent ou de l’ami qui a réussi.

LA FEMME ET LA FAMILLE

Bien des problèmes ont leur origine dans le petit nombre des femmes et de leur importance consécutive. Là aussi le renvoi des chômeurs qui sont une majorité de jeunes célibataires diminuerait d’autant l’acuité du problème en augmentant le pourcentage des femmes. Moins recherchées, celles-ci se plieront plus facilement aux exigences maritales, aux quelques travaux coutumiers de la femme africaine qui ont leur raison d’être en ville.

La dot est un problème crucial. Même si son prix est fixé à un taux abordable, la famille de la femme tournera toujours la difficulté en faisant traîner en longueur les négociations afin d’obtenir des cadeaux toujours plus nombreux et plus riches. Mais le candidat, s’il est sur de l’application stricte de la loi aura recours aux tribunaux qui devront pouvoir statuer sur cet abus.  Par ailleurs, en cas de divorce, il faudrait prévoir le remboursement de ces cadeaux, faute de pouvoir interdire leur don préliminaire.

Le divorce lui-même serait à considérer avec moins de mansuétude. Qu’il s’agisse du Code Civil ou e la coutume, la loi est stricte, plus encore peut-être dans la seconde. Une application stricte de la loi pourrait être exigée au lieu des semblants de négociations qui souvent ne réussissent qu’à encourager le divorce.

L’augmentation relative du nombre des femmes, la diminution de la dot entraînant la diminution  du nombre des célibataires ne pourrait avoir que des conséquences bienfaisantes sur la natalité. La polygamie ne présente pas un gros danger dans les centres urbains. La femme y étant, dans les meilleurs cas plus une charge qu’un revenu, les polygames seront toujours rares. L’évolution fera le reste. Il serait d’ailleurs difficile de supprimer la polygamie d’un trait de plume ou de la charger de lourds impôts. Elle disparaîtrait pour renaître sous forme de concubinage ou autrement avec des effets encore plus désastreux.

C’est énoncer un lieu commun que de dire que la prostitution est vieille comme le monde. On ne saurait la supprimer, elle aussi, d’un trait de plume. On peut l’ignorer, détruire les passes( ?) qui pourraient nous servir à réduire sa nocivité, mais non s’y opposer. Cependant, plus encore en Afrique que partout ailleurs, si on donne la possibilité à l’homme d’avoir sa ou ses femmes, la prostitution n’existe pas. Elle était inconnue avant notre arrivée[10], elle est pratiquement nulle dans les villages éloignés des villes et des camps de travailleurs. Elle disparaîtrait rapidement des villes si le pourcentage des femmes s’accroissait et surtout si le nombre des célibataires diminuait. En attendant, des mesures énergiques devraient être prises pour son contrôle au point de vue médical.

HYGIENE ET SANTE

L’Afrique manque de médecins, mais le problème n’est pas seulement ici. Le mauvais état sanitaire général est surtout une question d‘hygiène. Le manque d’hygiène alimentaire, vestimentaire, de l’habitation verra une partie de ses effets néfastes disparaître lorsque deux causes principales, la surpopulation et le faible niveau de vie, commenceront à être conjurés. Mais l’action peut être étendue. Une politique de l’habitat serait nécessaire, de même qu’un contrôle réel de la construction. Nous n’n’avons plus dans les centres urbains, la maison traditionnelle adaptée aux conditions du milieu, mais une habitation bâtarde, plus ou moins mal copiée sur le modèle européen. Les fortes densités urbaines aggravent encore la situation. I faudrait construire, sans voir trop grand ni trop étriqué, ne pas bâtir quelques habitations témoin ni prévoir la reconstruction de toute une agglomération sans savoir qui mettre dedans. L’enquête à révélé qu’un nombre suffisant d’individus économisaient « pour bâtir ». Parmi ceux-ci un nombre suffisant offrait des garanties satisfaisantes d’honnêteté, de solvabilité pour que l’on puisse commencer une ou plusieurs tranches de constructions, (les chantiers importants revenant moins cher que les bâtiments isolés) et ceci dans les conditions( ?) choisies par les propriétaires.

Le paludisme fait des ravages, mais les enquêtes du service d’hygiène ont démontré qu’il sévissait surtout dans les quartiers construits à l’emplacement d’anciens marécages insuffisamment assainis. La lutte contre les gites à larves (récipients, boites de conserves, petites mares, etc.) doit conserver toute sa vigueur.

