L’évangélisation de l’Afrique centrale, colonialisme et catholicisme

Diverses lectures possibles à ce cliché où l'on voit des africains agenouillés devant un père blanc.

Diverses lectures possibles à ce cliché où l’on voit des africains agenouillés devant un père blanc.

Aux XVème et XVIème siècles, l’exploration de la côte africaine par les Portugais fut bien vite accompagnée par l’évangélisation des régions de l’Afrique situées au sud du Sahara. Cet effort concernait, parmi d’autres lieux, les régions du Bénin, de São Tomé, de l’Angola, du Mozambique et de Madagascar.

… « Il y a cinq cents ans, écrit Ecclesia in Africa, les peuples de l’Angola se sont ajoutés à ce chœur de langues. À ce moment-là, dans votre patrie africaine, la Pentecôte de Jérusalem s’est renouvelée. Vos ancêtres entendirent le message de la Bonne Nouvelle qui est la langue de l’Esprit. Leurs cœurs accueillirent pour la première fois cette parole et ils inclinèrent la tête dans l’eau des fonts baptismaux, où l’homme, par l’œuvre de l’Esprit Saint, meurt avec le Christ crucifié et renaît à une nouvelle vie dans sa résurrection. […]   » Ce fut certainement le même Esprit qui poussa ces hommes de foi, les premiers missionnaires, qui arrivèrent en 1491 à l’embouchure du Zaïre, à Pinda, donnant naissance à une véritable épopée missionnaire. Ce fut le même Esprit, œuvrant à sa manière dans le cœur des hommes, qui poussa le grand roi du Congo Nzinga-a- Nkuwu à demander des missionnaires pour annoncer l’Évangile. Ce fut l’Esprit Saint qui soutint la vie de ces quatre premiers chrétiens angolais qui, de retour d’Europe, témoignèrent de la valeur de la foi chrétienne.   » Après les premiers missionnaires, de nombreux autres vinrent du Portugal et d’autres pays européens pour continuer, développer et consolider l’oeuvre commencée ». … » À cause de difficultés de divers ordres, la seconde phase de l’évangélisation de l’Afrique s’acheva au XVIIIe siècle par l’extinction de presque toutes les missions dans les régions situées au sud du Sahara. »

Quelques dates repères :

    • 1491 : Evangélisation du Congo (RDC) par les Portugais
    • 1506-1544 : Afonso 1er, roi très chrétien du Congo.
    • 1521 : Henri, le fils du roi du Congo devint prêtre puis le premier évêque noir.
    • 1665 : Guerre entre le Portugal et le Congo; le roi Antonio 1er du Congo est vaincu et décapité.

C’est l’anarchie : l’évangélisation n’est plus suivie ; les religions des ancêtres et les syncrétismes sont en progression.

La deuxième phase de l’évangélisation systématique de l’Afrique centrale commença au XIXe siècle, période caractérisée par un effort extraordinaire accompli par les grands apôtres et promoteurs de la mission africaine. Ce fut une période de croissance rapide, comme le montrent clairement les statistiques présentées à l’Assemblée synodale par la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples.

Source : infocatho.cef.fr

Prosper Philippe Augouard évangéliste ou explorateur

Prosper Philippe Augouard deuxième évèque du Moyen Congo

Prosper Philippe Augouard deuxième évèque du Moyen Congo

 Il est difficile de résumer une vie aussi remplie, aussi diversifiée et parfois contestée que celle de Monseigneur Augouard. C’est un Congolais, M. Dominique Ngoï-Ngalla, de l’Université de Brazzaville, qui en témoigne, cinquante ans après la mort de l’illustre évêque : « Mgr Augouard, dit-il, ne poserait pas tant de questions à l’historien s’il s’était cantonné ou à évangéliser ou à explorer, mais il fit l’un et l’autre ensemble et entièrement, ardemment. » 

Prosper Augouard naquit à Poitiers, le 16 septembre 1852, d’une famille d’artisans. Dès son adolescence, on remarqua son caractère enjoué, vif, peu endurant. Il fit ses études secondaires au petit séminaire de Montmorillon (Vienne) et s’engagea, à 18 ans, en pleine guerre de 1870-1871, dans les rangs des Volontaires de l’Ouest On a souvent raconté l’anecdote typique de sa rencontre avec Mgr de Ségur, alors qu’il était en garnison à Rennes. Le jeune Augouard parla au prélat de sa vocation missionnaire : « Tu as raison, répartit le prélat, oui, oui, va hors de France : avec ton caractère tu serais toujours en guerre avec ton évêque et lu étranglerais ton préfet. » 

Mgr de Ségur lui conseilla d’entrer au séminaire de Sées (Orne). C’est là que Prosper Augouard, après une conférence du R. P. Horner, un missionnaire de valeur, revenu récemment de Zanzibar, en Afrique Orientale, décida de rentrer dans la congrégation du Saint-Esprit pour servir en Afrique. Prêtre le 10 juin 1876, il s’impatientait du départ prochain, lorsqu’on le désigna comme professeur de troisième dans une maison de formation en Auvergne. « Mais c’est la classe que j’ai le plus négligée ! » avoua-t-il au Supérieur général. « Raison de plus, lui répondit-on, d’apprendre comme professeur ce qui vous a manqué comme élève ! » 

Néanmoins l’Afrique demeurait le but rêvé. Un an plus tard, le 5 décembre 1877, le P. Augouard s’embarquait pour Libreville, en compagnie de Mgr Le Berre, successeur immédiat de Mgr Bessieux, le fondateur des missions du Gabon.

