Le référendum du 28 novembre 1958 vu par Lecas Atondi-Monmondjo

Le général Charles de Gaulle à Brazzaville en 1958

Article paru dans « La semaine africaine » du 3 octobre 2017

Le commerce avec moult hommes publics, voire d’Etat, m’a permis d’observer que très peu d’entre eux connaissent le passé du Congo même le plus récent. Et faire ici des rappels c’est contribuer à la prise de conscience de notre histoire, et d’en tirer les leçons.

Quant à la littérature,  entrevue comme le partage d’ouvrages de qualité, elle alimentera notre culture générale ; car notre ouverture au monde aide à nous arrimer à la modernité. Les apports extérieurs enrichissent notre expérience.

Le premier repère porte sur l’année 1958.

C’est une année marquée par des événements importants au Moyen Congo et en Afrique Equatoriale Française (AEF).

Le gouvernement de Jacques Opangault mis à mal

Depuis 1957, Jacques Opangautt est à la téte d une équipe gouvernementale de 10 ministres, comprenant des Français et des Congolais, partisans du MSA et de l’UDDIA. Ils ont reçu chaque partie 5 postes, la majorité d Opangault n’étant que d’une voix.

Mais les appétits, les complots et les manigances politiques bloquent le fonctionnement du gouvernement.

Les journées d’études de Dolisie

Les 11,12 et 13 janvier, l’UDDIA prend l’initiative d’organiser des journées d’études à Dolisie. Elle y embarque des cadres et des militants du PPC dont Hazoumé, sans l’accord de leur leader Félix Tchicaya. Comme on y proclame la fusion du PPC et de l’UDDIA faisant désormais un seul parti, Félix Tchicaya fou furieux proteste.

Et des militants de la majorité attaquent les bâtiments où se déroulent ces journées d’études, proclamées, Congrès de l’Unité. Jean Biyoudi est blessé ; les émeutes éclatent dans la ville, et se transforment en hostilité envers les ressortissants du Pool.  Il y a un mort, et de nombreuses habitations détruites avant le retour au calme.

Félix Tchicaya qui sent la main de Félix Houphouét Boigny dans cette conjuration, retire I’ apparentement du PPC au RDA pour le Parti pour le Rassemblement Africain (PRA), qui milite pour la constitution des ensembles  en Afrique.

Youlou appelle au boycott du gouvernement

Georges Yambot, député du MSA, élu de Mossendjo, annonce avec fracas son appartenance désormais à l’UDDIA, et du coup la majorité change de camp. Tchicchelle, invite les ministres de l’UDDIA à boycotter les conseils des ministres et réclame la Vice-présidence du Conseil de gouvernement tenue par Jacques Opangault

Gilbert Pongault appelle à l’apaisement, et une concertation des protagonistes a Matignon à Paris, ne donne rien non plus. De surcroît, un militait de l’UDDIA Bernard Kolélas, déclenche une grève à l’Hôpital Général de Brazzaville pour réclamer les meilleures conditions de travail. Cela fragilise le leadership de Jacques Opangault

La République Unie Centrafricaine

Un problème préoccupe les AEFIENS désireux de garder leur unité territoriale et politique. arthélemy Bonganda, président du Grand Conseil est à la manœuvre, appuyé par les hommes de gauche : Félix Tchicaya, Kikounga-Ngot Opangault, Aubame, Kouamallah.

Les partisans de ce projet, appellent à la constitution d’un ensemble, qui englobe même le Cargo Belge. Boganda, à l’instar de Kwame Nkrumah qui milite pour la République Unie du Bénin, avec le Togo, le Dahomey, le Nigeria et le Cameroun, est accusé de communisme, tout comme Barthélemy Boganda, pourtant un fervent opposant « au péril jaune et au communisme. »

Boganda le paye trés cher et meurt, le 29 mars 1959, un dimanche de Pâques. Un colis, mais en fait une bombe a été remis à l’équipage fait exploser l’avion qui le ramène à Bangui. La mort de Boganda voit  enterrée la République Unie Centrafricaine.

