IL ETAIT UNE FOIS JEAN FÉLIX-TCHICAYA

Emile Tambaud nous rappelle :

Jean-Félix Tchicaya est né le 9 novembre 1903 à Libreville, il est décédé le 16 janvier 1961 à Pointe-Noire.

En 1945, il est élu le premier député congolais (pour le Moyen-Congo et le Gabon), à l’Assemblée constituante de Paris. Il siège à l’Assemblée nationale jusqu’à la fin de la IVeRépublique. Il fonde le Parti progressiste congolais (PPC) en 1946, section congolaise du Rassemblement démocratique africain (RDA).

Il est le père du poète Tchicaya U Tam’si.


Déclaration de Jean-Félix Tchicaya en la séance parlementaire Française du 23 mars 1946.

 » Monsieur le ministre, mesdames, messieurs,..

je représente dans cette assemblée les populations du Moyen-Congo, du Gabon, de cette Afrique équatoriale française qui dès août 1940 a rallié le camp de l’honneur et de la liberté pour participer à la libération de la France.

C’est donc à ce titre que je vais attirer votre attention sur les questions intéressant spécialement notre fédération….

En Afrique équatoriale française la misère se répand partout avec une violence accrue. Comme avant la guerre, l’effort économique tend à accroître avec des moyens de fortune la production des matières premières, sans assurer pour autant un accroissement de richesses à l’intérieur.

Au lieu de s’élever, le niveau de vie des masses ne fait que s’abaisser, au moment même où l’on constate une augmentation du tonnage exporté. Au Tchad, en Oubangui, au Gabon, au Moyen-Congo, le coton, les produits du palmier à huile, les bois et métaux précieux dont l’exploitation exige le concours de presque toute la population, sont payés à vil prix…

AU LIEU DE LIBÉRER L’HOMME, ON L’A SINGULIÈREMENT ASSERVI ;
AU LIEU DE L’ÉDUQUER, ON L’A PROFONDÉMENT ABRUTI ;

AU LIEU DE L’ENRICHIR, ON L’A SOIGNEUSEMENT APPAUVRI… »

Pour la petite histoire, le même jour, lors de la même séance parlementaire de France le 23 mars 1946, un autre Félix, Houphouet-Boigny  celui là, prenait la parole pour déclarer :

« Monsieur le président, la tâche est lourde ;
elle exige pour l’accomplir des hommes enthousiastes, profondément convaincus de la nécessité et de l’urgence des réformes qui s’imposent.

Malgré toute la confiance que nous avons en vous, monsieur le ministre, il nous sera difficile d’admettre que les hommes qui, au delà des mers ont trahi pendant des années la mission civilisatrice de la France, qui ont fait perdre à la nation la plus noble de ses conquêtes, la conquête si difficile de nos cœurs ( très bien ! Très bien ! ), vont changer immédiatement de conduite à notre égard, au simple reçu de vos heureuses décisions.
( Applaudissements)

Les plus généreuses lois votées par le parlement, les plus beaux décrets pris à Paris sont – passez-moi l’expression- comme des messagers. Ils partent de France joyeux, pleins de vie, arrivent souvent alités à Dakar ou à Brazzaville, tombent malades dans les chefs-lieux des colonies, pour mourir dans les cercles ou subdivisions et être enterrés dans des caisses, dites « dossiers en instance », prévues pour leur inhumation.
(Sourires et applaudissements)

TOUT EST DANS L’EXÉCUTION ; À UNE POLITIQUE NOUVELLE, DES HOMMES NOUVEAUX !
(Nouveaux et vifs applaudissements)

Si vous avez des hommes qui là-bas, voudront réaliser avec nous, politiquement , économiquement, socialement, les réformes que l’Assemblée nationale constituante va voter en notre faveur, …Vous aurez alors démontré, monsieur le ministre, aux timorés comme à ceux qui refusent de s’engager dans ce nouveau chemin de salut commun, imbus de préjugés raciaux, hantés par l’esprit de domination, assoiffés de faux prestige, que le prestige de la France ne réside, ni dans la force de ses baïonnettes, mais bien dans l’histoire qui l’a faite grande et surtout dans l’idéal élevé de justice, de liberté, d’égalité, de fraternité humaine, qui a toujours été le sien et dont l’Union française sera, demain la plus belle réalisation.  »
(Vifs applaudissements unanimes)