François-Joseph Reste de Roca (1879-1976) – Administrateur colonial

GouverneurFrançois-Joseph Reste de Roca (1879-1976)

Ancien gouverneur général de l’Afrique équatoriale française, député de Côte d’Ivoire

Jean Rifa : La Semaine du Roussillon, n° 656 du 4 au 10 décembre 2008, p.30.

Une sorte d’omerta semble s’être abattue sur la mémoire de ce personnage. Qui se souvient de lui ici ? Assurément peu de monde et pourtant il fut en son temps l’équivalent d’un ministre d’Etat. Peut-être parce qu’il était à contre-courant de sa classe sociale.

 

Oui, en effet, Reste de Roca était tout le contraire d’un colonialiste, ses écrits et ses actes l’attestent, athée et franc-maçon de surcroît – i1 a démissionné de sa loge lorsqu’on a demandé aux frères de jurer sur la Bible – Cela fait sans doute beaucoup pour cet homme dont les ancêtres servirent la France.

C’est à Pia, à la métairie Merlué, au lieu-dit « Au bosc d’en Pique », que François-Joseph Reste voit le jour le 2 mai 1879. Cette propriété appartient à sa mère, Marie Merlué d’Ancourt, épouse en seconde noces de Joseph Reste, docteur en droit et propriétaire terrien sur la commune de L’Albère, près du Perthus. Le nouveau-né, que l’entourage familial appellera José, compte par son père, parmi ses ancêtres, un général ainsi que deux Capitouls de Toulouse et par sa mère un médecin-chirurgien en chef aux armées de Napoléon et un directeur de la Compagnie des Indes.

A L’Albère, l’enfant s’imprégnera à jamais des senteurs de cette terre catalane qu’il ne pourra jamais oublier même si, à la suite du décès de son époux, sa mère doit se séparer de la propriété familiale occupée par les Reste (Resta en catalan) depuis 1583, propriété qu’il rachètera lui-même plus tard.

C’est à Marseille que José fait ses études secondaires et, pendant les vacances, il retrouve son mas des Albères, auprès de sa tante Antoinette qui en a la jouissance jusqu’à sa mort.

Attiré par les sciences, Joseph Reste suit des cours à la Faculté de Marseille puis à la Sorbonne où il obtient ses certificats de Physiologie et d’Histologie. En 1898, il est admis au concours d’entrée de l’École Coloniale tandis que, parallèlement, il est licencié ès sciences et licencié en droit de l’Université de Paris en 1900. Après son service militaire effectué dans les Chasseurs Alpins, il se marie en 1903 avec sa cousine Gabrielle Reste, fille du Général Martin Reste, qui fut Commandant en Chef des Troupes de l’Indochine.

Conquis par l’Afrique

Pour son premier poste, Joseph Reste est affecté comme administrateur stagiaire à l’île de Nossi Bé, au large de Madagascar gouvernée alors par le Général Gallieni. En 1905, il est chargé de négocier le départ de l’escadre russe, commandée par l’Amiral Rodjevenski, en escale dans les eaux territoriales de Nossi Bé. À cette époque, le conflit russo-japonais est engagé et les Japonais protestent auprès du gouvernement français de la présence de cette flotte indésirable. Le jeune diplomate va se tirer avec brio de cette mission délicate et il obtiendra le départ de cette considérable armada.

Trois ans plus tard, affecté à Madagascar, il devient le Chef de Cabinet du Gouverneur Général Augagneur, successeur de Gallieni. Muté à sa demande en Afrique Équatoriale Française en 1910, il dirige d’ abord le Commissariat Spécial pour les Sociétés Concessionnaires puis est affecté au commandement de l’immense région de la Likouala aux Herbes, au Congo. C’est là, écrira-t-il sur ses carnets de route, sur ces vastes territoires inondés et sauvages, qu’il pénétrera profondément l’Afrique, la parcourant en pirogue et à pied, refusant le portage en « tipoye » par les indigènes, enivré par cette nature et ces hommes authentiques.

En 1918, Reste est nommé directeur des Affaires Économiques au Gouvernement Général à Brazzaville puis, en 1920 il devient le directeur de cabinet du Gouverneur Général de l’A.E.F. Victor Augagneur.

Le voici Gouverneur du Tchad, de 1922 à 1926 puis Gouverneur Général par intérim et enfin Gouverneur du Dahomey de 1928 à 1930 où il va mener une politique à la fois économique et culturelle marquée, entre autres, par l’ouverture, le 1er novembre 1930, de la première route terrestre menant de Porto-Novo à Cotonou et par celle du Musée d’Abomey, inauguré le 21 décembre 1930.

Rappelé en France, il sera en 1931 et 1932 le directeur de Cabinet de Paul Reynaud, ministre des Colonies.

