Franklin Boukaka, le poète assassiné en 1972.

 boukaka

Ce Document est une compilation de textes relayés de : Mwinda.org, Congopage.com et Afrikara.com que nous avons empruntée sur peuplesawa.com
Les illustrations ont été récoltées sur Google et proviennent de diverses sources.

Franklin Boukaka, le poète assassiné en 1972
Immortel Franklin Boukaka : Rumba engagée, poésie musicale et panafricanisme

fb1S’il y avait une référence musicale africaine à redécouvrir dans son discours politique panafricain en dehors de Fela, Franklin Boukaka serait un candidat idéal. Celui dont l’album «Le Bûcheron» paru en 1970 avait littéralement supplanté l’horizon installant l’artiste dans la double chaise du musicien poète et du politique devait malheureusement décéder assassiné, trois ans après la sortie de son album culte lors d’un coup d’état instruit dans son pays le Congo Brazzaville.

La disette de messages et de contenus dans laquelle sombre une part trop importante des musiques africaines oblige presque à une réécoute, une reconsidération de ces héritages que le tout bruissant pseudo musical, heureusement ne parvient recouvrir. Sous l’autorité processionnelle de péripatéticienne dame l’«ambiance», sésame d’une activité essoufflée et vide d’inspiration, les artistes, musiciens, créateurs divers se perdent dans une course au tube, dans une concurrence radiophonique, dj-sonique de décibels et de vitesse qui dessert probablement ce que le continent aurait de plus défendable en la matière.

Les Anciens, là et dans bien d’autres domaines, sans souscrire à une gérontocratie simplette, ont des leçons probantes à donner. Plus qu’un recours poussif à des objets sacralisés, quelques œuvres choisies des illustres devanciers offrent encore, à l’instar de la musique de Boukaka des moments de pur bonheur, en franchissant le mur du son et des rythmes pour accéder à cette plénitude que la musique seule sait convoquer.
Commentaire de Ne Nzinga, Karanaute

Mélodies lumineuses, force du lyrisme allié à la poésie et à l´engagement politique : qui écoute le disque  » Le Bûcheron  » de Franklin Boukaka est subjugué non seulement par la beauté du style dépouillé des pièces et par leur arrangement (dû à Manu Dibango présent de même au piano) mais également par l´actualité du message véhiculé par cet artiste congolais de grand talent, trop tôt disparu (en 1972), victime de la violence politique.

En effet il y a trente cinq ans Franklin Boukaka dénonçait déjà, à travers cette oeuvre, véritable pierre angulaire de la musique africaine – et qui à ce titre mériterait de figurer dans toutes nos discothèques – la répression sévissant à travers le continent tout en réclamant la mobilisation de tous pour une véritable indépendance des nations africaines.

Artiste à la pointe du débat politique il chantait la liberté de l´Afrique et la bravoure des figures emblématiques qui marquèrent la scène politique du Tiers-Monde. Ainsi reliait-il, dans  » les Immortels « , le destin révolutionnaire de Ben Barka à celui de Lumumba, Simon Kimbangu, Che Guevara, Malcom X (fondateur de l´Organisation de l´Unité Afro-américaine), Um Nyobe, André Matswa, tous assassinés ou morts en prison au nom de la liberté, du nationalisme, du panafricanisme.

En 1967 le chanteur, qui vécut quelques années à Kinshasa, reprend à sa façon l´idée d´unification des deux Congo avec son fameux  » Pont sur le Congo « .

Le caractère panafricain de l´intellectualité musicale de Boukaka est tel qu´en 1969, il crée l´évènement au Festival Culturel Panafricain d´Alger. Une de ses compositions (Muanga) est même reprise par le légendaire groupe cubain Aragon.

Mais c´est assurément sa plus célèbre chanson,  » Le bûcheron  » (et son lancinant violon joué par une musicienne de l´orchestre national de France), qui révèle encore, plus de trente ans après son assassinat politique, le vrai sens de son combat nationaliste et panafricaniste à travers ses vers chantés. Prémonitoire, Boukaka (la solitude, en langue Kongo) y observait :  » tout homme doit mourir un jour; mais toutes les morts n´ont pas la même signification « . Boukaka est mort mais Boukaka est grand. Et sa voix singulière, son message, qui retentit du fond de notre histoire faite de luttes, parle toujours à des générations d´africains.

