Clotilde Marin-Ngouabi, la petite ouvrière lorraine devenue première dame du Congo

Clotilde, Marien et leurs enfants Roland et Marien Jr

Le 18 mars 1977, Marien N’Gouabi, président de la République du Congo, meurt assassiné à Brazzaville. En 1962, Il avait épousé Clotilde Martin, originaire de Walscheid en Moselle, qui lui avait donné deux enfants. La Boîte à Archives du Républicain Lorrain a ressorti le 18 mars 2017 deux articles, datés de 1970 et 1977, qui évoquent cette histoire commencée comme un conte de fées et qui s’est achevée en cauchemar.

Article du Républicain Lorrain daté du 25 février 1970


Article du Républicain Lorrain du 23 mars 1977

L’épouse lorraine du président assassiné a retrouvé ses deux fils à Brazzaville

Clotilde, Marien et leurs enfants  Roland et Marien Jr

Metz – 10h30, le téléphone sonne vainement. L’ambassade de la République du Congo-Brazzaville à Paris ne répond pas.

10h45 – Lueur d’espoir. L’ambassade congolaise à Bruxelles est en ligne. Pour très peu de temps puisque l’on nous invite, avec douceur, à entrer en communication directe avec Brazzaville.
11h00 – Le Centre International à Paris enregistre notre appel avec une inquiétante précision : «Brazzaville…5 h d’attente». Nous sommes prévenus.
15h00 – Plus tôt que prévu, nous sommes en ligne avec Clotilde N’Gouabi, la femme du président assassiné la semaine dernière. C’est la fin d’un rêve de jeune fille ou le terme d’un cauchemar d’épouse délaissée.
La femme du président est originaire de Walscheid, une petite commune du canton de Sarrebourg. Clotilde Martin connut son futur mari à Strasbourg. Il était lieutenant à l’école militaire. Elle était serveuse dans un salon de thé. Un conte de fée pour cette adolescente qui, quelques années plus tard, allait épouser à Graffenstaden ce brillant officier. En 1962, Marien N’Gouabi n’imaginait pas encore qu’il allait devenir le premier des Congolais.
En 1963 pourtant son profil politique se précise puisqu’il devient chef du gouvernement. En 1968, le commandant N’Gouabi mène à bien un complot contre le président en place. Le coup d’état réussit, Marien N’Gouabi accède à la présidence. Pour Clotilde, ce sera le début de la fin d’une bien belle histoire. La vie auprès de son mari devient beaucoup plus dangereuse. Conscient de cette situation, le président N’Gouabi facilite le retour en France de Clotilde et accepte de vivre séparé de son épouse. La petite Lorraine s’installe alors rue du Canal à Strasbourg. Chaque année, ses enfants Marien et Roland, 15 et 12 ans, lui rendent visite en Alsace. Tous leurs déplacements sont soigneusement préparés. Des policiers les accompagnent partout où ils vont, au même titre d’ailleurs que leur mère, placée sous surveillance spéciale. A chaque instant, l’entourage du président craint l’attentat. En 1970, la radio locale, tombée aux mains des partisans de l’abbé Fulbert Youlou, n’avait-elle pas annoncé la mort de la présidente ? Il faut bien reconnaître que Clotilde ne put jamais s’intégrer à la vie congolaise. Bien qu’épouse du président, on ne la reconnut nullement comme la première dame de la République !

«LA PRESIDENCE NE REPOND PLUS»

Sagement, Clotilde accepta donc de rentrer en France. Pourtant, hier, c’est à Brazzaville que nous avons pu la joindre. La conversation fut d’ailleurs interrompue par la sœur du président défunt qui ne comprenait pas que la presse française put s’intéresser au sort réservé non seulement à Clotilde, mais également à ses deux enfants. Les quelques minutes d’entretien nous ont permis de constater que Clotilde était bel et bien vivante. Elle paraissait même décontractée. Elle tint immédiatement à nous préciser qu’elle était aux côtés de ses deux fils. Reviendrait-elle en France ? Nous ne pouvons pas pour l’instant l’affirmer. En effet, alors que nous lui posions cette question, la sœur de M. N’Gouabi intervint sur la ligne pour nous faire comprendre qu’il était inutile d’insister, et que Clotilde n’avait plus rien çà dire. Malgré notre ténacité, cette interlocutrice particulièrement véhémente refuse de nous communiquer tout autre renseignement : «Nous n’avons rien à vous dire ? Laissez-nous tranquilles. Tout va bien.» Nouvelle apparition téléphonique avec un opérateur qui, depuis Brazzaville, nous invite à raccrocher. Le dialogue fut bref : «Vous êtes priés de raccrocher, la présidence ne répond plus.» Le «bip bip» traditionnel devait ponctuer cette ultime remarque.

UN «AU REVOIR» QUI FUT UN ADIEU

Prise entre la confusion et l’ennui, Clotilde est donc bien au Congo. Quels sont désormais ses projets ? Il est encore trop tôt pour en parler. Une chose est certaine : la petite Lorraine est surveillée. Craint-on un nouvel attentat ? Le silence va-t-il entourer définitivement son voyage au Congo ? Autant d’hypothèses qui reviennent sur toutes les lèvres de Walscheid. «Car enfin, c’est une fille du pays, explique M. Spahn. Clotilde revenait quelques fois dans sa commune natale. A plusieurs reprises même, M. N’Gouabi en personne l’accompagna. Mais quand il accéda à la présidence, le rideau tomba sur les visites de cet ancien officier de l’école militaire de Strasbourg. Un au revoir» qui était bien un adieu !
Christian MOREL
Note du Républicain Lorrain :
L’article de Christian Morel contient quelques erreurs et omissions.
En 1963, Marien N’Gouabi n’est pas nommé chef de gouvernement, mais il est promu au grade de lieutenant, et il est l’adjoint au commandant du bataillon d’infanterie de la garnison de Pointe-Noire. En 1968, Marien N’Gouabi accède à la présidence de la République, non suite à un coup d’état dont il serait l’instigateur, mais au terme d’un processus plus complexe qui commence avec un soulèvement de l’armée et mène à la démission du précédent président Alphonse Massamba-Débat, huit ans après l’indépendance du pays, ancienne colonie française. Quant au retour en France de Clotilde, il est surtout lié au fait que Marien prend une seconde épouse, Céline Mvouka.
Le fils aîné de Marien et Clotilde, Marien Junior, est mort assassiné en 1991 dans une boîte de nuit à Brazzaville. Leur fils cadet Roland N’Gouabi est colonel, commandant en second du Corps Urbain, force de police de Pointe Noire. Clotilde N’Gouabi-Martin vivait encore à Strasbourg il y a quelques années…
Note de DMCARC :
Roland Ngouabi lors d’une interview qu’il nous accorda en 2006, confirma que sa mère vivait à Strasbourg « L’appartement qui est habité par ma mère à Strasbourg (France) a été offert par le président algérien Houari Boumediene, à l’époque ce n’est pas l’argent de l’Etat congolais, c’est un cadeau que le président Boumediene avait fait à ma mère parce que nous étions à l’hôtel lors du divorce en 1972. »
Selon des informations de source familiale, elle y vit toujours.
DMCARC remercie François Moe Fouti Loemba, prince sacral du royaume de Loango pour lui avoir transmis ce document.