L’histoire du port de LOANGO durant la période esclavagiste et ses conséquences sur la société congolaise et ponténégrine dans les décennies qui suivirent

Intervention de Ulrich Kevin Kianguebeni à l’Institut Français de Pointe-Noire à l’occasion de la Journée de commémoration nationale des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions 2013.

La baie de Loango

 

CONTEXTE GENERAL

En prélude à notre communication, nous préciserons que c’est à la demande de l’ancien président de la République française, Jacques CHIRAC, que le 10 mai a été déclaré à partir de 2006, Journée de commémoration nationale des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions.

Cette initiative revenait sur l’engagement du Président Chirac qui affirmait le 30 janvier 2006 qu’« au-delà de l’abolition, c’est aujourd’hui l’ensemble de la mémoire de l’esclavage longtemps refoulée qui doit entrer dans notre histoire : une mémoire qui doit être véritablement partagée » et demandant qu’au-delà de cette commémoration, « l’esclavage devait trouver sa juste place dans les programmes de l’éducation nationale à l’école primaire, au collège et au lycée».

Elle renvoie à la circulaire n° 2005-172 du 2 novembre 2005, publiée au BO n° 41 du 10 novembre 2005, qui sous le titre  » Devoir de mémoire – Mémoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions« , invitait « les rectrices et recteurs d’académie à sensibiliser tous les acteurs du monde éducatif à la mise en œuvre de projets relatifs à l’esclavage, à la traite et à leurs abolitions, dans le cadre des enseignements et des actions éducatives ».

Le 10 mai a été choisi en référence au 10 mai 2001, jour de l’adoption en dernière lecture par le Sénat français de la loi reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité (loi n° 2001-434 du 21 mai 2001).

En effet, la France est le premier État et demeure le seul qui à ce jour ait déclaré la traite négrière et l’esclavage « crime contre l’humanité ». Et la  loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 a notamment instauré le Comité pour l’histoire et la mémoire de l’esclavage, un organisme composé de personnalités qualifiées parmi lesquelles des représentants d’associations défendant la mémoire des esclaves.

Cette  initiative digne qui vient renforcer la Journée du 23 août  dite « journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition » initiée par l’UNESCO en 1998 et celle du 2 décembre, dite « Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage » commémorant la date anniversaire de l’adoption par l’Assemblée générale des Nations Unies, de la convention pour la répression et l’abolition de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui en 1949.

Il s’agit donc, pour ce jour 10 mai, « d’honorer le souvenir des esclaves et de commémorer l’abolition de l’esclavage ».

Et dans ce sens, le port de Loango mérite une attention particulière car il  non seulement été un point important dans la traite négrière mais aussi présente  encore les principaux vestiges qui témoignent de l’importance de ce site comme principal point d’embarquement de millions d’esclaves d’Afrique centrale.

Pour aborder notre propos de tout à l’heure, il convient de présenter l’ancien port d’embarquement des esclaves de Loango, avant de dégager le rôle qu’il a joué dans l’esclavage et analyser les conséquences directes et visibles de l’esclavage sur la société congolaise et ponténégrine.

Loango en 1900

 

INTRODUCTION

Présentation du Port de Loango

Le port d’embarquement des esclaves de Loango est surplombé par l’ancienne lagune Tchibete (en voie de disparition) et situé dans la sous-préfecture de Hinda dans le département du Kouilou. Il est limité au Sud-est par la Pointe indienne, au Sud et au Sud-ouest par l’océan Atlantique, au Nord-ouest par le village Matombi et au Nord-est par le village Diosso, ancien Bwali capitale du Royaume de Loango, ancien quartier administratif du même royaume. Le Royaume de Loango faisait partie des neuf provinces que comptait le Royaume Kongo. Très tôt, trois provinces (Ngoyo, Kakongo, et Loango) du royaume Kongo se sont érigés en royaumes indépendants et subirent de nombreuses pressions et revendications de leur puissant voisin longtemps après qu’elles s’en furent détachées. Un important groupe fit son apparition sur la côte de Loango au XIe siècle, comportant des forgerons, une puissante confrérie : celle des Bouvandji, qui, s’appuyant sur un corps de guerriers entreprenants, s’imposa aux populations locales.

