Histoire du Royaume Congo

Lorsqu’un an après le fameux discours de Dakar prononcé le 26 Juillet 2007 par le Président Français Nicolas Sarkozy, son conseiller spécial réaffirme que  » l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire (…) et qu’il s’en tient aux temps cycliques pour avancer « , sait-il seulement que l’Afrique a connu d’immenses empires indépendants dont les gouvernements n’avaient rien à envier à ceux de l’Europe.
Le Royaume du Kongo était un vaste empire confédéral moderne et ouvert sur le monde extérieur. Le Mani Kongo n’hésite pas à assurer protection aux étrangers qui s’installent sur la côte. Les Portugais en abuseront outrageusement jusqu’à provoquer des désordres au sein de l’Empire.
En quelques siècles et plusieurs guerres civiles, le royaume du Kongo aura finalement raison de lui par les armes qui on forgé son unité.
Empire chrétien, royaume moderne, le Kongo survit toujours à travers l’imaginaire de l’homme et par son histoire a contribué à forger l’histoire de tout un continent. 

 

Les Kongos et les Portugais 

S’étendant sur une large portion du Sud-Ouest de l’Afrique, ses frontières couvraient les pays actuels du Congo et de son alter ego Zaïrois, de l’Angola, d’une faible partie du Mozambique et du Gabon soit environ plus de 300 000 Km2 de terres contrôlées par un souverain chrétien, le Mani Kongo (ou MweneKongo).

Dès le VIIème siècle, l’Empire du Kongo est déjà connu du monde occidental. Mais c’est avec le Quattrocento, qu’il va prendre une dimension internationale. Les Portugais conduit par l’explorateur Diego Cao rencontrent pour la première fois le souverain du Kongo en 1482 non sans prendre quelques aristocrates ou membres de la famille royale en otages pour les ramener comme preuve de leur découverte à la cour du Portugal. Arrivés à Lisbonne, ceux-ci sont exhibés à la cour royale et placés dans des couvents ou durant 8 ans, ils apprendront à lire et parler le portugais, les maths, la théologie.

Pour les portugais restés en Afrique, le Mani (Mwene) Kongo les autorise à s’établir sur les côtes maritimes, d’y ouvrir une ambassade et même de professer à qui le voulait, leur religion chrétienne. D’ailleurs Nzinga Nkuwu, Souverain tout puissant des Kongos*, succombera lui même aux sirènes du catholicisme portugais et se fera baptiser le 3 Mai 1491 sous le nom de Jean Ier. Ancien gouverneur de la province septentrionale de Nsundi et de Nzaza Vumbi, il était arrivé au pouvoir par un coup d’état
La Reine, quant à elle, dut attendre un mois avec son fils Mpanzu A Nzinga pour se faire baptiser respectivement conjointement sous le nom de Dona Eléonore pour la Reine et sous le nom d’Alphonse pour le Prince héritier. Même la capitale Mbali fut renommée en un flamboyant San Salvador et on dessina un blason digne des meilleures monarchies d’Europe pour le souverain. L’arrivée le 29 Mars 1491 de missionnaires à Mpinda fut organisée de façon grandiose par la monarchie Kongo. Le Mani (Roi) Soyo avait fait déployer un parterre d’honneur de 3000 guerriers traditionnels pour accueillir le chef de cette expédition portugaise, Dom Ruy De Sousa. La conversion le 3 Avril 1491 sous le nom de Manuel du Soyo avait impressionné Nzinga Nkuwu qui avait mandé les portugais en sa capitale.

L’histoire du Kongo était dès lors en marche. Le souverain Nzinga Jean ne souhaitait faire que du commerce agricole avec les portugais et ne voulait aucunement soutenir quelconques ventes d’esclaves sur son territoire. Les relations entre les portugais et la monarchie Kongo se ternirent très vite. Les missionnaires furent arrêtés et massacrés, les écoles brûlées. Le fils du Mani Kongo, Mpanzu A Nzinga, qui avaient les faveurs du conseil royal (la monarchie Kongo était élective mais au sein des membres de la dynastie régnante) ne cachait pas sa volonté d’en finir avec les portugais. La crise s’amplifia entre les portugais et la cour royale au fur et à mesure des tentatives des marchands d’esclaves de s’emparer de villages pour les besoins de leur commerce du bois d’ébène. En 1499, l’île de Sao Tomé (fief héréditaire donné au Gouverneur Fernando De Mello en 1486) devint le théâtre et la scène de complots anti-Kongos par certains marchands d’esclaves forçant la couronne portugaise à intervenir et destituer le fils du gouverneur.

