HOMMAGE A JACQUES OPANGAULT par W. Sathoud

Vice-président de la première République du Congo,
leader de l’opposition, pionnier de l’indépendance et de l’unité nationale
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Au lendemain de la 2e guerre mondiale, le Territoire du Moyen-Congo présentait à l’origine un microcosmepolitique bipolarisée telle que, dans les régions côtières et méridionales du Sud, le Parti Progressiste Congolais (PPC) du député Jean Felix-Tchicaya tenaitla dragée haute avant l’ascension fulgurante de l’Union Démocratique pour la Défense de Intérêt Africain (UDDIA) de l’Abbé Fulbert Youlou, pendant que Jacques Opangault et son Mouvement Socialiste Africain (MSA) affilié à la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) régnait en maitre dans la parties septentrionale au nord du pays, à double titre. Car contrôlant d’une part cette vaste région occupée en grande partie par la forêt équatoriale très souvent inondée et d’autre part, il assumait les fonctions de greffier au Palais de Justice de Brazzaville.

Ainsi que nous avons eu à le faire pour son principal challenger originel, dans le cadre du colloque sur les relations entre la France et l’Afrique à travers la mémoire du député Jean Félix-Tchicaya, premier parlementaire du Moyen-Congo et du Gabon à l’Assemblée Nationale Française, il serait de bon aloi d’évoquer également la mémoire et la personnalité de Maitre Jacques Opangault qui rentrera dans l’histoire des empereurs de la nation congolaise par la grande porte après sa réconciliation avec l’AbbéFulbert Youlou, consécutive aux troubles socio-politiques de 1959.

Né en 1907 à Ikagna (District de Boundji) dans la région de l’Alima-Léfini (actuelle Cuvette), Jacques Opangaul ttrouvera la mort le 20 Aout 1978 à l’hôpital général de Brazzaville des suites d’une longue maladie.

Après avoir débuté ses études primaire dans sa localité natale de Boundji, il accédera par la suite au Séminaire deBrazzaville et de Loango.

Engagé dans  l’administration en 1923, il amorcera sa carrière professionnelle au Parquet de Brazzaville comme fonctionnaire de justice commis auxiliaire jusqu’à devenir greffier en chef du tribunal d’instance de Brazzaville , avant de se lancer dans l’arène politique en militant au sein de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO)qu’il représentait dans le Territoire du Moyen-Congo, en qualité de Président du Mouvement Socialiste Africain (MSA)  à l’instar du député Sénégalais Lamine Gueye à qui il s’apparentera.

Constamment élu conseiller territorial du Moyen-Congo (titre dévolu aux parlementaires de l’époque), il sera investi Vice-président du premier Conseil de Gouvernement de l’histoire du Moyen-Congo,constitué en 1957 sous le régime de l’autonomie interne issu de la loi cadre Gaston Defferre.

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Monument érigé en mémoire du Vice-président Jacques OPANGAULT  au carrefour de la poste (Brazzaville)

Monument érigé en mémoire du Vice-président Jacques OPANGAULT au carrefour de la poste (Brazzaville)

 

Entre temps, le parcours politique élogieux de Jacques Opangault, avait néanmoins connu plusieurs orages qui l’emmèneront à subir une déportation en Oubangui-Chari à l’instar de Léon Mba,le premier Président de la République Gabonaise, pour semble-t-il y être rééduqué selon l’expression coloniale consacrée de l’époque, à cause de ses prises de position contre les abus d’autorité, dont été victime les populations africaines, sous le régime colonial.

Au lendemain de la proclamation de la République du Congo, Jacques Opangault sera encore incarcérer puis assigné à résidence à Kinkala dans le région du Pool, officiellement pour incitation à la violence et trouble à l’ordre publique, suite aux émeutes de 1959 qui opposèrent à la fois les militants du MSA à ceux de l’UDDIA-RDA, à l’allure d’un affrontement ethnique et tribal entre les groupe Mbochi du nord et Bakongo du Sud qui éclabousseront de sang les premières page de l’histoire politique tumultueuse du Congo.

L’un des plus grands mérites de ce grand homme d’Etat ardent défenseur de l’unité nationale qui finira par devenir leader charismatique de l’opposition congolaise et doyen d’âge de l’Assemblée nationale sous la première République reste caractérisé par  son combat inlassable pour la réconciliation sincère et l’unité de tous les congolais du nord au sud et de l’est à l’ouest qu’il avait laborieusement enclencher sous la houlette de l’Abbé Fulbert Youlou alors Président de la République qui l’adjoindra comme Vice-président de la République en même temps que Stéphane Tchitchelle.

