Marien Ngouabi vu par la CIA

Suite à la déclassification par la CIA d’une importante quantité d’archives jusqu’ici classées secrètes, Septimus Agricola nous a fait parvenir quelques pages que nous avons traduites pour vous.
Elles ne sont pas rigoureusement classées et pour beaucoup elles sont tronquées. On ne peut pas être étonné de la vision très négative portée sur Marien Ngouabi par l’agence de renseignement américaine.
Nous remercions d’avance l’auteur de toute contribution nous permettant de dater avec précision ces différents documents.

Traduction :
Congo (Brazzaville) : L’homme fort de l’armée, Ngouabi, a publié hier un communiqué au nom du Conseil national de la révolution annonçant l ‘ »acceptation » de la démission du président Massamba-Débat. Le communiqué désigne le capitaine Raoul, un officier compétent mais inconnu sur le plan politique, comme président par intérim. Il semblerait cependant que Ngouabi ait agi sans le soutien total d’autres chefs militaires, notamment le ministre de la Défense, Poignet, à qui Massamba-Débat a tenté de confier la présidence.
Traduction :
31 octobre 69
Le régime de gauche radicale de Brazzaville fait face à des tensions croissantes qui menacent de plonger le pays dans une nouvelle tourmente politique. L’homme fort de l’armée, Ngouabi, un ex-parachutiste opportuniste qui s’est autoproclamé président en décembre dernier, risque de trouver de plus en plus difficile d’équilibrer les nombreuses factions antagonistes du pays.
Ngouabi, sans expérience politique préalable ou engagements idéologiques connus, a pris le contrôle de la chaotique scène politique de Brazzaville il y a 14 mois lors de la crise politique qui a renversé le président Massamba-Débat. En s’appuyant sur le bataillon de parachutistes de l’armée, Ngouabi a renforcé sa position grâce à une alliance précoce avec l’extrême-gauche.
L’alliance avec la gauche a été mise mal à l’aise, cependant. Le régime a été dénoncé comme réactionnaire lors de récentes réunions de la composante officielle de la jeunesse, et des organisations étudiantes.
Dans une allocution radiophonique récente, Ngouabi a défendu avec colère ses références marxistes et s’en est pris à ceux qui se disent plus marxistes que d’autres. Il s’est toutefois déplacé cette semaine pour apaiser les pressions de gauche, en nationalisant les installations ferroviaires et portuaires qui co-appartenaient autrefois au Congo, au Gabon, à la République centrafricaine et au Tchad.
Le régime a également dû faire face à une vague de grèves des travailleurs qui sont de plus en plus mécontents des maigres bénéfices issus de la «révolution». Une grève récente des fonctionnaires contre la corruption de haut niveau a forcé le ministre des Finances de Ngouabi à produire une justification complète des dépenses du gouvernement. Récemment, il a dissous le conseil d’administration de la fédération nationale du travail sous l’accusation de fomenter des grèves dans le but de discréditer le gouvernement.
Des factions relativement modérées restent également actives, bien qu’elles soient quelque peu submergées par le torrent de la rhétorique marxiste qui caractérise la politique congolaise. Une mesure ou leur influence continue est que la plus grande partie de l’économie reste dans les mains privées, en dépit des proclamations bruyantes du régime sur son adhésion au «socialisme scientifique».
Ngouabi a jusqu’ici été capable de conjurer une crise à grande échelle en jonglant avec les factions, en emprisonnant les opposants et en menaçant de réprimer massivement. Il s’adonne de plus en plus souvent à des manifestations émotionnelles et parfois à des explosions défensives qui reflètent les pressions contradictoires qui pèsent sur lui. Ces pressions pourraient bientôt exploser, en particulier si Ngouabi respecte sa promesse d’appeler un…/…
Traduction
Congo (Brazzaville) : La réaction du président Ngouabi à un complot d’amateurs au début du mois risque de générer plus de problèmes à son gouvernement.
Le complot a été utilisé comme prétexte à des changements importants dans les postes civils et militaires, y compris ceux des principaux ministères de la Défense et de l’Intérieur. En outre, Ngouabi a annoncé une restructuration complète du gouvernement, aboli toutes les lois régissant la fonction publique et l’armée, et a décrété que des brigades d’autodéfense armées soient créées pour extirper les « subversifs ».
Les attaques de Ngouabi contre les conspirateurs et leurs partisans «réactionnaires» ont contenu de fortes connotations tribales. Des indices laissent penser que la grande et importante tribu Lari en sera la principale victime. L’augmentation des tensions tribales pourrait avoir de graves conséquences pour le gouvernement, qui est déjà confronté à l’opposition d’autres groupes tribaux importants.
Les effets immédiats de la réponse panique de Ngouabi au complot se traduira par une confusion accrue, en particulier dans l’armée et la fonction publique.
Les nouveaux groupes d’autodéfense vont ajouter aux craintes de la population, qui a souffert des activités incontrôlées de groupes similaires dans le passé. À plus long terme les changements semblent certainement affaiblir l’administration déjà instable et…