Leur autorité s’est étalée sur neuf rois qui ne formaient pas une dynastie cohérente, car leur autocratie fut un pouvoir de force et de lutte permanente. Compte tenu de leur comportement tyrannique, les Bouvandji furent chassés du pouvoir par une insurrection populaire. Plus tard, avec le début du commerce triangulaire, le port de Loango  fut le carrefour de tous les esclaves qui venaient d’une partie du golfe de Guinée. Il a vu embarquer plus de deux (2) millions d’esclaves venus des zones qui constituent aujourd’hui le Tchad, l’Angola, le sud du Gabon et la République Démocratique du Congo et l’actuel territoire de la République du Congo . Toutes les tribus des zones concernées ont été impliquées dans le commerce des esclaves. Les conséquences  de la déportation furent entre autres, le déracinement culturel.

L’ancien port d’embarquement des esclaves de Loango est l’un des plus importants sites du golfe de Guinée par lequel des millions d’esclaves ont été embarqués dans des bateaux et transportés directement pour les Amériques sans escales intermédiaires. Il y a été entretenu des comptoirs, dépôts, dortoirs où les esclaves appartenant aux ethnies diverses et venus par caravanes étaient casernés ou stockés en attendant l’arrivée des navires. Loango fut donc le site d’embarquement des esclaves et de débarquement des marchandises de peu de valeur qualifiées de pacotille (tissus, sels, liqueurs, fusils etc.) en échange des esclaves.

I –Le rôle du port de Loango dans l’esclavage

L’histoire de l’esclavage intéresse plus particulièrement le Congo car ce sont des côtes d’Afrique centrale, du Gabon, Loango, Kakongo, Ngoyo, Kongo et Luanda, que sont partis le plus grand nombre d’esclaves, soit 44,18%, contrairement à une idée reçue qui situe le gros du trafic en Afrique de l’Ouest[1]. Le royaume de Loango (à 20 km de Pointe-Noire) devient, au XVIIIème siècle, un centre important de la traite des Noirs, commencée dès le XVIème siècle[2].

L’ancien port d’embarquement des esclaves de Loango, on l’a dit, est l’un des plus importants sites du golfe de Guinée par lequel des millions d’esclaves ont été embarqués dans des bateaux et transportés directement pour les Amériques sans escales intermédiaires.  Certains accords commerciaux des esclaves se traitaient à Diosso chez le Mâ Loango (roi)  et d’autres l’étaient sur le site même. Le port de Loango  fut le carrefour de tous les esclaves qui venaient d’une partie du golfe de Guinée. Ce site qui a englouti des millions d’âmes perdues dans les horizons dévoreurs de l’Océan Atlantique. L’intérêt de capture et d’embarquement des esclaves se justifie dans le fait que « Il se dit que les nègres qui s’achètent ici, sont les plus noirs et les plus robustes qui se puisse trouver ». 2 millions d’esclaves venus des zones qui constituent aujourd’hui le Tchad, l’Angola, le sud du Gabon et la République Démocratique du Congo et l’actuel territoire de la République du Congo ont été embarqués au départ de ce port ; il faut noter que toutes les tribus des zones concernées ont été impliquées dans le commerce triangulaire. Les esclaves qui avaient des scarifications sur leur visage n’étaient pas acceptés par les négriers. En fait les esclavagistes ou négriers craignaient que ceux-ci ne se reconnaissent culturellement à travers ces scarifications qui sont des traits culturels distinctifs ayant des vertus thérapeutiques et identitaires. Il est important de préciser ici que les conséquences  de la déportation furent entre autres, le déracinement culturel.

Le port de Loango a, par sa position géographique, très tôt développé la traite des esclaves qui s’est vite avéré comme  le principal commerce du royaume. Un commerce qui fait et défait des royaumes. Dans la pratique, les personnes chargées de capturer les esclaves ne sont pas autorisées à les vendre directement aux européens. Ils devaient passer par des courtiers nommés par le ministre du commerce, le Ma-mfouka, dit Mafouque par les français.

Ceci pour limiter le nombre de faux esclaves, ou de rafles au sein de leur propre peuple. Il est interdit notamment de vendre ou de circuler avec des esclaves la nuit, ou encore de les faire entrer au campement des européens sous prétexte de les faire voir au capitaine du bateau. Tout ceci pour éviter que des enfants du pays ne soient vendus.

