1965 – Le procès de la première République

De la gauche vers la droite, au 1er rang : L’Abbé Fulbert Youlou (Premier président de la République du Congo, Chef du gouvernement et député-maire de la ville de Brazzaville) entouré de Jacques Opangault (Vice-président de la République, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice) et de Marcel Ibalico (Président de l’Assemblée Nationale). Au 2e rang : Pierre Goura (Ministre des Finance et Député Maire de Dolisie) ; Faustin Okomba (Ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale) ; Germain Samba (Ministre de l’agriculture et de l’élevage) ; Raymond Mahouata (Ministre de la Santé Publique) ; Alphonse Massamba-Debat (Ministre du Plan et de l’Equipement) ; Simon-Pierre Kikhounga-Ngot (Ministre des Affaires Economiques, et des Eaux et Forêts) ; Paul Ngouala (Ministre de la Jeunesse et des Sports) ; Victor Sathoud (Ministre de la Fonction Publique). Au 3e rang : Isaac Ibouanga (Ministre de la Production Industrielle) ; Michel Kibangou (Secrétaire d’Etat à la Présidence de la République, chargé de la construction, de l’urbanisme et de l’habitat) ; Philippe Bikoumou (Secrétaire Particulier à la Présidence de la République) ; Germain Bicoumat (Ministre des Travaux Publics et des relations avec l’ATEC) ; Dominique N’ZALAKANDA (Ministre de l’Intérieur) ; Apollinaire Bazinga (Ministre d’Etat, Ministre de l’information) ; Prosper Gandzion (Ministre de l’Education Nationale) Absent : Stéphane Tchitchelle (Vice-président de République, Ministre des Affaires Etrangères, et Député Maire de Pointe-Noire).

De la gauche vers la droite, au 1er rang : L’Abbé Fulbert Youlou (Premier président de la République du Congo, Chef du gouvernement et député-maire de la ville de Brazzaville) entouré de Jacques Opangault (Vice-président de la République, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice) et de Marcel Ibalico (Président de l’Assemblée Nationale).
Au 2e rang : Pierre Goura (Ministre des Finance et Député Maire de Dolisie) ; Faustin Okomba (Ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale) ; Germain Samba (Ministre de l’agriculture et de l’élevage) ; Raymond Mahouata (Ministre de la Santé Publique) ; Alphonse Massamba-Debat (Ministre du Plan et de l’Equipement) ; Simon-Pierre Kikhounga-Ngot (Ministre des Affaires Economiques, et des Eaux et Forêts) ; Paul Ngouala (Ministre de la Jeunesse et des Sports) ; Victor Sathoud (Ministre de la Fonction Publique).
Au 3e rang : Isaac Ibouanga (Ministre de la Production Industrielle) ; Michel Kibangou (Secrétaire d’Etat à la Présidence de la République, chargé de la construction, de l’urbanisme et de l’habitat) ; Philippe Bikoumou (Secrétaire Particulier à la Présidence de la République) ; Germain Bicoumat (Ministre des Travaux Publics et des relations avec l’ATEC) ; Dominique N’ZALAKANDA (Ministre de l’Intérieur) ; Apollinaire Bazinga (Ministre d’Etat, Ministre de l’information) ; Prosper Gandzion (Ministre de l’Education Nationale)
Absent : Stéphane Tchitchelle (Vice-président de République, Ministre des Affaires Etrangères, et Député Maire de Pointe-Noire).

Les Trois Glorieuses des 13, 14 et 15 août 1963, contraignirent le premier président du Congo-Brazzaville, l’abbé Fulbert Youlou à la démission. Le régime marxisant institué par le MNR1 sous la direction du président Alphonse Massamba Débat l’emprisonna.

Après l’euphorie qui suivit son éviction, de sérieuses tensions ne cessèrent de se développer dans la capitale de l’ancien Moyen-Congo français.

Tandis que les partisans de l’abbé Youlou ne renonçaient point à reprendre un jour le pouvoir, des factions adverses s’affrontaient au sein du Mouvement national de la révolution.

De vives résistances à la « révolution » congolaise se manifestèrent dès le début de l’année 1964. Elles étaient le fait soit de responsables politiques restés fidèles à l’abbé Youlou, soit de militants syndicalistes ou politiques hostiles à l’ancien régime mais également opposés à la ligne de conduite « révolutionnaire » adoptée par M. Massamba-Debat et ses amis.

Les élections municipales organisées en février 1964 dans les trois principales villes du Congo – Brazzaville, Pointe-Noire et Dolisie — furent un échec pour les nouveaux dirigeants. Les consignes de boycottage lancées par les partisans de l’ancien président Youlou furent en effet largement suivies. A cette époque, les « youlistes » se crurent même suffisamment forts pour organiser dans les rues de la capitale congolaise des manifestations hostiles au gouvernement en place.

Le monde était alors en pleine guerre froide et les sympathies pro américaines de Youlou et ses partisans ne pouvaient agréer des nouveaux maîtres de Brazzaville.

Lorsque Youlou parvint à s’évader en mars 1965, pour se réfugier à Madrid sous la protection du Généralissime Franco, le régime du MNR poussé par ses alliés du bloc de l’est n ‘avait guère d’autre choix que de constituer une Cour d’exception, pour juger les principaux responsables de la première République congolaise.

Le procès, quelque peu stalinien, eut lieu du 8 au 14 Juin 1965, au « Tribunal Populaire de Brazzaville » sous la présidence de Stanislas Batchy. Y furent jugés 14 membres du gouvernement Youlou, dont le président en exil et 5 hauts fonctionnaires. Fulbert Youlou sera condamné à mort par contumace et tous ses biens au Congo comme à l’étranger seront confisqués.

