La révolte des bahangala (1892 – 1896)

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Grand mouvement de résistance contre la pénétration et l’occupation française du Congo.

Facilitée par les Loango et les Téké depuis déjà longtemps en contact avec les européens, la pénétration française n’eut pas les mêmes conséquences sur la côte et à l’intérieur du pays. Dans ces zones qui vont de Mvouti à Brazzaville, les indigènes avaient toléré jusqu’alors le commerce de traite (esclaves, étoffes, etc.) se déroulant le long de la route des caravanes non sans en tirer quelques bénéfices. Lorsque les opérations d’exploration de nouveaux territoires entreprises par Brazza suivirent la proclamation de la suzeraineté française, la route des caravanes devint l’un des seuls moyens d’accès ver l’intérieur du pays. Assuré exclusivement par des gens de la côte, le portage cachait mal l’insuffisance des moyens financiers mis en œuvre. Ainsi les porteurs loango se livraient, afin de satisfaire leur besoin en nourriture, aux vols de cultures et au déracinement des champs de manioc dont les populations bassundi payaient constamment les frais. Quelques fractions de ces peuples donnèrent déjà des signes de mécontentement par le vide qu’ils faisaient autour d’eux. La voie devint très risquée pour les déplacements en provenance ou à destination de Brazzaville. Les caravanes furent arraisonnées et pillées, les porteurs loango abandonnaient leurs colis et prenaient la fuite en cas d’alerte ou d’attaque. Au pays Loango, ils en vinrent même à se révolter. Les recrutements devinrent difficiles à effectuer. Pour y remédier, Savorgnan de Brazza crut bon de procéder à la levée des hommes à l’intérieur de la colonie.

Cette initiative fut à l’origine du soulèvement des bahangala (sous-groupe ethnique kongo) à la tête duquel se trouvait Mabiala Ma Nganga, redoutable guerrier et féticheur puisant qui venait de tuer, le 18 novembre 1892, Laval, un administrateur en poste à Comba. Le malheureux avait en charge de protéger les caravanes sur ce dernier périmètre de route. Très vite, le mouvement se répandit sur toutes es régions. Les okngo, les kougnis, les kambu ainsi que les beembé entrèrent dans la rébellion. Malgré sa volonté de prendre possession de la route, l’administration civile de Brazza n’essuyait que des échecs. Ainsi, il en a résulté en 1894 l’accumulation de plus de 750 tonnes de colis abandonnés. L’équipe de Pierre Savorgnan de Brazza était en déroute.

Vint alors un personnage sulfureux, militaire de surcroît, ayant fait ses preuves au Soudan. Le capitaine Marchand. Celui-ci va obtenir de Brazza l’autorisation de mater la rébellion. Envoyé pour une mission qui lui doit son nom à destination du Soudan où il allait rencontrer l’officier anglais Kitchener, Marchand fut lui-même immobilisé par la révolte durant six mois au pays Loango. Mais il se présenta comme l’homme qui pouvait remédier à l’inefficacité de l’administration de Brazza. Il ne tergiversa pas sur les moyens militaires. Avec ses troupes constituées de soldats sénégalais, il partit à l’assaut des insurgés dont il brûla les cases après avoir tué le neveu de Mabiala Ma Nganga, Mabiala N’kinké (le petit). Seuls était en fuite Mabiala Ma Nganga qui avait adopté jusqu’alors une stratégie guerrière particulière. Il dirigeait ses assauts du fond d’une grotte aménagée à et effet et qui lui permettait au besoin de s’y réfugier. Trahi par un autre hangala pour un ballot d’étoffes, il mourut le 23 octobre 1896 par étouffement dans sa grotte à laquelle le capitaine Marchand venait de mettre le feu. Le vieillard Mabala s’étant rendu, les deux autres résistants (Mayolé et Missitou) réfugiés chez les téké furent livrés par ceux-ci à l’administrateur Mangin. Ils furent fusillés le 17 novembre 1896. Quelques îlots de résistance autour de Missafou, M’bamou et Makabandilou étaient également amoindreis.

C’est seulement à partir de cette date que se termina le rébellion bahangala commencée depuis quatre ans et à l’issue de laquelle les autochtones étaient vaincus. Ils devinrent porteurs comme les loango ou furent affectés à des tâches diverses (construction des cases, transports, etc.). C’est de cette façon qu’une grande partie des territoires du Congo venaient de s’ouvrir à la colonisation française qui ne sera pas moins exempte de révoltes futures.

Comment l’occupant français vint à bout de Mabiala Ma Nganga ?

BARATIER

Baratier

« …Connaissant par rapports d’espions (et le désir des populations de voir finir la guerre), le refuge de Mabiala Ma Nganga, le meurtrier de Laval, je donnais l’ordre d’attaquer le 23 au matin. L’affaire fut plus sérieuse que je ne l’avais supposée, et un moment j’ai eu de l’inquiétude. Réfugié ave ses derniers partisans dans une vaste grotte (à l’entrée très difficile) naturelle, creusée dans une colline calcaire, il nous a tenu tête pendant trois heures et m’a mis à terre 6 tirailleurs dès le début. Il a fallu que je le fasse enfumer. Il a péri avec toute sa famille et ses derniers partisans après une belle défense.  J’ai fait prendre sa tête qui a été déposée à Comba, près de la tombe de Laval, cinq photographies ont été prises. » Lettre de Marchand à Liotard du 17 novembre 1896 in Revue française d’outre-mer 1965, nov 1965, p67 par Marc Michel

Ce récit est en contradiction avec celui que fait Baratier sur la mort de Mabiala Ma Nganga.

Dans l’ouvrage de Baratier, il apparaît que Marchand n’a pas participé à cette traque menée sur le terrain par Baratier. Marchand ne l’ayant rejoint qu’après ce meurtre. De même le neveu du féticheur fut tué par les troupes de Baratier.

 

 

 

 

 Bibliographie

  1. Marc Michel, deux lettres de Marchand à Liotard du 17 novembre 1896, Revue d’histoire d’Outre-Mer, 1965, N°185,1965, p p. 41-91
  2. Baratier A., Souvenirs de la mission Marchand, Paris, Fayard et Cie Editeurs, sans date, spécialement p p. 169-180, voir le chapitre « les bandits du Congo ».
  3. Marc Michel, Autour de lamission Marchand, le rappel de Brazza en 1897, Cahiers d’Etudes Africaines, N°25 1er cahier, 1967, p p. 152-186.
  4. Voyage entre Loango et Brazzaville, lettre de M. Dutreuil de Rhins, Compte rendu de la société de géographie, p p.507-510.
  5. Agitation indigène entre Brazzaville et Loango, Bulletin de l’Afrique Française, Paris 1896, p p.304-305

Source

Philippe Moukoko, Dictionnaire général du Congo Brazzaville, L’Harmattan Editeur, Paris 1999, p p.45-47