Pour ce qui est du prix de l’esclave, celui variait selon qu’on se trouve au  Ngoyo, au Kakongo et au Loango. Au Loango on évalue le prix sous forme de pièce. Si au départ le mot signifie « morceaux de tissus », il finira par désigner une valeur plus ou moins établie qui peut se composer de plusieurs choses. Ainsi, un seul morceau d’étoffe peut valoir 3 pièces, tout comme 5 couteaux avoir la valeur d’une pièce.

Le missionnaire avoue avoir payé 30 pièces au Ma-mbuku pour obtenir l’esclave Makuta (ça ne s’invente pas). Ce qui fait en valeur réelle: une dizaine de morceaux d’étoffes différentes généralement en coton (certaines étoffes peuvent valoir 2,5 pièces l’unité), deux fusils estimés valoir 2 pièces chacun, deux sacs de balles et de plomb à fusil de 3 kilos au total, deux sabres, deux douzaines de couteaux à gaine, deux barres de fer de 10kg (valant 1 pièce les deux), 5 pots de faïence, 4 baril de whisky, 10 perles de verre servant à fabriquer des chapelets et autres bijoux. Au passage le courtier prend une commission d’une valeur de 6 pièces. Le prix d’un être humain.

Le commerce des hommes qui s’exerce sur les côtes n’intéresse comme l’avons déjà dit, qu’un petit nombre de personnes qu’on peut considérer comme les riches et les puissants. Quant au peuple ne connaissant de nécessité que celle de se nourrir et de se vêtir, il borne son commerce à bien peu de chose: poisson enfumé, manioc et autres racines, sel, noix de palme canne à sucre, bananes et autres fruits.

Le royaume et son port d’embarquement deviennent alors des vastes entreprises commerciales avec une puissante couche d’intermédiaires qui achètent les esclaves à des caravanes venus de loin dans l’intérieur[3].

Ces  quelques lignes, nous montrent le rôle important qui était celui du port de Loango dans l’esclavage. Un rôle non négligeable qui se lit à travers le nombre important des esclaves qui y ont embarqué et par le fait que ce port était le carrefour de plusieurs pays d’Afrique centrale.

II – Les conséquences directes et visibles de l’esclavage sur la société congolaise et ponténégrine.

D’emblée, il faut noter que les conséquences directes et tangibles de l’esclavage sur la société congolaise en général et ponténegrine en particulier sont de moins en moins visibles de nos jours. Ceci principalement par effet du temps et aussi par refus de se rappeler d’un passé douloureux. Mais du point de vue intangible, immatériel,  on peut dire que les conséquences de la Traite Négrière sont incommensurables pour l’Afrique toute entière et pour tous les Nègres qui paient encore aujourd’hui au prix fort la rançon de leur couleur. Elles pèsent sur tous les domaines de la société, en économie, en politique, en démographie, en culture, sur la psychologie individuelle et collective des Noirs et du monde.

La Traite Négrière, outre qu’elle fut une saignée humaine qui vida littéralement l’Afrique de son capital humain le plus sain et le plus porteur fut aussi une explosion de guerres, razzias et rapts, de chasses à l’homme permanente, d’insécurité et de précarité qui vont provoquer l’arrêt puis la destruction de nombreuses activités productives qui fascinaient les voyageurs pré-traites.

L’ancien port d’embarquement des esclaves de Loango possède toujours tous les témoins de ce commerce inhumain qui a conduit à l’un des plus grands génocides de l’humanité ; on peut citer entre autres : le grand marché, les trois manguiers, l’arbre pour le rituel de l’oubli et celui pour le retour ainsi que  le débarcadère en témoignent. En outre, ce site de par sa charge historique, est également le lieu où se pratiquent encore plusieurs rites d’intronisation et de funérailles de rois du royaume de Loango. Ainsi, l’ancien port d’embarquement devenu un véritable sanctuaire de par sa charge historique est un maillon clé pour la compréhension de l’histoire de l’esclavage. Il possède encore des vestiges qui traduisent le passage de ces millions d’esclaves  parmi lesquels :

  • L’inscription sur la stèle aujourd’hui renversée

    La stèle qui symbolise  le lieu de départ des caravanes est en même temps le grand marché de toutes les transactions. De nos jours cette stèle est devenue un sanctuaire devant lequel les populations locales viennent prier et se recueillir pour se remémorer des disparus, emportés par le commerce triangulaire.