Nzumba Matassa
www.mwinda.org

 

fb2 » Les Immortels « , Franklin Boukaka, 1967fb3

Africa mobimba e……………. ………. ……… L´Afrique tout entière
Tokangi maboko e ………………………………….A croisé les bras
Tozali kotala e ……………………………..Nous observons impuissants
Bana basili na kokende………………. ………….La perte de ses enfants
Bana basili na kotekama e……………. ……….Le trafic de ses enfants
Na banguna a ……………………………………..Auprès des ennemis
Tolati mokuya ata maloba te …….Silencieux, nous avons porté un voile noir de deuil
Congo na bana Africa baleli……Le Congo et l´Afrique fondent en larmes (2x)

Oh o Mehdi Ben Barka …………… ……….. ..Oh ! Mehdi Ben Barka
Mehdi nzela na yo ya bato nyonso …..Mehdi, ta voie est celle de toute l´humanité
Mehdi nzela na yo ya Lumumba …………Mehdi, ta voie est celle de Lumumba
Medhi nzela na yo ya Che Guevara……Mehdi, ta voie est celle de Ché Guevara
Medhi nzela na yo ya Malcom X ………..Mehdi, ta voie est celle de Malcom X
Medhi nzela na yo ya Um Nyobe ………..Mehdi, ta voie est celle de Um Nyobe

Medhi nzela na yo ya Coulibally …….Mehdi, ta voie est celle de Coulibally
Medhi nzela na yo ya André Matsoua …Mehdi, ta voie est celle de André Matswa
Medhi nzela na yo ya Simon Kimbangu..Mehdi, ta voie est celle de Simon Kimbangu
Medhi nzela na yo ya Albert Luthuli ……..Mehdi, ta voie est celle de Albert Luthuli

Oh ya Tiers-monde ………………………….Oh ! celle du Tiers-Monde
Oh ya libération ya ba peuple ………Oh ! celle de la libération des peuples

Paroles

Un vieux, que je considère toujours jeune, m´a dit un jour :  » Mon petit, tout homme doit mourir un jour; mais toutes les morts n´ont pas la même signification « .

Mehdi Ben Barka(xxx).


fb5fb4 » Le bûcheron « , Franklin Boukaka
(album, Franklin Boukaka à Paris, 1970)

Ah e e Africa …………….. ……….. …………Ah ! l´Afrique
Eh e Africa ………………………………………Eh ! l´Afrique
O Lipanda……………………………………..Où est ton indépendance ?

Ah e e Africa …………….. ……….. ………..Ah ! l´Afrique
Eh e Africa ………………………………………Eh ! l´Afrique
O Liberté…………………………………………Où est ta liberté ?

Kokata koni pasi ……………. ….Couper du bois de feu est un dur labeur
Soki na kati koteka pasi ………………….Vendre ce bois en est un autre
Na pasi oyo ya boye ……………….Avec ce lot de malheurs et les enfants
Ngai na bana mawa …………………………..Je suis loin de m´en sortir
Nakoka te

Basusu oyo naponaka …………… ……..Certains à qui j´ai donné ma voix
Bawela bokonnzi ………………Ont développé la boulimie du pouvoir et des
Pe na ba-voitures …………………………….Voitures

Bavoti tango ekomaka …………….Quand arrivent les échéances électorales
Ngai nakomaka moto ………………………Je deviens alors important
Pona bango …………………………………….devant eux

Nakomi tuna:Mondele akende …..Je me demande: le colonisateur s´en est allé
Lipanda tozuwaka o ya nani e? ….Pour qui avons-nous obtenu l´indépendance ?
Africa e…………………………………………….Oh ! l´Afrique

Ah e e Africa …………….. ……………….. ….Ah ! l´Afrique
Eh e Africa ……………………………………….Eh ! l´Afrique
O Lipanda…………………………………….Où est ton indépendance ?


