Elf, bras séculier de la françafrique

Selon François-Xavier Verschave, Elf résulte de la volonté politique du général de Gaulle, et était destiné à assurer la « grandeur » de la France en Afrique malgré la décolonisation, et à maintenir un accès français à cette ressource stratégique qu’est le pétrole.

Elf est alors une entreprise contrôlée majoritairement par l’État (elle le restera jusqu’à son rachat-fusion par Total-Fina), et de Gaulle nomme à sa tête son ancien ministre des armées Pierre Guillaumat, qui fut l’un des fondateurs de la Direction générale des services spéciaux (DGSS). Celui-ci contribue à faire de la compagnie une « agence de renseignement », selon les termes mêmes de l’un de ses successeurs : « il ne se passe rien dans les pays pétroliers, en particulier en Afrique, dont l’origine ne soit pas Elf ».

L’Affaire Elf a en partie dévoilé cet aspect dérangeant du groupe pétrolier. (voirhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Elf)

28 avril 1967 – LES RONDS ROUGES ARRIVENT

Le lancement de Elf est aujourd’hui encore cité en exemple en matière de campagne promotionnelle. Ce fut une réussite exceptionnelle. Il faut bien avouer qu’en ce début de printemps 1967, personne ne s’attend à l’éclosion d’un nouveau pétrolier au nom étrange, venu d’on ne sait où, avec sa cohorte de pimpantes stations service surgies de nulle part durant la nuit du 27 au 28 avril 1967.

L’affaire a été mûrement réfléchie et rondement menée sous la baguette conjointe de Jean-Marc Chaillet, dynamique publicitaire de l’agence Synergie, et François Guiter, directeur de la communication de Elf.

A l’origine le deal consiste à regrouper entre elles sept sociétés de distribution de carburants et lubrifiants, notamment Caltex et LaMure, pour n’en faire qu’une, d’envergure nationale.

Rien ne filtre de l’opération : le nom du nouveau pétrolier ne sera divulgué qu’au dernier moment et plusieurs fausses pistes sont même lâchées, histoire d’embrouiller la… concurrence.

A quelques semaines du coup d’envoi de l’événement, une campagne de publicité mystérieuse envahit les ondes des stations de radio périphériques et la presse quotidienne : « Les ronds rouges arrivent ! »Point. Cela ne manque pas d’intriguer. Toutes proportions gardées, la mystérieuse arrivée de ces « ronds rouges » rappelle la fameuse annonce faite par Orson Welles, sur le ondes de CBS, du débarquement des extra-terrestres, qui avait bouleversé les « chers’z’auditeurs » américains en octobre 1938.Nos ronds rouges sont plus pacifiques.

Au fur et à mesure que la curiosité grandit, les stations services du futur réseau Elf sont repeintes en blanc alors que l’énorme rond rouge prend forme sur les devantures.

Le mystère prend fin lorsque le 28 avril au matin, le public découvre le nom Elf sur les façades de 4500 points de vente.

Les peintres en lettres peuvent aller dormir.

Christian Courtel