Mais le drame principal reste celui de la sous-alimentation : d’une part, par manque de lipides et de protides, d’autre part en raison de l’irrégularité des repas, abondants et nombreux au début du mois, moins fréquents et maigres à la fin. Mais même en admettant des soldes suffisantes, leur utilisation rationnelle, l’arrière pays fournira toujours difficilement le ravitaillement nécessaire : 80 000 habitants à Brazzaville, 80 tonnes de manioc par jour. Compte tenu des nourrissons, des mangeurs de riz, cela suppose néanmoins près de 50 tonnes de manioc quotidiennes. Tout l’arrière pays est épuisé.

Multiplier les cultures vivrières est nécessaire, mais de façon à ce que l’on arrive pas à des prix prohibitifs. Il avait été envisagé à un moment donné d’exploiter les terres incultes au nord de Brazzaville et dans l’île Mbamou, contrairement à ce que l’on craignait, la question de la propriété n’a présenté que peu de difficultés. L’obstacle contre lequel a buté le projet a été le refus catégorique des femmes de travailler. La question pourrait être remise à l’étude. Si peu importants que soient les résultats, le ravitaillement de Brazzaville ne pourrait qu’en être amélioré. D’autre part manioc et poisson ne sont pas des aliments suffisants, nutritivement parlant et encore, le plus nourrissant, le second, est-il rare sur certaines tables. Une étude approfondie de l’alimentation et de la nutrition est nécessaire en A.E.F., urgente dans les villes.

Un essai de l’administration chargée des agglomérations africaines mériterait d’être soutenu : pour 27 francs les deux restaurants communautaires (Poto-Poto et Bacongo) servent, entre midi et 16 heures des repas rationnels et d’une abondance plus que suffisante :

  • Viande 150gr ou poisson salé 170gr ou poisson fumé 200gr
  • Haricots 150gr ou riz 160gr
  • Chikwangue ou foufou de manioc 675gr
  • Huile de palme 40gr
  • Concentré de tomate 30gr
  • Oignon 10gr
  • Sel 20gr

Ces restaurants ont été créés au nom de la S.I.P. (Société Indigène de Prévoyance), alimentés et administrés uniquement par celle-ci. La mise de fonds au départ (construction des bâtiments, fourniture du mobilier, du matériel divers) a été faite en partie par l’administration, mais surtout par des organismes privés (Chambre de commerce, Syndicat des importateurs et exportateurs, etc.) Depuis, ces restaurants se suffisent à eux même, mais mes bénéfices pratiquement nuls ne permettent ni l’amortissement des bâtiments et du matériel, ni l’extension pourtant nécessaire. Cependant, certaines entreprises qui y font systématiquement prendre les repas de leurs ouvriers et les distribuent sur le chantier ont remarqué que si e rendement ne s’était pas encore accru de façon sensible, l’état physique des travailleurs s’était nettement amélioré. En mars 1952, ils ont servi 20 644 repas, soit une moyenne de 836 repas par jour.

Toutes ces questions d’habitat, de nourriture, de vêtements, en un mot d’hygiène sont aussi et en grande partie une question d’éducation, d’évolution. Lorsque la population urbaine aura compris la nécessité d’une maison aérée, propre, saine, d’une nourriture, plus riche qu’abondante, de vêtements légers pour la chaleur, secs après la pluie, plus abondants en saison sèche, un grand pas aura été fait vers un meilleur état sanitaire, condition primordiale d’un bon état démographique. Questions sociales et problèmes économiques sont pour beaucoup dans l faible natalité. Mais celle-ci est aggravée par le mauvais état sanitaire général lui-même à l’origine entre autres de la mortinatalité, de la mortalité infantile. Si cette mortinatalité était nulle, nous aurions à Brazzaville de 2,6 à 3,5 enfants par femme (ménopausée).

Mais nous nous devons encore d’insister sur une autre cause de pauci-natalité, de mortinatalité, de mortalité infantile : c’est la prostitution qui agit directement ou comme propagatrice des maladies vénériennes. Pourtant à l’heure actuelle, les pouvoirs publics, sont désarmés contre elle. Un contrôle médical est absolument nécessaire, et pour tout malade reconnu les soins devraient être obligatoires jusqu’à guérison complète. Nous avons par des moyens énergiques, réussi à juguler la maladie du sommeil. Il n’y  pas de raison pour que les maladies vénériennes ne disparaissent pas de même.

