La mission Marchand – Fashoda

Marchand et Germain à Loango

Marchand et Germain à Loango

La mission militaire Marchand, formée de 12 officiers et sous-officiers français encadrant 150 tirailleurs « sénégalais » et 3000 porteurs transportant 100 tonnes de fret, part de Loango en juillet 1896 dans le but de prendre Fachoda, poste militaire sur les rives du Nil, à 4500 km de là. Elle atteindra son but le 10 juillet 1898.
Le passage de la mission Marchand laissa des traces au Congo, on pourra lire dans le texte qui suit : « La mission part de Loango sur la côte atlantique en juillet 1896, pacifie la route jusqu’à Brazzaville juin à novembre 1896. »
Nul n’ignore ce que signifie pacifier pour un corps expéditionnaire…

Selon les documents, Brazza s’est opposé à l’expédition Marchand à cause de la présence d’un grand nombre de soldats, ce qui témoignait de l’esprit de soumission des populations qui inspirait cette entreprise.
En retour, Marchand et ses officiers (Baratier, Mangin, Largeau fils, futur fondateur du Tchad, etc.) l’ont déclaré responsable du retard de la mission Congo-Nil. Marchand décrit la colonie du Congo français géré par Brazza comme un « marécage puant » dirigé par des « gloires en baudruche ».
Bonjour l’ambiance…

MARCHAND, le HEROS de FACHODA

Le COMMANDANT MARCHAND ET « l’AFFAIRE de FACHODA » :

AVANT la « MISSION MARCHAND » :

Jean-Baptiste Marchand est né en 1863 à Thoissey dans l’Ain, fils aîné d’un menuisier. A 20 ans en 1883, attiré par l’aventure coloniale, il s’engage au 4ème RIMa à Toulon. Instruit, il peut devenir officier en passant par l’Ecole de Saint-Maixent. Marchand est sous-lieutenant au 4ème RIMa en mars 1887 et il débarque au Sénégal début 1888.

En 1889 il participe à une 1ère campagne de pénétration au Soudan (actuel Mali) et à la prise de Koundian, où il est blessé et reçoit la Légion d’Honneur. En 1890 le lieutenant Marchand est à la prise de Ségou sur le Niger (en aval de Bamako) et en mars 1891 à celle de Nioro (nord du Mali). Il est à nouveau blessé en avril 1891 lors d’une révolte de la région de Ségou.

Fin 1892, il est nommé capitaine et vient passer 6 mois de repos en France. Il effectue ensuite une mission de pénétration en Côte d’Ivoire le long du fleuve Bandama, où il prend la localité de Thiassalé, mais averti de l’offensive de Samory dans le nord, il rejoint la colonne Monteil (colonne vers Kong). Sa connaissance du pays favorise la progression vers le nord, mais la colonne est rappelée et doit faire retraite.

La « MISSION MARCHAND » :

Marchand revenu en France propose en 1895 aux autorités une mission d’expansion française en Afrique Equatoriale depuis les possessions du Congo et de l’Oubangui en direction du Nil pour y implanter un poste militaire au point stratégique de Fachoda, tandis que 2 autres missions partaient de Djibouti (elles échouèrent). Après bien des tergiversations son principe est accepté. La mission « Congo-Nil » est composée de 150 tirailleurs encadrés par 12 officiers et sous-officiers français. Parmi les officiers aux ordres du capitaine Marchand, le capitaine Baratier, les lieutenants Mangin et Largeau, le médecin de marine Emily. Une telle expédition nécessite une logistique considérable, 100 tonnes de fret réparti en 3000 charges…

Passage de la Mission Marchand à Loango

Passage de la Mission Marchand à Loango


La mission part de Loango sur la côte atlantique en juillet 1896, pacifie la route jusqu’à Brazzaville juin à novembre 1896. Marchand réquisitionne un petit vapeur le Faidherbe et la mission remonte ensuite le Congo etl’Oubangui par voie fluviale par Bangui et Bangassou (Centre-Afrique).