Jean Ier était désormais moins sensibles aux discours des religieux. Comment leur bible pouvait-elle interdire la polygamie, institution sociale répandue dans tout le royaume et garant des alliances avec les royaumes mineurs. Cette question divisa profondément la cour mais Jean décéda sans avoir régler la question

* Le terme significatif du mot Kongo varie selon diverses sources. Pour certaines, il pourrait signifier  » allié à la panthère  » ou serait simplement une arme de jet appelée Kong Kong dont se servait les habitants de la future Angola. Il est a noté que si le terme de Kng est devenu générique pour désigner le royaume du même nom, seuls les habitants de la capitale Mpemba s’en réservaient l’usage (Esi-Kongo)

 

Le Mani Kongo Alphonse Ier 

Mpanzu monta sur le trône en 1506 (ou 07 ?) mais il n’eut que quelques heures pour en profiter. Le jour des festivités de son accession au trône, il fut assassiné. Son frère Nzinga Mbemba dit Alphonse Ier prit immédiatement le pouvoir sans consulter le conseil ce qui laisse suggérer qu’un complot avait été organisé entre le prince et les portugais. Âgé de 51 ans, le nouveau Mani Kongo ne faisait pas l’unanimité. Son frère Kitima, qui ulcéré par cecrime avait renoncé à la religion chrétienne, prit les armes. Il assiégea la capitale mais fut rapidement battu par le souverain Alphonse. La légende raconte que le frère rebelle fut pris d’une peur panique en apercevant dans le ciel, l’apparition de Saint Jacques… Et delà fut dessiné le blason qui allait être celui de la famille royale jusqu’en 1860.

Quoiqu’il en soit, le Roi  » par la grâce de Dieu, Roi de Kongo, Loango, Ka-Kongo et de Ngoyo, d’en de ça et d’au-delà du Zaïre, Seigneur des Ambundus….  » Alphonse Ier pouvait s’installer tranquillement sur le trône et d’être le premier roi africain reconnu par une cour européenne. Il entreprit de christianiser tout son empire, calqua son état sur celui du Portugal (et ce jusqu’aux divers impôts existants), ouvrit une école qui compta 400 étudiants et en échange de plus de missionnaires sur son royaume, il fit éduquer son fils Henri à la cour du Portugal, envoya des Ambassadeurs à Rome en 1513. Henri fut même nommé Evêque d’Utique en 1517, il occupa aussi la charge de gouverneur de Mpanza jusqu’à sa mort en 1531 (ou 1539). Le commerce des esclaves put prendre son essor au sein de l’Empire ; les vassaux du souverain Kongo y voyant un commerce lucratif se détournèrent progressivement de lui pour rejoindre les protecteurs portugais (l’ethnie Téké avait été définitivement soumise par Alphonse Ier qui menait des troupes armées de fusils, armes peu connues alors en Afrique). Les Portugais se servaient parmi les prisonniers du Mani Kongo pour leur commerce d’esclaves mais ne dédaignaient pas de se servir aussi dans les villages de l’Empire voir parmi la noblesse elle -même. Lorsque Alphonse Ier apprit cela, il s’empressa d’écrire à son homologue portugais, lui demandant expressément de mettre fin à ces pratiques. La fin de sa vie fut marquée par une série de complots organisés tant par les portugais (1526, tentative d’assassinat à Pâques 1539 qui fit un mort et deux blessés..) qui lui reprochait de ne plus s’intéresser au catholicisme tant par les membres de son propre clan qui voulaient s’en débarrasser. Complot auquel il succomba tragiquement.

Le Manikongo Pierre Ier

En 1543, son fils Pierre Ier lui succéda dans une atmosphère lourde et menaçante de guerre civile. D’ailleurs la cour royale du Portugal ne mentionnera pas sa mort dans les annales de son histoire. Durant deux ans, Pierre Ier dut lutter contre sa propre cour qui ne cachait pas sa volonté de le déposer au profit de l’un de ses fils Diégo (Nkumbi Mpudi) ou François (Mzinga Mbemba) qui revendiquaient également le trône. En effet, malgré le modernisme européen introduit dans le royaume, les notables et aristocrates voulaient que le principe coutumier continu de prévaloir sur la succession héréditaire mise en place par Alphonse au Kongo. Pierre Ier voyant le pouvoir lui échapper, vaincu par les troupes de son neveu Jacques se réfugia dans l’église principale de la capitale. Son fils Diégo qui se faisait couronner respecta le caractère sacré de l’asile de l’église et laissa tranquille son père qui se réfugia dans l’île de Sao Tomé. Une accalmie car le Mani Kongo Pierre Ier fut finalement assassiné la même année de sa déposition alors qu’il tentait de reprendre le pouvoir, implorant le Saint Siège et le Portugal à l’aide, en vain.. Le fils de Pierre Ier, François se déclara à son tour Mani Kongo mais il n’eut qu’un règne éphémère et c’est son cousinJacques qui prit à son tour le titre royal. Diégo Ier mit rapidement fin à cette anarchie de souverains.

L’assassinat de Pierre provoqua une succession de conflits internes au sein de la cour royale, laissa le champ libre aux portugais de continuer leur commerce des esclaves sans aucune opposition. Diego quant à lui tolère le christianisme du moment que cela sert ses intérêts. En 1546, il envoie un créole comme Ambassadeur au Portugal avec pour mission de ramener quelques ecclésiastiques mais deux ans plus tard il dénonce comme comploteurs ces mêmes prêtres qui sévissent dans le royaume. Il est vrai que nombre d’entre eux avaient écrit au Roi Jean III du Portugal pour qu’il destitue le souverain Kongo trop indépendant à leurs yeux. Diego finit par tous les expulser. Les franciscains qui seront présents dans le pays peineront en 1557 à rédiger en Kikongo la bible. Diego Ier meurt le 4 Novembre 1561 et comme à l’accoutumée, la succession sera rude.

 

Guerre civile au Kongo.