EVOLUTION ET DETRIBALISATION

Une lente évolution a lieu dans les centres urbains. L’arrêt de la demande fait diminuer l’immigration masculine à Poto-Poto, la fait cesser presque totalement à Bacongo. Le manque de femmes en ville pousse les citadins à faire venir leurs épouses de brousse. Comme il faut compter un minimum de 3 à 5 ans avant que l’immigrant célibataire soit suffisamment bien installé pour qu’il puisse se charger d’une femme. Ce n’est que lentement que le nombre de celles-ci augmentera. Cette évolution ne peut manquer d’avoir lieu étant donné que si, dans l’en semble des centres urbains d’A.E.F. nous n’avons que 700 femmes pour 1 000 hommes, nous en avons dans les mêmes classes d’âge rurales 1 150, et les villes ne renferment que 4,5% de la population totale. Ce phénomène est déjà très net à Bacongo. Depuis 1950 très peu d’hommes sont arrivés, par contre, l’immigration féminine n’a jamais été aussi forte. L’arriéré des célibataires continue à se marier.

L’immigration masculine est encore très forte à Poto-Poto, mais en 1952 on entendait parfois dire « Je suis ici depuis trois semaines, un pois… je n’ai pas pu trouver de travail, mon frère, mon oncle… ne peut plus me nourrir. Je vais retourner au village. ». A Bacongo, le décongestionnement semble se produire d’une façon différente : c’est la deuxième génération, les fils d’immigrés, qui arrivés à l’âge adulte et lassés par la difficulté de la lutte pour la vie urbaine, repartent au village. D’autre part, les immigrants actuels ne sont souvent que temporaires : l’oncle fait venir son neveu pour que celui-ci apprenne un de ces métiers artisanaux dont la brousse a de plus ne plus besoin : maçon, charpentier, menuisier, et le renvoie ensuite l’exercer dans son village.

Un autre phénomène marque l’évolution des citadins : les économies en espèces. Jadis on amassait des femmes, du petit bétail, des objets fabriqués. Maintenant on y ajoute de l’argent, en assez grande proportion puisque 5% des salaires à Poto-Poto, 3% à Bacongo sont économisés. Les buts sont très précis. 80 à 90% de ces économies ont trois destinations :

  • Prévision de l’avenir. C’est le motif principal puisqu’il attire 40% de l’épargne. L’entraide, naturelle au village, est beaucoup moins prononcée en ville. Nous avons quitté la communauté presque totale pour une société en forme de groupes familiaux plus (Bacongo) ou moins (Poto-Poto) liés entre eux. D’autre part la vie est dure en ville, on pense d’abord à la famille, à la maladie si fréquente qui empêche de travailler mais pendant laquelle il faudra néanmoins vivre.
  • Devenir propriétaire, soit en achetant une concession, soit en construisant soi-même : 22% e l’épargne mais 30% des épargnants.
  • Devenir commerçant : le quart des épargnants u consacre le tiers des économies.

L’extension de la langue française peut-être considérée comme un autre signe d’évolution. La moitié environ des adultes masculins de Brazzaville parlent français ou le plus souvent utilisent plus ou moins bien les mots qui ont rapport avec leur profession. Moins de 10% des femmes connaissent notre langue. Par contre les trois quarts des garçons, la moitié des filles de 5 à 15 ans parlent français. ceci est dû au fait que la majorité des enfants, tout du moins des garçons de ces classes d’âge fréquentent l’école :

  • De 5 à 1o ans : 35% des garçons et 11% des filles
  • De 10 à 15 ans : 88% des garçons, 35% des filles

Le nombre relativement faible des enfants de 5 à 10 ans fréquentant l’école provient de ce que c’est souvent à 7 ou 8 ans seulement qu’ils commencent.

A certains moments l’évolution nous a paru plus rapide à Bacongo qu’à Poto-Poto. La première agglomération, restée solidement organisé&e du point de vue social, ne rejetant de la coutume que ce qui était strictement incompatible avec la vie urbaine, a mieux pu, sous la sûre direction des anciens, se plier aux exigences de l’évolution. Poto-Poto devenait le centre détribalisé type. On a beaucoup usé du mot détribalisation « une société se détruit dans la ville, sans qu’une nouvelle règle sociale soit substituée à l’ancienne »[11] ; on peut y ajouter une rupture presque complète avec le clan resté en brousse. Ce mot correspond vraiment à un fait. Cette désintégration sociale se produit surtout dans les centres où de multiples ethnies se rencontrent sans trouver des points de contact suffisants entre leurs différentes coutumes : Bacongo où 15 000 individus d’une même tribu se sont agglomérés à 8 000 autres de tribus prochement apparentées a pu y échapper.

