Denis Sassou Nguesso (1943-….) Cinquième président de la République du Congo (1979-1992)

Denis Sassou N’Guesso est né en 1943 à Edou, petit village aux environs d’Oyo, dernier enfant adoptif de Julien Nguesso et Émilienne Mouebara. Il est marié à Antoinette Tchibota et est père de plusieurs enfants, issus de plusieurs femmes. Par le mariage de sa filleÉdith, il a été le beau-père d’Omar Bongo, président de la République du Gabon de 1967 à 2009.

Formation et carrière militaire

Il fait l’école primaire à Edou, puis à Owando, alors appelé Fort-Rousset. De 1956 à 1960, il est élève au collège normal de Dolisie pour devenir instituteur.

Après l’obtention de son brevet, il passe avec succès un concours de sélection d’élèves-officiers de réserve. En 1961, il suit la préparation militaire supérieure à Bouar en Centrafrique, avant la formation de l’École interarmes des officiers de réserve de Cherchell en Algérie.

Rentré au Congo en 1962, il est reversé dans le cadre des officiers d’active avec le grade de sous-lieutenant. L’année suivante, il intègre l’École d’application de l’infanterie de Saint-Maixent-l’École. Il en sort avec le grade de Lieutenant et devient parachutiste.

Il est l’un des premiers officiers du Groupement aéroporté, premier bataillon parachutiste de l’armée congolaise, créé en 1965 sous le commandement du capitaine Marien Ngouabi.

De 1968 à 1975, il commande successivement le Groupement aéroporté, l’armée de terre et la Zone militaire de Brazzaville (ZAB), puis dirige la Sécurité d’État (services de renseignement du Congo). Il devient capitaine, puis commandant (il devient par la suite colonel – 1978 – puis général d’armée – 1989).

L’ascension politique (1968-1977)

À partir du milieu des années 1960, Sassou N’Guesso est dans la mouvance des officiers progressistes conduite par Marien Ngouabi, qui mène une fronde sourde contre le pouvoir de Massamba-Débat. Leur contestation atteint son paroxysme en juillet 1968. Le capitaine Ngouabi et le sous-lieutenant Eyabo sont arrêtés le 29. Les parachutistes se mutinent et les libèrent le 31. Le 2 août, ils libèrent d’autres prisonniers politiques, (Félix Mouzabakani et Pierre Kinganga). Massamba-Débat, affaibli, est contraint d’accepter une recomposition politique. Le 16 août, un Conseil national de la révolution (CNR) est créé et investi de l’essentiel des pouvoirs. Il est dirigé par Ngouabi et Sassou N’Guesso en est un des trente-neuf membres.

Le 31 décembre 1969, il fait partie des membres fondateurs du Parti congolais du travail (PCT), nouveau parti unique d’idéologie marxiste-léniniste, au pouvoir sous le nouveau régime de la République populaire du Congo. Il devient membre du Bureau politique après le congrès extraordinaire du PCT de  mars 1970 qui suit le putsch manqué du lieutenant  Pierre Kinganga.

La session extraordinaire du comité central du PCT qui se tient du 5 au 12 décembre 1975 met en évidence de fortes contradictions internes au sein du parti unique. Plusieurs décisions importantes sont prises. Joachim Yhombi-Opango, Martin M’beri et d’autres membres sont exclus du Comité central. Le Bureau politique est dissous et un État major spécial révolutionnaire de cinq membres est institué et en reprend les pouvoirs jusqu’au prochain Congrès extraordinaire du PCT. Sassou N’Guesso en est un des cinq membres, avec Marien Ngouabi, Jean-Pierre Thystère-Tchicaya, Louis Sylvain-Goma et  Jean-Pierre Gombe. Louis Sylvain-Goma est nommé Premier ministre en remplacement de Henri Lopes.

Le 28 décembre sur délégation du Conseil d’État, exécutif de la république qui réunit l’EMSR et d’autres corps constitués, il est nommé par décret présidentiel Ministre de la Défense et de la Sécurité.

Le Comité militaire du Parti (1977-1979)

Le 18 mars 1977 aux environs de 14 h 30, une fusillade éclate dans l’enceinte de la résidence présidentielle de Marien Ngouabi. Peu après, le corps sans vie du président est conduit à l’hôpital militaire de Brazzaville, distant de quelques centaines de mètres. Les médecins constatent aussitôt son décès.

