Diosso – Le musée Mâ Loango et son conservateur

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L’histoire du Musée Mâ Loango est fortement liée à celle du royaume qui porte son nom. Sa genèse remonte au XVIIe siècle, lorsque la population de Diosso bâtit le premier palais royal, en bois sculpté, où vécut Ngangue M’Vumbe Niambi.

Le Palais Royal de Ngangue M’Vumbe Niambi

A l’initiative du département de la marine française sous les ordres de Pierre Savorgnan de Brazza, le lieutenant de vaisseau Cordier, commandant « le Sagittaire », fut chargé de s’assurer de la main mise de la France sur la localité. Le 12 mars 1883, sous la souveraineté de Mani Makosso Tchicousso, qui régna de 1879 à 1885, un traité fut signé à Loango, entre l’administration coloniale et les chefs indigènes de la région du Kouilou. Le 1er article de ce traité, attestait que Loango était placé sous la souveraineté et le protectorat de la France. Cet acte fut ratifié plus tard par le gouvernement français.

C’est en vertu de ce traité qu’une habitation « moderne » fut construite en 1952 pour l’usage du roi Moe Poaty III, qui régna sur le royaume à compter du 18 mars 1931. Celui-ci intégra le nouveau palais résidentiel en 1954. Il y vécut jusqu’à sa mort, le 3 mai 1975. La succession royale connut alors des péripéties et le palais fut délaissé six années durant.

Le Palais résidentiel

Palais résidentiel ? Le visiteur ne peut qu’être surpris par ce terme bien pompeux en découvrant une assez modeste villa de plain-pied qui ne couvre que 220 mètres carrés Il est vrai que s’y ajoutaient quelques bâtiments plus modestes abritant la cuisine et les logements des épouses royales.

Il faut savoir qu’en Loango il n’existait pas de maison en matériaux durables. En effet, la tradition exige que toute maison ayant connu un décès soit abandonnée suite à celui-ci. C’est certainement là qu’il faut voir les raisons qui firent qu’après la mort de Moe Poaty III aucun de ses successeurs n’intégra les lieux.

Sous la pression du gouvernement, l’ex-résidence royale est transformée en musée qu’inaugure, le 10 avril 1982, Jean-Baptiste Tati Loutard, ministre de l’Enseignement secondaire et supérieur, ministre de la culture et des arts. Ce n’est encore qu’une boite vide qui doit se trouver son Pygmalion.

Joseph Kimfoko Madoungou, l’âme du Musée Mâ Loango

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Joseph Kimfoko Madoungou sur la terrasse du Musée Mâ Loango

Joseph Kimfoko Madoungou, natif de Boko-Songho (Bouenza), n’était nullement prédestiné à devenir conservateur de musée. En 1977, après un bac D obtenu au lycée Patrice-Lumumba de Brazzaville, il se destine à des études scientifiques.

La première grande chance de Joseph, lui vient d’une décision autoritaire. En effet deux ans plus tard, le régime marxiste de l’époque décide de le propulser dans la vie active. On l’envoie au ministère de la Culture qui l’affecte au Musée national. Il s’y découvre une passion pour l’anthropologie, l’ethnologie et la muséographie.

Le nez dans les archives de la bibliothèque, Joseph n’a de cesse d’approfondir ses connaissances ; il parcourt l’Histoire du début de la colonisation jusqu’à l’indépendance. Une présentation trop réductrice et incomplète à son goût. 

Il se fait remarquer par le directeur, surpris par l’intérêt qu’il montre pour l’histoire du Congo et sa population depuis des millénaires. 

En 1983, alors qu’il n’a que 25 ans, il se voit confier la direction du musée de Diosso dans le cadre de la création des musées régionaux (JKM préfère le terme de conservateur). Il se lance alors dans la prospection et la collecte d’objets dont il apprend la signification et la portée traditionnelle, en faisant le tour des villages dans la forêt du Mayombe, et constitue à lui tout seul une collection qui témoigne de la vie et des traditions des ethnies du Kouilou ; monnaies, instruments de musique, objets de culte et du quotidien, outils agricoles, armes de chasse ou de traite…

En 1986, l’UNESCO propose un enseignement sur la documentation ; Joseph profite de 3 mois de formation à Brazzaville pour apprendre à constituer un registre d’inventaire et à mettre en valeur sa collection. Mais il procède toujours empiriquement.

C’est en 1997 qu’une nouvelle fois la chance frappe à sa porte. Une visiteuse italienne, s’étonne qu’il n’ait reçu aucune formation en histoire de l’art. Plus tard, de retour de congés, elle lui rapporte un formulaire de candidature au Centre international pour l’étude de la restauration des biens culturels (ICROM) ; cet organisme intergouvernemental fournit des conseils d’experts pour la préservation du patrimoine culturel en même temps qu’une formation aux techniques de restauration. Joseph est le seul Congolais retenu. Joseph accède à une formation d’un an à l’Ecole du Patrimoine Africain au Bénin. Il y apprend à protéger sa collection exposée aux aléas du climat tropical (humidité, insectes…). 

