Le mystère de l’assassinat de Marien Ngouabi

Marien Ngouabi sur son lit de mort

Marien Ngouabi sur son lit de mort

C’est le 19 mars 1977 que le peuple congolais médusé apprend l’assassinat dont a été victime, la veille, le troisième président de la République, Marien Ngouabi.
Il est d’autant plus désemparé que le ministre de la Défense nationale, Denis Sassou Nguesso, qui annonce la triste nouvelle à la radio, précise :
« L’impérialisme aux abois, dans un dernier sursaut, vient, par l’entremise d’un commando-suicide, d’attenter lâchement à la vie du dynamique chef de la révolution congolaise, le camarade Marien Ngouabi, qui a trouvé la mort au combat, l’arme à la main, le vendredi 18 mars 1977 à 14 h 30. »

Les circonstances de cette mort demeurent obscures et controversées, entre version officielle, et une autre ayant longtemps circulé sous le manteau et qui bien que corroborée par des « grands du régime » reste à démontrer. C’est pourtant cette deuxième version qui est très largement la plus répandue sur la toile.
Nous nous garderons de prendre parti et laissons, comme toujours, à la sagesse de notre lecteur le choix de son option.

La mort de Ngouabi sera le prétexte à une grande purge de type stalinien dont les deux principales victimes seront Alphonse Massamba-Débat, son prédécesseur à la présidence et auquel on croit savoir qu’il voulait rendre le pouvoir, et le cardinal Emile Biayenda ses derniers visiteurs.

La version officielle in « Les voies du politique au Congo: essai de sociologie historique »  Par Rémy Bazenguissa-Ganga p.227 à 229.

Marien Ngouabi Jr aurait donc assisté au baroud d’honneur de son père, il avait alors 14ans. On peut s’étonner que, comme le dit ce récit, ce soit cet adolescent qui ait conduit le corps du président à l’hôpital alors que les militaires adultes étaient nombreux sur les lieux.
Il confirme en 1991 cette version dans sa déposition devant la Commission « Assassinats » de la Conférence nationale souveraine de Brazzaville :
www.youtube.com/watch?v=L-RT7UOXUxE
Marien Ngouabi Jr est décédé peu après dans des circonstances obscures (assassinat ou suicide).

L’autre version au style très romancé a été rendue publique par Jean-Claude Mayima-Mbemba, ancien Rapporteur de la Commission ad hoc « Assassinats » de la Conférence nationale souveraine de Brazzaville, du 25 février au 10 juin 1991.

 

Au sortir de son audience avec Ngouabi, Massamba-Débat, l’illuminé est très satisfait. L’entretien a été très serein. Il a averti son hôte du danger qui le guettait et a accompli ainsi son devoir devant Dieu. De plus, il peut désormais mesurer le désastre et l’étendue des problèmes dans le pays et sait que le régime Ngouabi est devant un cul de sac. Le moment venu, il fera appel à lui, ne serait-ce qu’en tant que Premier-Ministre. Dieu qui sait faire les grandes œuvres l’arrangera. Et d’ailleurs, n’avait-il pas commencé comme Premier ministre ? Il s’en réjouit et informe son groupe à qui il demande de persévérer dans la prière.

De son côté, Ngouabi est aussi satisfait. Au moins il a pu sortir des tracas quotidiens et se confier à un homme plus âgé, à un homme ayant l’expérience des affaires, qui a su surmonter les tractations du pouvoir et a eu le courage de partir quand il a compris qu’il aurait été inutile d’insister.

Ngouabi qui s’était mépris instinctivement des intentions de Massamba-Débat à la première lecture de sa lettre comprend alors qu’il s’agit d’un grand homme qui ne veut que son bien et celui de la nation.

Ne l’a-t-il pas informé de ce qui se tramait dans son entourage, chose qu’il suspectait lui-même depuis longtemps ?[1]

Comment a  t-il pu douter de la bonne fois de cet homme ?

Trois jours seulement après cet entretien, Ngouabi reçoit tard dans la nuit un coup de fil du Président Omar Bongo du Gabon (sans doute mis au courant par le S.A.C [2] de Débizet et les réseaux Foccart et Pasqua) qui lui demande de faire très attention. Mais Bongo reste volontiers évasif, sur les dangers contre lesquels il veut prévenir son interlocuteur car il sait que le téléphone n’est pas à l’abri des indiscrétions. Il insiste cependant sur sa mise en garde et conseille la vigilance [3] à son correspondant.

Cette demi-confidence du Président gabonais ébranle de plus belle Ngouabi, qui vit depuis un certain temps des choses étranges dans son palais : son gros chien de garde vient de mourir dans des conditions louches, un gros serpent et un petit animal ont été aperçus dans la cour mais, n’ont pu être retrouvés malgré des recherches minutieuses. Enfin, la foudre s’abat presque régulièrement sur le palais[4].

Tout cela entame suffisamment son moral. Ngouabi, franc-maçon et « fétichiste » comme la majorité des chefs d’états africains, qui était même arrivé, poussé par le zèle à affirmer qu’il rêvait les coups d’états, y trouve là les signes précurseurs de sa fin prochaine.[5]

Le grand problème pour lui est de savoir d’où et de qui exactement vient le danger pour qu’il puisse agir. Impossible, car son frère « Sassou », Monsieur le ministre de la défense et de la sécurité ne lui adresse plus de fiches d’informations. Perplexe et convaincu qu’il est victime d’une grande machination dans son entourage, Marien requiert les services du sous-lieutenant Mboro qui semble lui être resté très fidèle et lui demande de surveiller discrètement ses proches parents et collaborateurs.

