Peuple Beembe

Sous groupe ethnique kongo habitant la région de la Bouenza et plus particulièrement autour du district de Mouyondzi.

Généralités

Après avoir été pendant quelques années à l’abri de la pénétration coloniale, les beembé manifestèrent dès 1896 leur hostilité à l’égard de la présence française (postes militaires et compagnies concessionnaires). Dans leur territoire, ils donnèrent appui à la révolte banhangala mais furent vaincus en 1911. Dès 1924, ils résistèrent farouchement contre les administrateurs coloniaux pour le recrutement du personnel affecté à la construction du CFCO. Cultivateur de grande stature des terres fertiles de la Bouenza, les beembé dont le nombre dépasse largement les 70 000 personnes se sont adaptés aux grands bouleversements sociaux économiques survenus pendant la colonisation. Dès l’achèvement du CFCO, ils se sont déplacés vers Nkayi, Dolisie, Brazzaville où ils sont nombreux à Moungali et à Mfilou, et à Pointe-Noire où ils sont majoritaires au quartier Tié-Tié.

Par leur origine kongo, ils furent solidaires avec les partisans de Youlou lors de la guerre tribale de 1959. Ils furent ainsi relégués aux arrière-postes de l’antagonisme Nord-Sud. Néanmoins, cette communauté donna au régime monopartiste congolais es chefs des formations paramilitaires (Mbiéné, Nguemo, M’béri, Kaba Koundi), des commissaires politiques et des ministres. Elle fut très atteinte lors de l’assassinat de Kimbouala Kaya en 1977. Longtemps à la recherche d’un leader politique, l’élite beembé était devenue sous le régime de Pascal Lissouba la tête d’affiche des Niboleks (Niari, Bouenza, Lekoumou) influençant largement les nominations politiques et les choix belliqueux de Pascal Lissouba.

Mode de vie beembé

Le mode de vie beembé a reçu une forte influence des kongo dont ils sont descendants et des téké avec lesquels ils étaient en contact. Lieux de création sociale, les villages beembé comprenaient plus sieurs clans plus ou moins soudés ayant à leur tête des « ngabula ». A la suite des guerres qui éparpillèrent en lambeaux les clans, le ngabula eut la charge d’arbitrer les conflits et d’apaiser les esprits. Par sa sagesse, le chef détenait aussi des pouvoirs spirituels lui permettant de protéger le clan et d’invoquer les esprits des ancêtres en cas de difficultés. Cet attachement aux ancêtres se conciliait aisément ave la croyance d’un Dieu unique (Nzambi) qui donne et retire la vie, mais qui n’a pas prise sur les agissements des Ndoki. A coté des êtres invisibles (Dieu, ancêtres) censés exercer une forte influence sur les vivants, il existait aussi dans la société beembé des hommes détenteurs des pouvoirs mystiques, tels que les nganga susceptibles d’annihiler les ndoki et d’aider à la réussite d’une entreprise déterminée (danse, chasse). Aujourd’hui, le beembé ainsi que les autres ethnies congolaises honorent encore leurs ancêtres par des offrandes diverses, mais leur tradition se perd peu à peu du fait de l’influence du mode de vie urbain. Leurs danses (muntuta), sont très connues et certains de leurs mets valorisés lors de leur ascension dans les postes de l’Etat.

Vidéo : Kibur’Kiri groupe de musique et danse beembé

Art beembé

Influencés par l’art de l’ethnie mère kongo, les beembé ont traduit sous diverses formes leur conception sociale. Les statuettes beembé (kitéki ou bimbi) couvertes d’onctions magiques par les nganga servaient à pérenniser l’esprit des ancêtres dans la mémoire des vivants et à protéger le clan contre les maladies de toutes sortes. Reprenant la plupart des thèmes des kongo (maternités, rois, objets de prestige, fiche à clous), la sculpture beembé excelle dans la miniaturisation, la précision des traits mais aussi par le recours aux matériaux divers (clous, coquillages, etc.). L’imagination artistique beembé s’est exercée aussi dans la pérennisation de certains ngabula sous forme des muziri, effigies où sont entassés les restes des ngabula afin qu’ils continuent de veiller sur le peuple. Les ngangas, quant à eux, se servaient des minkissi, leur sanctuaire magique. Les beembé ont aussi taillé des instruments de musique, tels des tambours ou des ngonfis (instruments à cordes), qui ont fait le succès de loeurs danse et de leur barde populaire (Loussialala de la Poussière).

Bibliographie

  1. Dupré, les naissances d’une société, Paris, Orstom, 1985
  2. Jean-Michel Wagret, op cit. p 28
  3. Soderberg, figures d’ancêtres chez les babeembés, in Arts d’Afrique noire, 1975, N°13-14
  4. Art beembé in F. Guernier cité à l’Afrique Equatoriale Française p 547.

Source

Philippe MoukokoDictionnaire général du Congo Brazzaville, L’Harmattan Editeur, Paris 1999, p p. 50-51