Les fang (Wikipédia)

Porte de case fang

Les Fangs, dont certains pensent que le réel ethnonyme est Ekang, forment un groupe ethnique bantou que l’on trouve aujourd’hui en Afrique centrale. Les langues fangs se déclinent en plusieurs dialectes et créoles. L’appellation « fan » n’est pas acceptée par les natifs qui affirment ne pas s’appeler ainsi 5. Par ailleurs, l’orthographe fang est contestée par les « fang », toute chose égale par ailleurs, le mot approprié serait « m’fan » couramment utilisé dans l’expression «m’fan mod » dont le sens serait proche du mot « bëti » 6. « M’fan mod» signifie Homme vrai tandis que « Bëti » signifie les Seigneurs7.

C’est au Cameroun que vivent le plus de Fang (3 200 000) où ils représentent 20 % de la population. Ils sont majoritaires (80 %, soit 450 000) en Guinée équatoriale, au Gabon (37 %, soit 480 000) et un petit nombre d’entre eux vivent au Congo-Brazzaville et à Sao Tomé-et-Principe.

Quoique les statistiques officielles sur la population soient un sujet tabou au Gabon, l’ethnie fang est numériquement la plus importante de la cinquantaine qui composent le pays8,9. Son aire géographique s’étend de la partie nord du Gabon (province du Woleu-Ntem) au centre (province du Moyen-Ogooué), en passant par le nord-est (province de l’Ogooué-Ivindo) et le Nord-ouest (province de l’Estuaire).

Histoire

Beaucoup de versions sur l’origine du groupe fang ont été élaborées ces dernières années. Deux hypothèses peuvent être relevées.

L’hypothèse historique relève un mouvement migratoire qui se serait poursuivi jusqu’au début du xxe siècle. Dès 1840, les traitants Mpongwè disséminés sur la côte gabonaise, signalent leur présence dans l’arrière-pays. Les Fangs seraient parvenus dans le Moyen-Ogooué au début du xixe siècle, et leur arrivée dans l’estuaire du Komo se situerait vers 1850. En 1885, ils sont connus des Allemands au Cameroun sous divers noms : Bulu Ewondo, etc. Toutes ces populations étaient en marche vers la côte à une vitesse moyenne estimée à 10 km par an. Cette hypothèse situe également l’origine des Fangs dans la Haute-Égypte.

L’hypothèse tirée de la mythologie traditionnelle Fang parle, quant à elle, d’une zone vers l’Est, dans une région élevée, où se trouvaient des lacs entourés d’une faune tout à fait différente de celle du Gabon. Cette hypothèse fait référence à un mythe appelé La marche des enfants d’Afiri-Kara, qui relate la marche périlleuse d’un peuple dans son avancée migratoire. Fuyant les guerres et les conflits avec les autres peuples, ce groupe va s’enfoncer progressivement dans la forêt en direction donc, si on l’assimile au groupe Fang producteur du mythe, de l’Afrique équatoriale.

NDLR : Le lecteur qui s’intéresse à l’histoire de l’ethnie fang a tout intérêt à consulter la Thèse présentée par Xavier Cadet à l’U.F.R. d’Histoire de l’Université de Lille 3 – Charles de Gaulle (Centre de Recherche de l’Histoire de l’Europe du Nord-Ouest) en juin 2005 sous la direction de Monsieur le Professeur Jean Martin pour l’obtention du diplôme de Doctorat d’Histoire. (cliquer sur le lien)

Histoire des Fang, Peuple Gabonais

Organisation sociale

Le groupe Fang est constitué d’un ensemble de sous-groupes qui se déploient dans les différents pays cités plus haut. La structure interne fang se présente de cette manière : au sommet de la pyramide se situe l’ethnie (fang), ensuite celle-ci se divise en principaux sous-groupes10, lesquels, à leur tour, se divisent en d’autres sous-groupes (ayong), en tribus11, qui se scindent encore en clans12, puis en familles (au sens de famille élargie). Le clan est le noyau de cette structure.

Les groupes Beti et Bulu sont très proches du groupe Fang. L’appellation Beti regroupe les différentes tribus : Fang, Okak, Mvaï, Betsi, Ntumu ou osa’a nanga, Bulu, Okak, Ìtón (ou Eton)4,Kóló (improprement appelé Ewondo, Yewone ou Yaoundé)13 ,14, Maka, Yebekolo… Beti donne, au singulier, Nti qui signifie l’homme, le vir, le seigneur, le citadin, comme chez les Bantu oùntu signifie l’homme et bantou les hommes. Chez les Fangs, la désignation originelle de l’ensemble de ce groupe est beti, les virs ou les seigneurs.

