Dans la Sangha de 1902 à 1904 – « Un Marsouin au Congo » par le Lieutenant Clément

un-marsouin-au-congoL’ami Nicolas Rouzé est venu nous apporter un petit livre d’excellente facture que nous ignorions : « Un Marsouin au Congo » par le Lieutenant Clément. Cet ouvrage édité en 2011 par les Editions Pierre de Taillac à bien failli être oublié à jamais. En effet, l’éditeur précise dans une note liminaire les conditions exceptionnelles de redécouverte du manuscrit en 1980 : à l’occasion d’un vide-grenier sous la pluie… YS

En 1902, lorsque le sous-lieutenant Fernand Clément prend le commandement d’une province (équivalent à 3 ou 4 départements métropolitains) encore mal pacifiée du Congo, dans la région de la Sangha, au sud-est du Kamerun allemand, la région est encore loin d’être stabilisée et la présence française toujours contestée. Au-delà de ces responsabilités importantes, le contexte joue contre le jeune officier, mais lui donne aussi l’opportunité de faire la preuve de son esprit d’initiative. Dans cette région, l’obligation de l’impôt indigène suscite des révoltes tribales, l’âpreté au gain des compagnies concessionnaires suscite de perpétuelles difficultés, l’administration civile coloniale est soit incapable, soit corrompue, le voisin allemand ne cesse de tenter de s’implanter dans la zone.

Le sous-lieutenant Clément (il sera promu lieutenant durant son séjour) n’était initialement pas volontaire pour servir au Congo (« J’étais surpris et inquiet. Je n’avais pas cité cette colonie dans la liste des pays que je désirais … Personne n’avait encore entendu parler de ce diable de pays sauf le capitaine G. et encore n’avait-il fait comme Marchand et avec lui que le traverser »). Après un séjour de trois mois à Brazzaville, dont il décrit l’organisation urbaine, les populations et la vie, le rédacteur raconte son trajet par voie fluviale vers sa nouvelle affectation, avec un sentiment mitigé : « Je vous plains, me dit un vieil administrateur, c’est à coup sûr le poste le plus mauvais du Congo ; j’y ai passé quelques semaines et j’en sais quelque chose ». L’officier qu’il relève doit faire face à une dénonciation calomnieuse et lui laisse pour consigne « ces quelques paroles tant de fois vérifiées : ‘Les Blancs sont ici nos pires ennemis’ ». Clément observe immédiatement qu’il ne pourra pas faire confiance à l’administrateur colonial : « Il agirait sans moi, se débarrasserait d’un témoin gênant en l’envoyant aux extrémités du cercle chasser le nègre … Peu m’importaient ses actions pourvu que je n’en sois pas témoin ni complice ».

C’est dans ce cadre aussi exotique que trouble que le récit se développe. Réservons aux lecteurs de ce témoignage le plaisir de la découverte. Les tournées en forêt, les visites aux factories, les patrouilles parfois accompagnées d’accrochages sur la frontière, les relations avec ses gradés et soldats indigènes, les contacts de plus en plus délicats avec l’administration civile, sont autant de sujets abordés dans le livre. Les détails notés par le lieutenant Clément, sur le vif, « dans leur jus », seront pour l’essentiel extrêmement utiles pour tous ceux qui s’intéressent aux premiers temps de l’implantation administrative en A.O.F., et il faut savoir gré aux éditions Pierre de Taillac d’avoir retrouvé et publié ce document. Quelques belles cartes et une iconographie originale adaptée complètent ce joli volume qui doit figurer dans toute bonne bibliothèque.

D’après : http://guerres-et-conflits.over-blog.com/

L’avis de Ya Sanza

Il ne faut pas s’attendre à trouver dans ces pages autre chose qu’un récit colonial. Le lieutenant Clément sert les intérêts de la France en usant plus du fusil que de diplomatie. Il brûle les villages des irréductibles Sangha, pille leurs récoltes, achète leurs femmes pour un kilogramme de sel. Il parvient pourtant, en s’attribuant le moins mauvais rôle, à se rendre presque sympathique aux yeux du lecteur en s’insurgeant contre les pratiques d’autres blancs, pires que lui.

Le noir est lâche (il combat avec des armes de jet et des fusils à pierre contre les armes automatiques des français et leurs supplétifs), le noir est fourbe (il défend son territoire comme il le peut), le noir est paresseux (il refuse le travail obligatoire sous payé)… Pourtant la lecture est plaisante et la plume alerte.

Plus que jamais il faudra lire entre les lignes pour tenter de se mettre dans la peau des indigènes qui luttent pour conserver leurs terres et leur mode de vie. Vu sous cet angle ce livre en apprendra beaucoup au lecteur qui ignore la résistance des peuples de la Sangha à la pénétration des compagnies concessionnaires et leurs protecteurs : les militaires français.

Nota : Le lieutenant Clément croise deux frères T. que le préfacier n’a pas identifiés. Il s’agit sans nul doute des frères Tréchot auxquels fut concédé en 1899 le bassin entier de la Likouala-Mossaka

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Un marsouin au Congo

récit du lieutenant Clément

Préface de Bertrand Goy
Nombre de pages : 176 pages
Couverture : cartonnée sous jaquette
Collection : Les voix oubliées
Illustrations intérieures et cahier central : photographies, cartes, gravures d’époque sur la conquête du Congo et la vie coloniale en Afrique au début du siècle dernier.
9782364450042
Editeur : Editions Pierre de Taillac
Prix : 18,31€

Découvrez la première moitié de : « Un Marsouin au Congo », texte inédit – écrit par un officier sorti du rang envoyé au Congo en 1902 – présenté par Bertrand Goy