Tchicaya U Tam’Si, 27 ans déjà.

A Bazancourt (Oise), dans la nuit du 21 au 22 avril 1988, s’éteignait Gérald-Félix Tchicaya, alias Tchicaya U Tam’si, qui partage avec Soni Labou Tansi l’honneur mérité d’être considéré comme le plus grand écrivain congolais de la deuxième moitié du XXème siècle. Le fils de Jean-Félix Tchicaya qui représenta l’Afrique équatoriale au parlement français de 1946 à 1958, est considéré comme l’un des grands poètes du continent africain. (Biographie succincte)

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Ce fils de Pointe-Noire et de Loango voit son oeuvre complète rééditée par l’éditeur Gallimard, major du livre français, dans sa collection « Continents Noirs »

 

 

 

 

 

 

 

Le premier tome, « J’étais nu pour le premier baiser de ma mère » Édition et préface de Boniface Mongo-Mboussa, est paru le 8 novembre 2013

Le deuxième, « La trilogie romanesque » Avant-propos d’Henri Lopes, postface de Boniface Mongo-Mboussa vient tout juste de paraître le 26 mars dernier.

NB : L’éditeur a décidé de mettre en vente au Congo ces ouvrages au tarif de 9€ (6.000FCFA) alors qu’ils sont proposés en France à 22€. Qu’il soit remercié pour ce bel effort de promotion.

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Hervé Brice Mampouya, journaliste à la rédaction ponténégrine des « Dépêches de Brazzaville » a publié dès ce matin, cet article relatif à une soirée littéraire ayant eu lieu hier soir à l’IFC de Pointe-Noire.

Pointe- Noire : une veillée littéraire rend hommage à l’écrivain Tchicaya U tam’Si

Samedi 11 Avril 2015 – 15:15

La soirée littéraire organisée le 11 avril à l’Institut français de Pointe-Noire, à l’occasion de la commémoration du 27e anniversaire de la disparition de Tchicaya U Tam’Si, illustre homme de lettres, a réuni plusieurs écrivains,  des amis et le public qui sont venus entendre et écouter les évocations et témoignages de celui qu’on surnomma le « Rimbaud noir ».

Les écrivains et les hommes de culture ont été réunis autour des tables rondes pour parler de l’œuvre, de l’auteur et de l’homme Tchicaya U Tam’Si. Une soirée voulue conviviale et sobre à l’instar de la vie du poète humble, très patriote dont l’attachement au pays natal est resté fortement incrusté malgré la distance. L’intermède musical a été assuré par l’orchestre Transatlantic Jazz Band.

Le poète Jean-Baptiste Tati U taliane a ouvert le bal des présentations en évoquant sa vie, son œuvre littéraire et son existence tumultueuse qui va le séparer très vite de son père, Jean-Félix Tchicaya, député du Moyen Congo et premier parlementaire congolais élu peu après son arrivée à Paris au lendemain de la seconde guerre mondiale. Celui qui signe son premier poème à l’âge de 17 ans s’est pourtant vite distingué comme un poète né quand son père le fait lire à un collègue martiniquais, un certain Aimé Césaire, celui-ci s’exclama « Votre fils est un poète ».

Dirigeant du célèbre groupe musical congolais Mbamina, qui évoluait en France, le père Christian de La Bretesche fait la connaissance de Tchicaya U Tam’Si dont il remarque dans les écrits  les allusions souvent répétées à la bible non pas comme un militant chrétien mais comme une source d’inspiration comme peut être le fleuve, le vent puisque dans la poésie de Tchicaya, a t-il dit, les arbres sont vivants et constituent de véritables acteurs. Il a aussi évoqué l’interrogation personnelle de l’écrivain sur l’homme en faisant le rapport entre la chair et l’esprit, l’âme et le ventre, « C’est au corps de purifier l’âme et non le contraire » aimait-il dire.  En citant, une représentation théâtrale d’il y a quelques années du comédien Matondo Kubu Touré à Brazzaville sur les poèmes de Tchicaya U Tam’Si, le père Christian  a ajouté que les poèmes de Tchicaya U Tam’Si devraient être mis en musique par les rappeurs de talent.

En lisant un extrait de son intervention lors du colloque international sur Tchicaya U tam’Si organisé en 2008 à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Marien Ngouabi, l’écrivain Tchichellé Tchivela a fait un témoignage dans lequel il évoque leur relation amicale  « Il professait un grand mépris pour les gouvernants du pays mais avouait une respectueuse sympathie pour son père à cause de ses brillantes interventions à l’assemblée nationale française dont il était un des parlementaires ». Contrairement à l’idée répandue que Tchicaya U Tam’Si signifie « La petite feuille qui parle pour son pays », Tchichellé Tchivela a corrigé cette interprétation erronée en disant que  Tchicaya U tam’Si veut plutôt dire que Tchicaya parle des choses ou des affaires du pays.

De son côté, l’écrivain Georges Mavouba Sokate a axé son intervention sur la lecture des fragments de textes, de vers  de Tchicaya U Tam’Si, de sa pensée littéraire, son lyrisme et surtout sur son hermétisme.

Alexandre Bayonne, ami de Tchicaya UTam’Si en France a partagé les déjeuner et diner avec l’écrivain alors fonctionnaire international à l’Unesco à Paris, secteur éduction. « Très exigeant avec lui-même mais aussi avec les autres, il refusa de prendre le département de l’enseignement dans un des gouvernements du Congo parce qu’on n’a pas voulu appeler ce ministère « éducation nationale » comme il le souhaitait, car soutenait-t-il, l’enseignement est un tout qu’on ne peut dissocier.

En saluant la renaissance des soirées littéraires,  l’écrivain et homme de culture, Fréderic Pambou a dit que Tchicaya  U Tam’Si est un passeur de culture et que ces textes sont comme des objets théâtraux non identifiés.

Une exposition de manuscrits et agendas de Tchicaya U tam’Si ont été ouverts le 8 avril à l’IFC sur les documents inédits rapatriés au Congo par Sett Linn Louembet, fille de Tchicaya Utam’Si. Cette exposition qui a lieu jusqu’au 2 mai se tient en parallèle ave celle de « Présence africaine ».

NDLR : Devant l’absence quasi totale de français de souche à cette manifestation pourtant passionnante, on doit se dire comme Franck Patillot, directeur de l’Institut Français de Pointe-Noire :  » Soit les français savent tout de Tchicaya U Tam’Si, soit ils s’en moquent. ». Heureusement Gallimard lui ne s’en moque pas.