1930 – Fichiers Audio du procès d’André « Grenard » Matsoua

Matsoua

Un correspondant qui signe Pierre Lenoir a mis en ligne sur facebook ces documents audio qui nous permettent d’entendre des moments essentiels du procès d’André « Grenard » Matsoua. Alors que les photos de ce héros congolais sont rares, entendre sa voix est particulièrement exceptionnel et émouvant.

MATSOUA est né dans une contrée où les tragédies socio-politiques depuis des siècles regorgent d’événements. Il appartient à la lignée des combattants pour l’indépendance du Royaume du KONGO DIA NTOTELA, des combattants pour la liberté. Grenard MATSOUA André est né le 17 janvier 1899 à Mandzakala aux environs de Brazzaville. Elève à l’école de la Mission Catholique de Mbamou, il y recevra l’enseignement des Pères du Saint-Esprit.
Au fil des revendications, les desiderata de l’AMICALE prennent une tournure plus expansive. L’AMICALE dénonce les abus des sociétés privées basées en Afrique Centrale, fustige l’injustice et le pillage des biens, demande le respect et l’équité entre les races, exige l’abolition du code de l’indigénat. Il propose l’octroi des bourses d’études aux Africains.
Le trouble est jeté dans les esprits des colons. Toute la classe politique et les colons sont en émoi. Il faut coûte que coûte mettre un terme à cette association qui commence à déranger l’ordre établi. Il faut arrêter son leader et dissoudre l’association. Pendant ce temps, l’AMICALE s’organise à travers l’Afrique Equatoriale Française et notamment au Congo où des cellules de base sont créées. L’AMICALE a des tentacules partout : au Tchad, en Oubangui-Chari, au Cameroun, au Congo-Belge et au Gabon.
Des délégués sont envoyés pour collecter de l’argent afin de pourvoir l’association de structures viables et de supporter le financement de bourses d’étudiant. La somme respectable de 110.154,80 francs de l’époque est collectée. Le salaire d’un Sergent Chef nègre des troupes africaines du Moyen Congo étant d’environ 6 francs, rapporté au salaire le plus bas pratiqué au Congo en 1993 (15000 Francs CFA), 110.154,80 francs de l’époque équivalent à environ 275 millions de francs CFA 1993.
La réaction des Autorités ne se fait pas attendre. Des mesures coercitives sont prises à l’endroit des délégués et des militants de l’AMICALE. Les arrestations se succèdent au Congo. Les délégués envoyés par l’AMICALE sont arrêtés. Malgré les interventions des avocats et des personnalités politiques proches de l’AMICALE visant à faire relâcher les prisonniers, toutes les tentatives s’avérèrent infructueuses car la dissolution de l’AMICALE était demandée à cor et à cri. Vers la fin du mois de décembre 1929, MATSOUA est arrêté à son domicile parisien.

Il est transféré à Brazzaville où il est jugé avec d’autres Amicalistes devant le tribunal indigène, les 2 et 3 avril 1930 à la place de la Mairie. Le verdict est de 3 ans de prison et 10 ans d’interdiction de séjour. La foule qui depuis deux jours attendait impatiemment le verdict se soulève pour arracher les détenus des mains des miliciens. Mais la puissance des armes à feu l’emporte sur des mains nues et des armes blanches.
MATSOUA et ses militants sont transférés au Tchad, déportés en Oubangui-Chari ou ailleurs. De 1930 à 1935, les militants de l’AMICALE résistent à l’administration coloniale malgré les arrestations, les déportations, les tueries et les mesures de représailles. Ils refusent de collaborer et pratiquent la loi du boycott passif et la clandestinité.

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