« Quand le Bukongo (Kikulu kia nsi) synthétise la Connaissance spirituelle universelle » par Ne Wa Indo Issangha

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Paru in « La Rue Meurt » le 10-5-2015

Les grands mages disent, « toutes spiritualités finissent par se rejoindre en un point ».

Quel est ce point ?

Pendant des années, j’ai erré devant les portes culturelles de certaines institutions occidentales où est diffusée une forme de connaissance devenue par le jeu des falsifications propres aux vainqueurs, propriété d’une tutelle avérée.

Quand il s’agissait de lâcher, de frapper le tocsin quelque chose me retenait. Il est vrai que j’en ai ouvert certaines, mais je n’ai pas souvent voulu gravir les marches de l’escalier qui m’aurait conduit à la rencontre du Conservateur,scrutateur des volontés, et guide de nos premiers pas dans la Maison des révélations et des

Quand je l’ai fait, c’est pour vite se sentir vide de tout. Mon âme avait besoin d’un autre ferment culturel. Même si cette forme d’universel m’a ainsi amené à la compréhension de l’herméneutique cosmogonique dans sa vison large. Il a fallu pour cela avoir l’attitude nécessaire à l’affirmation de cette verticalité.

Dans cette quête identitaire, la revendication légitime du fait de ne pas être,heureusement, une erreur de l’histoire a été un point fusionnel de mon être intérieur avec lui-même dans la dimension de son incarnation de l’heure.

Le vide ainsi ressenti au milieu des parois gigantesque des édifices centenaires de la connaissance spirituelle dite occidentale aura été rempli dans la démarche d’appropriation des spiritualités solaires négro-africaines. Le Bukongo a rempli ce vide handicapant…

popème

Ngiele,Ngiele Mu Nzila Kongo

Ngiele,Ngiele Mu Nzila Kongo(Approche littéraire : « M’en allant assurément sur le Nzila Kongo » /sur le chemin de l’illumination) est l’une de ces pépites culturelles,spirituelles et mystiques qui vous confirment que toutes les spiritualités se retrouvent en un point… et vous ancre dans cette perspective salvatrice. Ngiele, Ngiele Mu Nzila Kongo, c’est l’Astrologie, l’Alchimie, la Kabbale dans son acception Kongo, la magie et la Science complète fondus dans un poème mystique.

Je vais essayer de l’analyser par le biais de la critique littéraire. Cependant,ne maitrisant pas les arcanes du Kikongo pur, je vais partir de l’évidence émise par Nlongi a Kongo Ne Makandala, Muanda Nsemi lui-même : les langues traditionnelles parlées dans l’espace vital Kongo sont l’expression du Kikongo pur traduite avec l’intonation (et lesvariantes) des contrées qui définissent cet espace.

Ainsi, Muyaka de Sibiti, Kongo dia Ngoyo, Mwana Mbimi, Mfumu Idzwa, je puiserai donc dans le lexique Bayaka d’indo-Sibiti (I-ndô), et sur les variantes kamba, vili,lari et dondo de la région du Pool-Bouenza pour mettre en forme une tentatived’approche littéraire.

Du Titre : Ngiele, Ngiele Mu Nzila Kongo est une figure  littéraire qui exprime une aggradation « ngiele, ngiele » (Du verbe partir), une profondeur,une intensité. Un engagement. M’en allant assurément sur le Nzila Kongo (sur le chemin de l’illumination), décline un participe présent qui trouve sa justification dans la 1ère strophe de cet hymne mystique.

Tout le poème est rythmé par une musicalité articulant cette stylistique graduelle, répétitive du son.

Nous lisons : Ngiele, Ngiele Mu Nzila Kongo (3x) /Mu Nzila Kongo mbakidi luvunguluame / Luvungu luame ntungilanga mbangu zame /E mbangu zame yangilanga ngola zame / E ngola zame zizele vana yanga / E vanayanga monekene Nioka Moyo /E Nioka Moyo yitele muana ndumba /E Muana ndumbabokele nde / Ayi Tate mu Nzila Kongo! (2x)

Ne pouvant lancer une traduction littéraire de cet hymne sans préalable nécessaire à toute approche scientifique, osons un regroupement thématique. Par petite touche, j’apporterai une vision claire de ce que pourrait être sa traduction véritable,c’est-à-dire en un niveau de langue soutenu.