En sa qualité de Ministre de la Défense, Sassou Nguesso fait procéder dans les heures qui suivent à l’arrestation de plusieurs personnalités politiques et à la mise aux arrêts de certains membres de la garde présidentielle. L’interpellation de l’ancien Chef d’état-major de l’Armée de Terre Luc Kimbouala-Kaya  à son domicile se termine tragiquement.

Il dépêche un avion à Pointe-Noire pour ramener Thystère-Tchicaya et Jean-Pierre Gombe, qui s’y trouvent en séjour. Au cours de la réunion de crise qui se tient dans la soirée au Ministère de la Défense, il convainc les 3 autres membres de l’EMSR de la nécessité d’instituer un Comité militaire du parti, doté des pouvoirs exécutifs de la République, en remplacement de l’EMSR, vu la gravité de la situation. Dans la nuit, Thystère-Tchicaya, numéro Un du régime après la disparition de Ngouabi, réunit le Comité central et fait entériner la création du CMP.

Du 19 mars au 2 avril 1977, le CMP fonctionne de façon collégiale, les onze membres n’ayant aucune attribution spécifique. Le gouvernement reste en place. Le CMP institue une commission d’enquête et une cour martiale, qui juge à la sauvette et à huis clos les personnes inculpées dans l’attentat contre le Président Ngouabi. Massamba-Débat, accusé d’avoir commandité l’assassinat de son successeur, est exécuté le 25 mars 1977. Le cardinal Émile Biayenda, dans ce climat tumultueux, est enlevé et assassiné dans des conditions mal élucidées. Des membres de la garde de Ngouabi, dont le lieutenant Mboro et le caporal Ontsou sont passés par les armes pour complicité ou défaillance. Le capitaine Barthélemy Kikadidi, en fuite, est condamné à mort par contumace. Les anciens ministres Pascal Lissouba et Claude-Ernest Ndalla sont condamnés à la prison à vie.

Le 2 avril 1977, Sassou-Nguesso prononce l’oraison funèbre de Marien Ngouabi. Le 3 avril, Le CMP promulgue un acte fondamental qui abroge la Constitution de 1973. Sa structure définitive est rendue publique : Yhombi-Opango en est le président, et de droit Président de la République du Congo. Sassou-Nguesso est le premier vice-président, chargé de la coordination des organisations de masses du parti. Louis Sylvain-Goma, deuxième Vice-président du CMP, est nommé Premier ministre et forme un gouvernement dans lequel Sassou-Nguesso conserve le poste de Ministre de la Défense. Il est incontestablement l’un des hommes forts du régime.

À partir du deuxième semestre de l’année 1978, il entre en conflit larvé avec Yhombi-Opango, cultivant dans l’opinion l’image d’un homme simple, affable, proche du peuple et fidèle à la ligne de Marien Ngouabi. La crise culmine avec la diffusion par le capitaine Pierre Anga, partisan de Yhombi-Opango au sein du CMP, d’un document intitulé « Ce qui nous divise et les moyens de conjurer une crise dans un processus révolutionnaire » qui impute au Ministre de la Défense les défaillances de la sécurité présidentielle de Ngouabi au moment de l’attentat et l’accuse de manœuvres pour saper l’autorité du président du CMP. Sassou-Nguesso exige et obtient la suspension du capitaine Anga pour diffamation.

En début d’année 1979, coalisé avec les barons du PCT marginalisés par Yhombi-Opango (Thystère-Tchicaya, Pierre Nze, Bokamba-Yangouma, etc), il pousse les organisations de masse du PCT (CSC, URFC et UJSC) à réclamer la tenue d’une session extraordinaire du Comité central, mis en veilleuse depuis l’institution du CMP. La réunion s’ouvre le 5 février 1979. Dès le premier jour, Yhombi-Opango, mis en minorité, est contraint d’accepter la dissolution du CMP et la fin de son mandat à la tête de la République.