Revenu en Afrique en tant que Gouverneur de la Côte d’Ivoire, il propose, en 1933, un plan de mise en valeur économique et il crée la première foire-exposition à Abidjan, le 21 janvier 1934.

En 1935, il est nommé Gouverneur Général de l’A.E. F. où il met sur pied le programme exposé dans son ouvrage « Action politique, économique et sociale en A.E.F. » qui sera publié en 1938. Auparavant, il a écrit et publié en 1936 « Terre d’ombre et de lumière », un vibrant hommage à l’Afrique, celle qu’il a parcourue depuis les années 1912, le Congo, le Tchad, le Dahomey, le Sénégal, la Côte d’Ivoire.          Le Gouverneur Général Reste de Roca, Grand Croix de
la Légion d’Honneur

Toujours engagé pour l’Afrique

En mai 1939, atteint par la limite d’âge, il prend sa retraite et rentre en France. A la suite de la débâcle de 1940, il est pressenti par Vichy pour servir le gouvernement. Il s’y refuse catégoriquement et se retire dans sa maison du Perthus ou son mas à L’Albère qui sera occupé et miné ensuite par les Allemands, la propriété jouxtant la frontière espagnole. En 1941, son épouse Gabrielle décède d’une leucémie et il relate avec beaucoup d’émotion l’évolution de la maladie et les derniers instants de Gaby.

En 1943, il publie chez Stock « À l’ombre de la grande forêtʺ encore un hommage à cette Afrique pas encore dénaturée par l’homme blanc.

À Ia Libération, il est Président du Comité de Libération du Perthus et, le 19 sept, 1944, le nouveau préfet le nomme Président de la Commission Municipale (faisant fonction de maire). Le 3 novembre suivant, M. Casademon, le maire du Perthus révoqué par Vichy, est rétabli dans sa fonction.

Alors, Reste de Roca a-t-il joué un rôle dans la Résistance ? Des témoignages oraux nous disent qu’il s’occupait de faire passer la frontière à certains clandestins, dont des Juifs. Aucun écrit ne l’atteste mais les organismes consultés nous ont précisé que nombreuses sont les personnes ayant agi à cette époque dans un parfait anonymat. En 1945, François-Joseph Reste de Roca épouse Etiennette, la veuve de son ancien secrétaire particulier Georges-Louis Ponton – nommé par de Gaulle Gouverneur de la Martinique en 1943 – et il adopte les deux filles orphelines de père.

C’est aussi en 1945, en tant que Gouverneur Général honoraire, qu’il est élu par le collège des citoyens, avec 65% des suffrages, député du territoire de Côte d’Ivoire à la 1ère Assemblée Nationale constituante, sous l’étiquette « radical et radical-socialiste ». Lors des élections à la 2e Assemblée, en 1946, il condamne fermement le travail forcé appliqué aux Africains, soutenant de fait la campagne de Félix Houphouet-Boigny et s’aliénant ainsi une partie des colons. Il ne sera pas réélu.

Pendant son mandat, il est nommé juré à la Haute Cour de Justice, chargée de juger les hommes de Vichy. Membre de la Commission des Territoires d’Outre-mer, il expose en 1946 un véritable programme d’équipement économique et social pour l’Afrique Noire au sein de l’Union Française.

Le 21 septembre 1951, il est élu à l’Académie des Sciences d’Outre-mer au siège d’Albert Lebrun.

Lorsqu’il décède à Paris, le 15 mars 1976, François-Joseph Reste de Roca est grand-croix de la Légion d’Honneur, membre d’honneur du Conseil de cet ordre, Commandeur du Mérite Agricole, grand-croix de l’ordre du Bénin, Commandeur de l’Ordre du Mérite Saharien et de plusieurs ordres étrangers.

Après un hommage reçu au Val de Grâce le 19 mars, sa dépouille a été inhumée le lendemain dans le petit cimetière familial de St Martin d’Albère.

 

 

Ode à l’Afrique

« Afrique si peu connue et qui mérite tant de l’être, je ne suis donc pas las de te parcourir ! Ni las des brumes de ton océan, de tes cocotiers penchés sur le flot, de tes grandes plaines, de tes savanes et de tes dunes, de tes sables, de tes monts déchiquetés, de ta forêt impénétrable… Jamais las d’entendre bruire ta vie secrète Afrique, jamais las de te découvrir !- « .
Extrait de son livre « A l’ombre de la grande forêt »

 

Sources

» Documents inédits d’origine familiale communiqués par Mme Reste de Roca –Blésès

» Biographies des députés de la IVe République (Assemblée Nationale)
<http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/biographies/IVRepublique/reste-de-roca-francois-02051879.asp>

» Documents communiqués parla Bibliothèque de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer

» Divers articles de presse

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