Le prétendant au trône est assassiné. Alphonse II placé par les portugais comme Mani héréditaire ne régna à peine une année avant d’être destitué par un soulèvement populaire. D’ailleurs son origine filiale est l’objet de tous les soupçons. Fils de la sœur de Diégo, voir peut être même issu d’un inceste, il ne fut pas reconnu par ses contemporains qui ne voyaient en lui que le fantoche des portugais. Des émeutes éclatèrent, de nombreux portugais furent assassinés tout comme le Roi. Bernard Ier dont le lignage est tout aussi incertain lui succède et dirigera l’Empire jusqu’en 1566, date à laquelle il meurt lors d’un conflit ethnique avec les Batéké et les Yakas. Son successeur Henri II dut lui aussi faire face à un soulèvement organisé un après son accession au trône par son gendre et cousin, Nimi A lukeni Lua Mvemba. Henri II fut assassiné en 1568 et Nimi fut couronné sous le nom d’Alvaro Ier, inaugurant le règne d’une nouvelle branche de la famille royale dite des Kwilu.

Loin d’être un remède à la crise du royaume, le règne d’une vingtaine d’années d’Alvaro Ier (dont ont dit qu’il était le petit fils d’Alphonse Ier par sa sœur qui épousa son cousin Henri Ier) fut une catastrophe pour l’Empire.. Le nouveau roi qui avait été prompt à saisir le trône de son cousin avec son armée se trouva vite mis en déroute par l’ennemi. Les Yakas (Jagas) s’offrirent même le luxe de s’emparer de la capitale (1569) et de la brûler, sa population massacrée. Réfugiés dans les montagnes avec sa cour, le Roi va vite crier famine. Les esclaves seront tués, dépecés afin de survivre, les enfants vendus aux portugais qui profitaient de la crise pour accentuer le commerce des esclaves. Même les nobles se vendaient entre eux.

Menacé par les invasions des Yakas, Mani Kongo envoya une ambassade auprès de Sébastien Ier du Portugal pour lui implorer de l’aide. Le souverain portugais envoya un corps armé de 600 hommes rétablir le souverain Kongo dans ses prérogatives au bout d’un an de combats. Le gouverneur Francisco Gouveia Sottomaior lui fit signer un accord de vassalité avant de l’emmener rejoindre les troupes royalistes à Luanda, quartier-général des portugais et qui se trouvait hors du royaume. Un souverain atteint d’hydropisie. Alvaro voulut en récompense donner son Empire au souverain du Portugal qui le refusa mais lui demanda en échange l’octroi des mines d’or du pays. Le Mani Kongo peu reconnaissant au final donna de fausses données aux portugais qui se perdirent en route. Curieusement, c’est un prêtre portugais qui avait conseillé le souverain de cacher ses ressources naturelles à son alter ego occidental. Puis Alvaro fit assassiner le gouverneur et nia totalement avoir signé quelconque accord de vassalité. Rejoignant ses troupes, il fut bientôt assez en nombre pour menacer directement ses alliés.

Alvaro Ier renoua bientôt l’alliance avec les Portugais qui en profitèrent pour rétablir l’autorité du clergé sur le pays quelque peu malmené par les guerres de succession. Puisqu’ils ne pouvaient s’approprier la souveraineté du Kongo, les Portugais mirent en place la colonie de Luanda dans le Sud du royaume. Puis le Mani Kongo dut s’occuper de repousser les Yakas qui venaient d’envahir le pays avant de limoger quelques princes rebelles qui lui causaient bien des soucis.

L’évangélisation du pays se fit difficile sous le règne d’Alvaro Ier. Le Portugal tardait à envoyer des missionnaires dans le pays refroidit par la générosité du Mani Kongo. Et c’est finalement l’Espagne qui au XVIème siècle venait d’annexer le Portugal répondit à ses attentes malgré quelques difficultés logistiques. Alvaro entreprit de moderniser son pays à l’instar du style de vie des cours européennes en vigueur à ce siècle. Des comtés, des duchés et des marquisats furent crées dans tout l’Empire. Une cathédrale fut construite à San Salvador.

En Mars 1587, Alvaro rendit l’âme dans un pays ravagé. Son fils du même nom lui succéda.Alvaro II Nkanga Nimi fut très vite en butte avec les ambitions de son frère et de sa soeur. Les partisans des deux prétendants s’affrontèrent au sein de la capitale, fragilisant les frontières de l’Empire. Il dut même reconnaître l’indépendance du Comte Miguel de Soyo au sein du royaume. Alvaro II finit par s’affirmer et pour récompenser les nobles qui l’avaient soutenu, créa l’ordre du Christ malgré les plaintes de plagiat du Portugal auprès du Pape.

Le Pape…. Alvaro lui envoie un ambassadeur au Vatican pour y plaider sa cause et obtenir une pleine reconnaissance. L’Ambassadeur désigné atteint Rome le 3 Janvier 1608 après presque 4 ans de voyage et y délivre son message : Le souverain réclamait les mêmes privilèges que les autres rois chrétiens du monde, demandait que l’évêque du Kongo reste dans les limites de son autorité. Qu’il ne soit pas portugais. Car si il l’était, il devrait s’aligner sur les positions du Kongo. Epuisé, il meurt 24 heures après son arrivée. Mais l’histoire l’aura reconnu comme le premier ambassadeur africain au Vatican.