Franklin Boukaka : mourir dans l’énigme
par Alain Mabanckou

fb6fb7Je recherchais de la documentation sur la musique africaine afin de terminer un article, pressé par le rédacteur en chef d’un magazine populaire en France, magazine qui bouclait son prochain numéro ces jours-ci. Et puis, l’article rendu, la distraction est venue, lentement, avant de s’installer pour toujours… J’ai pensé a Franklin Boukaka (photo en haut) que je n’ai pas mis dans l’article… Il m’accompagne pourtant – avec Brassens -, ce chanteur congolais assassiné dans des circonstances qui demeurent encore obscures à ce jour… Pour me racheter, je l’ai écouté dans la matinée, retenant parfois mon émotion, les écouteurs bien vissés.

Oh, il faut parfois rendre hommage aux jeunes artistes. A la fin des années 90, en effet,le groupe congolais « Bisso na Bisso » -(entre nous)- , piloté par Passi, a remis le grand Boukaka au rendez-vous de la postérité dans leur album Racines qui s’ouvre par un prélude de Franklin Boukaka, avec ces prodigieuses notes de piano, puis cette voix lointaine, à peine posée sur les sonorités, et ces silences qui évoquent le sacrifice et la cause de ce chanteur…

J’ai retrouvé un article du quotidien francais L’Humanité daté du 15 mai 1999 est signé par une certaine Fara C. qui chroniquait avec émotion la réimpression du disque légendaire de Boukaka, Le Bûcheron (sorti chez Sonodisc/Musisoft) :

« En 1970, le chanteur congolais Franklin Boukaka pose, avec son disque le Bûcheron, une pierre angulaire de la musique africaine. Cet album, aux mélodies lumineuses, conjugue avec force lyrisme, poésie et engagement politique. Il éclaire alors les oreilles et les cours de tous ceux, noirs comme blancs, qui, dans la synergie de mai 68, se mobilisent pour une véritable indépendance des nations africaines et dénoncent la répression sévissant à travers le continent. Au piano et à la direction musicale : Manu Dibango, qui, à l’époque, était une sorte de Quincy Jones africain (Manu était souvent sollicité pour réunir des orchestres, réaliser des arrangements, etc.). Le Bûcheron est publié trois ans avant l’explosion de Soul Makossa, qui donnera à Dibango une notoriété internationale. Ce rappel, pour souligner le rôle pionnier de Franklin Boukaka. En ce temps-là, la musique africaine n’était pas encore à la mode. Sa diffusion se limitait essentiellement aux mélomanes et africanophiles avertis. Il faut saluer M. Perse, de Sonodisc, pour avoir remarqué l’art dépouillé de Boukaka et pour avoir permis à l’artiste congolais de réaliser son premier enregistrement international. À peine deux ans après la sortie du disque, Franklin Boukaka était assassiné, au moment d’une tentative de coup d’État au Congo. Les décennies passant, son disque avait quasi disparu des bacs. Merci à Bisso na Bisso d’avoir sorti de l’oubli ces Racines-là. »

La mort de Boukaka demeure donc une énigme. De ce fait, ce « brouillard » ajoute au mythe Boukaka le caractère de sacrifice, d’artiste venu sur terre juste pour déposer cette parole brève mais éternelle. La mort de l’artiste est parfois en soi – sinon toujours – un mystère.

Je me pose toujours les mêmes questions. Qui donc en voulait à ce point à Franklin Boukaka ? Etait-il réellement une menace pour les politiciens d’alors, lui qui chantaient l’unite nationale, la paix en Afrique et la fin des guerres tribales ? Les prophéties de ses textes – textes souvents militants et qui convoquent les grands révolutionnaires du monde – dérangeaient-elles les dirigeants de l’époque ?

Alain Mabanckou
Congopage.com


fb8fb9Ecoutez sa musique sur:

http://www.myspace.com/franklinboukaka« 

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