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Le « Faidherbe » tiré à terre

Entre le bassin du Congo et le Soueh premier affluent du Nil, il faut franchir un seuil de 200 km par voie terrestre, où tout le matériel doit être porté, y compris le vapeur démonté. Pour cela il faut créer une route dans la forêt. Arrivée dans le bassin du Nil la mission attend pour continuer la montée des eaux, elle est encore retardée par la traversée très difficile des marais duBahr-el-Ghazal.

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Le capitaine Baratier palabre

Ce n’est que le 10 juillet 1898 que la mission arrive à Fachoda, ancien fort turc sur la rive gauche du Nil. Marchand fait remettre en état le fort et passe un pacte avec la tribu locale. En août ils repoussent une attaque des mahdistes (islamistes du Soudan, battus le 2 septembre par les anglo-égyptiens à Omdourman). Le 18 septembre une flotille anglo-égyptienne commandée par le général Kitchener survient et s’établit à proximité du fort. Les 2 chefs décident d’en référer à leurs gouvernements. Baratier est envoyé au Caire puis à Paris, puis Marchand lui-même monte au Caire. La réponse du gouvernement français les déçoit terriblement : ils doivent abandonner Fachoda et laisser la place aux anglais. Marchand, promu commandant, refuse que sa troupe soit rapatriée par les anglais et décide de gagner Djibouti par ses propres moyens.

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Marchand avec le négus Ménélik

L’expédition quitte donc Fachoda le 10 décembre, remonte le Nil et le Sobat et aborde l’Ethiopie où il sont bien reçus. Il leur faut encore 2 mois pour rejoindre Addis-Abeba à 2500m d’altitude. Les tirailleurs souffrent du froid et une épidémie de grippe se déclare. Equipés de mulets et de chevaux ils redescendent jusqu’à la frontière de la Côte française des Somalis. La dernière étape se fait en train jusqu’à Djibouti. De l’Atlantique à la Mer Rouge, l’Afrique est traversée pour la première fois en trois ans, avec très peu de pertes humaines. L’expédition est rapatriée à Toulon, puis à Paris : partout ils sont aclamés. Le 14 juillet 1899 c’est le défilé triomphal à Longchamp de Marchand et de sa compagnie.

MARCHAND après FACHODA :

Renoncer à Fachoda était politiquement sage et cela a ouvert la voie à l’Entente Cordiale, mais beaucoup de français patriotes vivent cela comme une capitulation humiliante et la popularité du Cdt Marchand irrite les politiques. En 1900 il est promu lieutenant-colonel et pour l’éloigner, il est envoyé enChine en août, après la campagne des Boxers, où il a un rôle diplomatique (1900-1902). En février 1902 il rentre en France par le transsibérien. En 1903 il commande ensuite à Toulon le 4° RIMa, où il s’était engagé 20 ans avant, mais écoeuré par les malveillances politiques, il démissionne de l’Armée en 1904.

Marchand est candidat à la députation, il milite en faveur du vote familial, mais n’est pas élu. Il fait du journalisme, écrit des analyses politiques et des études diplomatiques.

LA GRANDE GUERRE :

A la déclaration de guerre en 1914 Marchand demande sa réintégration. Il commande une brigade coloniale et est vite promu général de brigade : il se distingue sur le front d’Argonne où il est blessé. En mai 1915 on lui confie la10° Division Coloniale qui combat en Champagne, où il est grièvement blessé. Il est promu Grand Officier de la Légion d’Honneur. Rétabli il est en 1916 sur la Somme, où il est à nouveau blessé. En 1917 il est au chemin des Dames et à Verdun. En 1918 la division Marchand combat sur la Marne à Château-Thierry et Epernay. Après l’armistice la division Marchand entre en Allemagne, atteint Mayence et s’installe sur le Rhin. Elle est dissoute en février 1919. Marchand est mort en 1934 à Paris, inhumé à Thoissey, où on lui a élevé une statue.

Un monument commémoratif de l’expédition Marchand a été élevé à Paris Porte-Dorée. Le bas-relief place au premier plan le médecin en train de soigner. A Lyon le pont Kitchener a été officiellement rebaptisé pont Kitchener-Marchand en 1955.

Sources : M.Dutreb – Marchand – Payot 1922 / images l’Illustration & Wikipedia commons

Notre source : www.museemilitairelyon.com