22 mars 1970 – L’échec du putsch de Pierre Kinganga

Kinshasa, la base arrière des coups d'Etat anti marxistes au Congo Brazzaville. (1970)

Kinshasa, la base arrière des coups d’Etat anti marxistes au Congo Brazzaville. (1970)

Kinganga 1Pierre Kinganga,  né le 27 juillet 1936, est formé à l’École Général Leclerc des enfants de troupe, puis de 1961 à 1963, à l’école militaire d’application de Saint-Maixent en France, dont il sort avec le grade de sous-lieutenant. Il est nommé Lieutenant par la suite. Il a suivi également une formation à l’école supérieure de commandement des troupes aéroportées de Riazan (Russie) de 1965 à 1966.

Classé officier de droite, il affiche sa sympathie pour l’ancien président Fulbert Youlou. Il est arrêté en 1968 par le régime de Massamba-Débat pour menées subversives. Il lui est notamment reproché pour son implication dans la tentative du mercenaire français Jacques Debreton. Il est libéré en juillet 1968, à la faveur de l’insurrection qui prélude la chute du président Massamba-Débat.

Kinganga 2Il se brouille avec le nouveau régime et est contraint à l’exil au Congo-Démocratique dès 1969.

Le 23 mars 1970, avec Augustin Poignet il tente un putsch militaire contre le président Marien Ngouabi. A la tête d’un commando militaire d’une trentaine de personnes en provenance de Kinshasa, occupe la station radiophonique nationale pendant toute la matinée avant d’être délogé après des combats qui font plusieurs morts dont des civils. Sa tentative échoue et il perd la vie au cours des affrontements.


 

Sylvain N’Tari Bemba, a relaté ces faits dans les colonnes de l’hebdomadaire « la Semaine Africaine » N°2021 du 23 mars 1995, sous le titre :

Pierre Kinganga ou la restauration brisée du régime de la première République du Congo

Dans cette époque médiane de la fin des années soixante-dix, ce débarquement armé, le 23 mars 1970, d’hommes venus de Léopoldville (Kinshasa) a un air de déjà vu ; une précédente tentative menée par Bernard Kolelas s’était soldée en 1969 par la capture de la plupart des membres d’un commando d’éléments youlistes, ce qui n’est pas sans rappeler des événements similaires déjà intervenus en 1965 peu avant la tenue des Premiers jeux africains à Brazzaville.

En froid avec le régime révolutionnaire qui a une réputation de casse-cou, n’aurait vraisemblablement pas choisi de tenter cette « mission impossible » visant à renverser les institutions de Brazzaville, s’il ne disposait probablement d’un réseau de complicité au sein de l’armée. L’on ira même jusqu’à affirmer que ce jeune officier dont le nom de guerre est « Sirocco » parce qu’il a l’habitude de rouler a toute vitesse sur sa « Vespa » aurait réussi à s’infiltrer jusqu’auprès de certains responsables qui fréquentent les allées du pouvoir.

Tête brûlée par tempérament, Pierre Kinganga semble dans la foulée foncer tête baissée en cette matinée du 23 mars 1970 où il va aussi, en ce qui le concerne, brûler ses vaisseaux. A l’aube, ses complices se sont emparés sans coup férir de l’immeuble de Radio-Congo « La voix de la révolution congolaise ». Précédé d’une musique militaire, un communiqué de victoire est émis de quart d’heure en quart d’heure et se termine par la diffusion de l’ancien hymne national « La Congolaise ».

Dans les cités, des scènes de liesse ont eu lieu spontanément. L’on a brandi dans les rues de petits drapeaux aux anciennes couleurs nationales. Lorsque « Sirocco » est passé par le marché Total pour haranguer la population de véritables grappes de jeunes gens ont pris place à bord de véhicules privés. Destination : maison de la radio. Le climat est à la fête. Celle-ci va brutalement tourner au vinaigre. L’armée populaire nationale est finalement passée à la contre attaque, à l’arme lourde. Pour les rebelles venus de l’autre coté du fleuve, le vent ou la chance a définitivement tourné. En début d’après-midi, le Commandant Marien Ngouabi peut annoncer l’écrasement de la « contre-révolution », Dans l’arrière-cour de l’immeuble dont le balcon central n’est plus que ruines, les forces régulières achèvent les vaincus. Les jeunes gens venus imprudemment du marché Total ne seront pas épargnés par ce bain de sang. Le lieutenant Pierre Kinganga est tombé. Dans leurs prochaines éditions, la presse du parti marxiste et celle de l’État vont publier de lui des photos qui le montrent à moitié nu, la poitrine bardée de gris-gris. Le capitaine Augustin Poignet, absent de la radio, a réussi à s’enfuir, ayant été plus ou moins de la partie ; un communiqué officiel demande sa capture, « mort ou vif ».

Les représailles ne vont pas tarder. Désignée comme bouc émissaire, la gendarmerie nationale est dissoute peu après ; convaincus de complicité active, deux ou trois officiers et autant de simples gendarmes sont condamnés à mort par la cour martiale, et fusillés le 29 mars 1970. La fonction publique ne sera pas épargnée ; de nombreux agents seront frappés par des mesures « d’épuration ». « A partir de maintenant, pouvait déclarer le camarade président Marien Ngouabi, la révolution reprend son élan, et nous ne déposerons les armes que lorsque la victoire de la révolution sera totale ». Dès lors, la spirale de la violence ne devait plus s’arrêter ; les assassinats en chaîne de mars 1970 devenaient, dans ce contexte, un épiphénomène plus sanglant que les autres.