 

L’anarchie

Le Mbemba (Duc) Antoine Da Silva décida qu’il était temps de mettre fin au règne d’Alvaro II. En 1614 avec son armée, il le renversa au profit de Bernard II (son fils) puis un an plus tard (Août), il le remplaça par Alvaro III (frère de Bernard II). Antoine Da Silva fut le véritable maître du royaume jusqu’à sa mort en 1620. Alvaro III s’entoura de ses partisans afin de se protéger des visées expansionnistes du gouverneur de la colonie portugaise de Luanda désormais appelée Angola. En effet depuis 1617, celui-ci envoyait ses mercenaires opérer des rafles dans les villages Kongos au mépris des accords signés entre les deux monarchies. Les tensions s’accrurent à la mort d’Alvaro III le 4 Mai 1622. Le nouveau souverain désigné par les grands électeurs du royaume (l’héritier Ambroise jugé trop jeune avait été écarté), le Mbemba (Duc) Pierre II dia Nkanya Ya MVikade la lignée royale Nsundi, se plaisait à cacher tous les esclaves en fuite d’Angola. Le gouverneur d’Angola envahit immédiatement le sud du royaume en représailles.

Les armées portugaises déferlent sur le royaume. Elles rencontrent les soldats de Pierre II à Mbanda Kasi. La défaite est cinglante pour les kongos face aux portugais alliés à d’autres tribus africaines. Furieux Pierre II réagit promptement en faisant exécuter 4 gouverneurs qui avaient refusés d’engager leurs troupes aux côtés de celles du Mani Kongo. Prenant peur, toute l kongo s’arma alors que Pierre Ii déclarait ni plus ni moins la guerre au Portugal tout entier. Leurs soldats finalement battus à Mbanda Kasi, les marchands portugais installés au sein du royaume qui avaient tout naturellement supportés cette invasion vont désormais la dénoncer, craignant pour leurs vies. Pierre II écrit des lettres de protestations au Pape et au Roi d’Espagne. Des émeutes anti- portugaises éclatent à travers tout le royaume. Soucieux de préserver son commerce, Pierre II met fin à ces émeutes. Héros pour les uns, Pierre II devient le  » Roi des Portugais  » pour ses opposants.
En Angola, les portugais s’étaient sont soulevés contre leur gouverneur (Joao Correia de Sousa) avec l’aide des jésuites et c’est un Evêque qui assurera l’intérim de la colonie. De lui, Pierre II écrivait :  » Il n’a aucune noblesse, ni de coeur ni de manière  »

La guerre des maisons royales

Pierre II craint que sa sollicitude à l’égard des commerçants portugais ne lui coûte son trône. Il prend contact avec des émissaires du royaume de Hollande. Une escadre hollandaise arrive vite devant Luanda en 1624. Mais, Pierre II décède le 27 Avril de la même année et son fils de 20 ans, Garcia Ier, renoue contact avec les Hollandais. Cette invasion sera un échec grâce à l’action du Comte de Soyo qui n’avait pas apprécié de voir cette escadre étrangère se déployer autour de son comté. Interceptant la délégation hollandaise, il réussit à les convaincre que le Mani Kongo avait fait alliance avec les portugais. L’indécision du souverain va provoquer une opposition au sein de la Maison Royale Kongo. Il va falloir peu de temps pour que les tensions s’accroissent de façon considérable. Le Duc de Nsundi, un métis du nom de Manuel Jourdain, se révolte et mène ses troupes à l’assaut de la capitale accusant de trahison le Mani Kongo.

Garcia II se réfugie à Soyo le 7 Mars1626, avec son épouse et sa grand- mère où il ne cessera de réclamer la restitution de ses biens. On replace alors le fils d’Alvaro III, le Prince Ambroise Ier sur le trône. Il ne devait régner guère que plus de cinq ans. Il se débarrassa de son protecteur, le destitua de son poste de gouverneur de Nsundi et tenta en vain de le faire arrêter. Manuel Jourdain se réfugia sur une île. Pris de paranoïa, il crut voir des complots tout autour de lui. Une révolte éclata dans l’Empire devant de nouvelles rumeurs de campagnes militaires. Le 7 Mars 1631, il est destitué et assassiné. C’était le dernier Prince de la Maison de Kwilu.

C’est donc Alvaro IV Kanda Dia Mpanzu (un adolescent de 13 ans qui prétendait lui aussi être le fils d’Alvaro III) qui est réinstallé sur le trône jusqu’au 24 Février 1636. Son règne se termine brutalement. Il est assassiné.
Au décès de son frère Alvaro V Mpanzu (qui n’a régné que 5 mois) décapité pour avoir tenté de faire assassiner deux courtisans (qui l’avaient auparavant aidé à se maintenir au pouvoir), son cousin Alvaro VI Kinlaza s’empare du pouvoir le 27 Août 1636. Descendant du Roi Alphonse Ier par sa fille Dona Isabelle Lukeni, Alvaro VI entend renouer avec le prestigieux passé des premiers rois du Kongo. Pour cela, il avait du se battre contre un usurpateur du nom de Daniel Da Silva, Duc de Mbamba qui s’était soulevé également contre Alvaro V. Mais les Portugais veillent également et forcent le souverain qui ne peut rembourser ses dettes à mettre en gage la ville coloniale de Luanda. La future capitale de l’Angola indépendante sera définitivement abandonnée au portugais avec l’avènement de son frère, Garcia II Alphonse le 22 Janvier 1641. En échange de la validation de cette cession, le nouveau souverain aura le privilège de connaître un sacre digne des souverains portugais sous l’œil contrits des notables de la cour. Alvaro VI était d’ailleurs mort dans des circonstances mystérieuses laissant encore planer le doute sur une intervention divine … des portugais.
Garcia II était entré à la tête de ses troupes à San Salvador. Pour obtenir le ralliement du haut conseil, Garcia II avait du négocié le retrait de son droit de nommer des fonctionnaires.

