Cuba, du Congo à l’Angola ou de Fidel à Mandela (in cubania.com)

Par Bertrand FERRUXf98f8-mandelafidelcastro

L’Afrique pour Cuba a été l’un des continents les plus importants de premières années de la Révolution… Le monde entier a en tête les échanges entre Che Guevara et le Congo et bien sûr les différents voyageurs du révolutionnaire sur le continent africain.

Années 60, le réveil de l’Afrique

Si les années 60 sont celles de l’insouciance en Europe, l’Afrique les vit comme celles de son réveil après des siècles de colonisation. Les français connaissent l’évolution de l’Algérie, les Cubains se sont intéressés à celui d’autres nations, avec en premier lieu le Congo.

L’idéal révolutionnaire cubain est marqué et très clair : c’est « l’international » et l’aide aux pays occupés à se libérer de la tutelle que les siècles précédents leurs ont imposée. Si les démarches sont déjà faites et les pays indépendants; Cuba souhaite alors aider les jeunes gouvernements à se débarrasser définitivement d’une nouvelle dépendance, appelée… néo-colonialisme et ainsi être disposé à tirer profit des richesses de leur pays.

Le CHE, pour cela devient l’idéal ambassadeur de la Révolution à l’étranger. Avant le continent sud-américain, c’est bien en Afrique qu’il se déplace. Après un discours retentissant en décembre 1964 à l’ONU, il part en tournée et traverse entre autres l’Algérie, l’Égypte, le Congo-Brazzaville, la Guinée, le Ghana, le Mali ou la Tanzanie.

Rapidement, il s’installe au Congo (alors que les journaux l’annoncent en République Dominicaine ou en Colombie). C’est un CHE incognito, cheveux courts, barbe rasée et opération de la mâchoire qui démarre une odyssée africaine pour le compte de Cuba.Le CONGO ou l’imbroglio pos

Pourquoi le Congo ? D’abord parce que géographiquement la place centrale du pays aurait permis certainement de créer une base arrière et ainsi participer à l’émancipation des voisins comme l’Angola… ou l’Afrique du Sud… Deux des pays pour lesquels, par la suite, Cuba mènera des campagnes extraordinaires.

La deuxième raison est la proximité politique de Cuba et du Congo : à l’indépendance du pays en 1960, les belges ont laissé une organisation désaxée et perdue entre des partis d’un pouvoir qui se cherche. Patrice Lumumba, à sa tête durant les premiers mois de son indépendance, est assassiné. D’importantes relations étaient en cours entre Cuba et le Congo de Lumumba ; le gouvernement de Fidel Castro décrétera 3 jours de deuil national.

Après plusieurs années où les grandes puissances (avides des riches sous-sols congolais) financent des groupuscules politiques ou militaires qui s’affrontent, le général MOBUTU fomente un coup d’État et impose ainsi, dès novembre 1964 sa dictature.

C’est un Che incognito, cheveux courts, barbe rasée et opération de la mâchoire qui démarre une odyssée africaine pour le compte de Cuba – Passeport de Ramón Benítez (Che Guevara)

Ernesto Guevara débarque en 1965 en Congo… Il devient Tatu (signifiant 3!) C’est à la fois une réussite et un fiasco. Réussite car avec difficulté, il mettra en place la première vraie mission internationaliste de l’Histoire, entrainera les rebelles de Laurent-Désiré Kabila et Gaston Soumaliot en évitant toutes les tentatives d’assassinat de la CIA et fournira au nom de Cuba à la fois matériels, formations et finances. Mais c’est aussi un fiasco car la différence flagrante de cultures et d’habitudes signera un certain échec, quelques confusions militaires marqueront la fin de l’épopée du CHE en Afrique et ses adieux à Cuba.Chute de l’Empire portugais en Guinée-Biss

En 1964, plusieurs rendez vous s’organisent au Congo Brazzaville entre Guevara, référence pour tous les révolutionnaires épris de liberté, et les représentants de divers partis des pays voisins.

Ainsi les leaders Amílcar Cabral de Guinée ou Agostinho Neto d’Angola rencontrent le Che et réfléchissent à une aide significative de Cuba aux pays toujours dépendant de la puissance coloniale portugaise.

Dès le milieu des années 60, des militaires cubains débarquent : le gouvernement de Fidel Castro cherche à aider les mouvements anti-impérialistes mais non à assoir une quelconque influence dans la région, ce qui est une première sur le continent. D’ailleurs, peu nombreux sont ceux, ailleurs qu’à Cuba ou en Afrique ont eu vent de ces guerres cubaines.

Comme ailleurs, Cuba veut mettre en avant les connaissances qui depuis le triomphe de la Révolution sont ailleurs reconnues : la santé, l’éducation et la formation au combat.

