Mgr Augouard, 44 ans d’un missionnaire et explorateur au Congo

Le nom de Prosper Philippe Augouard, deuxième évêque en charge du Congo français et de l’Oubangui, est indissociable de l’expansion coloniale de la France au Congo. Augouard, a, 44 années durant, été une des figures clés de la colonie. De 1877 à 1921 il aura eu à travailler avec tous les administrateurs et missions exploratoires qui se sont succédé sur ces territoires les marquant profondément de son empreinte.

Mgr Augouard visitant le Congo vers 1890

Mgr Augouard visitant le Congo vers 1890


Prosper Philippe Augouard est le fils de François, menuisier, et de Jeanne Adèle née Barreau. Il est né le 17 septembre 1852 à Poitiers. Enfant plein d’énergie, il fit ses études à Montmorillon, pour devenir prêtre mais en fut renvoyé. Il continuait ses études de philosophie à Sées puis au petit séminaire, après avoir rencontré Mgr de Ségur alors qu’il était engagé volontaire, pendant la guerre de 1870/71 et qu’il se trouvait à Rennes.

Écoutant le récit fait par Antoine Horner sur ses missions en Zanzibar et en Afrique orientale il entre dans la congrégation du Saint-Esprit. Il embarque pour l’Afrique en décembre 1877 comme secrétaire de Mgr Le Berre, vicaire apostolique du Gabon. Puis part en décembre 1879 pour Lândana à partir de laquelle il fonde de nombreuses missions et travaille de concert avec l’administration coloniale (Albert Dolisie), rencontre Brazza, Stanley… En 1881, il fonde la station de Nembo, celle de M’Bona qui étaient proche de Mfoa, et mène une expédition lointaine vers le Stanley-Pool. Il fonde la mission de Linzolo en 1883. De retour en France en 1884, pour se soigner, il plaide auprès de Jules Ferry en faveur des vastes espaces qui étaient à portée de la France. À la fin de l’année, il retourne sur le Stanley-Pool et fonde la mission de Kwamouth. La conférence de Berlin fit passer la mission de Saint-Paul de Kasaï à la Belgique, et Lândana au Portugal. Il installe les premiers bâtiments à Brazzaville de ce qui deviendrait la cathédrale et l’archevêché avec l’accord du résident de France, M. Chavannes.

Alors que les déplacements se faisaient en caravane sur plus de 560 km pour relier les missions, une première barque en acier et à voile fit ses premières rotations. En 1888 M. Augouard l’équipait d’une machine à vapeur. Toutes les pièces venaient d’Europe et donnèrent une nouvelle expansion aux déplacements sur les cours d’eau, et une mission fut fondée à Saint-Louis de l’Oubangui, 1 200 km en amont.[1]

De nouveau de retour en France, pour y recevoir des soins en mai 1890, le pape le nomme évêque titulaire de Sinita et vicaire apostolique pour le Haut-Congo français et l’Oubangui. De retour en juillet 1891 il fit commencer la construction de la cathédrale de Brazzaville (40 mètres de longueur et 13 mètres de voûte), une maison épiscopale, des classes et des dortoirs. Les sœurs de Saint-Joseph de Cluny arrivèrent en 1892 et allaient ainsi pouvoir évangéliser les filles. Toute cette activité de bâtisseur mena à l’élévation de fabriques pour cuire les briques (il en fut fabriqué quinze millions) ainsi qu’à la construction d’un atelier portuaire à Brazzaville pour l’entretien des trois bateaux (dont le Léon XIII d’une longueur de 20 mètres), servant aussi à toute la navigation du fleuve. Alphabétisation, dispensaires, routes commerciales, rachat d’esclaves, lutte contre le polygamie, soutien des expéditions : toutes ces activités le mettaient en relation avec de nombreuses personnalités de l’Afrique équatoriale française: Mission Foureau-Lamy, de Béhagle, Antoine Mizon, Dibowsky, le gouverneur Emile Gentil.

Son incessante activité amena Augouard à fonder de nouvelles missions : Saint-Paul des Rapides sur l’Oubangui (1893), la Sainte-Famille des Banziri (1894). De nouveaux bateaux furent construits et de nouveaux missionnaires arrivèrent, comme les sœurs franciscaines de Marie. À Lékéti sur l’Alima en 1897, il prit en charge la mission de France-ville au Gabon avant de la rendre au diocèse du Gabon en 1907.

De retour en France pour raisons de santé, Prosper Philippe Augouard décède à Paris le 3 octobre 1921.[2]

Carte du Congo depuis son embouchure jusqu'à Stanley-Pool / dressée par le R. P. Augouard,.

Carte du Congo depuis son embouchure jusqu’à Stanley-Pool / dressée par le R. P. Augouard.

Les innombrables correspondances de Mgr Augouard ont été réunies dans 3 ouvrages : 28 années au Congo[3], 36 années au Congo et 44 années au Congo.

[1] Lire l’article d’Olivier Ouassongo, chercheur à l’Institut d’études Africaines (IEA) d’Aix-en-Provence « Mgr Augouard et le bateau à vapeur » en suivant ce lien : http://www.spiritains.org/qui/histoire/dossier/doss4.htm
[2] Cette biographie succincte est de source Wikipédia.
On aura avantage à lire l’article d’Augustin Berger « Augouard, Prosper – 1852 à 1921 – Eglise Catholique – Congo-Brazzaville » dont voici l’adresse : http://www.dacb.org/stories/congo/f-augouard_prosper.html
[3] La numérisation du premier tome de « 28 années au Congo »  est consultable à cette adresse:
 http://gallicalabs.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1044507/f2.image
Cependant les deux tomes qui composent l’ouvrage ont été réédités chez Hachette en 2013 sous le titre :
28 années au Congo, lettres de Mgr Augouard Parution : 01/05/2013; Collection : Histoire et géographie du christianisme; Tome 1 – 552 pages – EAN : 9782012846470 – prix : 26,60€;Tome 2 – 658 pages – EAN : 9782012846487 – prix : 28,90€