L’après-midi du 9 Mars 1997, Marien Ngouabi fait un cauchemar au cour de sa sieste : un commando attente à sa vie et l’échauffourée s’achève par 5 morts. Affolé, il appelle son chef d’état major général et lui ordonne le renforcement de sécurité du Quartier Général édicté depuis le début de l’année à la suite de l’attaque du personnel du réalignement du CFCO par le FLEC. Le même jour, tard dans la soirée, il appelle le président Massamba-Débat et lui expose tout ses problèmes notamment ceux d’ordre spirituels. Après l’avoir écouté tranquillement, Débat lui recommande de se confier à Dieu et promet de l’aider efficacement dans la prière.

« … Ne vous en faîtes pas Monsieur le Président le bon Dieu vous sortira de ce guêpier. Rappelez moi  dans une semaine nous saurons ce que nous devons faire conclut-il ».

Malheureusement ni Massamba-Débat, ni Ngouabi qui tentent de se rapprocher ne se doutent qu’ils sont placés sur écoute téléphonique et que leur conversation loin d’être secrète a été enregistrée. Pas plus d’ailleurs qu’ils ne savent que Ibara Denis, l’homme que Sassou (ne pouvant cumuler les fonctions) fait nommer à la tête des services spéciaux, et qui a assisté à leur entretien du 3 Mars dernier, en a fait un compte rendu détaillé à son patron  immédiat( Sassou ) et àYhombi qui fait office de chef de clan kouyou.

Le 11 mars à 19 heures, Yhombi qui est informé de la conversation téléphonique de Ngouabi et de Débat, convoque d’urgence un « conseil de famille » à son domicile. Y participent tous les grands du nord du pays en dehors des hommes des plateaux dont la position géographique prête souvent à équivoque. Ces derniers issus du royaume Téké et ayant souvent donné des indices de modération, occupent le centre du pays et ont toujours entretenus des rapports pacifique avec les « Bakongo » du Sud du pays. : N’assistent donc à la réunion que : [6] Assemekang, Mouassiposso, Anga, Sassou Nguesso, Okoko jacques, Ibara Denis, Ebaka Jean-michel et Engobo Bonaventure… Pas questions bien entendu d’associer ceux qui sont très proches de Ngouabi : IssamboEyaboOngouyaEwolo

« …Marien nous a trahi, entame Yhombi. Il s’est rapproché de Débat et est capable de le ramener au pouvoir. Enfin, je préfère laisser parler Ibara Denis qui suit toute la situation… ».

Ce dernier prend la parole, commente l’audience que Ngouabi a accordée à Massamba-Débat en insistant sur l’appréciation qu’il a faite de ses collaborateurs, et termine par une diffusion de la conversation téléphonique.

–          Nous pouvons tout perdre, sauf le pouvoir, sursaute Jean Michel Ebaka à la fin du récit.

–          Il faut l’enlever, le faire partir et le tuer, renchérit Anga Pierre.

–          Pas question, tranche Sassou, je ne marcherai avec vous que si vous garantissez la vie sauve à Marien. N’oublions pas qu’il a beaucoup fait pour nous tous.

–          Oui, qu’il ait beaucoup fait pour nous, je n’en disconviens pas. Mais n’empêche que pour moi, mieux vaut perdre un Kouyou que de perdre le pouvoir. Et, c’est clair précise Jacques Okoko.

–          Qu’allons-nous faire demande alors Yhombi ?

–          Va c’est l’affaire des militaires. Réglez nous ce problème. L’essentiel comme l’a dit le jeune Sassou, c’est que Ngouabi reste en vie sinon comment l’expliquerons nous au village. Les gens seront divisés et ça ne nous aidera. J’insiste là-dessus, conclut le vieux Assemekang.

Nos complices se séparent.

De cette réunion, Ngouabi est aussitôt informé par Mboro qui suit effectivement le groupe. Maintenant qu’il connaît les têtes d’affiche du complot que l’on prépare contre lui, il faut qu’il gagne du temps en louvoyant afin de pouvoir refaire son système de sécurité sans attirer l’attention des autres. Il faut donc les rassurer qu’il ne cédera pas le pouvoir à Massamba-Débat.

Le 13 mars, il décide donc de jouer le jeu, et au cours du meeting organisé à l’occasion du treizième anniversaire de l’URFC, il prononce un de ces discours musclés dont il avait seul le secret, dénonce les menaces d’assassinat qui pèsent sur sa personne et incrimine « l’impérialisme français et ses valets locaux » d’en être les promoteurs.

Il informe publiquement le peuple du fond de la lettre de Massamba-Débat, rejette l’hypothèse de sa démission et affirme qu’il ne sera pas question de céder le pouvoir. « … Lorsque ton pays est sale et manque de paix durable, tu ne peux lui rendre sa propreté, et son unité qu’en le lavant avec ton sang … (et plus loin), le pouvoir ne se donne pas, le pouvoir s’arrache … », conclut-il les yeux grandement écarquillés.

Au cours de ce meeting, il y a un fait amusant. Ngouabi qui arrive et salue les officiels, lance à Sassou :

« Alors Denis, on se retrouve maintenant chez Yhombi ! ».

–          Nous voulons mettre en place une association, mon Commandant, répond ce dernier pris à contre-pied.

–          Alors, informez tout le monde, au lieu de le faire en cachette commente Ngouabi avant de s’installer sur son fauteuil. Mboro qui assure la      « couverture » de la manifestation dans le périmètre rapproché du Président, croise le regard de Sassou, sourit et se « grille » par cette maladresse. Il n’échappera pas à la purge.