Garcia II à peine couronné se voit contester la couronne par Daniel da Silva qui s’était emparé de Soyo la même année et fait allégeance aux Princes KiMpanzu.
La guerre reprend de plus belle. Peu de temps après, les côtes du royaume virent débarquer des contingents hollandais qui s’emparèrent cette fois de Luanda. Garcia II (qui était à l’origine de ce débarquement inattendu) en profita pour signer un accord militaire avec eux dans le but avoué qu’il les aida à battre les alliés de Da Silva. Les hollandais se firent prier pour respecter les termes de l’accord tant contre les portugais que les partisans de Daniel Da Silva. Pour ce dernier, les dissensions entre les européens favorisaient l’avancée de son armée. Garcia II ne put s’emparer de la forteresse de Soyo (1645) et son fils et héritier, Alphonse fut capturé par Da Silva. Le Manikongo tenta de le libérer quelques mois après mais en vain. Ce ne fut qu’en 1647 avec l’aide hollandaise, que le souverain put enfin goûter aux joies d’un règne paisible. Les Portugais s’enfermèrent dans leurs ports, les hollandais furent contraints de partir de Luanda en 1648, les portugais purent récupérer la ville. Mais chacun avait eu son du en esclaves.
Garcia II fut un Manikongo doté d’une grande piété catholique. Il avait interdit aux hollandais de lui envoyer des prêtres calvinistes. En 1645, l’Espagne lui envoya des membres du clergé suite à sa demande. Missionnaires qu’il finit par renvoyer dès 1652, prétextant avoir découverts des complots mêlant prêtres et membres de la famille royale. Les évènements semblèrent lui donner raison avec la rébellion des fils de Pierre II en 1656. Les Portugais rejoignirent les Princes de Kwilu et les assistèrent contre Garcia II. Le Manikongo rassembla ses forces et dispersa rapidement les princes rebelles. Les Portugais se retirèrent aussitôt sans demander leurs restes.

Le royaume de Kongo en 1648

Le royaume de Kongo en 1648

 

La bataille d'Ambuila

La bataille d’Ambuila

En 1660, Garcia II meurt. Son second fils, Antoine Ier Mvita ya Nkanga Ki Nlaza lui succède. Les Portugais tentèrent de négocier la reprise de l’esclavage sur le royaume entier mais Antoine Ier refusa, manifestant sa volonté de les chasser une fois pour toutes. Il envoya des émissaires auprès des espagnols dans l’espoir que ceux-ci interviennent. La situation s’envenima tant et si bien que les deux parties en présence s’armèrent. La guerre déclarée, elle tourna à l’avantage des colons portugais et le 29 Octobre 1665, le Manikongo fut tué à la bataille d’Ambuila. La couronne royale et le sceptre furent envoyés au Portugal, l’héritier du trône âgé de 7 ans capturé et la tête de son père sur ses genoux, fut envoyé à Luanda. Le Comte de Soyo en profita pour ravager à son tour la ville de Mbanza Kongo.
L’Espagne avait depuis longtemps perdu le Portugal redevenu indépendant. Il n’était donc plus question pour la couronne espagnole de venir en aide au Manikongo. Une fois le souverain tué, l’anarchie s’installa dans le royaume. Chaque Prince de la maison royale des lignées Kimpanzu et Kinlaza (dont étaient issus Alvaro VI et Garcia II) sans compter les nombreux nobles de l’Empire revendiquèrent la couronne du Kongo. Les Portugais avancèrent jusqu’au Comté de Soyo qui était demeurait indépendant du royaume jusqu’ici. La défaite fut cinglante à Kitombo le 18 Octobre 1670.

Entre temps, les souverains se succédaient à Mbanza San Salvador. Alphonse II (partisan des Kimpanzu) qui régna quelques mois en 1665 renversé par le Comte de Soyo qui plaçaAlvaro VII à sa tête mais qui régna lui aussi moins d’un an. Le nouveau ManiKongo se révéla être un monarque absolu et provoqua des émeutes dans la capitale. Le Comte de Soyo en profita pour envoyer son armée, déposer (et assassiner) son poulain. Et Alvaro VIII de se faire couronner avant également de se faire renverser par Pierre III (partisan des Kinlaza) dont l’autorité ne dépassa pas la ville de Mbula en Janvier 1669. Ses opposants lui reprochaient d’avoir accordé aux portugais de piller le pays en toute légalité.
Alvaro IX (partisan des Kimpanzu) qui prit également le pouvoir la même année avec l’aide du Comte de Soyo avant de se faire remplacer par Raphaël Ier Marquis de Mbemba, un partisan des Kinlaza. Une fois installé, Raphaël appela à l’aide ses voisins portugais afin de se défaire de son allié, le Comte de Soyo. Le Comte Evariste Da Silva apprécia fort peu ce  » retournement de veste  » et s’empressa de déposer le souverain qui s’enfuit à Luanda. Dénonçant l’aide apportée aux hollandais par le Comte de Soyo dans la gestion des minerais du pays, les armées portugaises fondirent sur le Comté faiseur de Roi. Evariste Da Silva fut tué durant l’assaut mais son frère et successeur, Pierre-Constantin rassembla ses forces et repoussa les envahisseurs à Kitombo le 18 Octobre 1670. Le nouveau Comte de Soyo ne tint pas ombrage à Raphaël. Il le replaça sur le trône et s’occupa de fortifier ses frontières. Les Portugais qui furent capturés furent vendus comme esclaves aux.. hollandais.
De 1673 à 1674 régna Alphonse III, le Marquis de Nkondo puis Daniel Ier. Toutes les forces en présence avaient convergé vers San Salvador qui fut mise à sac en 1678, le ManiKongo tué… Pierre III avec des mercenaires Yakas entendait par cette prise de pouvoir reprendre son trône L’Empire avait éclaté et de nombreux royaumes virent le jour pour tels et tels princes de la maison royale. La capitale fut évacuée après l’assassinat de Pierre III en 1680 par Manuel de Nobrega, frère de Daniel Ier. Jean II succéda à son frère Pierre mais se retrouve face aux prétentions de Manuel de Nobrega, couronné à Mbamba Lovata et un autre Manuel Ier à Kibangu avant que ce dernier soit renversé par deux frères dontAlvaro X qui régnera jusqu’en Décembre 1695.

