« Joseph Kaba un des meilleurs guitaristes de la musique congolaise des années 50 » par Clément Ossinondé

Joseph Kaba

Joseph Kaba

Brazzaville, (Starducongo.com) – Artiste musicien, auteur compositeur, guitariste et chef de l’orchestre Negro-Jazz, Joseph Kaba a joué un rôle important dans le développement de la rumba sur les deux rives du fleuve Congo au cours des années cinquante.

Le commerce et la musique, deux fonctions qui ont marqué la vie de Joseph Kaba

Né le 10 octobre 1932 à Poto-poto, Brazzaville, Joseph Kaba a fait partie de ces jeunes qui se sont lancés très tôt dans l’apprentissage d’un métier, notamment la formation commerciale, qui lui permettra de compter parmi les jeunes cadres de la C.F.A.O. (Société française de l’Afrique occidentale), avant d’aborder la musique.
Joseph Kaba découvre la guitare en 1953 auprès de son maître le franco-sénégalais Boupe Ousseinou (en service militaire dans l’armée française à Brazzaville). Il acquiert rapidement une bonne expérience, et dès lors il est considéré comme le premier grand spécialiste d’un instrument ingrat, dont peu de musiciens arrivent à tirer parti. Joseph Kaba qui donne une ampleur dans son doigté et dans la maîtrise de son instrument accompagne désormais le célèbre groupe Mélo Congo du saxophoniste Emmanuel Damongo Dadet et du banjoïste Albert Loboko. Créer en 1948, le Mélo Congo constituait avec Odéon Kinois d’Antoine Kasongo les deux premiers orchestres à cuivres de Brazzaville et de Kinshasa.

La première partie de la carrière musicale et discographique de Joseph Kaba

1954, les jeunes musiciens brazzavillois qui se lancent dans le domaine de la variété ne se comptent plus. Parmi lesquels, ceux qui vont établir le contact avec lui pour aboutir à la formation d’un petit groupe musical d’animation dans le quartier, composé de Joseph Kaba, Nino Malapet (guitaristes), Edo Ganga, Bienvenu Beniamino (chanteurs), Marie-Isidore Diaboua (percussionniste), Dumont – un français de Radio Brazzaville – (saxophoniste). Le groupe se fait accompagner d’un chœur de deux filles (Georgette Bobinza et Marie-Noël ). La première sortie solennelle du groupe a lieu au Bar « Chez Mon Pays » (Marché de Moungali) au grand plaisir d’une foule nombreuse. Le groupe se fixera par la suite au bar « Chez Faignond » où il est désormais connu sous l’appellation « Groupe Faignond ». Les concerts « Chez Faignond » récoltent un réel succès.
1954 – Grande année pour cette musique. Tout était permis. Et le groupe a su en profiter en allant enregistrer deux disques à la Firme Jeronimidis Ngoma à Léopoldville (Kinshasa), sous l’appellation occasionnelle d’ « Atomic Jazz ». Joseph Kaba donne un coup de chapeau aux adeptes du rythme, a travers quatre titres merveilleux : « Vergina mabe mingi » (Joseph Kaba), « Wapi Gigi », « Ban’ Atomic »(Nino Malapet), « Vivita » (Edo/Nino). Mais ils se découvrent une nouvelle inspiration dans la rumba.

La naissance de l’orchestre Negro Jazz à Brazzaville

Dans la recherche d’alliages sonores inédits et pour rester fidèle à une certaine tradition rythmique, Joseph Kaba renforce son groupe par le recrutement de deux musiciens : Emmanuel Galiba « Galex », Jean Essono (guitariste camerounais, en remplacement de Nino Malapet qui est passé au saxo )
1954, dans cette suite, où se projettent tous les éléments les plus caractéristiques et les plus typiques de la musique noire, quelque chose de nouveau retient les membres du groupe qui est comme un souci de goût ; l’appellation « Negro Jazz » que porte désormais Le « Groupe Faignond ». Il jouit d’une faveur particulière de Mr Faignond qui lui accorde tout son soutien en le guidant dans ses premiers pas. Le Negro Jazz qui emportait déjà l’adhésion de tous les auditeurs de musique à Brazzaville suscite l’émulation en ouvrant ses portes à plusieurs musiciens de talent, parmi lesquels : Bernardin Mpoua « Bara » (basse), Michel Akouala « Zazou »(saxo), Théophile Samba, Célestin Kouka (chant), Jean-Serge Essous (clarinette) .
Le 2 janvier 1955, sous les auspices du musicien et impresario kinois Henri Bowane, Le Negro Jazz s’installe à Kinshasa où il fait les beaux soirs du dancing « Air France », puis Amouzou. Au cours de la décennie 1956, Joseph Kaba qui est très accaparé par ses activités professionnelles à Brazzaville (cumulant entreprise et musique) quitte le Negro Jazz et la direction du groupe qu’il cède à Guy Léon Fylla qui le dirigera jusqu’à son éclatement vers la fin 1956.