Le meeting passé, Ngouabi appelle Massamba-Débat dans la soirée, lui explique qu’il est obligé de jouer le double jeu et le rassure du maintien du rendez-vous pris en semaine. A la suite de quoi, notre groupe qui suit attentivement faits et gestes de Ngouabi se réunit encore le 14 mars et décide d’agir.

Un plan est élaboré après maints débats, les uns proposant une action dans le palais, les autres penchant pour son arrestation en dehors de sa résidence.

–          Il faut le prendre dans sa résidence, devant sa femme et ses enfants. Je connais le terrain et je puis proposer un plan suggère Anga, de plus nous l’avons eu mystiquement ; ce sera facile ajoute t-il.

–          Non, il y aura trop de risques. N’oublions pas qu’il nous le faut vivant précise Sassou.

–          Dans ce cas propose Yhombi, je vais l’inviter à inaugurer le tronçon Obouya Owando qui est presque achevé. Il suffira seulement de bien choisir l’équipe qui l’accompagnera. Nous l’arrêterons sans problèmes, et l’assignerons à résidence à Owando, pendant que nous occuperons Brazzaville.

–          Avez vous pensé à la réaction de la population interroge Sassou . Comment serons-nous considérés par nos parents ? Comme des traîtres évidemment. Je crois savoir que Marien a encore sa côte au village. Non, il vaut mieux que ça soit ici et nous l’expliquerons après aux parents. Il suffira alors de dire que Ngouabi s’apprêtait à trahir la révolution, à remettre le pouvoir à Massamba-Débat et que le haut commandement avait été obligé de l’arrêter. Et puis, je m’en doute qu’il puisse accepter la proposition d’aller sur Obouya maintenant qu’il se méfie de nous.

–          Que faire alors Denis, demande Ebaka ?

–          Je ne sais pas encore répond Sassou. Je n’ai pas de plan précis. Ce que je sais, c’est qu’il faut agir vite, en tout cas dans la semaine. Il faut éviter que Marien ne se ressaisisse et ne bouleverse son système de sécurité. La première des choses à faire serait à mon avis de déstabiliser la garde, d’éviter une concentration des troupes autour de Marien, de créer une sorte d’activité de divertissement.

–          On pourrait proposer l’organisation d’un festival sportif à l’occasion de l’anniversaire de son accident d’avion[7], avance Engobo Bonaventure. Cela fait exactement un an que le truc a eu lieu et le chef ne se doutera de rien. Bien au contraire il s’en réjouira.

–          Tâchez de le convaincre reprend Sassou, surtout soyez prudent car il ne faut pas qu’il se doute de quelque chose. Par ailleurs, il nous faut discuter avec l’étranger, pour bénéficier de son soutien en cas de besoin. Il nous faut par exemple débloquer la situation avec les pétroliers afin de payer les salaires dès notre prise de pouvoir si l’on veut être accepté par le peuple. Le grand frère Ebaka ira dans la semaine en France pour cela. Ngouelondelé y a pris déjà des contacts sûrs. Ibara Denis ira dès demain en Côte d’Ivoire, et informera le Président Houphouet Boigny. Inutile cependant de saisir les chefs d’Etats d’Afrique centrale ; ils sont tellement liés et risquent de le prévenir. Le président Bongo a déjà tenté de le faire. Je me chargerai d’informer nos amis de l’Est en passant par les Cubains avec qui j’ai déjà des contacts. Nous agirons à la première occasion. Gardons donc le contact.

–          Dois-je annuler l’inauguration d’Obouya ? demande Yhombi qui n’a plus de contact avec l’armée et accepte donc de se fier à l’action de Sassou qu’il sous-estime. Après tout c’est un cadet, de surcroît moins gradé, il ne peut travailler que pour moi et d’ailleurs qui voudra d’un coureur de jupons à la tête du pays ?

–          Surtout pas, reprend Sassou qui entend être au centre de l’organisation et s’imposer après. Marien risquera de se douter de quelque chose et nous aurons des difficultés à agir. N’oubliez pas qu’il m’a déjà interpellé à propos de notre dernière réunion. J’ai été obligé de répondre que nous entendons former une association. Sans doute il nous fait suivre, et.. je suis même sûr que c’est le lieutenant Mboro qui s’en charge. Enfin… on verra.

La réunion terminée, le groupe s’affaire, Engobo Bonaventure, le chef de la sécurité rapprochée et Mouassiposso le chef du protocole, finissent par convaincre Ngouabi de l’organisation d’un festival sportif, et en confient la responsabilité à Ewolo Oscar le chef de la garde présidentielle. Il s’ouvrira le 16 mars 1977 sous la présidence de Mouassiposso.

Entre temps, Ibara et Ebaka ont voyagé[8], Yhombi s’en est allé à Owando pour l’inauguration de son tronçon, et les conjurés guettent l’occasion propice.

Dans la soirée du 16 mars, Ngouabi qui ne cesse d’être inquiet sur sa situation et ne dort presque plus, reprend contact avec Débat comme convenu. Ce dernier lui rend compte de la réponse apportée par le Seigneur sur son cas en ces termes :

« … Monsieur le Président, le danger qui vous menace est toujours là, présent et se rapproche même. Mais gardez votre foi en Dieu ; il nous aidera. Ce qu’il nous reste à faire, c’est de vous joindre à nous dans la prière. Il vous faut intégrer le cercle afin de vous placer sous la protection de Dieu. Et cela le plus rapidement possible. C’est en tout cas la réponse que nous avons reçu après nos prières…

–          Mais doyen, vous savez bien que c’est impossible. Officiellement, je suis marxiste et je ne prie pas. Que diront les autres ? Ce sera l’occasion où jamais pour eux de me débouter du parti et me déposer.  Non, vraiment, je crois que c’est impossible.