  • Les trois manguiers qui servaient de comptoirs avant le rituel autour de l’arbre de l’oubli. Les esclaves enchaînés faisaient sept (7) tours de l’arbre de l’oubli pour les femmes ou les jeunes filles, neuf (9) tours pour les hommes. Et l’arbre de retour qui symbolisait un éventuel retour de l’esprit du défunt au pays  une fois mort.
  • Le débarcadère qui était une vasière reste représenté par une portion de terre. En effet, la baie de Loango, peu profonde, ne permettait pas aux bateaux d’accoster. Ils attendaient à 30 Km de la rive. La liaison entre les bateaux et la rive était assurée par des pirogues[4] ;
  • La piste des caravanes à Loango et le cimetière en cours de disparition

    Le cimetière de Loango où, jadis, furent enterrés les rois et leurs dignitaires est un monument national, de nombreuses personnalités aussi bien congolaises qu’expatriées y reposent pour leur dernier sommeil. C’est un lieu fréquenté où l’on peut observer le recul de la côte. C’est le lieu où furent enterrés Félix Tchikaya, premier député noir à l’Assemblée Nationale Française, et son fils Tchikaya U’tamsi l’un des plus grands écrivains congolais.  Ce cimetière a disparu de moitié à cause de l’érosion marine ;

La Baie de Loango est également un site historique de la traite négrière. Il était en effet une des principales portes pour l’embarquement des malheureux candidats à cet exil forcé.

Les esclaves embarquaient de cette baie pour un voyage sans retour vers les Amériques. Cette piste, encore appelée « route des portages », existe toujours, symbolisée par une double rangée de manguiers qui s’étend sur quelques centaines de mètres. Le point de rassemblement pour l’embarquement des esclaves est, lui aussi, encore visible. La stèle a d’ailleurs été érigée pour ne pas oublier.

Du royaume de Loango, il existe peu de vestiges, à l’exception de l’ancien palais royal de Diosso, transformé en musée régional des Arts et des Traditions. Son origine remonte au XVIIe siècle, lorsque fut bâti le premier château où vécurent Ngangue M’Vumbe Niambi, le roi de l’époque, et ses successeurs.

Le « Palais Royal » du Mâ Loango à Diosso

C’est le 12 mars 1883, sous Mani Makosso Tchicousso, qui régna durant six années, qu’un traité fut signé à Loango entre l’administration coloniale française et les chefs de la région du Kouilou. La zone fut alors placée sous la souveraineté et le protectorat de la France. À la suite de ce traité, un bâtiment moderne à un seul niveau fut construit en 1952 pour servir de résidence au « Mâ Loango » (roi de Loango). C’est ainsi qu’en 1954, Mâ Loango Moe Poaty III, intronisé en mars 1932, intégra le palais où il vécut jusqu’à sa mort, le 3 mai 1975.

Par ailleurs, l’importance culturelle de ce port est également perceptible à travers les complaintes toujours fredonnées par les habitants restés sur le lieu du sinistre, rappelant la nostalgie des parents qui restent à attendre les êtres chers arrachés à leur affection et qu’ils ne reverront plus jamais.

A l’abolition de la traite négrière,  tout le tissu socio-économique et politico-administratif qui s’était constitué dans le royaume Loango fut progressivement perverti puis ruiné. Les gens furent souvent réduits à l’autosubsistance dans des sites de défense difficiles à cultiver et à alimenter en eau. Une régression énorme dans tous les domaines.

Et de nos jours, le site connait pas mal d’éléments qui vont l’amener à disparaître. Il s’agit notamment de :

a  – Dégradations du fait de l’homme

Il s’agit des menaces qui, à terme pourraient conduire à la disparition de ces vestiges si des mesures urgentes ne sont pas prises. Il s’agit, notamment :

De la pression foncière et de l’occupation anarchique et illégale du site du fait de son  abandon.  En effet, pendant un certain temps, il y a eu spoliation dans le site ; des personnes de mauvaises foi qui se passent pour des propriétaires fonciers et se permettent de vendre  des parcelles de terrain sur l’étendue du site. Mais ce phénomène tend à disparaître non seulement avec les mesures de protection imposée par le gouvernement (institution du site en zone de mise en défens) mais aussi avec l’hostilité de la population locale à ce genre de pratique car ce lieu représente pour elle un lieu de mémoire. Le site est en abandon parce qu’il présente un danger pour les communautés ; danger dû à l’érosion marine qui change chaque jour le site et par le courant marin ainsi que par les ravins qui se forment de l’autre coté du site.