Les accusés, les chefs d’inculpation, les sentences :

NOM FONCTION CHEFS D’ACCUSATION PEINE INFLIGEE
1 Abbé Fulbert YOULOU Président de la République Haute trahison, cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; Condamné à mort par contumace, confiscation de tous les biens tant au Congo qu’à l’étrange
Installation d’un poste émetteur appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville ;
Détournement des deniers publics
2 Stéphane TCHITCHELLE Vice Président de la République, Ministre des Affaires Etrangères Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; 15 ans de Prison ferme avec confiscation de la ferme de Hinda
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville ;
Détournement des deniers publics
3 Dominique NZALAKANDA Ministre de l’Intérieur et de la Justice Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; 15 ans de prison ferme avec confiscation de ses deux voitures
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville ;
Détournement des deniers publics
4 Joseph SENSO Ministre de l’Intérieur et de la Justice Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; 10 ans de prison ferme
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville
5 Prosper GANDZION Ministre de l’Education Nationale Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; 10 ans de prison ferme avec privation des droits civiques
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville ;
Détournement des deniers publics
6 Victor SATHOUD Ministre de la Fonction Publique, du plan et de l’équipement Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; 10 ans de prison ferme
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville ;
Détournement des deniers publics
7 Alphonse NZINGOULA Directeur de Cabinet de l’ancien Président de la République Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; 8 ans de prison ferme
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville
8 Eugène GOMA Directeur de la Sûreté Nationale Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; 5 ans de prison ferme
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville
9 Isaac IBOUANGA Ministre de la Production Industrielle Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; 3 ans de prison ferme
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville ;
10 Marc DELLHOT Secrétaire particulier de l’ancien Président de la République Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; 3 ans de prison ferme
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville ;
Détournement des deniers publics
11 Antoine LETEMBET AMBILY Directeur de Cabinet du Ministre de l’Intérieur Trafic d’influence 3 ans de prison ferme
Accession illégale à la fonction publique
12 Pierre GOURA Ministre des finances Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; 2 ans de prison ferme
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville ;
Détournement des deniers publics
13 Jacques OPANGAULT Vice Président de la République Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; Acquitté
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville
14 Simon Pierre KIKHONGA NGOT Ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; Acquitté
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville
15 Apollinaire BADZINGA Ministre de l’Information Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; Acquitté
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville
15 Germain SAMBA Ministre de l’Agriculture Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; Acquitté
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville ;
17 Faustin OKOMBA Ministre des Travaux publics Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; Acquitté
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville
18 René KINZOUZA Ministre de la Santé Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; Acquitté
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville
19 Michel KIBANGOU Ministre des Affaires économiques Participation à la cession d’une portion du territoire national au profit de la sécession Katangaise ; Acquitté
Participation à l’installation d’un poste émetteur radio appelé Makala en vue de créer la subversion au Congo-Léopoldville

 Fulbert Youlou dira ce qu’il pense de ce procès dans son livre « J’accuse la Chine »2.

Extraits :

« Je suis accusé d’avoir utilisé à mes fins un avion de guerre de type Héron, que j’aurais reçu du gouvernement français. Je demande aux membres de ce soi-disant tribunal de s’informer auprès de ce gouvernement du jour et de la date où un avion de guerre m’aurait été donné par lui ? En tout cas, sur mon honneur, je déclare n’avoir jamais reçu d’avion de ce type. Mais je reconnais avoir reçu de la France trois ou quatre petits avions Broussards. Et ils sont à Brazzaville ;

Je suis accusé d’avoir apporté mon soutien à MM. Kasavubu et Tshombé. C’est exact. Je suis anti-communiste et je le serai toute ma vie. Je soutiendrai, tant que je vivrai, tous ceux qui défendent la même cause que moi.

Ce tribunal ose me condamner à mort pour avoir toléré à Brazzaville l’installation de la Radio-Makala. Mais que dit ce tribunal de ce qui est diffusé sur les antennes de la Radio du désordre pour le compte des rebelles installés là-bas ? Que pense ce tribunal sur le fait que les rebelles de Léopoldville aient des bases militaires partout au Congo-Brazzaville, utilisant armes et munitions de l’armée congolaise avec tous les soutiens logistiques ?

Oui, un tribunal dont le jugement rendu n’est que le reflet évident de la haine ne peut être équitable et juste car, avant de se prononcer sur la nationalisation de tous mes biens, ce tribunal aurait dû savoir que c’est en 1946 que j’ai acheté la ferme de Madibou, grâce aux dons que j’avais reçus alors des chrétiens, que le petit hôtel de Bacongo a été construit en 1956 grâce à un crédit de deux millions sollicité à la banque qui s’appelait alors Crédit d’A.E.F. et ce crédit a été entièrement remboursé. L’hôtel du Pool n’est pas encore entièrement payé, je suis satisfait de ce que Massamba-Débat prendra sur toutes mes dettes.

Ce que ce tribunal ne veut pas savoir et ne veut pas dire, c’est que j’étais régulièrement salarié et que j’avais le droit d’user de ma solde. Ce tribunal ne démontre pas non plus combien j’ai volé et sur quel chapitre cette somme a été défalquée.

Je suis condamné à mort pour avoir demandé de maintenir l’ordre le 13 août, alors que je représentais le pouvoir légal… ».

1Le MNR est la première formation politique monopartite du Congo, crée en 1965, sous la direction d’Alphonse Massamba-Débat, avec ses principales tendances incarnées par Pascal Lissouba et Ambroise Noumazalaye.

2 Editions Table Ronde, Paris (1965)