1988 – Le scandale des déchets toxiques

In « Dictionnaire général du Congo Brazzaville » Philippe Moukoko 1999 – L’Harmattan éditeur

Révélée par les « Zorro verts »de l’écologie (Bruxelles), relayée par Radio-France Internationale et Radio-Trottoirs qui allaient donner toute la trame de l’événement, l’affaire éclata publiquement en mai 1988 autour d’un contrat de placement de deux millions de tonnes de déchets toxiques en provenance de l’Europe et des Etats-Unis.

Mandataire d’une société installée au Liechtenstein (Bauwerk A.G), un homme d’affaires Luciano Spada avait réussi à signet un contrat de 74 millions de dollars avec le ministre de l’Information et des Télécommunications, Christian Gilbert Bembet. En réalité, l’affaire révélait l’existence des ramifications jusqu’au sommet de l’Etat. Le ministre Gilbert Bembet Avait obtenu, sous le patronnage du Premier ministre Edouard Poungui, une licence d’importation du ministre du Commerce et des P.M.E., Alphonse Souchlaty ainsi que l’aval du ministre de la Recherche scientifique et de l’Environnement, Christophe Mbouramoué.

Dans le montage de l’affaire, diverses personnalités civiles (l’avocat d’affaires Vincent Gomez, conseiller à la « Primature », Jean Passi) et administratives (Dieudonné Nganga, ngamissamy Issanga, Abel Tschicou) étaient également impliqués.

Le merveilleux site des gorges de Diosso où devaient être stockés les déchets. 

Le scandale suscita d’incessantes rumeurs et la terreur au sein de la population du Kouilou où les déchets devaient être stockés (gorges de Diosso). Pour calmer la situation, le gouvernement s’engagea à établir les responsabilités. Après la réunion du plénum du Parti Congolais du Travail qui opta pour des sanctions sévères et exemplaires, le Premier ministre qui avait pu être reconduit effectua le 30 juillet 1988 un remaniement ministériel marqué par le limogeage de deux ministres instigateur de ce contrat frauduleux : Christian Gilbert Bembet et Christophe Mbouramoué. Ils avaient déjà empoché les pots de vin avant même l’exécution du contrat. Par ailleurs l’avocat Vincent Gomez fut radié du barreau.

La très luxueuse résidence de l’avocat Vincent Gomez domine aujourd’hui le site exceptionnel des gorges de Diosso. En arrière plan la baie de Loango et la Pointe-Indienne

Intervenu dans un contexte politique aigu caractérisé par la révolte Kouyou, le scandale des déchets toxiques a montré à quel point la corruption régnait au plus haut sommet de l’Etat congolais. Il a constitué une première prise de conscience des populations des problèmes liés à la préservation de l’environnement et à la santé publique.

Bibliographie :

François Soudan et Michel FriedmanDéchets toxiques : le dossier du scandale in Jeune Afrique, no. 1435, 1988, PP. 20-29
Pierre Péan, L’argent noir, Corruption et sous développement, Editions Fayard, 1988

Pambou-Tchivounda Guillaume L’interdiction de déverser des déchets toxiques dans le Tiers Monde : le cas de l’Afrique In : Annuaire français de droit international, volume 34, 1988. pp. 709-725