Il fallut encore patienter, à Libreville, sur ce qu’on appelait, avec quelque dédain, la Côte. En novembre 1879, on trouve le P. Augouard à Landana (dans l’enclave actuelle de Cabinda). Le supérieur de Landana, le P. Carrie, futur évêque de Loango, portait alors cet excellent jugement sur le jeune missionnaire : « Talents plus qu’ordinaires, vertu solide, sens pratique, énergie et activité, il a tout ce qu’il faut pour faire un administrateur de missions. » 

En 1880, à Landana, le P. Augouard fit connaissance avec Savorgnan de Brazza, l’enseigne de vaisseau déjà célèbre, précédemment rencontré à Libreville. Les deux hommes s’apprécièrent, quitte plus tard à se diviser sur des questions d’idéologie et de colonisation pratique. C’est à la suite de ces contacts avec Brazza que le P Augouard entreprit, le 6 juillet 1881, sa première expédition dans l’intérieur, sur les bords de cette vaste étendue d’eau qu’on appela, vers cette époque, le Stanley-Pool. Brazza et Stanley s’en disputaient les rivages et le P. Augouard fut mêlé à bien des péripéties historiques. Il rencontra Stanley, qui fut, chose rare, aimable et expansif. Il retrouva et aida le fameux sergent sénégalais Malamine, à qui Brazza avait confié la garde du premier traité conclu avec le roi Makoko et du poste primitif établi à Mfoa (qui deviendra Brazzaville).

En 1882, le P. Augouard, de concert avec M. Dolisie et la Marine française, s’occupa de négocier différents accords qui donnaient à la France la région de Pointe-Noire. Il aurait même souhaité toute l’occupation de la rive Nord du Congo (y compris les régions de Cabinda et de Boma). Les bureaux de Paris et la Marine furent réticents et, en 1885, la Conférence de Berlin fixa des frontières, qui n’ont guère varié depuis lors, entre les zones d’influence dévolues à la France, à la Belgique et au Portugal.

En août 1883, à la demande de Brazza, le P. Augouard, avec deux autres missionnaires et en compagnie de Dolisie, repartit vers le Stanley Pool pour s’y installer définitivement. Notons que Prosper Augouard fera dix-sept fois le trajet à pied, de la côte au Stanley-Pool. Plutôt que de rester à Mfoa (Brazzaville), le P. Augouard choisit l’emplacement de Linzolo, à 30 km au sud-ouest, au milieu de la sympathique tribu des Balari.

En 1884, le P. Augouard, épuisé, est obligé de rentrer en France. A Paris, il rend visite à Jules Ferry pour lui parler de ces vastes territoires qui s’ouvrent à la France. Dès la fin de la même année, il repart au Congo et remonte le fleuve, au-delà du Stanley-Pool, pour fonder un poste à Kwamouth, à l’embouchure du Kasaî ; mais, en 1885, la Conférence de Berlin oblige la France – et indirectement les missions françaises – à se retirer du Kasaî, qui passe à la Belgique, aussi bien que de Landana, attribué au Portugal.

En 1887, avec l’appui de M. de Chavannes, résident de France à Brazzaville, le P. Augouard, aidé du F. Savinien, s’installe à Brazzaville, là où se trouvent actuellement archevêché et cathédrale.

Saint-Louis de Liranga, près du confluent du Congo et de 1’Oubangui, est fondé en avril 1889. Le P. Augouard méritait bien le surnom de Diata-Diata (Vite-Vite) que lui avaient donné les Africains. Une telle activité avait mis en avant le P. Augouard au moment où Mgr Carrie demandait à Rome la division de son vaste diocèse. Le 14 octobre 1890, Mgr Prosper Augouard est nommé vicaire apostolique du Haut-Congo français et de l’Oubangui, avec Brazzaville comme résidence. Le territoire qui lui était confié s’en allait jusqu’au Tchad et jusqu’au bassin du Nil.

Les bienfaits de l'évangélisation : En séparant la fonction de bête de somme de celle de bête de trait, Monseigneur Augouard fit beaucoup pour améliorer la condition des indigènes.

Raillerie – Les bienfaits de l’évangélisation : En séparant la fonction de bête de somme de celle de bête de trait, Monseigneur Augouard fit beaucoup pour améliorer la condition des indigènes.

Mgr Augouard, alors âgé de 38 ans, devait rester 31 ans vicaire apostolique de Brazzaville. Que furent ces 31 ans d’épiscopat ? La continuation de fondations de postes missionnaires, avec, en 1893-1894, l’installation à Saint-Paul des Rapides (Bangui aujourd’hui) et même, à 200 km en amont sur l’Oubangui, à la Sainte-Famille des Banziris, sans oublier d’autres missions sur l’Alima et dans les environs de Brazzaville. Grâce aux Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, et aux Franciscaines Missionnaires de Marie les œuvres scolaires et hospitalières se multiplient.