C’est surtout à cette détribalisation ou à cette conformation à la coutume que nous e=devons les différences entre l’évolution de Bacongo et celle de Poto-Poto.

Les anciens de Poto-Poto sentent le danger qu’il y aurait à voir se continuer l’immigration. Mais ils ne peuvent rien contre elle. Par contre les lari de Bacongo, avec leurs parents de Boko et de Kinkala (districts qui ont fourni plus de la moitié de habitants de Bacongo) ont surtout tourné leurs efforts vers la production (manioc, huile de palme). C’est alors que l’on vit paraître les premières coopératives semi-industrielles. Seuls les jeunes gens viennent temporairement en ville pour apprendre un métier. De toute façon à Bacongo l’autorité du chef de famille reste forte. L’arrivant est sûr d’être hébergé (Bacongo n’a que 5% de locataires mais 38% de sa population est hébergée gratuitement), nourri. Par contre, qui le veuille ou non, il doit immédiatement travailler. Aussi l’arrivée  d’un nouveau membre dans la communauté familiale se traduit-elle très vite par un relèvement de son niveau de vie. A Poto-Poto cette autorité, cette union ont presque disparu : on évite quand on le peut d’héberger le compatriote. Nous avons 20% de locataires, mais les 22% de la population que représentent les gens hébergés gratuitement ne sont que trop souvent des parasites et l’on a pas assez d’autorité pour les obliger à travailler. Conclusion : 2,9 personnes vivent sur une solde à Bacongo, 3,7 à Poto-Poto.

A Bacongo on ne rencontre pratiquement pas de ces cas isolés qui occupent 25% des lots de Poto-Poto. L’indépendant, l’indésirable sont surveillés de trop près pour qu’ils puissent résister. Ils n’ont qu’une seule ressource : se réfugier à Poto-Poto s’ils ne veulent pas se soumettre au clan. La répartition est aussi plus rationnelle : on ne rencontre pas comme à Poto-Poto, 37% des lots ayant plus de 7 habitants. Le doublement de la superficie de Bacongo après la guerre a eu surtout pou but de décongestionner la ville. Les extensions continues de Poto-Poto sont dues aux arrivées de plus en plus nombreuses.

Le problème de la femme est surtout sensible à Poto-Poto :

  • Elles échappent à l’autorité familiale parce que celle-ci se dissout de plus en plus mais aussi parce que leur petit nombre leur donne une grande importance. Le taux de féminité monte, montera moins vite à Poto-Poto qu’à Bacongo. Ici lorsque le jeune homme a atteint l’âge du mariage l’oncle lui procure une femme que, ordinairement, il fait venir ou on lui envoie de brousse, et paye la dot. A Poto-Poto le jeune homme a de moins en moins recours à sa famille, parce que, souvent, il vit séparé d’elle, mais aussi parce qu’il préfère épouser une femme de son choix. Il lui faudra longtemps pour économiser une dot de plus en plus forte, si jamais il y arrive.
  • C’est uniquement à Bacongo que nous voyons les femmes aller travailler les champs aux environs : longues théories rentrant le soir la tête surmontée d’un fagot de bois que couronne les houes, avec, souvent encore, un enfant lié derrière le dos. Mais c’est à Poto-Poto seulement que, en contradiction absolue avec les lois coutumières de toute l’Afrique noire nous avons pu voir les hommes partir, la tête lourdement chargée avec encore parfois un enfant tenu assis sur la hanche, suivi de femmes les bras ballants.
  • Les divorces sont presque aussi fréquents à Bacongo qu’à Poto-Poto Pourtant nous n’avons jamais rencontré de divorcées à Bacongo. Les chefs de famille les ont obligées a à se remarier d’autant plus vite qu’il n’existe pas de loi de viduité : il récupère la dot qu’il a été obligé de rembourser.
  • A Bacongo la coutume qui exige la fidélité conjugale est beaucoup mieux respectée : l’adultère est la cause de 18% de divorces (3,6% des ménages) A Poto-Poto il ne compte que pour 9% (2% des ménages).

