1951 – Pierre Lods fonde l’atelier de peinture de Poto-Poto (future Ecole des peintres de Poto-Poto)

L’école des peintres de Poto-Poto est une école de peinture fondée dans le quartier de Poto-Poto à Brazzaville, par Pierre Lods en 1951. Elle compte des peintres de réputation internationale comme Marcel Gotene, François Thango, François Iloki, Philippe Ouassa, Joseph Dimi, Nicolas Ondongo, Jacques Zigoma ou Eugène Malonga.

© voyageraucongo.com

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En 1950, Pierre Lods , ancien militaire français amené par l’armée à Brazzaville, décide de s’y installer comme peintre. Il parcourt les ateliers d’artistes de Brazza, mais trouve ceux-ci trop occidentalisés. Il est cependant frappé par la beauté de la création africaine pure, par la richesse des œuvres artistiques des autochtones, particulièrement dans les masques, les tissus en raphia et les peintures sur les murs des cases des villages.

FRANCOIS THANGO - Sans titre - Huile sur toile, 83 x 280 cm, 1975 - Collection Meir Levy, Belgique.

François Thango – Sans titre – Huile sur toile, 83 x 280 cm, 1975 – Collection Meir Levy, Belgique.

Pierre Lods rumine au fond de lui la crise subie par la sensibilité esthétique occidentale, qui fut le détonateur de la promotion de l’art africain au rang d’Art, plutôt qu’objet de curiosité. C’est en Occident l’époque des Picasso, Modigliani, Braque ….

Il décide alors, n’appréciant pas l’académisme, de rechercher l’expression traditionnelle de l’homme bantu au moyen de la couleur. Il peint surtout des paysages, et des portraits.

Un jour, ayant abandonné ses peintures pour aller faire un tour, il surprend à son retour Félix Ossiali., son fidèle serviteur, qui le regardait souvent travailler du coin de l’œil, en train de faire comme son patron : pinceau en main, il étalait de la peinture sur un papier, réalisant une véritable symphonie colorée. Félix Ossiali, confus d’être surpris, tente de prendre la fuite. Mais son patron le retient, et le rassure, et le prie de continuer, jusqu’à ce que l’œuvre parle suffisamment. Ossiali devient alors le premier élève de Pierre Lods, qui retient comme méthode de formation de mettre à la disposition des élèves, du papier, des pinceaux, et de la gouache, sans orientations techniques particulières, en respectant essentiellement le principe de la libre création. Il engage ensuite un autre serviteur, Nicolas Ondongo , pour remplacer Ossiali.

Marcel Gotène - "Les masques et les raphias", 1973 - acrylique sur toile - 74x55 cm

Marcel Gotène – « Les masques et les raphias », 1973 – acrylique sur toile – 74×55 cm

Celui-ci, à son tour tenté par le démon de la couleur, devient élève de Pierre Lods. Très vite, les premières œuvres plaisent à la colonie française de Brazzaville.

En 1951, l’atelier de Poto-Poto est né, qui devient en 1952, l’École de Peinture de Poto-Poto. D’autres apprentis sorciers vont s’y côtoyer : Ikonga, Ngolengo, Mounkala, Okolo, Zigoma, Elenga. Certains artistes vont faire parler d’eux en France, à travers toute l’Europe, et aux Etats-Unis : Ondongo, Ouassa, Thango, Iloki, Gotène , …

Jacques Zigoma - Sans titre - Huile sur toile, 78 x 123 cm, 1970 - Collection Monsieur Darras, ambassadeur au Congo en 1960

Jacques Zigoma – Sans titre – Huile sur toile, 78 x 123 cm, 1970 – Collection Monsieur Darras, ambassadeur au Congo en 1960

En 1960, Pierre Lods quitte Brazzaville pour se rendre au Sénégal, appelé par Léopold Sédar Senghor, pour y créer une école de peinture du même esprit. Dès lors, les subventions vont cesser de parvenir à l’école, mais pourtant, les artistes poursuivent l’œuvre, dirigent l’école et organisent des expositions.