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La première génération des leaders politiques de l’histoire du Congo-Indépendant : Jacques Opangault (MSA), l’Abbé Fulbert Youlou  et Stéphane Tchitchelle (UDDIA-RDA) fumant le calumet de la paix, l’unité et la réconciliation nationale, en compagnie de Victor Justin Sathoud, au stade Félix Eboue de Brazzaville, après les hostilités de 1959.

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La première génération des leaders politiques de l’histoire du Congo-Indépendant : Jacques Opangault (MSA), l’Abbé Fulbert Youlou et Stéphane Tchitchelle (UDDIA-RDA) fumant le calumet de la paix, l’unité et la réconciliation nationale, en compagnie de Victor Justin Sathoud, au stade Félix Eboue de Brazzaville, après les hostilités de 1959.

Cet œuvre de longue haleine  au sujet de laquelle il déclarait en substance ce qui suit dans la perspective de la proclamation de l’indépendance de notre pays, sera brusquement interrompue par la fameuse révolution des 13-14 et 15 Aout 1963 :

ALLOCUTION

Prononcée  par M. OPANGAULT, doyen d’âge à l’occasion dela première session de l’Assemblée Nationale

Voici quinze ans que nousparticipons à la vie politique du Congo. Pour ma part, j’ai toujours faitopposition à des candidats plus ou moins officiels ; vous savez d’ailleursavec quelle ardeur et quelle persévérance. Peut-être certains parmi vous sesont-ils posé la question de savoir où je puisais cette force que nil’incompréhension de ceux que je voulais défendre, ni les échecs n’ont puabattre jusqu’à ce jour. C’est que j’ai toujours fait la part des choses.

J’ai toujours fait ladistinction nécessaire entre un adversaire politique et un ennemi, entre lespoliticiens et les masses, entre les secteurs privés et les secteurs officiels,entre ce qui est du domaine religieux et ce qui ne l’est pas. Je vous assure,j’en suis convaincu, que mon seul but a toujours été l’intérêt des populationscongolaises. Aussi, je ne crains pas de défier n’importe qui dans la salle iciprésent de prouver que politiquement, j’ai été coupable de quoi que ce soit.

Puisque j’occupe cettetribune par la grâce de l’âge, et que le plus grand défaut des vieillards,dit-on, est de parler du passé à tout propos, je vous invite à jeter ensembleun coup d’œil rapide sur le chemin que nous avons parcouru jusqu’ici afin demieux voir où nous en sommes.

Nos premières assembléesélues, les assemblées représentatives qui n’avaient qu’un role consultatif, ontfait un travail tel, qu’on peut affirmer que notre pays a changé dephysionomie.

De 1957 à 1958, parl’application de la loi-cadre, nous avons connu notre premier Gouvernementafricain. Mais malheureusement, malgré notre enthousiasme, il a suffi de peu detemps pour que nous nous apercevions que du Gouvernement bicéphale dontj’assumais la vice-présidence rien de ce que nous escomptions ne pouvait seréaliser. Le bicéphalisme, même en France, ne réussit pas.

En effet, les gouverneursde territoire, se succédant de père en fils comme Président du Conseil ouPremier ministre, n’avaient qu’un seul objectif : la reconduction de leursvielles méthodes. Ils paralysaient le régime d’autant plus facilement quecertains africains, hommes politiques ou simples politiciens, par esprit declocher ou par ambition, se mirent de la partie. Ces derniers firent tant etsin bien qu’ils parvinrent à acheter les consciences de certains élus bouleversantainsi des majorités réelles dans le seul but de s’emparer du pouvoir.

Après le référendum deseptembre 1958, bien des gouvernants avaient volontairement négligé de procéderaux nouvelles consultations électorales. Je ne sais pas si cela était biendémocratique mais, de toute façon, on dût s’incliner devant la volonté dupeuple. Mais quand on ne peut triompher régulièrement, on a parfois recours àla ruse. C’est ainsi que, pour garder le pouvoir, on imagina un curieuxdécoupage qui a fait des majorités plus ou moins artificielles. Et, fait sansprécédent, nous pouvons nous demander si certains élus représentent bien lacirconscription dont ils se disent les mandataires.

Qu’a-t-on fait, le pouvoirainsi conquis ?

Muter et mettre enretraite forcée même renvoyer des fonctionnaires parce qu’ils n’étaient pas duparti gouvernemental. Quant à l’africanisation des cadres, ne devaient enbénéficier arbitrairement que les fonctionnaires du parti au pouvoir. Je pense,pour ma part que cet africanisation doit être revue et corrigée en tenantcompte des justes intérêts de toutes les ethnies congolaise.

Je sais bien que, pendant90 ans, nos anciens colonisateurs n’ont formé aucun homme techniquementvalable. Ceci est si vrai que certains Africains se demandent quelle missions’étaient assignés nos colonisateurs. Que peut-on dire là-dessus sinon que laplupart de ces derniers ont trompé la bonne foi et de leur propre pays et duCongo.