Au sommet de l’État (1979-1990)

Le 8 février 1979, le Comité Central nomme Sassou Nguesso président provisoire et convoque le 3e Congrès extraordinaire du parti. Celui-ci se tient fin mars 1979 et l’élit président du comité central du PCT, et de droit président de la République pour cinq ans. Il nomme Louis Sylvain-Goma Premier ministre, et conserve lui-même le poste de ministre de la Défense. Le 8 juillet, il fait adopter par référendum une nouvelle Constitution, qui pour l’essentiel remet en vigueur les institutions politiques d’avant le CMP. Le 14 août, il élargit tous les prisonniers politiques (condamnés de l’affaire Ngouabi et autres).

Aux débuts de son mandat, il se positionne par rapport à Marien Ngouabi. À la fois dans la continuité, affectant la même simplicité et la même proximité au peuple, et en rupture, se posant comme l’homme des actions concrètes. Les premiers mois sont difficiles, la situation financière de l’État est préoccupante et les caisses de l’État vides. La deuxième année, l’envolée des cours du pétrole et la mise en exploitation du champ pétrolier de Likouala au large de Pointe-Noire, permettent une certaine détente. L’année du centenaire, Brazzaville subit un embellissement notable (généralisation de l’éclairage public, construction du pont du centenaire, mise en circulation de bus de transport urbains publics et aménagement d’espaces communs de qualité).

La mise en production de nouveaux gisements pétroliers en 1981 et 1982 (Yanga, Sendji) accroit significativement les recettes de l’État et procure une prospérité certaine au pays. Le gouvernement porte l’âge de la retraite de 50 à 55 ans, augmente légèrement les salaires des fonctionnaires et la bourse des étudiants et lance un plan quinquennal de développement ambitieux (1982-1986). Celui-ci vise à aménager le territoire et permettre le décollage économique du pays. Plusieurs routes et ponts sont construits, ainsi que de nombreux édifices publics dans les principales villes du pays. Les entreprises publiques reçoivent d’importantes subventions pour assurer leur relance. La CORAF, raffinerie nationale, entre en production en 1982.

À mi-parcours, la chute des cours du pétrole conduit à l’abandon de plusieurs projets inscrits dans le plan. Dans le domaine économique, les résultats sont mitigés, la plupart des entreprises peinant à être rentables. En outre, la politique de grands travaux publics a eu pour effet, l’aggravation des pratiques de corruption. L’État qui a financé le plan quinquennal par l’endettement extérieur, fondé sur les espérances des recettes pétrolières futures, a du mal à supporter le service de la dette.

Le 3e Congrès ordinaire du PCT de 1984 réélit Sassou-Nguesso à la tête du pays pour cinq années. Il assume également les fonctions de Chef du gouvernement et de Ministre de la Défense. Le numéro Deux du régime Thystère-Tchicaya est démis de ses fonctions et mis en résidence surveillée. Le Président nomme Ange Édouard Poungui Premier Ministre.

En 1985-1986, sous la pression des institutions de Bretton Woods, il adopte un programme d’ajustement structurel (PAS), avec le gel des avancements et des recrutements dans la fonction publique. Certains monopoles d’État sont supprimés. Il obtient un ainsi un rééchelonnement des dettes vis-à-vis de ces institutions. Un accord de rééchelonnement de la dette est également signé avec le Club de Paris. En octobre 1985, il promulgue le Code de la famille, combinaison du code civil et des différents usages coutumiers.

Le 11 novembre 1985, il essuie une grande manifestation de lycéens à Brazzaville et Pointe-Noire. Ceux-ci protestent contre une nouvelle réglementation d’attribution de la bourse aux étudiants, dans le cadre du PAS. Le projet est abandonné.

En 1986, il institue une cour révolutionnaire, chargée de juger les auteurs de l’attentat à la bombe contre le cinéma Star et celui de l’aéroport de Maya Maya à Brazzaville, qui avaient fait quelques morts. Le procès se tient durant le mois d’août avec comme principaux accusés, Thystère-Tchicaya, Claude Ernest Ndalla et le colonel Blaise Nzalakanda. Le tribunal les condamne à des peines diverses. En août 1986, il est élu à la tête de l’Organisation de l’unité africaine pour une année, dans une période marquée par l’engagement de l’OUA contre l’apartheid et en faveur de la libération de Nelson Mandela.