–          Peut-être, mais c’est la seule solution. Nous aurons beau prié pour vous et c’est d’ailleurs ce que nous n’avons cessé de faire depuis que vous nous l’avez demandé. Mais votre participation personnelle est indispensable. Et puis, il y a une cérémonie d’imposition des mains, une sorte d’exorcisme que nous devons faire sur vous. C’est la voie indiquée par le Seigneur. Comment pourrions-nous le faire si vous n’êtes pas là ?

N’oubliez pas que le Seigneur a dit :

« Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux … et aide toi, le ciel t’aidera »

–          Oui, je comprend doyen ; je suis en train de voir comment le faire sans attirer l’attention des autres et surtout de la direction du parti. Et, ça se passerait où, quand et à quelle heure ? Peut-être qu’on pourrait alors voir…

–          Quand ? En tout cas comme je l’ai dit tout à l’heure, le plus rapidement possible. Disons dès demain ou après-demain. Où ? Chez moi. Ce serait plus prudent et plus sécurisant. A quelle heure ? dans la journée. Ce serait anonyme et les gens éviteront de vous prêter des intentions. La seule chose sur laquelle j’insisterai c’est le temps. Il faut que l’on commence vite.

– Hum ! Bon. Après tout, je n’ai pas le choix. Disons …, vendredi, c’est-à-dire après-demain dans l’après-midi à 15 heures. Est-ce que ça vous va ? … L’ennui, maintenant que j’y pense, c’est que je serai obligé de venir seul. Avec tout ce qui se passe autour de moi, je n’ai plus confiance en personne et d’ici que toute la ville en parle… ; ce ne serait pas étonnant.

–          Ah non ! Il n’est pas question que vous venez seul. Ce serait trop risqué. En tout cas, je ne veux pas partager ce risque avec vous. Il faut être très prudent maintenant. N’oubliez pas que tout en étant fils de Dieu, l’on avait été obligé de protéger Jésus pour éviter qu’on lui tranche la tête par …

Je vous enverrai des frères, les mêmes que ceux qui constituent le groupe pour assurer votre couverture. Ils seront conduit par Kikadidi que vous connaissez très bien et pourront se déguiser en militaires pour qu’ils ne soient pas reconnaissables…

–          Ah ! Akim ! Oui c’est un collègue, même s’il m’en veut un peu de l’avoir sorti de l’armée. Nous en reparlerons d’ailleurs. Qu’ils soient là entre 14 heures et 14 heures 30 minutes. Je donnerai des instruction pour qu’on les laisse passer.

–          Ok, monsieur le Président. Entendu comme ça. Bonne nuit et que la paix du Seigneur soit avec vous. Surtout ne désespérez pas et remettez tout à Dieu.

–          Merci beaucoup doyen. Bonne nuit à vous également… »

Aussitôt la machine de Sassou qui bénéficie de l’écoute téléphonique se met en branle. Il ne faut point autoriser cette rencontre avec Débat et arrêter ce traître de Ngouabi. Mais comment procéder ? Quel type de piège lui tendre ?

Pour répondre à cette embarrassante question, Sassou consulte l’agenda de Ngouabi. Aucune sortie n’est programmée le 17. Par contre, le 18, Ngouabi doit dispenser un cours à l’université[9], mais il n’est pas possible d’y opérer. Merde ! Que faire alors ?

A force de creuser. Youpi ! C’est trouvé, le calendrier des opérations militaires annonce pour le 18 un exercice au champ de tir sous la direction du capitaine Motando, ce jeune officier de la Likouala, sorti nouvellement de l’académie militaire soviétique, que Marien se propose de nommer Chef d’état major particulier à la présidence. Il serait en quelque sorte un conseiller militaire du chef de l’Etat et devrait réorganiser sa garde et sa sécurité.

Tenant compte de la sympathie que Ngouabi a pour ce jeune, il se précipitera dès qu’il sera question de lui. On lui dira qu’il a eu un incident au champ de tir et il s’y rendra. Mais comment l’arrêter au champ de tir ? L’endroit est désert et Ngouabi apercevra de loin le comité d’accueil qui sera mis en place pour la circonstance. Il pourra alors rebrousser chemin.

Et si on l’invite dans un domicile ? Oui, mais ce domicile devra être vide si l’on doit éviter les témoins gênants et s’il est vide, Ngouabi risquera aussi de s’en méfier. Quelle impasse ?

Puis soudain, tiens, tiens, tiens. Utiliser le même argument et l’inviter dans un hôtel le «  Mistral » où Lekoundzou directeur de la SICAP[10] à Pointe-noire en mission à Brazzaville est  descendu. L’hôtel sera fermé toute la matinée pour des raisons d’Etat afin qu’il n’y est presque pas de monde et utiliserons la chambre numéro 8 de Lekoundzou pour lui tendre un guet-apens.

Dans un hôtel et en plein jour, Marien ne se doutera de rien et tombera dans le panneau. Mais il faut veiller à ce qu’il vienne seul. Il faut donc l’isoler. Assis Engobo Bonaventure s’envole t-il le 17 mars pour Owando, où il doit récupérer l’épave de l’hélicoptère dans lequel Marien Ngouabi avait failli trouver la mort.

