Histoire de la ville de Masuko ou Mashogo ou Franceville ou Francheville, fondée en 1880 par Savorgnan de Brazza

Le pont de lianes de Poubara à proximité de Franceville

Nous avons trouvé, un peu par hasard, cette histoire de la ville de Franceville, tantôt gabonaise, tantôt congolaise avant de revenir au Gabon, sur la page facebook « Notes d’Histoire du Gabon » dont l’administrateur ne se déclare pas.

L’histoire de la ville de Franceville est d’abord celle du peuple Ndoumou qui occupe presqu’entièrement l’espace de l’actuelle commune de Franceville.
Mais il y a aussi à relever que le lieu est un formidable carrefour culturel et historique où se sont rencontrés pendant des siècles, et au cours des migrations, les peuples Ndoumou, Mbahouin, Kanigui, tous vivant le long de la Mpassa et aussi les peuples Obamba qui se sont en définitive installés sur la route d’Okondja jusque dans cette ville sans oublier les Téké sur la route de Léconi.

Masuku ou Mashogo est le nom d’un village Ndoumou situé au bord de la rivière Mpassa. En juin 1880, lorsque Pierre Savorgnan de Brazza arrive dans cette région il vient de parcourir l’Ogooué laissant derrière lui les fondations de Ndjolé et Booué. Il atterrit donc dans ce village avec trois de ses compagnons d’aventure. Ils sont reçus par le chef Nguimi (une quarantaine d’années) qui met à leur disposition le village Biki sur l’une de ses collines qui caractérisent la région.

Le 13 juin 1880, De Brazza fonde la ville de Francheville dont il veut faire la plaque tournante du commerce et de l’activité économique du Congo Français. Mais il rappelle aussi que cette région a bien un paysage qui ressemble fortement à celui d’un coin de France. Il écrit alors à sa hiérarchie : « Monsieur le secrétaire général, j’ai l’honneur de vous informer qu’aujourd’hui à environ 1 heure de l’après-midi j’ai, au nom de la France, planté ici le pavillon de la première station que j’ai fondée dans l’ouest africain… j’ai planté le pavillon en présence des chefs des environs qui ont reçu un cadeau. Le pavillon a été salué par dix décharges de mousqueterie, quand j’ai dit : « Au nom de la France, je plante ici le pavillon. Vive la France! Vive la République! » Les hommes ont ensuite mis genou en terre et j’ai dit « Que Dieu protège la première station française fondée dans l’ouest africaine »

Brazza installe deux cases les jours suivants à l’endroit exact où se trouvaient encore à la fin des années 1950 la maison de l’adjoint du chef de région du Haut-Ogooué.
Après cette fondation, le 25 juin, De Brazza part vers le Congo avec son sergent Malamine. Sur son chemin, il rencontre le chef Téké Onyami au village Lékéï.
Quand il revient, il vit avec une fille Ndoumou qui s’appele Tongo et reçoit le surnom de Moukoumoungou (arbre qui dépasse les autres dans la forêt) et plus tard celui de Oloumagnoki (Abeille mâle). C’est à cette époque qu’il adopte une petite fille nommée Antini qu’il confie plus tard aux religieuses de Castres (Sœurs Bleues). Elle devient Sœur Hyancinthe Antini et meurt dans les années 1960 à Ste Anne du fernan Vaz.

Franceville ne connaîtra pas dans l’histoire le destin que lui suggérait son nom et son antériorité par rapport à la ville de Brazzaville. Brazza lui-même dont la gloire première avait été l’ouverture de la voie de l’Ogooué, savait que le centre de gravité de cette partie de l’Afrique s’était déporté sur le Congo où il avait fondé la station de Ntamo – future Brazzaville – en 1881. «Par l’Ogooué et ses stations, profitons du présent, à Ntamo, sauvegardons l’avenir. L’avenir est à Ntamo», écrivait-il dès août 1882 au ministre de la Marine. En fait, il n’y eut guère de présent et les événements donnèrent raison au réalisme d’un Mizon déclarant en 1884 que «jamais les produits du Congo ne descendront de Franceville à la mer par l’Ogooué ». A peine fondée, Franceville était dans une impasse.

Plus tard, la Société du Haut Ogooué (SHO) s’installa et après la mission catholique Saint Hilaire d’abord aux abords de la Mpassa puis plus au centre de la ville. Là deux noms restent gravés dans les mémoire : le Père Hée qui y vécut 50 ans et le père devenu Mgr Jean-Jérôme Adam qui étudia et parla les langues du groupe dit Mbédé. Il fit des livres et choisit d’y mourir, en 1980.

Le Congo Français a connu de nombreuses modifications pour ce qui est des frontières. Ainsi, la région du Haut Ogooué fut attaché à la colonie du Congo de 1925 à 1946. Selon Roland Pourtier, le fait était que «le bassin supérieur de l’Ogooué dépendait incontestablement du Moyen Congo », et qu’il « va se trouver situé dans le rayon d’attraction du chemin de fer . Il y avait donc « le plus grand intérêt à rattacher au Moyen Congo la circonscription du Haut Ogooué pour faciliter le ravitaillement du chemin de fer et le recrutement des travailleurs ». Le « Congo-Océan » fit donc basculer le destin de Franceville, tout comme après 1945 la reprise de l’activité forestière au Gabon, et peut-être les découvertes minières décidèrent du retour du Haut Ogooué dans son territoire initial. Ainsi ballotée mais toujours isolée, Franceville n’assuma qu’une discrète fonction de chef-lieu d’une région économiquement et démographiquement déprimée durant l’entre-deux-guerres. Un plan daté de 1953 montre une ville composée seulement d’une trentaine de cases « en dur» et d’une douzaine de petits villages.

En 1949, un jeune instituteur originaire de Mitzic nommé Moïse Oriand Nkoghe Mvé (1934 – 2000)est mis à la disposition de la direction de l’enseignement laïc de Franceville. Il est affecté à Ondili où il fonde la première école sous le regard bienveillant d’Edouard Mickoto, le patriarche et chef coutumier respecté du coin qui lui donne son corps de garde pour accueillir les premiers élèves. Dans ses mémoires intitulés « Un instituteur sous la colonisation », publié par les éditions Ntsame grâce à la bieveillance de son fils Maurice Okoumba Nkoghé, Moïse Nkoghe Mvé donne une idée de ce qu’est Franceville à son arrivée : un ensemble de grands villages, un marché situé dans ce qui est déjà considéré comme le centre-ville et Potos où vivent des dizaines de familles congolaises et où l’ambiance est permanente. Il indique que quelques grandes figures font autorité : Polycarpe Joumas, un infirmier dont la sagesse est reconnue et François Kiki, un homme connu pour sa haute idée des valeurs telles que l’honneur, la dignité et la loyauté.

Dans ces années 1940 et 1950, l’homme politique en vue est incontestablement Eugène Amogho (né vers 1918 et mort en 1978) membre influent de l’UDSG de Jean-Hilaire AUbame et compagnon de lutte de Sousatte, Boucavel, Ekoh et Migolet. Il est élu représentant du Haut-Ogooué et siégera même au conseil de l’AEF. Il est ministre dans le tout premier gouvernement du Gabon. Après lui, on comptera les Marcel Sandoungout, Philbert Bongo (député et diplomate), Libizangomo Joumas (premier ingénieur gabonais), Albert Yangari (Journaliste), Alexandre Mandza (militaire), etc. Andjoua Ondimba s’y installé et est devenu une personnalité importante de la ville.