En définitive la détribalisation pose beaucoup plus de problèmes qu’elle n’en résout. Si à Poto-Poto le maintien de quelques liens familiaux à défaut des liens claniques obligent les jeunes travailleurs à envoyer une part de leurs gains à la famille rurale, ce mal à Bacongo est compensé par l’obligation de travail de bien des personnes qui, ailleurs ne sont que des parasites.

Après six ou sept lustres d’une évolution lente Poto-Poto a connu un brusque essor qui en détruisant les anciennes contraintes sans leur substituer une nouvelle règle sociale a posé de nombreux problèmes sociaux, économiques et sanitaires. Cette poussée semble toucher à sa fin. Lentement sans doute évoluons nous vers cette stabilité dont nous voyons les premières manifestations à Bacongo qui grâce à la solidité de son organisation a su se reprendre à temps. Mais si nous laissons ces problèmes évoluer d’eux-mêmes, ils risquent de prendre une dangereuse importance avant de se résoudre lentement. Il faut les attaquer de front. En fait, malgré leur complexité, ils peuvent se ramener à deux : immigration trop forte des hommes, non spécialisation des travailleurs.

Le freinage de l’exode masculin, l’emploi dans les centres ruraux des inadaptés feront décroître le chômage, l’importance des problèmes féminins, la prostitution etc. Le monde moderne ignore la manœuvre. Les travailleurs doivent être formés professionnellement. C’est ainsi seulement qu’ils peuvent obtenir des salaires plus élevés c’est-à-dire un meilleur niveau de vie.

La normalisation du taux de masculinité en facilitant les mariages et en consolidant les ménages, l’élévation des niveaux de vie, en améliorant l’état sanitaire de habitants ne sauraient avoir que des effets bienfaisants sur la natalité.

C’est à ceci en effet que nous arrivons toujours. Certes nous nous devons d’éduquer, de soigne le pays, mais il nous faut aussi veiller à son état démographique car, en Afrique comme ailleurs, c’est le gage le plus sûr de l’avenir.

Marcel SORET
Office de la recherche scientifique outre-mer
1953

[1] Note du transcripteur : Le document source est constitué par les scans des deuxièmes ou troisièmes copies carbone du tapuscrit d’origine, très difficile à relire (voir image d’entête). Il est possible que se soient glissées quelques erreurs d’interprétation dont nous nous excusons.

[2] Soret Marcel, Etude démographique des Centres urbains en A.E.F., Bulletin mensuel de Statistique d’Outre-Mer, Supplément Série Etudes, Paris – Sous-presse.

[3] Alfred Sauvy, Etude théorique sur le peuplement optimum d’une région isolée ; Introduction à Peuplement rural et peuplement national. Jn – 8° Paris, Presses Universitaires de France 1949 107p., 4 fig., 10c., (travaux et documents de l’I.N.E.D., Cahier N°8)

[4] Voir à ce sujet Georges Balandier – Approche sociologique des « Brazzaville noires », Etude préliminaire, Londres janvier 1952n 16 p., (Africa, journal of African Institute Vol. XXII, N°1, pp. 22-34)

[5] Variation de l’indice du coût de la vie européenne à Brazzaville depuis 1938 : 1938-100 , 1945-300 , 1947-500 , 1949-1000 , 1951-1500 , 1953(janvier)-1800 (chiffres fournis par le Service de Statistique générale de l’A.E.F.)

[6] Faible natalité (note du transcripteur).

[7] TROLLI et LUPUY, Contribution à l’étude des bakongo en 1933 (Foroni 1934) Bull. Royal Col. Belge. V 1934 et VII 1937
– LAMAL Fr. S.J. Essai d’étude démographique d’une population du Kirango : les basuku du territoire de Fechi, BRUXELLES 1949, 184 p., 10 gr. VIII pl.h.t., 1c. Royal Col. Belge, Section Sciences morales et politiques. Tome XV, fasc. 4.

[8] NDLR : Perverse solution qui consiste à faire des colonisés des colonisateurs.

[9] TISSERANT R.F. Charles, Le mariage dans l’Oubangui-Chari, BRAZZAVILLE, 1951, 50p., Bull de l’Inst. D’Et. Centrafr. N°2, p. 73-102

[10] NDLR : L’auteur semble ne pas se rendre compte qu’il apporte là un argument à charge contre la colonisation.

[11]DRESCH Jean, Villes congolaise, étude de géographie urbaine et sociale –Paris 1948 – 22p., 27 ph. Et fig., Rev. De géogr. Hum et d’ethn. N°3 juillet-septembre 1943 p.3-24