Parti en réalité pour informer Yhombi de l’évolution de la situation et des dernières dispositions arrêtées pour le putsch, Engobo qui rentre de cette prétendue mission[11], le lendemain 18 mars au environ de 11 heures, ne fera jamais signe de vie avant 15 heures, c’est-a-dire avant que le crime ne soit consommé. Il sera d’ailleurs promu officier d’ordonnance de Yhombi après le coup d’état. Okemba Maurice, l’officier d’ordonnance de Ngouabi a, lui, sollicité une permission d’absence auprès du président pour aller jouer au ballon militaire et retirer ensuite les examens de son fils au laboratoire national[12].

Après ses courses, Okemba qui sera nommé quelque temps après Directeur de la radio puis, Attaché militaire à Moscou, aurait téléphoné à son service pou savoir si le président avait besoin de lui. Et, comme ce n’était pas le cas, il serait allé se reposer chez lui . Le lieutenant Tsangabeka qui avait été désigné pour remplacer Okemba prétendra à son tour être allé prendre son repas au moment où Ngouabi aurait trouvé  la mort .

Mouassiposso, le chef de protocole aurait achevé sa demi-journée et laissé le président à table[13]. Enfin, Itoua Ndinga, un autre membre de la sécurité rapprochée de Ngouabi , se serait retrouvé en manœuvre militaire sur la route du Nord dans le cadre d’une formation militaire.

En somme, un véritable vide créé intentionnellement autour de Ngouabi qui  ne s’en inquiète pas outre mesure puisqu’il lui facilite son rendez-vous avec « Akim ». Ce qui arrange aussi ses protagonistes, décidés à le prendre dans leur filets.

Vendredi 18 mars 1977 à 9 heures, le président Ngouabi est allé donné son cours à la faculté des Sciences de Brazzaville. Il est accompagné de Pereira (un beau frère) qui fait office de chauffeur, et de Tsangabeka, comme aide de camp. Son cours fini, il rejoint directement son bureau. Il est 11 heures passées de quelques minutes ; il signe son courrier et entreprend d’accorder des audiences.

De 11 heures 30 minutes à 12 heures 30 minutes, il reçoit d’abord le commandant Mbia, chef d’état major de l’armée de terre qu’il a fait prévenir dans la journée[14] et qui doit lui rendre compte de l’état d’avancement du document sur la réorganisation de l’armée qu’il lui a demandé de concevoir. Pendant qu’ils discutent, est annoncé le président de l’Assemblée nationale, Alphonse Mouissou-Poaty ; Mbia se retire par courtoisie et Ngouabi accorde une trentaine de minutes à son nouveau visiteur avec qui il traite de l’atmosphère politique qui prévaut dans le pays.

Peu avant 13 heures, Ngouabi reçoit le cardinal Emile Biayenda que Mouassiposso a introduit avant de s’éclipser furtivement. L’archevêque de Brazzaville est venu solliciter la restitution au clergé d’une concession appartenant au couvent Jahavouey et expropriée par l’Etat congolais après la nationalisation de l’enseignement en 1964. Cependant, l’entretien ne dure pas car dix minutes après, le président reçoit un coup de fil[15], décroche le téléphone et suit son interlocuteur ; son visage s’assombrit et il coupe la communication en disant : « bien j’arrive tout de suite… ».

Marien Ngouabi qui semble abattu par la nouvelle qu’on vient de lui communiquer rejoint le prélat resté assis au salon et s’excuse en ces termes : « Monseigneur, je m’excuse d’être obligé d’interrompre notre entretien. Je vous recontacterai mais vous pouvez être tranquille, votre problème sera réglé. Je suis obligé de partir d’urgence car un de mes collaborateurs a eu un incident au champ de tir où des éléments se sont canardés entre eux. Je dois donc aller m’enquérir sur le terrain… » Le cardinal se lève, remercie sincèrement son hôte et s’en va.

Marien Ngouabi par son secrétariat donne des instructions à propos de l’arrivée d’une 404 blanche. Les visiteurs doivent l’attendre, il demande à Ntsangabeka de décommander le rendez-vous pris avec le docteur Lomina et livre à Ontsou qu’il vient de recevoir un message du ministre de la défense selon lequel le capitaine Motando aurait eu des problèmes avec la troupe au champ de tir et se serait réfugié à l’hôtel Mistral. Conduit par Pereira et couvert par Okamba, un jeune élément de la garde présidentielle qu’il désigne au hasard pour l’accompagner, Marien, habillé en abacost de couleur rouge-bordeaux depuis le matin, très inquiet pour Motando, oublie de prendre les précautions d’usage et fonce à l’hôtel Mistral. Après tout, le message ne vient-il pas de Sassou en qui il a encore un minimum de confiance, même si ce dernier avait eu entre temps le culot de draguer[16] sa femme. D’ailleurs, il ne croit pas que Sassou pousserait le bouchon jusqu’à le déposer. Il est beaucoup plus préoccupé par les femmes que par le pouvoir. Yhombi oui, mais pas Sassou ; il est encore trop jeune et le prouve par son comportement.

Le voici à l’hôtel Mistral qui semble désert. Dans la cour, quatre voitures anonymes dont celle de Mouassiposso. Ngouabi ouvre la portière et descend promptement pendant que le chauffeur se gare et attendra là le retour de son chef. Devant le perron apparaît Lekoundzou qui vient à la rencontre du président.

–          Alors Justin, où sont-ils ?

–          Ils sont dans ma chambre chef ! Au premier.

–          Que s’est-il passé ?

–          Je ne sais pas exactement chef !

Les deux hommes discutent, entrent dans l’hôtel et gravissent les marches suivis à cinq mètres du jeune Okamba qui par respect reste à l’écart et ne capte rien de la conversation. Lekoundzou ouvre la porte et invite le président à entrer. Ce dernier qui ne se doute de rien, trop préoccupé par la situation de son poulain Motando franchit ainsi le seuil. Lekoundzou referme la porte derrière lui. Le garde restera dans le couloir.