Le2ème vers est une conséquence de l’engagement sur le Nzila Kongo comme le démontrent les deux mots clés « mbakidi » (Du verbe obtenir)et luvungu… Selon le lexique Yaka de Sibiti, « livungu » est une couverture. Idem pour les vilis de Pointe-Noire (Ndji-Ndji)  pour qui « livunga » est bien unecouverture. En lari-kongo, « vunga » ne dit pas autre chose. Dans lasphère Kamba, « vungu » veut dire protecteur. Il apparait clairement le même radical. La même racine. D’où l’idée de la protection, d’une sécurité.

Le3ème vers personnifie le « luvungu » par l’usage des mots« ntungilanga » (Du verbe construire, édifier, bâtir) et« mbangu »… Selon le lexique Kongo, « mbangu » renverrait àune poutre faitière. Ainsi, le « luvungu » bâti un édifice, une sorte d’ensemble établi sur des piliers, pour notre orateur homo-diégétique (qu iparticipe à la mouvance du texte, à l’action). En Kamba, on dira, pour contextualiser les 3 premiers vers de la 1ère strophe :

«Mu Nzila Kongo mbakidi(Mwana ndumba)  mbuka yame i suaminanga ».

En français médian, nous aurons certainement : « Sur le chemin de l’illumination (Nzila Kongo), j’ai (la jeune fille) trouvé mon refuge ». Hors, ce refuge est une personne.

L’imagerie collective y verrait la main protectrice d’un guerrier, d’un prince ou d’un roi qui monte un gîte pour sa belle. En effet, le 4ème vers est sans équivoque, par l’utilisation des mots « yangilanga » (Au sens large étendre, sécher, mettre à découvert, etc.) et ngola…

Il faille ne pas perdre de vue que nous sommes sur le chemin de l’initiation magique, de la connaissance de soi, bref de l’illumination. Les concepteurs de notre hymne mystique n’avaient pas choisi le « ngola » (le silure) par hasard. Que représente donc le « ngola » ?

Le symbolisme sensuel est d’autant plus clair que le silure est l’archétype imaginaire de l’espièglerie, de la gracieuse imprévisibilité féminine ; enfin, de la femme en tant qu’être insaisissable. Plus, renforçant encore ce schème, le ngola vit dans les zones sombres à la fois porteuses d’énergies négatives et positives, telle la matrice porteuse de vie. L’hymne ne dit pas « yangila ngambizi maza zame » (Mes poissons), ni « yangilanga bimpété biame » (singulier tchimpété, genre de poissons). C’est l’image de la Joconde ou d’une vierge noire qui se languit des mystères insondables de son être féérique sous le regard protecteur et aimant de son dévoué prince.

Le 5ème et 6ème vers se singularisent par la sortie de l’orateur homo-diégétique. «E ngolazame zizele vana yanga / E vana yanga monekene Nioka Moyo”

La traduction littérale, donc selon le sens commun, donne ceci : « Hé, pendant que j’étalais mes silures (Mes poissons / Mes flots), apparu le Serpent de vie ». Que représente le serpent de vie,  ou le serpent de la connaissance ? D’aucuns vont y voir le serpent de la tentation. Donc le mal ? Non.

La traduction littéraire nous donnera une compréhension plus subtile de ces 2vers.

« Pendant que je me languissais, est apparu le Serpent de Vie (ou de la Connaissance) ». L’élévation du niveau de langue en harmonie avec le symbolisme ambiant de ce poème pose de fait le problème l’Alchimie qui s’y dégage en filigrane.

« E Nioka Moyoyitele muana ndumba / E Muana ndumba bokele nde / Ayi Tate mu Nzila Kongo!  »

« Hé, le Serpent mordit la jeune fille / Hé, celle-ci s’exclama : Tate Mu Nzila Kongo !».