De Gaulle à Brazzaville (Août 1958)

De Gaulle est rappelé aux affaires, comme Président du Conseil des ministres, car la France est presque dans la guerre civile et l’Algérie flambe, les partisans de l’Indépendance multiplient les attentats, tout comme les tenants d’une Algérie française. Il entreprend une tournée en Afrique et en Madagascar pour proposer une nouvelle donne politique : la Communauté ou l’Indépendance.

II élabore la Constitution de la Vé République à soumettre au référendum du 28 septembre 1958.

Je suis dans la foule, à la maison Commune de Poto-Poto, quand le Maire Fulbert Youlou offre au Général les clefs de la ville

Je suis présent au Stade Eboué archicomble de monde, lequel attend le discours du Général. « Parlez sans équivoque, parlez sans ambiguïté, mon général, le peuple vous écoute », dit Boganda dans son discours d’accueil.

Je chante comme tout le monde la Marseillaise entonnée par Charles de Gaulle à la fin de la cérémonie. Tous les leaders congolais optent pour voter OUI à la Communauté.

J’emprunte le camion de Prosper Okombi Embongo qui conduit les militants du MSA à Gamboma, Abala, Oilombo. Ils emportent des cargaisons de boissons à offrir aux villageois invités à voter OUI.

Au Stade Ebcué, quelques voix se sont élevées pour évoquer l’Indépendance. Certainement des militants de l’UJC, et des syndicalistes de gauche.

Les résultats sont sans commentaire.

C’est au Gabon qu’on enregistre le plus grand nombre de Non parce que Léon Mba et ses affidés réclament le statut de département ou de territoire d’Outremer. Ce n’est pas le programme de Charles de Gaulle.

Le Moyen Congo réalise le score de plus de 99,80% de Oui.

Votants Oui Non
Moyen Congo 342350 339436 2133
Gabon 207245 190235 15221
Oubangui Chari 497675 487033 6009
Tchad 823010 804355 14032

 

Jacques Opangault a déclaré à Fort Rousset en juillet 1961 : « Nous n’avons jamais demandé l’Indépendance et c’est le général de Gaulle qui nous l’a octroyée ».

La Guinée Conakry, sous la conduite de son leader Ahmed Sekou Touré a voté non, et proclamé son indépendance.

Le statut de la Communauté embraya les anciennes colonies dans le néocolonialisme.  A preuve des accords signés entre les états de l’ancienne AEF, disposent que la France a la préférence, de la recherche, l’exploitation, et le commerce des matières premières et stratégiques à savoir les hydrocarbures, l’uranium, les produits gazeux, etc.

Depuis 1963, ces accords ont été modifiés sauf pour la monnaie.

1958 s’achève avec le changement de majorité le 28 novembre 1958. L’Abbé Fulbert Youlou devient Premier ministre de l’entité territoriale devenue République du Congo. Ce transfert de pouvoir à l’UDDIA va nourrir la guerre civile de février 1959 opposant les partisans de Youlou et d’Opangault.

Ce repère marque les antagonismes politiques, jusque de nos jours, où l’on parle des règnes du Nord et du Sud. La répartition des postes ministériels de façon équitable comme en 1957, aurait pu faire l’économie de ces déchirements qui marquent le Congo depuis des générations, consécutivement à la gestion patrimoniale.

Les politiciens au placard vivent dans l’exacerbation de ces clivages ethnocentristes.

Lecas  Atondi-Monmondjo

L’auteur : Lecas Atondi-Monmondjo est né à Owando (Moyen-Congo) en 1943. Militant de l’U.G.E.E.C. et de la J.M.N.R., il a exercé, tour à tour, les activités d’enseignant et de journaliste. Membre du Comité Central du P.C.T. sous le régime Marien N’gouabi, il est condamné à mort en février 1972 à la suite de l’affaire dite Diawara, puis amnistié en juillet 1976.