Joseph Kimfoko Madoungou, bien au-delà d’un simple conservateur est donc bien celui auquel on doit les collections exposées au musée et sans nul doute le fait qu’il existe encore tant les autorités, inclus celles de la culture, n’y portent qu’un intérêt anecdotique. Exemple : constatant que la cuisine du palais royal était sur le point de s’effondrer, l’auteur de ces lignes a appelé le Directeur Général de la Culture pour l’en aviser sans qu’aucune mesure conservatoire ne suive.

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Une vue intérieure du musée © Vivre au Congo

Le musée propose une dizaine de collections totalisant 316 artefacts et documents : 

  1. La première collection, qui concerne les outils de travail traditionnels, réunit des outils agricoles (houe, hache, couteaux) et de forge (soufflet en bois), l’équipement du malafoutier (ceinture et calebasses) et les herminettes. Cette collection renvoie à l’histoire économique et sociale.
  2. La deuxième collection est constituée de parures et de vêtements traditionnels. Ce sont, entre autres, des pagnes et des coiffures en raphia, un métier à tisser, les attributs de pouvoir, le costume de la Tchikumbi (tablier pectoral orné de coquillages et jupe en tissu toile, colliers de verroterie importés, bracelets en métal, anneaux de cuivre ou de bronze). La présence de ces objets anciens en métal sont le fruit d’une recherche archéologique faite par la population. Ils datent de la fin du XIXe siècle.
  3. La troisième collection rassemble du mobilier domestique traditionnel. Il y a une natte de jonc, des ustensiles de portage en vannerie et des ustensiles de cuisine (moutête, tabouret Kota, pétrin, râpe à manioc en bois).
  4. La quatrième collection concerne les armes et pièges traditionnels. Ce sont des sagaies, le couteau de jet, les arbalètes, les grelots de chasse en bois, les pièges de chasse en vannerie (Kissala, Loubi), les filets et pièges de pêche. Cette collection date du début du XXe siècle.
  5. Constituée de moyens de transport et de communication traditionnels, la cinquième collection recense des objets tels que la petite pirogue abîmée (pour le déplacement du roi au début du XXe siècle), la double cloche et le tambour à membrane. Ces objets, dont la carte géographique du Congo de 1958, ont été fabriqués au milieu du XXe siècle.
  6. La sixième collection réunit différentes monnaies et échanges traditionnels. Ce sont des monnaies frappées métalliques, des monnaies de raphia rectangulaires ou carrés, et des coquillages qui ornent le tablier pectoral de la Tchikumbi. Résultat des recherches archéologiques du début du XXe siècle, la collection numismatique témoigne de l’importance de la monnaie dans la vie sociale.
  7. Des objets de culte traditionnels forment la septième collection : les statuettes en pierre (figures tombales) datant de la fin du XIXe siècle, les masques Punu, le masque Kidumu et la planche magique, la figure Kébé-Kébé, les statuettes et la sculpture en bois, le fétiche Mboumba, les corbeilles magiques en vannerie…
  8. Les instruments de musique traditionnels constituent, quant à eux, la huitième collection. On y trouve deux tambours à membrane Yombé, les tambours à membrane courts, la harpe, la sanza, le tchikunda, les maracas en vannerie et les guitares Yombé et Dondo. Jouant un rôle majeur dans la vie culturelle et sociale de notre pays, ces instruments font l’objet d’une étude sur la musique traditionnelle orale.
  9. La neuvième collection présente des photos. Il s’agit de portraits des rois, de Tchikumbi, de Khimba, et de sites et de monuments constituant le patrimoine architectural et naturel de Loango et de Pointe-Noire.
  10. Enfin, la dixième et dernière collection expose des documents écrits et imprimés tels que les traités manuscrits, les cartes géographiques, les documents de Mâ Loango, Moe Poaty III (passeport français et autres), ou encore les archives coloniales contemporaines.

Il s’y ajoute une exposition de documents modernes sur l’esclavage et la traite atlantique.

Hélas, le Musée Mâ Loango se trouve aujourd’hui, en dépit de minces efforts de la direction départementale de la culture et des arts au Kouilou qui en assure la gestion, dans un état de décrépitude avancée. En particulier les bâtiments annexes sont proches de la ruine. Ce sont aujourd’hui les collégiens et les lycéens en excursion qui assurent le désherbage du terrain et de la piste y conduisant.

Joseph est, depuis quelques années, assisté de deux jeunes universitaires qui prendront la suite lorsque le doyen fera valoir ses droits à la retraite. Cette retraite qui sonnera sans doute la disparition du musée tel que nous le connaissons puisque une structure moderne va le remplacer. En effet, l’architecte ponténégrin Jean Anaclet Pembellot, a conçu les grandes lignes du futur musée Ma-Loango que la société Total E&P-Congo a entrepris d’ériger en lieu et place de l’actuel, avec le concours scientifique de l’Unesco. 

Personnel du Musée Mâ Loango (MM. Guy Taty, Joseph Kimfoko et Louis-Marie Pandzou) La relève entoure le conservateur.

Personnel du Musée Mâ Loango (MM. Guy Taty, Joseph Kimfoko et Louis-Marie Pandzou) La relève entoure le conservateur. ©LM Pandzaou

Gageons que Joseph Kimfoko Madoungou, n’en restera pas là et qu’il poursuivra la rédaction de ces nombreux opuscules qu’il propose en photocopie à ses visiteurs.

Code couleur des crédits

Quentin Loubou (congopage.com)

Ya Sanza

Vivre au Congo.com