Culture

Relique Fang au Museum Rietberg

Masque fang du Gabon utilisé pour la cérémonie du ngil

Le Mvet fut révélé à un homme durant la migration du nom Oyone Ada Ngone. Mais le Mvet tel qu’il est pratiqué de nos jours a été révélé à Ebang Ely Mintem. En effet, d’après le grand maître du Mvet Eyi Mone Ndong, il y avait deux grandes écoles, l’école du Ngwéza inventée par Ebang Ely Mintem (clan Oyeck) et l’école de Meye Me Nguini de Effandène Mve (clan essandone). L’école de Ebang Ely Mintem et de Menguire M’Edang (Essokè), dont le style majeur est Angonemane Ekome (cousine de Ebang et Grande Maîtresse du Mvet), s’est imposée. Cette migration est souvent qualifiée de Mbil ayong en langue fang (« la course », « la fuite » de la tribu).

Le Mvet est d’abord une cosmogonie, puisqu’il explique la formation de l’univers à partir d’une explosion initiale ; il est ensuite un récit merveilleux d’aventures épiques de personnages imaginaires mais constants : les mortels aux prises avec les immortels pour tenter de leur ravir le secret de l’immortalité, sinon de rivaliser en bravoure, force, courage et intelligence, sagesse et prospérité. Par son contenu, le Mvet est donc une mythologie qui explique le cosmos et règle aussi les rapports entre vivants, entre vivants et morts et entre l’homme et Dieu. Les Fangs sont monothéistes : le créateur suprême est Eyoh ou « Le Nommant », c’est-à-dire « Celui qui, en parlant, crée ».

Ondzabogha signifie A bôk adzap, « Creuser l’adzap », adzap étant le nom d’un arbre particulièrement immense ; ce mot résumerait la détermination du peuple fang à franchir les obstacles dressés sur sa route pour trouver sa « terre promise », l’Afrique centrale.

Sur le plan esthétique, les Fangs ont produit des masques et des statuettes de reliquaires Byeri originaux et très prisés des musées et les collectionneurs. Un masque Ngil Fang Betsi de la haute Mondah (aux environs de la ville de Ntoum) en bois et kaolin s’est ainsi vendu 5 904 176 € en 200615.

Les fangs se sont aussi dotés d’armes forgées très particulières, dont une importante collection existe au Musée d’histoire naturelle de Lille (non présentée au public), issue de l’ancien Musée ethnographique Alphonse Moillet (aujourd’hui fermé, mais dont les collections font l’objet d’un inventaire et de restaurations depuis les années 1990)16.

Notes et références

  1. a, b, c et d Jean Sellier, Atlas des peuples d’Afrique, La Découverte, 2003, p.162
  2. a et b GLIMPSES OF AFRICAN CULTURES, Échos des cultures africaines, Ngessimo M. (Éd) Mutaka, p.190-191
  3. a et b LES SEIGNEURS DE LA FORÊT, Essai sur le passé historique, l’organisation sociale et les normes éthiques des anciens Beti du Cameroun, Philippe Laburthe-Tolra, p.9 et p.114
  4. a, b et c Velde, Mark L. O. Van de. A Grammar of Eton, p. 1
  5. LES SEIGNEURS DE LA FORÊT, Essai sur le passé historique, l’organisation sociale et les normes éthiques des anciens Beti du Cameroun, Philippe Laburthe-Tolra, p.48
  6. LES SEIGNEURS DE LA FORÊT, Essai sur le passé historique, l’organisation sociale et les normes éthiques des anciens Beti du Cameroun, Philippe Laburthe-Tolra, p.48-49
  7. LES SEIGNEURS DE LA FORÊT, Essai sur le passé historique, l’organisation sociale et les normes éthiques des anciens Bëti du Cameroun, Philippe Laburthe-Tolra, p. 47
  8. Thomas Hofnung, « Imbroglio politique autour de feu Bongo », Libération (consulté le 5 décembre 2009)
  9. Université Laval, « Le Gabon » ,‎ (consulté le 5 décembre 2009)
  10. Sous-groupes : Mvaï, Mékê, Ntoumou, Betsi, Nzaman, osa’a nanga…)
  11. Tribus : Agonavèign, Ebah, Angonavele, Ebifil, Esabck, Nkodjeign, Efak, Essamekois, Esakora, Esokè, Esibikang (Esabezang, Yemetone, Esindua), Esissong ou Esatua, Esisis ou Esabègne ou Mebum, Essangui, Essimvous, Ngamou, Yendjü, Yemendzime, Yenkwakh, Esobam, Oyek, Nguè, Esametok, Bekwe, Essambira, Esakonan, Yembivè, Yendzok, Yenguih, Omvang, Yengol, Yemesom, Yiveng, Oyekh
  12. Clans : nda bôt, exemple nzomnyat…
  13. GLIMPSES OF AFRICAN CULTURES,Echos des cultures africaines, Ngessimo M. (Éd) Mutaka, p.190-191
  14. LES SEIGNEUR DE LA FORÊT, Essai sur le passé historique, l’organisation sociale et les normes éthiques des anciens Beti du Cameroun, Philippe Laburthe-Tolra, p.9 et p.114
  15. Gazette Drouot, juin 2006
  16. X. Cadet, Inventaire des armes fang du musée d’histoire naturelle de Lille, mémoire de DEA Histoire-Sociétés-Cultures, université de Lille III, 1997.