Claude Ernest Ndalla (Graille) – Le garde rouge

images-520-400-0000-1546-10-jpgClaude Ernest Ndalla est né à Brazzaville en 1937. Il a étudié les mathématiques à l’Université de Toulouse, il était connu pour son appétit ce qui lui a valu son surnom « Graille ». De retour au Congo-Brazzaville, il a rapidement conquis une place de choix sur la scène politique radicalisée de la période qui a suivi l’éviction de Fulbert Youlou en août 1963.

Claude Ernest Ndalla est un théoricien marxiste léniniste qui a connu un parcours erratique dans la complexe nébuleuse politique congolaise. Plusieurs fois emprisonné il s’est toujours sorti d’affaire, souvent alors même que ses partenaires y perdaient la vie.

Il a été fondateur du magazine, Dipanda.

Claude Ernest Ndalla (Graille) en compagnie de Lounda Major à Moscou en 1955, aucune indication sur l’identité des deux personnages à droite.

En 1964, Ndalla a été inclus dans le comité exécutif de la Jeunesse du Mouvement National de la Révolution (JMNR), l’aile jeunesse radicale du Mouvement National de la Révolution (MNR) au pouvoir, et il a acquis une réputation d’idéologue radical de gauche. Le 6 Avril 1965, le Président Alphonse Massemba-Débat nomme Ndalla secrétaire d’Etat à la Présidence chargé de la jeunesse et de l’éducation civique. Cependant, Massemba-Débat relève Ndalla de ce poste en Décembre 1965. Le limogeage de Ndalla indique que la JMNR avait perdu une certaine influence, Pourtant Ambroise Noumazalaye –ardent défenseur de la JMNR – a été nommé Premier ministre en Avril 1966.

Ndalla a été directeur de la radio et télévision congolaise de 1967 à 1969. Il a été nommé ambassadeur auprès de la République populaire de Chine en 1969, poste cumulé avec celui d’ambassadeur au Nord Vietnam et en Corée du Nord.  Il a rejoint Beijing le 24 Avril 1969 où il a été accueilli sur la place Tiananmen, le 1er mai 1969, par les dirigeants chinois Mao Zedong et Lin Biao. A l’occasion du sixième anniversaire de la révolution congolaise, il organise à Beijing le 15 Août 1969 une réception à laquelle assistent divers hauts responsables chinois dont le Premier ministre Zhou Enlai.

Ndalla, Massemba-Débat, Pascal Lissouba et divers autres éminents politiciens, ont été jugés en 1969 pour leur éventuelle implication dans des assassinats politiques. Il a été acquitté le 21 novembre 1969. Il a ensuite passé quelques semaines à son poste diplomatique à Pékin avant de rentrer.

En décembre 1969, le Président Ngouabi fonde le Parti congolais du travail (PCT) d’obédience marxiste-léniniste. Membre du bureau politique Ndalla est désigné Premier Secrétaire chargé de l’organisation. A ce titre, il est responsable de la gestion des questions d’organisation internes. La désignation de Ndalla en tant que Premier secrétaire a renforcé l’influence de l’extrême-gauche du PCT tout en le positionnant comme « principal rival de Ngouabi ». En dépit de sa nette préférence pour le maoïsme, Ndalla a présidé une délégation congolaise en visite en Union soviétique en Juin 1970.

En novembre 1971 des contestations étudiantes et une grève conduisent Ngouabi à marginaliser les dirigeants de la gauche radicale du PCT, associés au le maoïsme. Ndalla et un autre radical de haut rang, Ange Diawara, sont parmi ceux qui sont concernés. Diawara mène, le 22 Février 1972, une tentative de coup d’Etat infructueuse contre Ngouabi  connue comme le Mouvement du 22 Février (M-22). Ndalla et 177 autres survivants du mouvement sont jugés le 25 Mars 1972. Ndalla écope de la prison à vie. En Septembre 1975, il est été libéré bénéficiant amnistie décrétée par le Président Ngouabi. A sa libération, Ndalla doit faire face à une traversée du désert

Président Ngouabi a été assassiné dans des circonstances mystérieuses en mars 1977. Plusieurs personnalités politiques soupçonnées de déloyauté ont été immédiatement traduits devant un tribunal militaire et jugés pour complicité dans l’assassinat. Massemba-Débat a été exécuté, tandis que Ndalla et Lissouba ont été parmi les personnes condamnées à la prison à vie.

Sous Denis Sassou Nguesso, le M-22,  bien que demeurant marxiste, s’est considérablement déradicallisé. Il est partiellement réhabilité et retrouve de l’influence à partir de 1980. Certains de ses membres sont considérés comme faisant partie de «l’épine dorsale» du PCT.

En 1984 Ndalla est arrêté avant un congrès du parti du PCT. Son arrestation fait partie d’une série de coups réussis par Sassou Nguesso, aboutissant à sa victoire sur la faction pro-soviétique de François-Xavier Katali au congrès du parti.

Durant la détention de Ndalla est enregistrée une vidéo où il déclare que Jean-Pierre Thystère Tchicaya, personnage clé du PCT, a orchestré les attaques à la bombe qui ont eu lieu à Brazzaville en 1982. Ces attentats à la bombe ont tué neuf personnes et blessé 92 autres. Sassou Nguesso utilise le film comme preuve pour attaquer Thystère Tchicaya au congrès 1984, bien que Ndalla se soit rétracté en disant qu’il avait fait cette déclaration pour éviter la torture. Thystère Tchicaya n’en est pas moins écarté de la direction du PCT.

Ndalla est jugé devant la Cour de justice révolutionnaire pour son rôle présumé dans les attentats à la bombe de 1982. Il est condamné à mort en Août 1986 en dépit des protestations des  organisations internationales des droits de l’homme comme Amnesty et la Fédération internationale des droits de l’homme au motif que le procès était inéquitable et les preuves insuffisantes. Sassou Nguesso commue la peine de Ndalla en travaux forcés à perpétuité comme un geste de clémence pour marquer le 25e anniversaire de la révolution 1963 à Août 1988.

Deux ans plus tard, à l’occasion du 27e anniversaire de la révolution, Sassou Nguesso accorde à Ndalla et à d’autres prisonniers politiques une amnistie le 14 Août 1990 ; il a donc été libéré de prison le 15 Août. A ce moment, Sassou Nguesso et le régime du PCT ont du mal à maintenir le contrôle du pays au milieu des exigences de plus en plus de voix pour la réforme démocratique, et Ndalla ne tarde pas à revenir sur la scène politique en ajoutant sa voix à ceux qui appellent à la réforme. En tant que délégué à la Conférence Nationale Souveraine Février-Juin 1991, Ndalla critique le bilan du régime du PCT.

Ndalla a été associé avec le leader de l’opposition Bernard Kolélas et son parti, le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI), durant les années 1990, et il a aidé à recruter des combattants pour la milice Ninja fidèle à Kolélas, mais quand Kolélas fait alliance avec Pascal Lissouba, il le quitte et rejoint la camp de Denis Sassou Nguesso.

Après le retour de ce dernier au pouvoir il est nommé secrétaire spécial à la présidence.