Et, cependant, on necesse, ces derniers temps, de nous parler d’indépendance. De France, le Generalde Gaul nous l’offre. Du Congo le Président Youlou la réclame. Quant à l’hommedu peuple, il se demande où on le conduit. Quelle position adopter devant cettesituation ?

Dans tous les cas, méme siles Président des deux Républiques française et congolaises sont d’accord pourque le Congo accède à sa souveraineté nationale, il ne s’agit là que del’opinion de deux hommes qui ne sont ni la France,  ni le Congo, aucun referendum n’ayant été organiséà ce sujet.

Pour ma part, je considèrel’indépendance comme chose tout à fait normale et même souhaitable. Mais il y aindépendance et indépendance. Peut-on parler de véritable démocratie dans unpays où la majeure partie des citoyens ne sait pas toujours penser parelle-même les problèmes qui se posent à la Nation ? Devons-nous sacrifierle bien matériel de nos populations notre passion du pouvoir ? A quoi nousservira cette souveraineté après laquelle nous soupirons si elle doit setransformer en une pauvreté génératrice d’émeutes et de dictature ?

Nous prétendons être mûrspolitiquement. Mais notre administration actuelle, le comportement de nosdifférents ministres donnent-ils la preuve de cette maturité ? D’accord,mais à condition que nous soyons assurés que notre économie s’organiserarapidement, que la répartition des revenus nationaux s’effectuera d’une façonéquitable, qu’à tout point de vue, quelles que soient leurs opinions politiquesou religieuses, tous les citoyens feront l’objet d’une égalité absolue.

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Le triumvirat des principaux gouvernants de la première République du Congo :
L’Abbé Fulbert YOULOU autour de Jacques Opangault et Stéphane Tchitchelle

Le triumvirat des principaux gouvernants de la première République du Congo :L’Abbé Fulbert YOULOU autour de Jacques Opangault et Stéphane Tchitchelle

 

DECLARATION

Prononcée parJacques OPANGAULT leader de l’opposition dans la perspective de la proclamation de l’indépendance de la République du Congo

(28/07/1960)

« Mes chers compatriotes,nous venons de voter par acclamation l’indépendance de notre pays. Que cetteconstatation ne vous étonne pas venant du Chef de l’opposition. Ne vousméprenez pas sur mes intentions, l’indépendance est un bien : on n’a pasle droit de refuser sa liberté et rien de grand ne se fait sans liberté. Maisil fallait que cette indépendance soit obtenue dans l’amitié, sans rien renierde nos attachements, en conservant l’aide et l’estime de ceux qui nous onttoujours aidés jusqu’à maintenant et auxquels nous demandons qu’ils continuent.

Voilà pourquoi mes amispolitiques et moi-même avons soutenu l’action du Gouvernement lors de lapoursuite des négociations de Paris qui ont abouti aux accords d’indépendance.Cette indépendance, la liberté d’action qui en découle pour nous, je vousdemande donc de la consacrer à l’union et à l’amitié.

En dehors des luttesidéologiques, en dehors de notre opposition démocratique et constructive pourun mieux-être du pays, pour une amélioration toujours poursuivie et toujoursplus grande, nous avons tous, nous congolais, des objectifs supérieurs, desdevoirs communs impérieux. En face des grandes taches nationales nous n’avonsqu’un seul drapeau, qu’une seule devise qu’un seul but : le Congo.

Ce Congo nous leformerons, nous le modèlerons selon nos efforts et selon nos mérites. Nousavons déjà beaucoup progressé, il faut progresser encore, et pour celatravailler, oublier ce qui peut nous diviser, nous accorder pour porter nospensées et appliquer notre travail sans relâche à ce qui nous unira pour leplus grand profit de notre nation, c’est-à-dire de nous-mêmes.

Nous allons,  le Chef du Gouvernement et moi-même, faireincessamment ensemble une tournée commune dans les préfectures du Nord, nous yaffirmerons notre union sur les grands problèmes d’ensemble. Nous y verrons degrands travaux où Européens et Africains sont étroitement associés pourapporter une richesse nouvell

à notre pays. Voilà l’exemple que nous devonscontinuer à mettre en pratique en demandant aux uns comme aux autres ,Européens et Africains, Blancs et Noirs d’apporter tous leurs efforts pourperfectionner leur compréhension réciproque, se hausser les uns vers les autres,et œuvrer pour un mieux-être dont c’est l’intérêt de tous qu’il aille ens’améliorant chaque jour un peu plus.

Dans ce beau jour,promettons-nous donc mes amis, que cette indépendance acquise dans la paix etl’amitié nous en cueillerons les fruits, toujours dans la paix et l’amitié. »

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