Durant des années, la force créatrice de l’école de peinture de Poto-Poto subsistera, mais pâtira gravement des guerres civiles et des troubles des années 90, marquées par les pillages, les vols, la dispersion des œuvres et l’exil des artistes. Suite à ces événements douloureux, les peintres de Poto-Poto s’organisent en coopérative : les artistes prélèvent un pourcentage sur chaque vente, et le reste est versé dans une caisse commune destinée à entretenir et faire vivre l’école. Après Ondongo, Pierre Claver Ngampio dirige l’école jusqu’à sa mort en 2009.

Les artistes participent à des expositions. En 2002, à l’occasion de la 6ème biennale d’art bantou contemporain, Jacques ILOKI y est distingué par les 7 pays membres du Centre International de Civilisation Bantoue (CICIBA). La même année, l’école a reçu la médaille Picasso de l’UNESCO.

En 2003, Sylvestre Mangouandza gagne un premier prix CICIBA à Libreville, avec son tableau « la Démocratie », superbe, vibrant et magnifique.

Les artistes vivent de la vente de leurs œuvres, mais également des aides apportées par des sociétés comme Air France, qui les aident à voyager lors d’expositions. Cependant, ils ne perçoivent pas de subvention du gouvernement.

Le style de l’école

Dans ces peintures, le substrat de la tradition africaine s’exprime, altéré le moins possible la modernité. L’âme africaine, dans ce qu’elle a de plus spontané, sensible et violent, éclate ici en scènes multicolores.

Les sujets sont traités avec des couleurs disposées en aplat, et généralement cernés de noir.

Le volume s’exprime par l’association de plusieurs plans successifs mettant en jeu des espaces, mais sans relief ni perspective, respectant le schéma de la chose figurée, l’ensemble dégageant une impression d’imitation naïve.

Les artistes de la première génération se préoccupent peu de virtuosité technique, mais donnent une impression vigoureuse et contrastée de couleurs vives, à partir de personnages et animaux stylisés : scènes de chasse, de danses, etc. …

Les artistes de la seconde génération excellent toujours dans l’évocation de thèmes rituels, masques, danses, etc., mais également dans les représentations de scènes quotidiennes : marché, rue … Les séries de mikeys ne manquent jamais de charmer le spectateur (miké veut dire petit en lingala). Certains artistes s’engagent dans des messages de justice sociale, de démocratie … D’autres peignent avec tendresse l’amour, la fidélité, la vie au foyer …

La tradition s’enrichit des apports de la modernité.

Le dénuement accablant trop souvent ce pays, certains artistes n’hésitent pas, faute de peinture, à utiliser des pigments naturels (argile, charbon, etc. …), créant une technique particulière, le sabléisme.

L’école de Poto-Poto a remis à l’honneur le graphisme traditionnel originel du peuple bantu en général et celui du Congo en particulier. D’autres écoles ont vu le jour ensuite en Afrique.

Toutefois, l’école de Poto-Poto y occupe une place de premier choix.

Le Renouveau

Huile sur toile de Léticia Crolle Mahoungou

Huile sur toile de Léticia Crolle Mahoungou

Depuis les années difficiles de la guerre civile, l’école renaît de ses cendres avec une nouvelle génération d’artistes comme Ebenezer Dinga, Serge Mienandi, et se féminise Bill Kouélany, Aurélie Diansayi, Annie Moundzota, Laurentine Ngampika,  Léticia Crolle Mahoungou, Vanessa Agnagnaou, Rhode Bath-Sheba Makoumbou qui ajoute la statuaire polychrome au style de Poto-Poto.

Une œuvre de Rhode Bath-Shéba Makoumbou

Une œuvre de Rhode Bath-Shéba Makoumbou

Source : http://bitsindou.pagesperso-orange.fr/