Pierre Anga, l'auteur des coups mortels ?

Pierre Anga, l’auteur des coups mortels ?

A l’intérieur, Ngouabi se retrouve devant un groupe d’hommes dont il reconnaît Anga, son ennemi juré, Carlos le médecin cubain qui rôde toujours dans la résidence présidentielle et Mouassiposso. L’effet est total, le piège implacable. En une fraction de seconde, il comprend qu’il est tombé dans un traquenard, et demande à Lekoundzou qui se tient debout à la porte en montrant du doigt Anga : « Mais qu’est-ce que ce fou fait ici… ? »

Il esquisse un geste pour dégainer son pistolet, mais trop tard, ses assaillants lui tombent dessus pour le maîtriser, tandis qu’Anga saisi d’une fureur démoniaque sort son poignard et l’enfonce à la hauteur du cou du Ngouabi en hurlant :

« … Je t’avais prévenu. Je ne suis pas un fou et tu ne le répèteras plus jamais… ». Le sang gicle en Anga emporté comme un véritable fou continue à poignarder Ngouabi dans le dos en dépit de l’instruction formelle reçue de le prendre vivant. Les autres assaillants surpris par la rapidité de l’agression de Anga n’ont pu intervenir. Ngouabi gît au sol dans une flaque de sang, blessé mortellement. Son agresseur s’étant retiré dans un coin pour ruminer encore sa colère et savourer à la fois sa vengeance.

Lekoundzou qui a assisté impuissant à la tragédie, mesure rapidement sa responsabilité, sort précipitamment de la chambre en claquant la porte derrière lui, descend à la réception de l’hôtel et donne un coup de fil à Sassou encore au ministère de la Défense, alors que c’est l’heure de la pause journalière[17]. Il est 13 heures 25 minutes et Sassou arrive en trombe au Mistral en compagnie de Ntsiba, qu’il met rapidement au courant de la tournure dramatique prise par les événements.

Vite au premier. Dans le couloir, le jeune Okamba de la garde présidentielle innocent continue à faire les cents pas. Il ne s’est rendu compte de rien car il ne pouvait pas se planter juste devant la porte au risque d’écouter ce qui se dirait à l’intérieur. Dans l’esprit de ce jeune qui claque les talons au passage de Sassou et Ntsiba, le président discute avec collaborateurs et ne court donc aucun danger.

Ca y est ! Il se souvient que d’après la conversation téléphonique interceptée par ses services, le groupe Kikadidi serait au palais dans quelques instants. Il faut leur coller le meurtre sur le dos.

« … Justin, lance t-il à Lekoundzou, demande au jeune de la garde présidentielle et au chauffeur d’aller chercher une nouvelle tenue chez Marien. Trouve une raison pour ne pas éveiller les soupçons. Il faut faire vite. Et vous, dit-il à Mouassiposso et au cubain du groupe, prenez le corps et emmenez le à la douche, nettoyez le correctement. Vous ferez la propreté dans la chambre après… »

Lekoundzou sort, interpelle le jeune Okamba toujours et lui dit que le chef vient de se tâcher avec du vin et demande une nouvelle tenue propre pour se changer. Revenu dans la chambre, Lekoundzou trouve Sassou en train d’expliquer son plan.

« … Un groupe d’hommes arrivera tout à l’heure à la présidence. Ils avaient rendez-vous avec Marien. Ce sont les prieurs de Massamba-Débat. Nous allons rejeter sur eux la responsabilité du meurtre. Anga et le docteur Carlos ramèneront le corps de Marien bien habillé. Il ne faut pas que ceux qui pourraient voir la voiture s’aperçoivent qu’il est mort. Donc vous devriez vous arranger pour bien le soutenir. Arrivé à l’Etat-major, vous abandonnez le corps vers le garage pendant que le groupe de prieurs sera installé dans la maison. Vous obligerez alors au jeune de la garde présidentielle d’entrer au secrétariat et d’attirer les prieurs vers le corps de Marien et vous les abattrez en provoquant une fusillade généralisée. Ce sera la preuve de leur présence au palais. Nous verrons après ce qu’il faudra faire. »

« … Florent, dit-il à Ntsiba, il faut que tu sensibilises tes petits qui sont en poste au secrétariat de ne pas intervenir au moment de la fusillade et lorsque les gens leur poseront la question de savoir ce qui s’est passé, ils n’auront qu’à dire que c’est le capitaine Motando qui a tiré sur le président. Autre chose ? Arrangez-vous pour que la blessure de Marien ressemble à l’action d’une balle… »

Après avoir donné ces instructions, Sassou sort et rentre droit chez lui, complètement abattu par ce qui vient d’arriver, espérant que cette sortie improvisée ne connaîtra pas de faille. Anga qui a suivi les ordres de Sassou, le rejoint au moment où il s’apprête de sortir :

« … Je regrette mon commandant, je ne sais pas ce qui m’est arrivé. Merci pour ce que vous faites pour me sauver… »

–          Ca va répond négligemment Sassou. Faites surtout attention maintenant… Justin, appelle moi à la maison après la fusillade, lance t-il avant de sortir.

Lorsque le jeune Okamba ramène l’abacost beige que madame Ngouabi vient de lui remettre, il est cette fois introduit dans la chambre et se voit assigner le rôle défini par Sassou. Il comprend ce qui vient de se passer et ne peut bien sûr pas refuser, car il sait qu’il est maintenant un témoin de la mort de Marien et que les coupables n’hésiteraient pas à tuer.