La Jeanne d’Arc du Kongo 

Kimpa Vita

La guerre civile s’accroît avec les prétentions de Pierre IV Constantin Da Silva, Comte de Soyo , du ManiKongo Pierre IV de la branche royale des Agua Rosada- Kimuluza (depuis 1695 et frère d’Alvaro X )ou de son rival, Jean IV de la branche royale des Kimpanzu (depuis 1683).
Dans ce contexte plus que troublé, les habitants du Kongo attendaient désespérément un signe du ciel. Et ce signe, ce fut la jeune Kimpa Vita qui allait le transmettre à tout un empire. Née en 1684 dans une famille aristocrate, la jeuneKimpa Vita a eu des visions très tôt. Ses parents, animistes, la confie à un spirituel local mais la jeune Kimpa Vita se trouve plus d’affinités avec le culte catholique que les religions locales. Partisans de Pierre IV, ses parents vont influencer son choix du prétendant légitime. En 1703, la mission locale des moines Capucins la baptise sous le nom de Béatrice. Ses visions sont de plus en plus intenses un an après et intéressent les moines Capucins. Ne prétend telle pas recevoir les visites de Saint Antoine de Padoue. Elle se présente en 1703 à Pierre IV et telle Jeanne D’Arc devant le Roi de France, lui annonce tout simplement qu’il a été choisi par le Seigneur pour libérer le Royaume Kongo. Pierre IV est impressionné par les paroles de cette femme de 19 ans mais n’entend guère affronter directement son principal rival Jean IV.
Déçue, Béatrice décide de rejoindre au Nord du Royaume le deuxième prétendant pour lui annoncer … la même nouvelle. Assis sur son trône de Mbula depuis le décès de Pierre III en 1683, Jean IV sera plus expéditif que Pierre. Il la renvoie manu militari là d’où elle vient. Puisque ni l’un ni l’autre n’entend sauver l’Empire, elle s’occupera de cette affaire. Elle arrive à San Salvador, capitale acquise à Pierre IV, et harangue la foule de diatribes religieuses et salvatrices. Elle déclare ni plus ni moins que Jésus, Marie, St François des Kongos, la capitale Jérusalem, Bethleem se trouverait en Nsundi, bref que les blancs avaient en somme volé la religion des Kongos ! Il n’en fallait pas moins pour un peuple épuisé par tant de conflits. Elle se déclare vierge et courtise les églises catholiques du royaume afin d’obtenir un soutien du pape. Soutien qui ne vient pas car la prophétesse Béatrice se refuse désormais à tous contacts avec les missionnaires européens. Elle rassemble une armée de partisans qui fait craindre à Pierre IV un soulèvement. Parmi ses courtisans, Pierre IV apprécie fort peu la conversion de son épouse à cette nouvelle religion antoiniste. Si le Comté de Soyo expulse les partisans de Béatrice bien que Pierre Constantin ne soit pas insensible aux paroles de Béatrice mais il ne peut se permettre cette menace au sein de son Comté.
Ordre fut donné d’arrêter Béatrice dans la capitale. Dimanche 4 Juillet 1706, la prophétesse fut ainsi encerclée dans son église, arrêtée et brûlée. Pierre IV n’en avait pas pour autant fini avec les partisans de Béatrice qui ne croyaient pas à sa mort et qu’importe si la vierge noire avait donné naissance à un fils (cette naissance est contestée, peut être un orphelin dont elle souhaitait en faire un roi ?). San Salvador s’enferma et résista au ManiKongo. Il faudra attendre le 15 Février 1709 pour que l’ancienne capitale soit reprise. Pierre (III ou IV) Constantin Da Silva qui était venu en aide à Béatrice et qui avait hérité de son mouvement à sa mort (il se faisait appeler Kibenga), est battu par les armés royales et décapité.