De la prolifération des projets de développement  urbain avec notamment l’agrandissement de la ville de Pointe Noire. Ces projets, s’ils se multiplient vont affecter l’intégrité et l’authenticité

b- Dégradations du fait de la nature

C’est principalement l’érosion marine dont les effets négatifs sont déjà perceptibles sur toute la baie de Loango et plus particulièrement sur le cimetière historique dont les deux tiers ont été emportés. En effet, il faut noter que le port de Loango est situé au bord de l’océan atlantique. La nature étant très conventionnelle, elle déteste changer ses habitudes et ses règles sont immuables. Par quel phénomène une côte étant faite pour recevoir des apports en matériaux est-elle devenue une côte qui en perd ? Les visites sur le terrain ont prouvé que  l’érosion de la baie de Loango est  la manifestation apparente d’un phénomène se produisant en amont.

Erosion en baie de Loango

 

Conclusion

En conclusion, nous dirons, à la suite de Olivier Pétré-Grenouilleau, que l’Afrique noire n’a pas été seulement une victime de la traite, elle a été l’un de ses principaux acteurs[5]. Le continent noir a en effet été l’acteur de la traite négrière dans la mesure où ce sont des noirs qui étaient chargés de capturer, rassembler et conduire les autres noirs esclaves vers les cotes pour l’embarquement.

A  ce propos, Alain MABANCKOU, dans son ouvrage intitulé Le sanglot de l’Homme noir assume un ton volontiers cette responsabilité partagée en affirmant que : « je ne conteste pas les souffrances qu’ont subies et que subissent encore les Noirs. Je conteste la tendance à ériger ces souffrances en signe d’identité». La traite des Noirs est une honte pour l’humanité. Un crime contre l’humanité. Qu’elle soit le fait des Européens, via l’Atlantique. Ou des Arabes, via le Sahara ou Zanzibar. «Pourtant, il serait inexact d’affirmer que le Blanc capturait tout seul le Noir pour le réduire en esclavage. La part de responsabilité des Noirs dans la traite négrière reste un tabou parmi les Africains, qui refusent d’ordinaire de se regarder dans un miroir[6]».

Le site du port d’embarquement de Loango peut être comparé à la route de l’esclave d’Ouidah, inscrit sur la liste indicative du Bénin. Sa spécificité réside dans plusieurs raisons :

  • C’est un lieu de rencontre des routes des esclaves de l’Angola, du Gabon, de la République Démocratique du Congo et de l’intérieur du Congo Brazzaville ;
  • contrairement à la zone de Ouidah, on y trouve encore des vestiges liés à ce qui se  passait sur ce site. Ces vestiges restent et demeurent visibles jusqu’à nos jours (les pistes de non retour et la piste de Brazzaville, la vasière, les trois manguiers qui servaient de comptoir de vente des esclaves) ;
  • le nom de Loango est jusqu’à ce jour chanté aux Amériques ; bien des noms des personnes, des rites et autres traits culturels bantu, sont encore visibles dans bien des pays destinataires des esclaves partis de ce port (aux Antilles par exemple).

Enfin, il faut noter que l’ancien port d’embarquement des esclaves de Loango est sur la liste indicative de l’UNESCO depuis le 1 juin 2008. Le site est géré par la Direction du Patrimoine et du Développement Culturel. Un gestionnaire du site a été nommé par le Ministre de la Culture et des Arts.

Ulrich Kevin KIANGUEBENI
Juriste et gestionnaire du patrimoine,
Doctorant en droit du patrimoine culturel à l’université d’Orléans

[1] http://historiensducongo.unblog.fr/colonisation/

 

[2] www.royaumeloango.org

 

[3] MIEGE (JL), « Expansion européenne et décolonisation de 1870 à nos jours », PUF, Nouvelle Clio 28, 1973, pp 141

 

[4] Ulrich Kévin KIANGUEBENI, « Contribution à la protection du patrimoine culturel et à la gestion efficiente de l’environnement au Congo : cas du port de Loango et du domaine royal de M’bé », EUE 2011, pp44

 

[5] Olivier Pétré-Grenouilleau, « Les traites négrières, essai d’histoire globale », 2005, p. 460-462

 

[6] Alain MABANCKOU, « Le sanglot de l’Homme noir », Fayard  2012, 184 pages