En juillet 1987, il fait arrêter l’ancien président Yhombi-Opango, libéré trois ans plus tôt, ainsi que d’autres personnalités militaires et civiles, de l’ethnie kouyou pour la plupart : (Henri Eboundit, Jean-Michel Ebaka, Lecas Atondi-Momondjo…). Ils sont accusés d’atteinte à la sûreté de l’État. Le capitaine Anga, qui refuse de se laisser arrêter se réfugie dans la forêt proche d’Ikonongo. Il sera abattu un an plus tard par l’armée. La traque d’Anga s’accompagne de grandes brutalités sur les habitants du pays kouyou de la part des militaires.

En juillet 1989 se tient le 4e congrès ordinaire du PCT. Sassou Nguesso est reconduit à la tête du Parti et de l’État pour cinq ans. Il conserve les fonctions de Chef du gouvernement et de Ministre de la Défense. Il nomme Alphonse Souchlaty-Poaty, au poste de Premier ministre. En 1990, il négocie des contrats d’exploration avec les majors américaines afin de relancer l’industrie pétrolière.

L’ouverture démocratique (1990-1992)

Les grands bouleversements internationaux du début de la décennie (chute du mur de Berlin, fin de l’apartheid et libération de Nelson Mandela, ouverture démocratique du bloc de l’Est, fin du parti unique au Bénin et au Zaïre) suscitent un certain activisme dans le microcosme politique et une grande attente dans l’opinion nationale. Denis Sassou-Nguesso s’efforce de conserver le pouvoir dans un contexte marqué par le mécontentement populaire et l’agitation sociale, dont témoigne notamment la grève générale des 14-15 septembre 1990.

En janvier 1990, Le président monte une commission ad hoc chargée de réfléchir aux changements en cours dans les pays d’Europe de l’Est et leurs implications au niveau national. En mars 1990, l’ancien Premier ministre Poungui démissionne du PCT. En juin 1990, lors du sommet France-Afrique à La Baule, François Mitterrand invite les dirigeants africains à libéraliser la vie politique et annonce que l’aide française sera désormais assujettie aux efforts de démocratisation de chaque pays africain.

Début juillet 1990, le comité central du PCT décide de la séparation du parti et de l’État, définit le multipartisme comme un objectif à atteindre après une phase de transition et accorde une plus grande liberté aux citoyens dans la vie quotidienne. Un référendum pour l’adoption d’une constitution fondant le multipartisme est annoncée pour février 1991. Dans l’intervalle, les autres partis politiques ne sont pas encore autorisés. Une semaine plus tard, il fait arrêter Célestin Gongara-Nkoua, Clément Mierassa et Michel Ngangouo pour conspiration tendant au renversement des institutions. Sous la pression Le 14 août, dans son discours à la nation, il annonce la libération de tous les prisonniers politiques et confirme sa volonté d’ouvrir le pays au multipartisme.

Le congrès de la Confédération syndicale congolaise (CSC) de septembre 1990 s’ouvre sur la déclaration d’indépendance du syndicat unique vis-à-vis du PCT. Les délégués réclament la hausse des salaires, ainsi que le dégel des avancements dans le fonction publique, et s’invitent sur le champ politique en exigeant une ouverture démocratique immédiate. Sassou N’Guesso les convoque à son palais et s’efforce de les mettre au pas. En vain. Il suspend alors le congrès de la CSC et en dissout le comité directeur. Il constitue un directoire provisoire, qui a à sa tête Simon-Pierre Gouoniba-Nsari. Le secrétaire général de la CSC, Jean-Michel Bokamba-Yangouma, réplique en appelant les travailleurs à une grève générale. Celle-ci est suivie par tous. Sassou N’Guesso demande à l’armée de mater les dirigeants syndicaux, mais il se heurte au refus du général Mokoko, Chef d’état-major général des FAC. Au bout de trois jours de paralysie générale du pays, il est contraint de céder. La CSC peut reprendre son congrès et le pouvoir lui donne satisfaction sur toutes ses revendications.

La session du comité central du PCT de fin septembre 1990 confirme le recul du pouvoir. Elle décide l’instauration immédiate du multipartisme et la prochaine convocation d’une conférence des partis. Elle annonce un congrès extraordinaire du parti unique en décembrepour entériner la nouvelle donne. Une loi sur les partis, autorisant la création d’autres partis politiques, est votée par l’Assemblée nationale.