Jean II (ou IV) accueille les exilés de San Salvador et refuse de reconnaître Pierre IV. Il envoie son armée contre celui qu’il considère comme un usurpateur mais elle se fait battre le 4 Octobre 1709. Pierre IV s’empare de Kibangu qu’il renomme Saint François en l’honneur de cette victoire.
Jean II résistera néanmoins jusqu’en 1716. Enfin, Pierre IV pourra entreprendre la réunification du royaume comme seul ManiKongo légitime non sans avoir signé un accord qui prévoyait aux deux branches de régner tour à tour sur l’Empire. Deux ans plus tard, son gendre et représentant de la lignée Kimpanzu, Manuel II lui succède. Seul Soyo refuse de le reconnaître, fidèle à ses principes de sécession bien qu’il soit le jeune frère de Pierre- Constantin et un antoiniste convaincu. Afin de contrer la famille de Soyo, Manuel II réhabilitera Kimpa Vita et fit élever une statue d’elle appelée  » la vierge à l’enfant « . De 1743 à 1752, Garcia IV Nkanga Mvandu régnera sur l’Empire, un Kinlaza , suite au principe de dévolution du trône pour les deux branches. Un accord négocié par Pierre IV afin de mettre fin à la guerre civile. Mais à la mort de Garcia IV, l’Empire renoue avec les vieux démons. Son successeur Pierre V de la Maison Kimpanzu décide de signer un accord avec les portugais malgré les avis contraire des aristocrates de sa cour. En 1764, il est renversé par un membre de la branche rivale, Alvaro XI.

L’Empire défunt 

Pierre V se réfugie dans la ville de Sembo et se déclare légitime souverain du Kongo où ses partisans le rejoignent bien volontiers.
Une guerre de succession éclate de nouveau entre les successeurs des deux branches de la maison royale. Joseph Ier qui a succédé en 1778 à Alvaro XI a les faveurs des Kongos mais il refuse de signer l’accord entre les deux maisons. En 1781, il remporte une bataille décisive à San Salvador mais pas suffisante pour permettre la réunification du pays scindé entre les deux familles qui règnent en souverains indépendants sur leurs territoires respectifs. Fatigué par de vains combats, Joseph décide d’abdiquer en 1785 en faveur de son frère Alphonse V. Mais la mort par empoisonnement en 1787 du nouveau souverain plonge le pays dans une grave crise de succession où les Manikongos élus sont de lignée royale suspecte (règne d’Alvaro XII de la maison Kinzala et d’Alexis Ier). Le 10 Janvier 1794, Un aristocrate prénommé Henri II s’empare du pouvoir et renverse le ManikongoJoachim Ier dont le pouvoir ne dépasse pas son palais depuis sa montée sur le trône quelques mois auparavant. Il négocie avec les branches rivales le partage du pouvoir avec la création d’un triumvirat. Mais en 1805, Garcia V s’empare lui aussi du trône et abroge le triumvirat royal. Il faudra attendre 1830 pour que son successeur André II restaure la maison royale du Nord Kongo. Du moins jusqu’en 1842 où son rival du Sud, Henri II le renverse et occupe la capitale. L’Empire se voit de nouveau avec deux souverains, l’un au Nord et l’autre au Sud (Henri II régnera jusqu’en Janvier 1857).

Et les Portugais dans tout cela ? 

Les guerres civiles font leur jeu. Le marché de l’esclavage ne s’est jamais aussi bien porté avec la confusion qui sévit au sein de l’Empire. En 1839, les portugais doivent pourtant se résoudre à abandonner cette pratique sous l’influence des anglais. Le prix de la guerre de libération contre l’Empereur de France coûtait cher au royaume du Portugal. Le commerce de l’ivoire, du caoutchouc remplaça celui de l’esclavage qui prit véritablement fin officiellement en 1851.
L’Empire Kongo aux prémices de la colonisation était au bord du gouffre. Chaque clan de la maison royale revendiquait désormais le trône Kongo. André II se vit contester par un rival de sa propre branche qui se faisait appeler Alvaro XIII Makadol, Marquis de Dongo et ignorait superbement son pouvoir. Il en sera ainsi de même pour les successeurs d’André II, André III (1825-1842) et Henri III de la branche des Kinlaza de Mbizidi (monte sur le trône 1842), son cousin qui meurt le 23 janvier 1857. Son trône déjà fragilisé, il signe avec les portugais un accord qui leur laisse toute autorité pour l’aider à protéger son pouvoir contre ses ennemis et son peuple en cas de révolte.

Un autre du nom de Pierre V (VI) Mvemba a Vuzi Lelo Marquis de Catendis’autoproclama également Manikongo à Bembe en 1855. Il revendiquait son appartenance à la lignée Kinlaza. S’alliant aux portugais, il défait rapidement le 7 Août 1859 Alvaro XIIIqui ne renonce pas pour autant à son trône et se réfugie à Nkunga, pas très loin de San Salvador.

