Ferdinand de Béhagle (1856-1899) – Du Congo à la méditerranée

De Béhagle partant de Loango vers le Tchad avec Mercuri et les Pirogues démontables. 1897

De Béhagle partant de Loango vers le Tchad avec Mercuri et les Pirogues démontables. 1897

Le nom de Béhagle reste lié à l’histoire de l’Afrique centrale de 1890 à 1900, c’est à dire au grand mouvement d’expansion qui pousse la France vers le Nil et vers le Tchad après la fondation de Bangui. Cet élan devait aboutir à la réunion des colonnes venues du Congo, du Soudan et de l’Algérie sur le Tchad en 1900, c’est à dire à la soudure des possessions françaises d’Afrique du nord, d’Afrique occidentale et d’Afrique équatoriale en un seul bloc.

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Ferdinand de Béhagle vers 1895

Jean-Ferdinand de Béhagle débuta très jeune dans la marine marchande et devint capitaine au long cours, il abandonne cette carrière et se retrouve de mai 1885 à septembre 1891 administrateur de communes mixtes en Algérie. Il y approfondit ses connaissances de l’Afrique saharienne et des courants politiques et religieux de l’Islam.

A la fin de 1891, il s’offrit comme volontaire à Casimir Maistre, son expédition est organisée par le comité de l’Afrique française pour reprendre après Dybowski les buts de la mission Crampel, assassiné au nord de N’delé en 1890. De Béhagle quitte la France en janvier 1892 avec Maistre, Clozel et Bonnet de Mézières.

La mission débarque à Loango le 10 janvier 1892 remonte le Congo puis l’Oubangui traverse le pays des Togbas, des Ndris, des Mandjiais. En juin, la mission part du coude de l’Oubangui et s’avance vers le nord. Elle reconnait la ligne de partage des eaux entre le bassin du Tchad et du Congo, détermine que le Gribingui est un affluent navigable du Chari et ouvre ainsi la route du Tchad à Gentil. Mais Maistre arrivé au 9è degré de latitude nord dépourvu d’approvisionnement est en bute à l’hostilité des Sara (il est attaqué le 20 juillet puis le 8 août). Il oblique vers l’ouest, traversa le Bahr Sara et le Longone rejoignit l’itinéraire de Nachtigal vers Yola puis le cours du Bénoué.

De Béhagle a dirigé jusqu’ici l’arrière-garde et c’est lui qui est chargé d’établir le contact en février 1893 sur le Benoué avec la 2ème mission Mizon, venue confirmer notre protectorat éphémère sur l’Adamoua que nous abandonnerons sous la pression des allemands et des anglais.

De retour en France, De Béhagle remit à la société de géographie le 19 mai 1893, ses observations astronomiques, fit des conférences à Bordeaux les 13-15 novembre 1893 qui furent publiés l’année suivante sous le titre « le Bassin du Tchad ».

L’heureux résultat de cette randonnée incita Béhagle à en tenter une seconde dont il aurait été le chef en commerçant avec les indigènes, il pensait pouvoir couvrir le parcours Congo-Méditerranée. Il informa, dès 1893, par des écrits de propagande le public, tenta d’intéresser à ses projets des mécènes et des sociétés savantes put obtenir enfin le patronage de la société africaine de France qui mit à sa disposition de maigres capitaux.

Le rêve de Ferdinand de Béhagle

Le rêve de Ferdinand de Béhagle

Il tient la rubrique colonies et protectorats du journal La France, il écrit un roman : « Ame d’esclave ». Il mène une campagne active contre le trafic d’armes, la traite des esclaves par les états islamisés d’Afrique et les traîtrises de l’Angleterre. De Béhagle veut associer à son projet des musulmans lettrés qui feront du commerce et faciliteront les contacts avec la population. Il frappe à toutes les portes, s’endette et constitue un syndicat du Tchad et de l’Oubangui avec des commerçants. Il invente un bateau métallique démontable en tronçons de 150 à 200 kilos qui renversés sur un châssis à roue peuvent être traînés par deux hommes. Ce prototype fit des essais sur la Seine mais ne franchit pas la route des caravanes de Loango à Brazzaville.