14 heures 15 minutes, le groupe Kikadidi déguisé en militaires comme convenu entre Débat et Ngouabi arrive à l’Etat-major. Les consignes étant données, il n’a aucun problème pour traverser les barrages, gare devant le perron de la résidence présidentielle.

Au moment de descendre, Kikadidi propose à ses compagnons de prendre leurs armes. Tadet s’y oppose… : « je comprends que tu aies encore les réflexes militaires, mais nous n’en aurons besoin éventuellement que lorsque nous escorterons le président… » Ils entrent dans le secrétariat ; Kikadidi garde quand même son pistolet à la hanche.

Au nombre de cinq[18], ils seront reçus par Ontsou et Péa, programmés spécialement pour assurer la permanence ce jour ; le premier ayant été enrôlé dans le complot sur la base tribale par Florent Ntsiba. Il est Batéké comme lui et vient de recevoir les dernières instructions de Ntsiba. Ontsou installe Kikadidi qui porte les galons de capitaine dans la salle d’attente et les quatre autres au secrétariat. Nkomo et Elouo se trouvent dans le bâtiment annexe vers la villa « Shanghai ».

Instinctivement, il demande poliment au capitaine qu’il ne connaît même pas de nom de faire déplacer la voiture et Kikadidi désigne Kandza à cet effet.

–          Le président est sorti pour une urgence et a demandé que vous l’attendiez leur a t-on fait croire. Rien donc ne peut les inquiéter.

La journée est ensoleillé et calme. Les parents de Marien ont pris leur repas et se reposent. Les deux belles sœurs et la nièce discutent des futilités juvéniles au salon, le petit Marien est allé prendre sa douche à la piscine, tandis que ses frères cadets jouent dans les chambres.

« … Vous me ferez signe lorsque le président sera là pour que je descende, lance à ses sœurs madame Ngouabi qui monte péniblement se reposer à l’étage ». Elle est à terme d’une grossesse et très fatiguée.

Entre-temps, Kandza qui a des difficultés à déplacer la voiture voit arriver la 504 noire du président et suspend sa manœuvre pour la laisser passer. Il est 14 heures 25 minutes.

Cinq hommes sont à bord de la voiture : Pereira le chauffeur qui a Okamba à sa droite, Carlos et Anga qui encadrent et soutiennent le corps de Ngouabi à l’arrière. La voiture se dirige vers le garage et marque un arrêt à mi-chemin. Anga et Carlos armés de PMAK balancent rapidement le corps de Ngouabi dont la mâchoire a été entre temps brisée et ils abandonnent un pistolet à côté du macchabée avant de s’enfuir l’un vers la villa « Shanghai » et l’autre vers la piscine.

Pendant ce temps, Pereira qui, pris au piège comme Okamba, rentre la 504 dans le garage, abandonne les clefs de contact sur le tableau de bord et s’enfuit. Tout se passe tellement vite que Kandza qui assiste à la scène, ne comprend rien. Il se demande s’il doit continuer sa manœuvre ou sortir de la voiture pour aller voir ce qui se passe.

Juste à ce moment il voit sortir à pas pressés Péa, Mienakou et Koudissa qui dévalent les marches du perron et se dirigent vers le corps de Marien abandonné par ses assassins. Okamba qui est rentré au secrétariat leur a dit que le président ne sentait pas bien, venait de s’écrouler.

A peine, nos amis sont-ils arrivés à la hauteur du corps qu’ils sont cueillis par une rafale tirée par le docteur Carlos qui s’est fait son excellent angle de tir entre le garage et la villa « Shanghai ». kianguila qui suit les trois hommes avec quelques mètres de retard a juste le temps de rebrousser chemin et de lancer à Kandza, « filons ». Cet ancien de la Défense Civile réagit aussitôt. Il sort de la 404, tire quelques rafales pour couvrir sa fuite et suit Kianguila à toutes jambes.

Tous les deux franchissent facilement le mur arrière de l’Etat-major et atteignent Bacongo en passant par les jardins de la corniche. Pendant ce temps, le docteur Carlos continue à tirer et abat un élément de la garde présidentielle qui sort de sa guérite et qui tente de s’élancer vers la résidence. Carlos cherche à créer l’atmosphère. Il faut donner l’impression d’une attaque générale du palais présidentiel.

Anga n’a pas attendu ; il se rend immédiatement au groupement aéroporté où il est malgré l’interdiction de pénétrer dans les casernes dont il fait l’objet, le premier à informer le camp, de la mort de Ngouabi une dizaine de minutes seulement après la fusillade.[19]

De son côté, Kikadidi coincé dans la salle d’attente, comprend vite que son groupe est tombé dans un traquenard. Il casse alors le carreau d’une fenêtre et s’enfuit lui aussi. Il rejoindra le domicile d’un parent (Mayouma) et s’y cachera pendant onze mois. En ce qui le concerne, les intentions de ceux qui l’avaient installé dans d’attente étaient claires : il devait constituer la pièce maîtresse à conviction trouvée dans la résidence du chef de l’Etat.

C’est ce qui explique que Ontsou qui reste dans le secrétariat pendant la fusillade et n’apparaît au perron qu’au dernier moment, préfère tirer en l’air plutôt que d’attaquer Kikadidi et ce, jusqu’à l’arrivée des premiers éléments de la garde conduits par le lieutenant Sibali à qui Ontsou dit que le commando se trouvait dans la maison.

On lui imposera bien entendu le supplice d’accréditer le mensonge officiel à la faveur de quelques « pesetas ».