Il est évident que l’orateur de ce vers n’est pas la jeune fille qui s’extasiait d’êtreau centre de l’attention bienveillante de son « luvungu ». C’est un orateur hétéro-homodiégétique (qui est in et hors de la mouvance textuelle). Le temps est impersonnel. Pourquoi cette césure ?

Pourquoi le Serpent mord-il la jeune fille, et non le protecteur ? Le Serpent n’est-il pas lié au protecteur, c’est-à-dire au « luvungu » ?N’est-ce pas un clin d’œil au féminin sacré, a Mama Ntoto , Notre Mère Terre ?…

En effet, la spiritualité universelle et, singulièrement le Bukongo, souligne que le Serpent qui se mord la queue, donc l’ouroboros, est le symbole du mariage entre le ciel et la terre (Makongo, kinsemi 86, V 38). Et la femme étant le dépositaire des énergies plurielles en état gestatif a ainsi besoin d’un influx particulier pour voir ces lumières se dynamiser, s’harmoniser avec elles-mêmes dans leur future circumnavigation. Cette étincelle est apportée par l’homme.

Entamons la 2ème strophe :

MuNzila Kongo wakanenge ngoma tanu / E ngoma tanu pelekete pakindundu / Epakindundu pelekete/ Ayi Tat’e mu Nzila Kongo ! (3x)

Pourréveiller indubitablement le sens caché de cet hymne à la révélation, usonsencore du niveau de langue soutenu. Alors, ces vers disent :

« Sur le chemin de l’illumination (Nzila Kongo)retentirent 5 tambours / Hé, les 5 tambours en un écho vibrèrent Pelekete !  Pakindundu !/ AyiTate Mu Nzila Kongo !».

Le voile se déchire enfin, et la vérité implacable s’affiche. L’effet miraculeux de la « morsure » du Serpent de Vie est manifeste.

Il est communément admis que l’homme à 7 corps, qui se réduisent selon les écoles de connaissance à 5. Le chiffre de l’Esprit. Le Serpent de Vie qui mord la jeune fille fait vibrer les 5 tambours, les 5 corps de l’homme, avant le début de l’ascension vers la Montagne mystique de Kongo dia Ntotela…

Les gnostiques vont reconnaître le sacro-saint principe de l’union des 2 sexes conduisant à l’église gnostique universelle, les intellectuels non spirituels se rappelleront de l’extrait de Da Vinci Code (Dan Brown, JC Lattès, 2003, page 229),  quand la jeune Sophie Saunière surprend son grand-père, Jacques Saunière entrain de célébrer le mythique rituel avec son double féminin au milieu d’une foule d’une trentaine de personnes, puis horrifiée, elle le quittera à jamais jusqu’à sa mort…

Les dualistes orientaux développeront les principes du Yin et le yang, pendant que les initiés du Bukongo eux, y verront la nouvelle quête qui devra mener à la fusion des 2 pôles de l’homme parfait, le Mahungu (l’homme androgyne), la rencontre dulumbu (l’homme) ye muzita (la femme) ou l’impétuosité et  la tempérance.

Ainsi, nous lisons dans le Makaba (Makongo, livre sacré des Bena Kongo,) :

Kinsemi86, V 16-17 : « (…) Makuela vakati kua bakala ye kento I kinsisia kia makuela mama matete / Lumbu ye muzitavambana ba vambana ye vidisa lendo kiau kia lunga, i lendo kia Mahungu wasemenua mu kifuani kia Mfumu Nzambi. »

La version française dira : « Le mariage de l’homme et la femme est établie à l’image de leur union première/ En se séparant, ils perdirent leur pouvoir originel parfait, c’est-à-dire le pouvoir de l’homme androgyne (Mahungu) créé à l’image de Dieu ».

