Ange Diawara et le M22

Ange Bidie Diawara est né à Sibiti en 1942. Il interrompt ses études supérieures en Sciences économiques en 1964 pour se mettre au service de la Révolution Congolaise. Il intègre la Jeunesse du parti unique, la JMNR et devient membre de la Défense Civile, la garde présidentielle civile du régime de Massamba-Débat.

Durant le bras de fer entre le président Massamba-Débat et les officiers, conduits par le capitaine Ngouabi, en juillet 1968, il opte pour le second camp. Son ralliement permet de désamorcer l’affrontement entre la Défense Civile, pro-Massamba-Débat, et l’armée.

Il devient premier vice-président du Conseil National de la révolution, mis en place le 4 août 1968. Il est également membre du Conseil d’état. Après la chute de Massamba-Débat, la Défense Civile est dissoute et ses éléments reversés dans l’Armée Populaire Nationale. Diawara devient Lieutenant dans l’armée de terre.

Ange Diawara jouit alors d’une grande popularité auprès de la jeunesse pour son intégrité et son désintéressement, ses aptitudes aux arts martiaux et ses talents militaires, ainsi que pour ses capacités théoriques et sa connaissance de la théorie marxiste. Il est l’un des fondateurs du Parti congolais du travail (PCT), institué par le président Marien Ngouabi le 31 décembre 1969 et parti unique de la République populaire du Congo. Membre du Bureau Politique, Ange Diawara est l’une des grandes figures de l’aile gauche du PCT, avec Claude-Ernest Ndalla et Ambroise Noumazalaye. À la suite du congrès extraordinaire du PCT convoqué par le Président Ngouabi du 30 mars au 1er avril 1970, après le putsch manqué du lieutenant Kinganga, il entre au gouvernement comme ministre du Développement chargé des Eaux et Forêts.

Rapidement, il se démarque de l’entourage de Marien Ngouabi, dont il fustige l’embourgeoisement, la corruption et les tendances au népotisme. Il est le concepteur du néologisme obumitri (Oligarchie bureaucratique militaro-tribaliste), qu’il popularise à travers des tracts qu’il fait distribuer dans le pays.

Diawara au maquis de Goma Tsétsé

En décembre 1971, Diawara et ses amis tentent de mettre Marien Ngouabi en minorité lors de la session extraordinaire du Comité Central du PCT, convoquée suite aux grèves estudiantines de novembre 1971. C’est l’échec. Il perd sa place au gouvernement et au Conseil d’état.

Le 22 février 1972, il prend la tête d’un putsch contre le président Ngouabi. Leur tentative qui sera baptisée Mouvement du M22 échoue, et certains conjurés perdent la vie, Prosper Matoumpa-Mpolo, Elie Itsouhou, Franklin Boukaka… Plusieurs sont arrêtés, Noumazalaye, Ndalla, Bongou, Kimbouala-Nkaya… Diawara et quelques rescapés prennent le maquis à quelques dizaines de kilomètres de Brazzaville, dans les environs de Goma Tse-Tse, village natale de sa mère dans la région du Pool.

Exhibition de la dépouille d’Ange Diawara

En avril 1973, Diawara et treize de ses compagnons, dont le Lieutenant Ikoko, Olouka et Bakekolo, sont capturés et abattus. Selon la plupart des témoignages, ils avaient été arrêtés au Zaïre et livrés vivants par les autorités zaïroises. Leurs cadavres sont exhibés au Stade de la Révolution, le 24 avril 1973 au cours d’un meeting populaire tenu par le Président Marien Ngouabi.

La tentative du M22 marqua durablement les esprits au Congo, du fait de la popularité dont jouissait Diawara auprès des jeunes et de la mise en scène par le régime de son échec (procession macabre à travers Brazzaville et outrages exercés sur les cadavres), et aussi parce qu’elle demeure à ce jour, l’unique entreprise politique dénuée d’arrières-pensées ethniques dans l’histoire du Congo.

Parmi les compagnons de Diawara

Jean-Baptiste Ikoko

Jean-Baptiste Ikoko

Lieutenant Ikoko, un des trois chefs maquisards M22 qui avaient élu domicile à Goma Tse Tse avant gagner où Mobutu les echangeait avec progressistes zaïrois pour être sauvagement tué…. Ancien kateraka et militaire,il a été convaincu par Diawara de mener la lutte pour contre le marxisme de Ngouabi. Il sera exécuté avec le célèbre musicien Franklin Boukaka… Si jeune, ces maquisards ne gardaient pas la langue dans les poches, ils réagissaient aussi vite que l armée régulière devrait batailler des mois pour arriver à bout d eux. Le combat des M22 était le symbole du feu qui se consumait au trefond du Congo de l epoque. Devoir de mémoire, ce militaire longiligne de la forme de Thomas Sankara mérite respect. Rip maître Ikoko.  (Armel Sylvère)

 

Jean-Claude Bakekolo

Jean-Claude Bakekolo

« Quelle est l’armée qui est entre les mains du pouvoir ? Quel est l’appareil qui prodigue aux jeunes congolais l’enseignement qui, prétend-on, va les préparer à développer leur pays ? Quels sont les services qui, dit-on, bâtissent une économie au service du peuple ? Tout cela des créations de l’impérialisme français, des créations anti-peuple. Quiconque s’installe dans cette galère-là, se compromet et finit par trahir. » Dixit les maquisards du M22. Bakekolo, un des maquisards du M22 qui a connu le même sort que ces compagnons de lutte, Diawara, Ikoko… Devoir de mémoire,un progressiste que ce soir je me permets de rendre hommage.  (Armel Sylvère)

Jean-Pierre Olouka

Jean-Pierre Olouka

La question de l’appareil d’État compte incontestablement parmi celles qui se posent communément à tous les pays désireux de lutter contre l’impérialisme. Lorsque nous analysons l’échec de N’Krumah au Ghana, nous constatons que l’erreur la plus importante que commit ce grand militant africain fut de ne pas s’être attaqué radicalement à l’appareil d’État.  » dixit les M22. Jean Pierre Olouka un du trio des M22 qui a connu le meme sort que les autres… Devoir de mémoire,j ai pu regrouper toutes les pièces du puzzle des maquisards du M22.  (Armel Sylvère)

 

S’il y avait une référence musicale africaine à redécouvrir dans son discours politique panafricain en dehors de Fela, Franklin Boukaka serait un candidat idéal. Celui dont l’album «Le Bûcheron» paru en 1970 avait littéralement supplanté l’horizon installant l’artiste dans la double chaise du musicien poète et du politique devait malheureusement décéder assassiné, trois ans après la sortie de son album culte lors de la tentative du M22.

Pierre EbounditPierre Eboundit, le lycéen nationaliste des M22, fut l’un des jeunes lycéens du maquis de Goma Tse Tse. Il rencontra Diawara une année avant la création des M22. Convaincu par les idées progressistes de Diawara, ce gamin de 21 ans à l’époque fut l’agent de liaison entre le maquis et la ville. En compagnie d’un autre lycéen ils rédigèrent des tracts et organisèrent sa diffusion jusque dans la salle où devait se tenir le congrès du Pct avec les préparatifs des adhésions de Lissouba et de Mberi. Ils organisèrent aussi, avec des complicités militaires un vol d’armes au quartier général. Il sera arrêté et emprisonné en février 1973. (Henda Diogène Seny)
Survivant de l’aventure Pière Eboundit y a consacré un livre.