Description de l’Afrique – Olfert Dapper – 1668

Olfert Dapper (Amsterdam,1635?-29 décembre 1689) est un humaniste néerlandais qui étudia et décrivit avec soin plusieurs contrées lointaines, dans lesquelles lui-même ne s’était jamais rendu.

Il semblerait qu’il n’ait jamais quitté les Pays-Bas, où il meurt le 29 décembre 1689. Dapper publie dès 1663 une description historique d’Amsterdam. Participant à un courant d’activité éditoriale qui se développe à Amsterdam, Dapper a un peu plus de trente ans lorsqu’il entreprend des recherches géographiques auxquelles il se consacre jusqu’à la fin de ses jours. Il se lance dans une vaste entreprise en abordant successivement l’Afrique (1668), la Chine (1670), la Perse et la Géorgie (1672), l’Arabie (1680), etc.

Son ouvrage le plus connu demeure aujourd’hui sa « Description de l’Afrique », dont il existe deux éditions hollandaises datées de 1668 et de 1676, publiées par le graveur Jacob Van Meurs. Deux ans après la première publication, l’Anglais John Ogilby fait paraître une traduction infidèle. La traduction française est publiée en 1686.

Pour rédiger son ouvrage sur l’Afrique, Dapper a consulté, pendant environ trois ans, un nombre important d’ouvrages d’histoire, de géographie, et des récits de voyage. Mais il parvient surtout à réaliser une synthèse intéressante des documents consultés. Même si parfois certaines données doivent être examinées avec prudence, la Description de l’Afrique constitue, aujourd’hui encore, un ouvrage fondamental pour les africanistes. En effet, Dapper, loin de porter un jugement de valeur sur les sociétés décrites et en évitant ainsi les connotations ethnocentriques, fut le premier à s’appuyer sur une démarche interdisciplinaire associant étroitement la géographie,l’économie, la politique, la médecine et l’étude des mœurs. Contrairement à certains de ses contemporains, Dapper n’a pas rédigé un ouvrage de curiosités exotiques, mais une œuvre pour la postérité.

Un musée parisien consacré aux arts africains porte son nom,le Musée Dapper.

Plus de deux cent ans avant la rencontre entre le roi Makoko et Savorgnan de Brazza, Dapper situait le royaume de Macoco avec des précisions géographiques qui ne peuvent laisser aucun doute sur le fait que ces contrées étaient connues de longue date :

« Le Royaume de Macoco est une grande contrée au Nord de la rivière de Zaïre, derrière le Royaume de Congo, à deux ou trois cent lieues de la côte de Lovango et de Congo. »

Transcription de la page 359

DES ROYAUMES DE FUNGENO, DE MACOCO, & DE GIRIBUMA

Fugeno est un Royaume tributaire du Grand Macoco, et situé entre les deux rivières de Zaïre et de Coango, à l’orient de Conde. Les Portugais y achètent quelques esclaves et des étoffes d’écorce de Matombe, qui est composée de filaments longs comme le chanvre. Ces étoffes sont le monnaie courante de Lovango et d’Angole : en sorte que quelque quantité qu’on en apporte, on en a jamais trop. Les Portugais trafiquent aussi avec les habitants de Nimcamaye, Royaume situé au au Sud-Est de Macoco. Comme le prince de Nimcamaye [illisible] intelligence avec le grand Macoco, ses sujets peuvent traverser sans crainte les Etats de ce puissant voisin, et aller négocier à Fungeno.

Le Royaume de Macoco est une grande contrée au Nord de la rivière de Zaïre, derrière le Royaume de Congo, à deux ou trois cent lieues de la côte de Lovango et de Congo. Les habitants s’appellent Monsates ou Metzcas[ ?]. Ce sont des anthropophages aussi bien que les Iagos, et peut être que ce sont les ancêtres des Iagos. Quoi qu’il en soit, ce Roi passe pour beaucoup plus puissant que celui de Congo : ayant dix rois pour vassaux et commandant sur une si grande étendue de pays qu’on tue tous les jours dans son palais 200 hommes, dont une partie sont des criminels, et l’autre des esclaves de tribut. On apprête la chair de ces malheureux pour le dîner du Roi et de ses courtisans, comme si c’était du bœuf ou du mouton. C’est par un raffinement barbare de délicatesse qu’on fait cette boucherie car on y manque ni de bêtes ni ne provisions[1]. Monsol la Capitale du Pays est à 300 lieues de la côte.Les Portugais de Lovango y envoient leurs Pomberos qui sont des esclaves élevés dans la maison, auxquels on apprend à lire, à écrire et à chiffrer, des gens d’une fidélité éprouvée auxquels leurs maîtres confient toutes leurs affaires.Ils demeurent quelques fois un an ou deux au dehors, occupés à acheter des esclaves, de l’ivoire et du cuivre, et à leur retour ils chargent les marchandises sur le dos des nouveaux esclaves de sorte que le port ne leur coute rien.

Le Roi de Macoco a un train superbe et un palais somptueux pour le pays, quoique avec beaucoup moins d’éclat que le Roi de Congo, à qui les Portugais ont appris à se mettre sur un meilleur pied. Les richesses de ce prince consistent en esclaves, en Simbos ou coquilles de Lovango, en Bocajes ou coquilles des Indes, en petites pièces d’étoffe et semblables bagatelles, qu’on estime autant en ce pays-là que l’or et l’argent en Europe. Le roi de Macocoest obligé d’entretenir, sur les confins de ses Etats, du côté Nord, un grand nombre de soldats pour garantir son royaume des courses du Roi de Mujaco son ennemi.On ne sait rien de ce Prince de Mujaco, si ce n’est que par conjecture on croit qu’il doit être fort puissant, puisque le grand Macoco qui a lui-même tant de pouvoir n’a pu encore le mettre à la raison et se garantir de ses insultes.C’est dans les forêts de ce Royaume que se tiennent les Mimos ou nains dont on a parlé dans l’article précédent.

Giribuma ou Giringbomba est une contrée au Nord-Est de Macoco, dont le Roi est aussi puissant qu’aucun de ses voisins et a quinze autres rois pour vassaux. C’est un Prince allié au grand Macoco et leurs sujets se ressemblent assez en humeur, en coutumes et en superstitions.

A l’est et au Sud-Est de Macoco il y a un autre Royaume qu’on nomme Monocmugi ou Nimeamaye.

Si le texte intégral de la traduction française est consultable en suivant ce lien : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k104385v nos lecteurs sont plus particulièrement invités à lire les chapitres commençant page 320 (feuillet 349) et qui traitent des Royaumes de Lovango (Loango), Congo et Macoco.

[1] Diderot et d’Alembert, dans la première édition de l’Encyclopédie (Tome 1, p.490), mettent en doute ces détails repris in « le Dictionnaire géographique » de M. Vosgien.http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ANSICO