Lisonsla 3ème strophe : Ngiele, Ngiele Mu Nzila Kongo (2x) / MuNzila Kongo monekene Nioka suku / E Nioka Suku yineke vana mongo/ E vanamongo salamene kuela diame / E kuela diame divene kia kua Moyo/ E Kua kia Moyokienzolanga Nza yamvimba / E Nza yamvimba kembele nde/ Tala Nkembo’e Mu NzilaKongo »

La verticalité est la dynamique fondamentale sur le chemin de l’illumination (Nzila Kongo). La 3ème strophe nous fait entrer concrètement dans la dimension kabbalistique de ce poème. En effet, les 5 corps de l’homme vibrent à l’unisson, qu’arrive-t-il ensuite ? La présente strophe répond :

« M’en allant assurément sur le Nzila Kongo / Sur ma route apparu le Serpent du sacrum / Hé, le Serpent gravit la montagne / Hé, sur la montagne s’accomplit l’union de mon être avec lui-même / Hé, de cette union jaillit la lumière de la Vie/ Hé, la lumière parfaite sanctifie le monde / Hé, le monde en chœur chante la Gloire manifestée sur le chemin de l’illumination (Nzila Kongo) ».

C’est l’éveil des énergies subtiles qui élèvent le niveau de conscience de l’homme sur le chemin de l’initiation magique. Le Bukongo dit à propos du « Nioka suku » que :

« Diadi i vitu diakisuku mu kindisa muntu mu ngolo za kinsuni ye zakimpeve (Kinsemi 85. V.1-63)

« C’est le centre énergétique (NB : la traduction littérale de« vitu » est porte, une entrée, une ouverture, etc.) qui vitalisel’homme tant sur le plan charnel que spirituel »

C’est la structure des chakras qui se dévoile à travers le « Nioka suku » (le chakra du sacrum). Ils sont arrimés à un ensemble de canaux qui s’enroulent en spirale autour de notre pilier central qu’est physiquement la colonne vertébrale. Conventionnellement, il est reconnu 7 chakras de base, dont l’éveil traduit une graduelle réalisation en termes d’attributs spirituels. Le Bukongo parle de l’énergie négative (dans le sens féminin du terme), notamment le « selembau »qui monte à la rencontre fusionnelle de l’énergie positive (dans le sens masculin du terme) le « mutumbau ».

La 4ème strophe estencore plus illustrative :

Mu Nzila Kongo monekene nlunga tanu/ E Nlunga tanu mivene Kia kua Moyo/ Kia kua Moyo bokele nde / Tala Nkembo’e muNzila Kongo (3x)

Compréhensionfrançaise : « Sur le chemin de l’illumination (Nzila Kongo) apparurent5 anneaux/ Hé, les 5 anneaux dévoilèrent la Lumière de la Vie/ Hé, la Lumière parfaiteproclame la Gloire manifestée sur le Nzila Kongo (chemin de l’illumination) »

L’ascension de la montagne est le lieu des 5 initiations majeures qui s’articulent autour de la connexion à certaines sphères supra naturelles. Un « Nlunga » (anneau) est délivré à l’initié sur le chemin de l’illumination à chaque étape de son évolution. L’ultime étant celle du Makoko.

Toutau bout du parcours, un ensemble de sceaux ou d’attributs lui sont délivrés,symboles de son degré d’éveil.

Les kabbalistes occidentaux parleront des sephirot, alors que le Bukongo évoque les initiations qui se déroulent autour des hiérarchies célestes liées aux « binkakasa biabisimbi 7 bia kiandu bia Tata Nzambi a Mpungu » (correspondance évidente avec les 7 sphères des 7 archanges qui siègent à côté du trône deDieu).

Quand l’initié vainc, se sort enfindes raccourcissantes chaînes de la chair. C’est la divinité qui proclameelle-même la gloire de la création : « Tala Nkembo’e Mu Nzila Kongo ! ».

In fine, il est à retenir quel’armature même de ce poème est en soi une indication. En effet, il estfractionné en 4 strophes bien spécifiques. Elles mettent en harmonie leprincipe du fond et de la forme. Les concepteurs de cet hymne auraient pu ajouter une 5ème strophe, cela n’aurait rien changé : Chaque partie de ce poème est un corps actif, ou un des 4 éléments dynamiques de la vie sur terre.