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[1] En 1976, un climat morose s’installe progressivement au sein de la garde et les milieux rapprochés du Président Ngouabi. Non seulement la restructuration de la garde qu’il a initié à la suite de son incident avec Anga n’est pas efficace en ce qu’elle multiplie les pôles de décisions, mais encore dans ce pays où le clientélisme s’est installé, la course aux avantages matériels constitue la préoccupation de chacun. Aussi, lorsque Ngouabi est emmené coincé par les problèmes financiers à imposer une certaine austérité, et à réduire les dépenses de la présidence la quasi totalité des éléments de la garde présidentielle qui ne justifiait leur présence dans ce corps à « hauts risques » que par la redistribution de ces miettes substantielles, perd toute combativité et entrain ; des demandes de mutation affluent. Des fois, Ngouabi, de retour de randonnée tard dans la nuit, trouve les sentinelles complètement endormies et sait que sa ceinture de protection n’est plus fiable.

Ewolo, le nouveau chef de corps qui n’a plus de caisse noire comme son prédécesseur perd le contrôle de la troupe et s’en plaint régulièrement. « … Du temps de Anga, les choses ne se passaient pas comme ça, chef… », s’entend-il souvent répéter par ses subalternes. Ngouabi informé, propose une « politisation » du corps qui ne verra jamais le jour.

[2] Service d’Action Civique

[3] Confirmé par Tsangabeka son aide de camp à qui Ngouabi en a parlé.

[4] Faits confirmés par l ‘entourage immédiat de Ngouabi

[5] Dans de nombreux discours publics

[6] « … Monsieur le président, s’était écrié le procureur Jacques Okoko, parlant d’un témoin au procès de janvier 1978 : Même les Batékés cherchent à avoir le pouvoir dans ce pays ?… Phrase tout à fait symptomatique du complexe de supériorité entretenu par le sentiment tribal des hommes du « Nord ».

[7] Un an auparavant, Ngouabi échappe presque miraculeusement à un accident d’avion à Owando où il passe ses vacances.

[8] Deux missions qui n’ont jamais eu de traces dans les archives de l’Etat.

[9] Ngouabi, qui s’est remis dès son arrivée au pouvoir sur le banc de l’école, par complexe, a réussi à traficoter un D.E.A. de physique, et s’est fait autoriser à encadrer les travaux dirigés à l’université de Brazzaville.

[10] Entreprise d’Etat

[11] Selon Okemba, cette mission était pourtant décommandée officiellement, l’épave de l’hélicoptère ne pouvant entrer dans les appareils disponibles à la base aérienne de l’armée congolaise.

[12] Comme si, à un moment où la sécurité du président était effectivement menacée, ces deux courses étaient primordiales.

[13] Il est très important de faire remarquer que les déclarations de Mouassiposso et Tsangabeka ont été contradictoires :

« … Le 18 mars, déclare Mouassiposso, j’ai discuté avec le président d’un problème de presse. Nous sommes sortis de son bureau, je l’ai accompagné jusqu’à sa résidence. Le président est allé à table. Maître Okemba lui a amené à manger. Je lui ai dit « Monsieur le président, bon appétit, et à bientôt », et je suis parti.(…) Il était 13 heures passées ».

« A 14 heures 10 minutes déclare par contre Tsangabeka, le Président a reçu un docteur qu’il avait fait venir. Il l’a fait repartir avec la décision qu’à 15 heures, je partirai moi-même le chercher…Nous avons quitté la villa « Shangaï », il était 14 heures 10 minutes, le Président n’avait pas encore mangé.

–          Avez-vous vu le Président manger ?

–          Non, je l’ai vu aller s’asseoir à table, mais il n’avait pas encore commencé à manger quand je suis parti.

–          Avec qui était-il assis à table ?

–          Quand le Président est allé à table, je l’ai vu aller s’asseoir seul

–          Entre vous et Mouassiposso, qui a quitté la résidence le premier ?

–          C’est Mouassiposso

–          L’avez-vous vu partir ?

–          Non, j’avais fait un tour. Et quand je suis revenu, je n’ai plus revu la voiture de Mouassiposso(cf. primitif des auditions en commission)

Il est évident que ces deux hommes tentent de corroborer le mensonge officiel et que ni l’un ni l’autre n’a vu le Président s’installer à table. Combien de temps le Président serait-il resté à table s’il avait trouvé la mort à 14 heures 30 minutes ?

[14] Par le capitaine Tsétou

[15] De la part de son ministre de la défense

[16] Confidence faite par le chef de l’Etat à Ewolo Oscar

[17] Les horaires de travail dans les administrations étant à cette époque de 7 heures 30 minutes à 12 heures et de 14 heures 30 minutes à 17 heures.

[18] Kikadidi, Kandza, Kianguila, Mienakou et Koudissa Tadet.

[19] Confirmé par le général Ngollo.NDLR : A noter que dans une lettre ouverte  faite à Paris, le 3 novembre 2008, Justin Lekoundzou Itihi Ossetoumba, Ancien ministre de la Défense Ancien Secrétaire général du PCT (Parti de Denis Sassou Nguesso), et bien que largement mis en cause dans ce texte, confirme:
 » 
D’aucuns ont toujours pensé à tort que le président Marien Ngouabi a été assassiné dans sa résidence comme l’a toujours indiqué la version officielle tronquée. Il n’en est pas ainsi car le président Marien Ngouabi a été entraîné dans un traquenard à l’hôtel Mistral où il avait été lâchement assassiné par les soins de Denis Sassou Nguesso qui avait savamment, et de façon rusée, exploité la haine que lui vouaient certains officiers de l’armée. » [sic]