Le prix du couronnement de Pierre V (ou VI) fut lourd pour le prétendant. Il avait été contraint de signer un accord de vassalité au Portugal (1857) et accepter l’installation d’une garnison portugaise au sein de San Salvador. Le Portugal venait de jeter les bases de sa colonisation officielle de tout le pays.. Son couronnement lui-même fut compliqué. Faute de prêtres à ses côtés, le couronnement du être remise à deux fois. En 1858, le Marquis de Katende était venu réclamer quelques ecclésiastiques aux portugais installés aux mines de Bembé. La menace des armées d’Alvaro XIII empêche les prêtres de rejoindre San Salvador. Une autre tentative échoue en octobre 1858. Il faudra attendre la protection portugaise pour que Pierre V (qui a choisi le même prénom que le Roi Pierre V du Portugal) soit enfin couronné le 7 août 1859.
Pierre V fait éliminer le Prince Nicolas en août 1860, fils d’Henri III qui refusait de se soumettre. Entre 1870 à sa mort 1880, celui qui fut son rival le plus direct s’autoproclama Mani Kongo sous le nom de Garcia VI Mbwaka Matu (successeur d’André II) qui menaça sérieusement Pierre V en juin 1857. Issu du négoce agricole, Garcia Mbwaka Matu s’allie avec un marchand d’esclave du nom de Kuvo et crée un véritable royaume commercial privé. Une armée fut crée à cet effet et il n’en fallu pas longtemps pour que Garcia Mbwaka Matu se proclama Manikongo. Il garda ses prétentions jusqu’à son décès en 1880.

A la mort d’Alvaro XIII, son neveu Raphael II se proclame Roi du Kongo sur le seul territoire qu’il contrôlait (Nkunga).

En 1883, le Roi du Kongo casse ses accords avec les belges du Congo et renouvelle ses accords avec le Portugal. En juillet 1888, les Portugais décident d’attribuer une liste au Roi des Kongos mais lui enlèvent son pouvoir de mort sur son peuple ni percevoir d’impôts. Pierre V meurt le 14 février 1891 après un long règne particulièrement difficile.

La course à la colonisation de l’Afrique battait son plein. Fort de sa puissance maritime et militaire, les portugais n’avaient que faire des Manikongos dont l’Empire souffrait de n’avoir plus de réelles frontières. Ceux qui vont se succéder sur le trône ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Les nombreuses guerres de succession ont affaibli l’Empire et l’armée Kongo ne peut faire face aux portugais. Ainsi vont successivement régner Alvaro XIV Agua Rosada (1891- 14 décembre 1896, fils de Pierre V), Henri III Nteyé a Nkenge ou IV(1896- 23 avril 1901, son frère Régent de Pedro Mbemba Vuzi Nzinga, fils d’Alvaro XIV, âgé de 7 ans, envoyé à Lisbonne pour y recevoir une éducation portugaise et qui y meut d’une angine de poitrine).
Le décès du jeune Henri ouvre le bal d’une nouvelle crise de succession. C’est le Résident portugais ( de 1896 à 1912) qui va trancher la question. Il remet les clefs du trône un proche parent du défunt, Pierre VI qui reste au pouvoir jusqu’à sa mort le 24 juin 1910. La chute de la monarchie portugaise la même année va bouleverser la colonie. Le Résident portugais, qui a rallié la république, tente de convaincre les Kongos qu’il n’ya plus de nécessité à garder la monarchie en Angola. Il met sur le trône Manuel III Nkomba, le fils de Pierre VI .

Ce dernier va tenter de restaurer la dignité de l’Empire et chasser les Portugais. L’Empire défunt est divisé. Il y’a les indépendantistes peu nombreux et les Kongos résignés face à une colonisation achevée de l’Empire. Agacé par les conspirations successives du Manikongo, les Républicains portugais le font arrêter et décide l’abolition du royaume. Le règne des Manikongos s’achève peu glorieusement. Désormais seul le gouverneur portugais aura autorité. L’Empire sera démembré entre plusieurs colonies, le souverain autorisé à demeurer en Angola et n’aura plus qu’un rôle traditionnel. L’esclavage aboli en 1851 avait ruiné un grand nombre de princes devenus dépendants des commerçants.

Manuel III meurt en 1915. Son successeur Alvaro XV puis en 1923 Pierre VII Alphonse ne tentent pas de remettre l’autorité coloniale en cause même si les années vingt sont le signe d’une résurgence du nationalisme Kongo où chaque leader se pare du titre de roi pour en affirmer sa continuité. Ils demeurent les sujets du Portugal. Mais en 1940, Pierre VII est l’invité du gouvernement portugais lors de l’exposition consacrée au «  monde portugais » qui célèbre à la fois le huitième centenaire de la proclamation du Royaume de Portugal (1140), et le troisième centenaire de la restauration de l’indépendance de l’annexion espagnole (1640). Le souverain du Kongo en profite pour négocier plus d’infrastructures pour son royaume notamment scolaires. Le gouvernement colonial lui oppose un refus net arguant que les infrastructures déjà en place sont bien assez suffisantes pour les Kongos. Néanmoins, si le Roi considérait la signature de nouveaux traités, sa demande serait revue. Pierre VII refusa de signer tout autre document car il craignait une forte immigration des autres colonies portugaises dans son royaume. En parallèle, le souverain Kongo tente de prendre le leadership de l’opposition angolaise. Il mandate son Secrétaire Général, Manuel Barros Nekaka Sidney, afin que celui-ci prenne contact avec les exilés kongos au Congo Kinshasa. Oncle de Roberto Holden, Manuel Barros Nekaka Sidney réussit à former le 7 juillet 1954, l’Union des peuples du Nord Angola (UPNA).

Le 17 Avril 1955, Pierre VII reçoit une délégation du gouvernorat portugais. Dédaignant totalement le souverain, la délégation lui indique que ses derniers pouvoirs lui sont retirés, la colonie devenant une province à part entière du Portugal. La République ne saurait donc se satisfaire de la présence d’un souverain au sein de l‘Etat Nouveau qui tente de regagner son indépendance.

Source : histoiredelafrique.fr

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