L’avènement de « Dadet’s Boys »

1957 – Dans un grand accès de nostalgie pour l’œuvre de son père, le saxophoniste-alto Jean Dadet, fils aîné du saxophoniste Emmanuel Dadet Damongo fait une entrée spectaculaire en associant Joseph Kaba (guitariste), Liberlin de Shoriba Diop (percussionniste) Rentrant fraichement de France, Jean Dadet et ses deux collègues brossent un tableau étonnant des belles racines de la rumba et de la musique du monde avec une extrême pudeur. La formation fait une démonstration très marquée par ses nombreuses prestations à l’hôtel Congo-Océan de Brazzaville, le Grand Hôtel de Dolisie et l’hôtel Victoria Palace de Pointe-Noire.

Comme dans le Negro Jazz, Joseph Kaba cumule entreprise commercial et prestation musicale. Tout comme Jean Dadet membre du personnel de la CNSS (compagnie nationale de la sécurité sociale) et Liberlin de Shoriba Diop, collaborateur artistique à Radio Brazzaville (Station de la Radio Télévision Française). « Dadet’s Boys » qui a exercé sur plusieurs jeunes talents une influence déterminante , a mis fin à ses activités en 1959.

Joseph Kaba, éminent agent commercial et chroniqueur de musique à Radio Brazzaville.

Joseph Kaba à longtemps travaillé dans le privé, notamment à la CFAO (compagnie française de l’Afrique occidentale), Brossette Valor, UCB (union congolaise de banques).
Grâce à ses connaissances dans le repertoire des œuvres musicales du monde , il obtient facilement au cours des années 60 un poste de chroniqueur musical à la grande Radio Internationale française émettant depuis la capitale congolaise et diffusée dans le monde entier : « Radio Brazzaville ». Joseph Kaba est pratiquement le seul spécialiste de la musique tropicale dans tous les genres et à la grande époque des années 60, où la musique congolaise et afro-cubaine faisait danser l’Afrique entière. Il y est resté jusqu’à la fermeture de la station en 1972.

Après avoir été injustement oublié pendant plusieurs années, notamment après la fermeture de Radio Brazzaville, et de son départ à la retraite, il est revenu au devant de la scène, grâce à son entreprenariat dans le domaine commercial et à son compte personnel. Il ouvre un magasin de pièces détachés « Dépanne Auto » sur l’avenue de la Paix, puis quelque temps après il installe toute son activité à son domicile; Avenue des trois martyrs à Ouénzé. Régulièrement il effectue des missions de travail à l’Etranger, pour l’importation de diverses pièces détachées auto et autres. En tout cas , il s’est bien expérimenté dans ce métier au point de l’exercer avec beaucoup d’atout pendant toute sa retraite. Très peu de gens ne l’on connu comme étant un pionnier de la musique congolaise. et chef de l’orchestre Negro Jazz (1954/1956). Mais, on ne le dira jamais assez, il demeure l’un des plus talentueux rumbéros de la génération 50 – celle des Essous, Guy Léon Fylla, Marie-Isidore Diaboua, Luambo, Moniania, Eboma, Lando, Bowane…- Joseph Kaba s’est surtout fait connaître avec son groupe dans les grands dancings célèbres de Kinshasa, car il a eu l’occasion dans les années 50/60 d’aller perpétuer sa forme d’art que nombre de mélomanes kinois aimaient profondément.

Joseph Kaba est décédé le 12 Octobre 1989 à Brazzaville, à l’âge de 57 ans. Le hasard de calendrier a fait qu’il meurt le même jour que Luambo Makiadi. Deux têtes d’affiches qui se sont révélées les meilleurs de leur génération dans deux orchestres concurrents évoluant à proximité : Le Negro-Jazz pour Joseph Kaba basé au dancing « Air France » de Samuel Ebongue et le groupe Loningisa (futur OK Jazz) pour Luambo Franco basé chez OK Bar d’Oscar Kashama , (rue Itaga Kinshasa). Les deux guitaristes ont surtout basé leur réputation sur des prestations fantastiques, surtout grâce à leur complicité puisant abondamment dans le repertoire rumba et afro-caribéen pour le Negro-Jazz et le repertoire rumba traditionnel pour le Groupe Loningisa, remettant les vieux thèmes au goût du jour .

Clément Ossinondé
clementossinonde@starducongo.com

Ci-après : Un titre du Negro Jazz : « Rythm Negro cha cha cha » (1955) tiré de la compilation des airs du Nigéria et du Congo. – Musiciens : Edo Ganga – Célestin Kouka (chant) – Nino Malapet (saxo) – Joseph Kaba (guitare) ….