Béhagle considère que Rabah qui lutte contre l’Angleterre voudra s’entendre avec la France. Réunissant quelques hommes, Béhagle débarqua à Loango le 25 juin 1897 avec Toussaint Mercuri, français d’Afrique du Nord et quatre musulmans, le 22 août, il était à Brazzaville où il fut retenu par le gouverneur intérimaire Rousset inquiet de la constitution de l’empire de Rabah, celui-ci était un ancien esclave du négrier égyptien Zobéir qui s’était taillé un empire au dépens de populations pacifiques et agricoles qu’il réduisait à la misère et à l’esclavage. Il avait maintenu son indépendance contre les Madhistes et avait soumis l’antique empire de Bornou et détruit sa capitale Kouka. En 1893, il s’attaqua au Baghirmi dont le sultan implora notre protection.

Albert Bonnel de Mézières le rejoint avec 100 dahoméens destinés à constituer une troupe armée.
Le Mouvement géographique annonce que la mission de Béhagle a quitté Brazzaville le 8 janvier 1898 à bord du steamer Antoinette de la mission hollandaise. Elle se rend à Bangui, sur l’Oubangui, pour de là suivre l’itinéraire de M. Gentil vers le Tchad.
Au début de 1898 Rousset (d’autres écrivent De Lamothe pendant le congé de Brazza en septembre 1897) l’autorisa enfin à continuer sa route mais lui déconseilla une marche vers le Tchad et lui conseilla une route vers Kanem, à l’est et au nord du lac. A court d’argent, Béhagle est aidé par Greshof, directeur de la société hollandaise NAHV, il remonte l’Oubanghi jusqu’à Ouadda où il se trouvait le 30 avril il reçoit un accueil compréhensif de Liotard, qui demande à Béhagle de mettre ses forces à la disposition de Bobichon isolé. Puis le Kemo et vit les sources de Gribingui sous-affluent du Chari vers les débuts de janvier 1899. De Behagle et Mercuri interviennent chez les Banda M’bagga qui coupaient les communications de la mission Gentil qu’il rencontre à Bessou, il lui prête son bateau le « Léon Blot ». Il devait nouer des relations avec Gouarang sultan du Baghirmi mais ne pas avoir de contact avec Rabah, mais il ne s’entend pas avec Gouarang. Il se trouvait dans les premiers jours de février à Koumo, prenant prétexte d’un télégramme du ministre des colonies, il continua sa route avec l’autorisation de Rousset lui donnant mission d’agir au mieux des intérêts de la France, vers le Tchad en dépit d’une première alerte à Fadjié où une partie de son personnel attaqué par les cavaliers de Rabah l’abandonna, notamment Pierre Prins le résident français. Il reçoit un message d’Othman Cheiko, lieutenant de Rabah, s’excusant, resté seul avec 10 hommes (d’autres disent 25) il se fit conduire le 14 mars 1899 à Dikoa au sud du Tchad où se trouvait le sultan et fut reçut par lui avec courtoisie, celui-ci lui demande immédiatement d’acheter les fusils que la mission transporte. De Béhagle refuse et en quelques jours la situation se dégrade, il reproche vivement à Rabah son incursion au Baghirmi sous protectorat français et ils en seraient venus à un affrontement violent. De Béhagle est arrêté et mis aux fers. Ses porteurs sont faits prisonniers et toutes ses marchandises confisquées (des pacotilles destinées aux indigènes). Rabah part peu de temps après vers le sud où lui est annoncé la venue de la petite troupe de Braun et du colonel Bretonnet venue épauler Gouarang, après l’anéantissement de la petite colonne à Togbao, le 17 juillet 1899, Rabah envoie à son fils Fad’el Allah resté à Dikoa l’ordre de pendre Béhagle. Celui-ci meurt à la mi-septembre avec courage sur la place du village.

Son corps fut jeté dans un puits. Il sera retrouvé en 1901 par les troupes du lieutenant-colonel Destenave, successeur de Gentil au Tchad après l’anéantissement de l’empire de Rabah à la bataille de Kousseri le 22 avril 1900, par la réunion de trois colonnes françaises venues d’Algérie, du Soudan et du Congo sous les ordres du commandant Lamy, le 28 avril à Koussouri s’engagea la dernière bataille. Lamy y était mortellement blessé, Rabah y trouvait la mort. Trois jours après sa capitale, en territoire allemand était occupée.

De Béhagle fut enterré à Fort-Lamy (devenu N’Djaména).

Source : pierre.driout.perso.sfr.fr

Projet de voyage commercial du Congo à la Méditerranée – F de Béhagle

Voyage commercial et scientifique au bassin du Tchad – F de Béhagle