Dans les mois qui suivent la libéralisation de la vie publique, une multitude de partis et associations politiques sont créées. Aussi bien par les opposants de longue date que par des personnalités qui, précipitamment, prennent leurs distances avec le PCT. La contestation sociale grandit et des grèves sectorielles éclatent dans le pays, affectant à la fois l’économie et l’administration (industrie pétrolière, transport, écoles, université, etc). Plusieurs journaux privés voient le jour, dont beaucoup se positionnent contre Sassou N’Guesso et le PCT. L’impopularité du Président atteint des sommets dans l’opinion.

En décembre 1990 le Congrès extraordinaire du PCT met fin officiellement à la primauté du parti sur l’État et abandonne le marxisme-léninisme comme idéologie. Alphonse Souchlaty-Poaty, en séjour en France, démissionne de son poste de Premier ministre. Pierre Moussa, ministre du Plan est désigné pour assurer la vacance.

Le 8 janvier 1991, Sassou N’Guesso nomme Louis Sylvain-Goma Premier ministre et le charge de former un gouvernement d’union nationale pour assurer la transition vers la démocratie et préparer une conférence des partis chargée d’élaborer une nouvelle constitution. Devant le refus de la classe politique à souscrire à cette démarche, il s’incline et annonce la convocation d’une conférence nationale. L’équipe gouvernementale sortante est reconduite pour gérer les affaires courantes. Dans le courant du mois de janvier, le général Yhombi-Opango est indemnisé pour l’expropriation de ses biens personnels lors de sa chute en 1979. il reçoit près d’un milliard de francs CFA.

La Conférence Nationale Souveraine

Clôture de la CNS

Clôture de la CNS

Le 25/02/1991, s’est ouverte à Brazzaville la CNS. L’épilogue devant durer au plus deux semaines, comme un serpent de mer, s’est étendu plus de trois mois. On y trouvait des ONG, des confessions religieuses, des fondations, des individualités, plus d’une cinquantaine des partis politiques, plus d’une centaine d’associations…soient au total 1200 délégués. Au programme, un projet de constitution, un calendrier électoral, une loi sur la presse…Sans compter l’état des lieux de la situation politico-économique et social.
C’est l’abbé Moundanga-Ibeni, (porte-parole du présidium provisoire) qui ouvre la CNS en sonnant le glas des doutes, des manœuvres dilatoires. «Enfin, elle est là, celle que tous attendaient et appelaient de leurs vœux. Sa tenue le jour prévu, est déjà une grande victoire pour ceux qui ont foi en la vertu du dialogue… ». Il prévient sans ambages, que tous ceux qui iront en contre-courant de la CNS, se mettraient en travers de l’histoire. Visiblement son message n’a pas été entendu. La preuve, le 26/02/91, soit seulement un jour après l’ouverture de la CNS, les travaux sont bloqués à cause des quotas, l’excroissance des listes présentant le même « visage » que le PCT (ancien parti unique). Les travaux reprennent quatre jours après. Le 12 mars 1991, Mgr Ernest Kombo est élu président de la CNS qu’il va conduire de main de maitre. Le 01/04/1991, il s’oppose à la démission du chef de l’Etat et du gouvernement exigée par une majorité des conférenciers. Puis la joute oratoire s’intensifie.

Le déballage en plénière des nombreuses commissions atteint son paroxysme, notamment avec celle des « biens mal acquis ». La commission « assassinats » bien que se tenant à huit clos, tient toujours la « vedette ». Les conférenciers réclament à cor et à cri la peau des détourneurs des deniers publics, les assassins politiques…Des nombreux anciens dignitaires sommés de s’expliquer pleurent, confondus par des envolées oratoires, que le peuple accompagne avec des applaudissements nourris. Mais le PCT est rompu à la besogne et ses « satellites » n’ont pas fait le déplacement pour rien. Ceux qui les accusent d’être des industries de raffinage du mensonge sont attaqués eux-mêmes d’être des ingénieurs de ces mêmes usines ! En fait, ils ont un but, celui de rappeler que la CNS n’est pas un tribunal. Ils ne manquent aucune occasion d’accrocher les anciens du PCT de venir expliquer avec eux le bilan en cause. Leur message est clair pour les transfuges, il ne suffit pas seulement de mettre des «nouveaux habits » de démocrate, pour échapper à l’exigence de rendre compte de son action. La manœuvre des « satellites » et des officines marchent, puisque les actes de la CNS sont renvoyés à une application par des institutions ultérieures.