A propos de Diawara et du M22

Traduction :
CONGO : Hier, des jeux de pouvoir confus ont apparemment permis au président Ngouabi de reprendre le contrôle. (1972)
Le président Ngouabi est revenu le 22 février à Brazzaville à la suite d’une visite côtière. Il a annoncé que les troupes loyalistes en son absence avaient déjoué une prise de contrôle par des éléments militaires radicaux. Ses déclarations indiquent que le gouvernement détient à nouveau les installations clés de la capitale. Le prétendu chef du coup, le commissaire politique militaire Diawara, reste en liberté avec quelques compagnons : tous les soldats rebelles n’ont pas été désarmés.
En même temps, le chef d’état-major de l’armée, Yhomby-Opango, apparemment le plus proche soutien militaire de Ngouabi et un membre de sa tribu, a affirmé qu’il avait contrecarré le coup en consultation avec le président et ne faisait pas d’offre séparée. Radio Congo a d’abord accusé Yhomby-Opango d’avoir arrêté certains membres du bureau politique sans autorisation et tenté de renverser Ngouabi dans un complot de droite.
Traduction :
…/… coopérer avec Diawara. La plupart d’entre eux ne partagent pas les positions extrémistes de Diawara, mais le considèrent comme le seul Congolais éminent travaillant activement contre le régime.
Ngouabi affirme avoir achevé l’intégration annoncée de la police dans l’armée. Il aurait nommé deux directeurs de la police qui répondront devant le major Yhomby, dont l’autorité est ainsi renforcée.Traduction :
CONGO : Le président Ngouabi a défié son puissant chef des armées en commuant les condamnations à mort prononcées par un tribunal militaire de Brazzaville à l’encontre de 13 prisonniers impliqués dans la tentative de coup d’Etat du mois dernier.
Depuis le début du mois de mars, Ngouabi s’est publiquement engagé à ne procéder à aucune exécution des quelque 150 personnes arrêtées pour leur participation à la tentative de prise de contrôle le 22 février par des extrémistes du régime. Ses assurances – à Brazzaville et lors d’une visite à Paris – ont été provoquées par des allégations de certains journaux français faisant état d’une répression massive post-coup d’Etat au Congo, incluant la torture et le meurtre de prisonniers. Les Soviétiques ont peut-être aussi fait pression sur Ngouabi, au moins indirectement, pour épargner les comploteurs.
Des éléments importants de l’armée congolaise ont pesé de tout leur poids pour que les dirigeants du coup d’État soient exécutés.
Le principal promoteur de cette ligne dure est le chef d’état-major de l’armée, Yhombi-Opango, qui était une cible majeure des comploteurs, et qui motiva, en grande partie, la tentative de coup d’Etat.
Traduction
CONGO : Brazzaville supporte de nouveaux troubles alors que le président Ngouabi fait face à la découverte d’un complot apparemment sérieux dirigé contre lui. (1972)
Affirmant avoir découvert un nouveau complot contre son régime du nord dirigé par l’ancien lieutenant Diawara, un extrémiste du sud qui a provoqué un coup d’Etat avorté en février dernier, Ngouabi a désarmé et dissous la police nationale suspecte et placé 25 personnes en détention. Sont inclus deux membres du comité central du parti, le ministre de l’Information et un certain nombre d’officiers de l’armée et d’étudiants du secondaire. Trois professeurs français sont également accusés. Ngouabi a promis une purge complète de l’armée et menace d’exécuter les principaux comploteurs. Pendant ce temps, la recherche de Diawara, qui a échappé à la capture pendant un an, s’intensifie.
En dénonçant les Congolais et les étrangers qui seraient impliqués, Ngouabi est susceptible d’aggraver les clivages tribaux au Congo. Il peut aussi contrarier le Zaïre, avec lequel les relations se sont normalisées depuis 1970, date à laquelle Mobutu a soutenu une tentative contre Ngouabi.

L’après Ngouabi

Traduction

CONGO : Tensions tribales (fin mars 1977)
La mort mardi au Congo de l’archevêque de Brazzaville aurait eu lieu lors de son interrogatoire par le comité militaire récemment organisé. Des articles de presse d’inspiration officielle ont indiqué que l’archevêque, originaire du sud du pays, avait été tué par des proches du président assassiné Ngouabi, ressortissant du Nord.
L’archevêque faisait partie d’un certain nombre de Congolais arrêtés la semaine dernière, avec l’ancien président Massamba-Débat, pour leur implication présumée dans l’assassinat de Ngouabi.
Radio Brazzaville a annoncé que Massamba-Débat a avoué avoir organisé l’assassinat; Selon un rapport, il pourrait avoir été tué par la suite.
Le comité militaire a promis de traiter durement les conspirateurs. Ce faisant, il risque d’exacerber les tensions entre les tribus des régions du nord et du sud du Congo, qui se vouent une animosité de longue date.