Mgr Augouard demeurait le patriote ardent, ennemi certes des tracasseries administratives dues à un anticléricalisme qui faisait florès aux alentours de 1900. En 1896, il eut l’occasion d’échanger pas mal d’idées avec le capitaine Marchand qui le décora de la légion d’honneur. Malgré certains démêlés, l’évêque n’hésita pas à mettre le bateau de la mission à la disposition de la colonne qui s’en allait en 1898 renforcer les effectifs de Marchand sur le Nil. Mgr Augouard connut la plupart des pionniers de l’A.É.F., les Dolisie, Foureau, Lamy, etc. Il se lia plus particulièrement avec le gouverneur Gentil.

N’oublions pas de rendre hommage à tous les valeureux missionnaires qui, dans l’ombre de Mgr Augouard, en dépit de mille misères et difficultés, le secondèrent efficacement, tel le P. Jules Rémy, son vicaire général, popularisé par son slogan : « Il faut que ça change ! », et surtout les courageux Pères Moreau et Allaire qui, au péril de leur vie, affrontèrent les anthropophages du Haut-Congo et de l’Oubangui pour racheter des esclaves et sauver des vies humaines. Jules Simon, qui quêtait à Paris, vers 1895, en faveur du P. Allaire, ne cessait de répéter : « Ah, si vous connaissiez et entendiez ce missionnaire, vous baiseriez ses mains qui ont brisé tant de liens ! » Il y eut des victimes, comme le Frère Séverin abattu par les sagaies des féroces Bondjos, mais dont le corps, emporté par les eaux échappa à leur marmite…

Mgr Le Boy, Supérieur général des Pères du Saint-Esprit de 1896 à 1926, qui eut parfois maille à partir avec Mgr Augouard, résume l’œuvre de l’évêque du Congo : « Il déploya dans ce domaine immense une activité, un savoir-faire et un entrain magnifiques, ne reculant devant aucun travail, pétrissant la terre et la brique, maniant tour à tour la pioche, la hache, la truelle et le marteau, élevant maisons et cathédrale, lançant sur le fleuve trois bateaux à vapeur dont les pièces amenées de la côte à dos d’hommes sont assemblées dans le port de la mission, fondant des centres d’évangélisation parmi les populations les plus arriérées et jusque chez les anthropophages, jetant à 2 500 km de la côte la mission de la Sainte-Famille. »

L’Académie des Sciences morales et politiques avait accordé en 1912 son prix le plus élevé le prix Audiffred, à Mgr Augouard. L’Académie française, en 1920, lui décerna le prix Davilliers et Raymond Poincaré, ancien Président de la République, prononça un éloge très senti de l’archevêque de Brazzaville.

Au fil des années, les titres de Mgr Augouard se multipliaient. Il en était fier sans y attacher une importance excessive, ne vivant que pour ses Noirs et ses missions. Il aurait pu aligner une carte prestigieuse : archevêque titulaire de Cassiopée, vicaire apostolique du Haut-Congo français, officier de la légion d’honneur, commandeur de l’Ordre de Léopold, officier de la couronne royale de Belgique, titulaire de la couronne civique, de la médaille coloniale du Congo, de la médaille de 1870, etc.

Mais les épreuves survinrent, épreuves de la Grande Guerre (1914-1918), épreuves de santé. Et c’est à Paris, à la maison mère de la Congrégation du Saint-Esprit, où il avait dû revenir par ordre des médecins, qu’il s’endormit dans la paix du Seigneur, le 3 octobre 1921.

C’est à M. Dominique Ngoï-Ngalla, qui a étudié lumières et ombres de la vie de Mgr Augouard, que nous demanderons de conclure « Mgr Augouard est, avec Mgr Carne, celui des missio3nnaires dont l’action fut déterminante dans la fondation de l’Église du Congo. Il faut ajouter que ce missionnaire, admirable de courage et d’abnégation, fut en même temps un grand explorateur, et on ne cite pas Brazza (dont on pense que le Congo ne fut pas devenu terre française sans lui) sans mentionner Mgr Augouard… » – Augustin Berger. – Hommes et destins, vol. I, t. 2, p. 29.

Mgr Augouard a beaucoup écrit : articles et correspondance. De son vivant même, dès 1905, son frère, le chanoine Louis Augouard, publia un premier recueil de ses lettres : Mgr AUGOUARD, 28 années au Congo, Société française d’imprimerie et de librairie, 1905. Il fut suivi de trois autres livres : 28 années au Congo, t. II ; 36 années au Congo, 1914 ; et 44 années au Congo, 1934. En 1934, paraissait, toujours à l’initiative du chanoine Augouard : Guirlande enchevêtrée d’anecdotes congolaises, Poussin, Évreux ; et Physionomie documentaire ou Vie inconnue de Monseigneur Augouard, Poussin, Évreux.

Source : spiritains.forum.free.fr

Complément d’information : http://www.spiritains.org/qui/histoire/dossier/doss4.htm