Cette dextérité de différer l’échéance à pâques ou à la trinité est une vraie victoire, pour ceux dont la situation semblait perdue, quand on sait que ces institutions n’allaient jamais voir le jour et que dans l’intervalle se situait un vrai « coup » à jouer. Qui a oublié le discours mémorable de l’écrivain GONGARAD « Mr le Président de la CNS, je sais que vous sauriez trouver les mots qui sont les votre, pour dire au Président de la République, qu’ici même dans cette salle l’armée lui a dit non ! Les femmes lui ont dit non ! Les jeunes lui ont dit non !…Et que l’âme profonde du pays lui a dit non !… ». L’orateur soutient, de façon scientifique et mystique le pouvoir du PCT est défunt.

D’où il demande au prélat de lire le livre de la sagesse à son interlocuteur, pour lui apprendre que « quand toutes les portes vous sont fermées, il faut prendre celles qui vous restent ouvertes … On n’y peut rien, c’est la roue de l’histoire»! Trois jours avant la clôture, au terme de 4 tours de scrutin, « l’individualité » André MILONGO qui revint de la Banque mondiale pour la circonstance, est élu 1er Ministre de la transition, chef du gouvernement, chef suprême des armées et entre dans l’histoire. Le 10/06/91, fin de la CNS, le drapeau rouge des « révolutionnaires » se fait descendre au profit du premier adopté à l’Indépendance. On lave les mains comme pour laver les cœurs. Le Président sortant Sassou-Nguesso désigne Yhombi-Opangault du doigt de se joindre à lui pour cette cérémonie. Ce dernier s’exécute avec un grand sourire que son hôte lui rend bien. La CNS débutée par des empoignades « musclées » finit par des éclats de rire et des embrassades.
Bounguissa Sala Bolivier in Kimpwanza

La Conférence nationale élabore et promulgue un Acte fondamental qui restaure les emblèmes de la première république et aménage une transition démocratique de douze mois. Si Sassou N’Guesso conserve la fonction de président de la République, celle-ci est dépouillée de tous ses pouvoirs au profit d’un Premier ministre élu par la CNS. Le Conseil supérieur de la République, parlement mis en place pour la période de transition, est chargé de faire élaborer une nouvelle constitution.

Durant la transition, les difficultés financières et les maladresses du gouvernement Milongo permettent au Président d’améliorer sa cote de popularité. Ses relations avec le gouvernement de transition sont peu harmonieuses. En août 1991, il doit digérer l’arrestation de son frère Maurice Nguesso et de Justin Lekoundzou Itihi Ossetoumba, ancien Ministre des Finances, pour détournement de l’argent public. La déstabilisation d’André Milongo par le Haut commandement militaire en janvier 1992 lui est imputée par l’opinion publique. La médiation du Président du Conseil supérieur de la République MgrNkombo permet de maintenir le « gentlemen agreement ».

Election présidentielle de 1992

En mars 1992, la nouvelle constitution est massivement adoptée par référendum. Elle est de type semi présidentiel, avec un parlement bicaméral. La durée du mandat présidentiel est de 5 ans.

Les élections locales et législatives de 1992 relèguent le PCT au rang de troisième force politique du pays, derrière l’Union panafricaine pour la démocratie sociale de Pascal Lissouba et le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral de Bernard Kolelas. À l’élection présidentielle d’août 1992, Sassou-Nguesso obtient 16,87 % des voix, en troisième position derrière Lissouba et Kolélas. En position d’arbitre pour le second tour, il s’accorde avec Lissouba pour le deuxième tour de la présidentielle et leurs partis respectifs signent un accord de gouvernement. Le leader de l’UPADS arrivé en tête au premier tour avec plus de 39 % de voix, l’emporte nettement au deuxième tour.

Le 31 août 1992 Sassou-Nguesso effectue la passation de pouvoir avec Pascal Lissouba. Pour la première fois depuis 1968, il est déchargé de toute responsabilité publique.