Passage à Dimonika du géographe Jean Dresch – entretien avec Armand Vigoureux (1946)

Les notes de Jean Dresch sur Dimonika (1)

Les notes de Jean Dresch sur Dimonika (1)

En 1946, le géographe Jean Dresch, prend le train de Pointe-Noire à Brazzaville. Au passage à Mvouti, il rencontre Armand Vigoureux qui lui fait passer la journée à Dimonika. Dresch en rapportera des photographies et quelques notes que nous avons déchiffrées et mises en forme pour vous.

Les notes de Jean Dresch sur Dimonika (2)

Les notes de Jean Dresch sur Dimonika (2)

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4M’Vouti, Dimonika, chez Vigoureux.

Vigoureux, citoyen belge, marié à une jeune de femme de Léopoldville, a d’abord travaillé dans la Loulénéné. Il s’est établi à Dimonika en 1940. La concession qu’il contrôle va jusqu’au Niari au nord où la forêt laisse place à la savane. Il y exploite à la fois le bois et l’or.

Nous y montons dans sa voiture avec 3 employés du CFCO. En suivant une belle piste privée dans la forêt. Il fait gris, les hauteurs sont à la limite des villages.

1112Nous parvenons à une belle clairière de confluence près de ligne partage des eaux où est construit le village. On, y trouve de nombreux types de maisons, la plupart en en bois, quelques-unes en dur. Certaines ont l’électricité. Un hôpital a été construit servi par des médecins et un chimiste. Il y a une école avec un instituteur et il construit un internat avec deux moniteurs indigènes. Il voudrait ainsi former et attacher les ouvriers par les femmes.

Montée à la maison d’un frère français absent. Elle domine une crête avec bassin et piscine, et au-delà la vallée avec pitons confus entièrement couverts de forêt.

Nous parvenons à la magnifique maison de Vigoureux. Elle possède un jardin soigné et un petit moulin.  L’intérieur est très  chic avec des meubles en bois veiné foncé. Dans le salon, trône une grande cheminée de briques surélevée par des marches.

56L’emploi :

Il a 800 ouvriers mais pourrait en employer 1300.

Vigoureux est très monté contre ses travailleurs, en majorité bapounou. Flemmards ; menteurs et même voleurs (2ème permis d’or). Il sécurise les mesures sur le travail, des excitateurs mystérieux. Ils réclament toujours, veulent 25 fr et des maisons toujours plus vastes. Ils désertent et rompent leur contrat unilatéralement, font de la xénophobie. Il faut les mener à la trique puisqu’ils sont d’autant plus mécontents qu’on en fait davantage. Il est décidé à mettre les meneurs à la porte, mais ne connaît guère de meneurs, ce ne sont pas toujours ceux qui parlent.

78Pourtant, les conditions offertes sont intéressantes : il paye 7,50f de nourriture par homme + matériel à la femme + habitation + prime à l’engagement + allocation de famille 50f pour le premier enfant, 30f pour chacun des autres. Mais semble rencontrer del’hostilité pour des raisons qu’il ne comprend pas.

Le ravitaillement pose problème, des plantations de manioc existent et les travailleurs bénéficient des produits de la chasse, cependant pour s’auto suffire, il faudrait pouvoir développer de l’agriculture mécanisée en plaine continue. Il recherche une concession du côté de Mvouti et compte pour cela monter une nouvelle société.

910L’or :

On ne trouve que des gisements alluvionnaires, pas d’éluvions. Il sait cependant qu’il y en a une de quartzite. Il me montre des inclusions de pépites dans du quartz libre. Pour rechercher les filons en place il faudrait du matériel de forage. Il fait peu de prospection, faute de personnel.

1314Il me fait visiter deux installations, l’une en cours de démontage, l’autre en fonctionnement. La difficulté c’est l’eau, il faut établir des barrages et pomper.

Le vol est généralisé. Il suit des circuits organisés par des haoussas et même des blancs.

Il se plaint de l’administration, impuissante pour établir l’ordre et faire respecter les contrats en ramenant les déserteurs, pour établir la police de la mine, pourtant prévue, pour fournir le ravitaillement et favoriser la production des cultures vivrières.

Il va être obligé de passer au bois moins rentable. Il prend pour modèle Romano, le pionnier, auquel il a racheté ses permis et qui s’est retiré de la recherche de l’or. Il s’occupe désormais de radium et autres minéraux.

1516Le bois :

Il possède une grosse scierie avec trois scies verticales en série, une horizontale et il en attend une autre. La force motrice fournie par des machines louées ou achetées aux Batignolles. Il exploite du bois tendre à si dur qu’il résiste à la scie, mais surtout mi dur. Il fait du bois scié liber pour le marché intérieur. Va être obligé d’importer avec le nouveau matériel. L’okoumé apparaît au Nord de la concession. Pas intéressé du problème du bois de chauffe, a beaucoup de bois perdu.

1718Il accuse l’office du bois qui ne permet pas de conclure des marchés qui permettraient d’avoir des devises et d’investir dans du matériel. Il accuse surtout ceux qui maintiennent bas le prix de l’or alors qu’on pourrait en obtenir davantage, et surtout d’obtenir plus de devises.


 

1920Vers 17h30 Jean Dresch rejoint son train à Mvouti et poursuit sa route vers le tunnel du mont Bamba et Dolisie.

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Jean Dresch

Géographe français (Paris 1905-Paris 1994).

Il suit les cours d’Emmanuel de Martonne et d’Albert Demangeon, puis il part au Maroc préparer une thèse de géomorphologie sur l’Atlas, qu’il soutient en 1941. Il enseigne à la Sorbonne(1948), dirige l’Institut de géographie de Paris (1960-1970) et devient vice-président de l’Union géographique internationale (1968-1980).

Il s’intéresse à la morphologie des milieux arides et à l’Afrique. Mais il publie aussi des articles dans des revues non géographiques comme La Pensée (revue communiste) et s’engage clairement en faveur des peuples colonisés (Côte-d’Ivoire, Algérie…). Il explique son itinéraire dans un livre intitulé Un géographe au déclin des empires (1979).