La Conférence Nationale Souveraine

Encouragés par le discours prononcé par François Mitterrand à la Baule, le 20 juin 1990, les congolais se rebiffent contre le pouvoir de Denis Sassou Nguesso et réclament le multipartisme. A la suite de vastes pressions syndicales (grèves sociales) et politiques (lettres de l’opposition), Sassou convoque la Conférence Nationale qui s’ouvre le 25 février 1991 à Brazzaville.

C’est l’abbé Moundanga-Ibeni, (porte-parole du présidium provisoire) qui assure la présidence en sonnant le glas des doutes, des manœuvres dilatoires. «Enfin, elle est là, celle que tous attendaient et appelaient de leurs vœux. Sa tenue le jour prévu, est déjà une grande victoire pour ceux qui ont foi en la vertu du dialogue… ». Il prévient sans ambages, que tous ceux qui iront en contre-courant de la Conférence Nationale, se mettront en travers de l’histoire. Peine perdue, au lendemain de son ouverture, les travaux sont suspendus sur un prétexte de quotas. Ils reprennent quatre jours plus tard.

Le 11 mars, la Conférence Nationale gagne le qualificatif de Souveraine.
Le 12 mars, Mgr Ernest Kombo en est élu président. Il assumera cette fonction avec brio.

Il s’agit de dresser le bilan des régimes monopartistes qui se sont succédé à la tête du pays et d’élaborer de nouvelles dispositions en matières éconimique, politique et sociale. A cette fin diverses commissions sont créées :

  • constitution et libertés ;
  • politique, défense et sécurité ;
  • économie et finances ;
  • santé, affaires sociales et environnement ;
  • éducation, affaires culturelles, arts, sciences et technologies ;
  • biens mal acquis ;
  • assassinats ;
  • rapatriement des fonds.

Le 1er avril, Ernest Kombo s’oppose à la démission du chef de l’Etat et du gouvernement exigée par une majorité des conférenciers.

Les conférenciers réclament la peau des spoliateurs des deniers publics, des assassins politiques… De nombreux anciens dignitaires sommés de s’expliquer pleurent, confondus par des envolées oratoires, que le peuple accompagne avec d’applaudissements nourris. Le PCT qui détient le pouvoir depuis Marien Ngouabi use d’arguments choc. Ceux qui les accusent d’être des industries de raffinage du mensonge se voient répliquer qu’eux-mêmes sont les ingénieurs de ces mêmes industries et qu’il ne suffit pas de changer de costume pour se refaire une virginité. Le PCT, qui possède pourtant toutes les ficelles de l’art politique, n’y peut rien, son pouvoir est agonisant.

L’écrivain Gongarad déclare « Mr le Président de la Conférence Nationale Souveraine, je sais que vous sauriez trouver les mots qui sont les votre, pour dire au Président de la République, qu’ici même dans cette salle l’armée lui a dit non ! Les femmes lui ont dit non ! Les jeunes lui ont dit non !…Et que l’âme profonde du pays lui a dit non !… ».

Trois jours avant la clôture des débats et après 4 tours de scrutin, André Milongo, revenu de la Banque mondiale pour la circonstance, est élu 1er Ministre de la transition, chef du gouvernement, chef suprême des armées et entre dans l’histoire.

Le 10 juin, la Conférence Nationale Souveraine est close. Initialement prévue sur deux semaines, elle aura duré 105 jours et coûté 3,5 milliards de francs CFA.

Le drapeau rouge des « révolutionnaires » est remplacé par le tricolore de l’Indépendance.

On se lave les mains comme pour laver les cœurs. Le Président sortant Sassou-Nguesso dépouillé de ses pouvoirs invite du doigt Yhombi-Opangault à se joindre à lui. Ce dernier s’exécute avec un grand sourire. La Conférence Nationale Souveraine débutée par des empoignades « musclées » finit par des éclats de rire et des embrassades.

 Certains éléments ont été empruntés à Bounguissa Sala Bolivier