Biographie de Lin Lazare Matsocota par Guy Mankessy

LinLin Lazare Matsocota est né en 1931 à Brazzaville. Fils unique de Lin Matsocota, originaire du village BI-Mê, sur la route du Mont Barnier, dans la périphérie de Brazzaville, la capitale. Après la mort de son père à Pointe-Noire, il revient à Brazzaville avec sa mère. Celle-ci était la sœur de l’Abbé Fulbert Youlou , premier président de la république du Congo. Celui-ci l’envoie au petit séminaire de Mbamou où il recevra une formation classique très solide, avec le grec et le latin qu’il pouvait traduire sans dictionnaire. Le père Morizur, directeur de cet établissement, ajoute que c’était un adolescent difficile, ayant la repartie facile et l’ironie mordante.

A cet âge, il dénonçait déjà, les mauvais traitements dont étaient victimes les jeunes séminaristes de la part des prêtres blancs. A cause de ce comportement de meneur, Lazare Matsocota sera renvoyé du séminaire sous le fallacieux prétexte d’une correspondance en provenance d’une jeune fille qui n’était autre que sa propre cousine.
De retour à Brazzaville, il entre au » Cours Secondaire « seul établissement secondaire de l’époque.
Comme tous les élèves fréquentant cet établissement, il était interne à « l’Ecole des Cadres » dirigée par Nganga Edouard, son oncle paternel.
1951- Ouverture du lycée Savorgnan de Brazza où il est parmi les premiers élèves qui y sont admis.
Après avoir passé son Bac avec mention, il obtient une bourse d’études pour la France en 1953.
1956- Il obtient sa Licence en Droit et prépare le CAPA’ « Certificat d’Aptitude au métier d’Avocat. Menant de front ses études et sa formation politique, Matsocota intègre l’Association des Étudiants d’Afrique Noire en France (FEANF). Il en devient le Secrétaire général en 1958 sous la présidence du sénégalais Hamat Ba, tandis que Joseph Van Den Reysen occupe le poste de Secrétaire aux affaires sociales. Matsocota est en même temps co-fondateur de l ‘association des Etudiants Congolais  »(A.E.C). Mais il trouve son action trop timide;alors, il crée avec Joseph Miéhakanda « L’Action Congolaise » plus engagée et plus audacieuse.
1959- Matsocota organise avec ses collègues, un«Congrès sur la Décolonisation de l’Afrique » à la Maison Commune de Poto-Poto. Le succès de ce congrès dépasse les frontières et lui fait perdre sa bourse d’études. Mais il reste déterminé, car il écrit des articles engagés comme : « L’Indépendance est un leurre » paru dans la revue de la FEANF « l’étudiant d’Afrique Noire». Cet article fut apprécié par Jean Paul Sartre.
1961-Il intègre la Fonction Publique comme tous les étudiants congolais, détenteurs d’une Licence tel que : Mr Mountault et Brazza Ganga. Pendant les vacances scolaires de cette année, il part au Congo demander la main de Mlle Aimée Gnali, à ses parents, à Pointe Noire. Mais ces fiançailles n’aboutiront pas au mariage.
1962- Matsocota fait son stage d’Avocat au palais de Justice de Paris où il a comme confrère, le célèbre Avocat : Maître Verges. Cette même année, il épouse Marceline Fila à la mairie du 5e Arrondissement de Paris. En octobre de la même année, naît son fils Yengui Jean Matsocota.
1962- En Décembre, il décide de rentrer au Congo avec sa famille.
1963- Février, Matsocota est nommé « Procureur de la République »; premier congolais à assumer cette fonction.
Faisant partie des premiers intellectuels rentrés au pays, il rejoint « le groupe de Mpila » leur groupe de réflexion qui se soucie de la situation du pays. Après une tournée dans le Nord du pays, il conseille à ses compagnons de lutte de faire allégeance au régime du président Youlou, car encore populaire. Mais cette analyse n’est pas partagée par ses pairs qui la perçoivent comme une trahison.
La lutte de base se durcit pour aboutir aux trois fameuses journées des 13,14,15 Août 1963. Ces trois glorieuses signèrent la chute du Président Youlou et l’avènement d’Alphonse Massamba- Débat comme nouveau président. Son premier gouvernement est dirigé par Pascal Lissouba, au lieu de Matsocota initialement pressenti. Au Ministère de la justice qu’on lui propose, Matsocota préfère celui de la jeunesse qu’on lui refuse, car « chasse gardée » de Lissouba et ses ouailles.
Considéré comme « gênant « par les autres, il est indexé et suivi à la trace, notamment par le journal » Dipanda » dirigé par Ndalla Graille.
Dans la nuit du 14 au 15 Février 1965, il est enlevé et sauvagement assassiné en même temps que Joseph Pouabou, président de la Cour suprême et Anselme Massouémé, directeur de l’Agence Congolaise de l’Information (ACI). Ce triple assassinat de trois hauts fonctionnaires de l’État congolais ne fut jamais élucidé . La Conférence Nationale de 1991 fit grand bruit autour de ces assassinats, mais ne parvint pas à faire toute la lumière sur ce crime. Les assassins courent toujours. Il ouvrit l’ère des assassinats politiques qui se perpétuent jusqu’à présent au Congo Brazzaville.
Guy Mankessy
asmator.blogspot.com