Depuis il n’y a qu’un pas pour reconnaître que le rôle de Cuba dans la disparition de l’Empire Portugais est indiscutable…

Mieux, certains spécialistes pensent aujourd’hui que les mouvements cubains d’aide à la libération des pays africains ont fortement participé à la révolution des œillets… Le Portugal, face aux nombreuses guérillas et à des révoltes permanentes particulièrement en Guinée-Bissau dut, pour y faire face, envoyer un nombre massif de militaires sur place. La guerre des colonies est alors devenue le terreau de la révolution portugaise… et c’est en partie l’impasse, constatée par les officiers portugais dans ces guerres en Afrique pour un empire colonial dépassé, qui sonna la fin de la dictature salazariste.

On est en 1974, la libération de la Guinée a fait écrouler le château de cartes de l’Empire portugais… et pourtant, les Cubains n’en ont pas finis avec les guerres africaines.gola : une guerre sans fin

Amílcar Cabral

Après la victoire de la jeune Guinée-Bissau de Amílcar CABRAL, Cuba se tourne vers l’Angola qui pour tous les cubains restera certainement le conflit majeur de la fin du XXème siècle.Trois partis s’affrontent et représentent un échantillon de la guerre froide qui sévit à travers le monde…

Le Mouvement Populaire de Libération de l’Angola (MPLA) mené par Augustinho Neto, proche du camp socialiste, le Front National de Libération de l’Angola (FNLA), parti historique de 1956 et enfin l’UNITA financée par l’Afrique du Sud et les USA, menée par Jonas Sawimbi et dissident du FNLA.

Les enjeux sont importants pour les USA puisque le pays est riche de ressources pétrolières et diamantifères. Quant à l’Afrique du Sud qui a annexée illégalement la Namibie (malgré les alertes de l’ONU), elle craint certainement que l’aspect socialiste de la révolution angolaise ne donne des idées aux indépendantistes namibiens.

Elle est par conséquent, avec l’appui des USA en guerre directe aux côtés de l’UNITA.

Le MPLA vainqueur avec l’aide des contingents cubains ne parvient pourtant pas à mettre un terme au conflit et après l’Indépendance de 1975, la guerre se poursuit durant de nombreuses années pour devenir le plus long conflit du continent africain et surtout le plus meurtrier.

En juillet 1988 un accord est enfin décidé entre l’Afrique du Sud, le MPLA et Cuba, accord où l’Afrique du Sud renonce à la Namibie et accepte (!!!) que des élections y soient tenues, sous contrôle des Nations Unies. Six mois plus tard, Cuba retire son contingent militaire d’Angola… la guerre aura duré près de 15 ans…

Il est difficile de connaître le nombre exact de soldats impliqués dans le conflit… peut-être un demi-million de cubains se seraient déplacés dans cette guerre sans fin.

L’armistice en Angola sonne la fin de l’Apartheid

Fidel Castro et Nelson Mandela « Avant toute chose, vous devez me dire quand vous viendrez en Afrique du Sud… Quand allez-vous venir ?»

Fidel Castro et Nelson Mandela « Avant toute chose, vous devez me dire quand vous viendrez en Afrique du Sud… Quand allez-vous venir ?»

Libéré en février 1990, Nelson Mandela a reçu dès les premiers mois tous les présidents ou chefs de gouvernement de la plupart des pays du monde… jusqu’à recevoir le Prix Nobel de la Paix pour sa résistance en 1993.

Arrêté en juillet 1963 sur indication de la CIA, le symbole de la démocratie en Afrique du Sud, emprisonné durant 27 ans n’avait pourtant dans ses premières années de liberté qu’une idée en tête : retrouver ceux qui avaient aidé son pays à se libérer, avec en tête… Fidel Castro.

Et c’est ainsi qu’il choisit Cuba pour son premier voyage hors d’Afrique du Sud. Dans les bureaux du Commandante, il n’hésita pas une seconde : « Avant toute chose, vous devez me dire quand vous viendrez en Afrique du Sud. Nous avons reçu la visite de tas de gens. Et vous, qui nous avez aidés à entrainer nos combattants, qui avez financé notre lutte pour qu’elle puisse continuer, qui avez formé nos médecins, etc., vous n’êtes jamais venu chez nous. Quand allez-vous venir ?»

Si le triomphe de la Révolution cubaine a frappé l’imagination des peuples, il a aussi participé à libérer tout un continent de l’oppression d’un autre. Che Guevara n’aura pas connu l’évolution de l’Afrique, et par là même, celle de l’Histoire. La disparition coloniale en Afrique aura été le combat de presque toute la deuxième moitié du XXème siècle et le théâtre des plus durs instants de la Guerre Froide.