Urbanisme – Kinshasa-Brazzaville, le paysage culturel de villes miroirs sur le fleuve Congo – par Bernard Toulier

Sans titre

Kinshasa et Brazzaville, situées sur les deux rives de l’amphithéâtre du Pool Malebo[1] détiennent le record mondial de proximité de deux capitales. Durant la période coloniale, cette situation exceptionnelle a été un facteur de « réciprocité d’influence » pour l’élaboration des identités urbaines des deux villes, toujours concurrentes et aux destins croisés qui ont été qualifiées par l’historien Charles-Didier Gondola de « villes miroirs » [2] . Aujourd’hui, ce concept, forgé à partir d’une analyse historique socioculturelle et de la construction des destins politiques des deux capitales, est-il une clef de lecture pertinente sur le temps long ? Comment mieux appréhender la lecture de l’espace naturel et culturel des paysages urbains et des architectures de ces sites du Pool Malebo, au noeud stratégique de rupture de charge du fleuve Congo, point de départ des voies terrestres vers l’Océan Atlantique et le monde extérieur[3] ? Est-il possible aujourd’hui de sortir des monographies parallèles fortement imprégnées des passés coloniaux pour esquisser une histoire dépassant un cadre national, plus globalisante et comparative, à l’échelle du continent africain et placée sur la longue durée ? Comment établir les bases d’un regard commun et simultané sur les deux rives qui embraserait les trois grandes périodes de l’histoire précoloniale, coloniale et postcoloniale, à travers la lecture des traces matérielles ? La reconnaissance et l’appropriation de cette nouvelle histoire du paysage culturel autour du fleuve Congo peut-elle alors s’ouvrir à la notion d’un patrimoine partagé, local et/ou universel ?

Le Pool précolonial : des traces d’occupation qui remontent à la préhistoire

Dans les années 1930, les travaux de drainage, de terrassement et d’extraction de matériaux nécessités par l’essor des deux capitales ont été à l’origine de découvertes archéologiques. Les premières fouilles révèlent de nombreux vestiges d’une industrie lithique (racloirs, perçoirs, lames et pointes de flèche…) dont les ateliers de taille s’échelonnent du paléolithique au mésolithique ; les vestiges les plus anciens pourraient remonter, de part et d’autre des deux rives à plus de 70.000 ans. Le site de la cuvette congolaise apparaît donc attractif pour l’établissement de premiers groupes humains. Au cours du premier millénaire avant Jésus-Christ, la population abandonne la vie nomade et se sédentarise[4] .

Entre l’an 500 et 1000, les peuples de langues bantoues, venus du Niger et de la Bénoué,

s’implantent le long du fleuve Congo puis, dans l’ensemble de la cuvette centrale et sur la majorité de ses rebords périphériques. Les vestiges archéologiques trouvés dans les fouilles attestent d’une civilisation ayant l’usage d’objets métalliques et en céramique. Le Pool est une zone frontière, à la limite de la zone Kongo et d’une autre zone linguistique, dite de la famille B des langues bantoues, qui s’étend plus au nord, depuis le Gabon jusqu’à la province du Kasaï. Si les « gens du haut » ont imposé leur langue, les gens de la côte de la zone Kongo – dont le royaume est à son apogée au XVe siècle – introduisent leur monnaie, le nzimbu, composée de petits coquillages, qui sera supplantée à partir du XVIIIe siècle par la barrette de cuivre teke, le ngele.

 Les villages Batéké du Pool sont au centre d’une vaste zone d’échanges, nord -sud et est-ouest et servent de lieux de stockage pour le commerce entre les zones forestières et fluviales qui fournissent poissons, viandes, mais aussi ivoire et esclaves et la zone côtière atlantique qui achemine, par les pistes caravanières, étoffes, fusils et métaux ouvragés mais aussi produits manufacturés européens comme des objets en faïence ou en grès, ainsi que des perles de verres ou des miroirs, de l’alcool… Plusieurs siècles avant l’épisode colonial, les sociétés africaines du Pool sont donc déjà en contact avec les Européens.

En 1655, le missionnaire capucin italien Jérôme de Montesarchio nous livre une première description du Pool où naviguent plus de deux cents pirogues : « Ce Gongobela est une grande agglomération sur la rive du Zaïre. D’abord il était établi sur une grande île, située au milieu du fleuve qui en cet endroit ressemble plus à une mer qu’à un fleuve. Mais dans la suite, à cause des guerres, ils s’étaient séparés, les uns s’établissant sur une rive, les autres sur celle opposée [5] ».

A partir des années 1880, cette plaque tournante du commerce congolais, déjà en déclin, située sur le Pool de part et d’autre de l’axe fluvial, attire les convoitises et les rivalités des explorateurs Henry Morton Stanley et Pierre Savorgnan de Brazza. L’ensemble de la population, disséminée dans les nombreux villages regroupés le long du fleuve, peut être évaluée à la fin du XIXe siècle entre 10 et 20.000 habitants. L’autorité est fragmentée entre les différents « rois » qui règnent chacun sur un domaine composé d’un village ou de hameaux, entourés de leur terre. Parmi les plus importants, Ngaliema, chef de Kintambo et, sur la rive droite, Makoko, le chef de Mbe. Les traces de ces villages, constitués de vastes cases quadrangulaires en clayonnage de raphia, recouverts de toitures demi-circulaires, et regroupés autour d’une place circulaire, visibles sur les photos du début du XXe siècle, se signalent aujourd’hui encore par la présence de baobabs (ancien village de Kinshasa), de tombes de chef (Mflumu Nvula, près de la rivière Funa, Kinshasa ; près de l’ancien chantier naval Chacona, Brazzaville)[6] ou simplement de stèles commémoratives placées sur des zones non aedificandi, de plus en plus menacées ou détruites (M’Foa, Brazzaville).

Aujourd’hui, comment construire cette histoire simultané du temps pré-colonial de l’Afrique centrale en l’absence d’un réseau local d’archéologues ? Les travaux de terrassement mis en oeuvre depuis quelques années sur les grands chantiers des deux capitales s’effectuent sans suivi archéologique et ne permettent plus la poursuite de l’enregistrement de traces essentielles pour l’écriture de cette histoire.

La fixation de l’espace urbain colonial et la naissance de villes-capitales. 1880-1934

L’organisation de l’espace urbain précolonial a servi de cadre à l’exploitation coloniale qui l’a réaménagé, consolidé et développé pour ses besoins et pour des intérêts nationaux métropolitains concurrentiels, selon un partage de l’Afrique mené en métropole et entériné par la conférence de Berlin (1884-1885). De nombreuses lectures, parallèles et souvent romancées ont été commencées sans souvent aboutir à la prise en compte des vestiges les plus anciens laissées par les Européens et les populations autochtones dans des villes pluriculturelles et multiethniques.

Fin 1879, Brazza, prenant connaissance des découvertes de Stanley, repart pour le compte du comité français de l’Association Internationale Africaine[7] , avec le soutien du Ministère des affaires étrangères pour « occuper le point le plus rapproché de l’Atlantique, à l’endroit où le Congo commence à être navigable ». L’année suivante, il rencontre le roi Makoko, signe un traité et plante le drapeau français devant la case du roi, à N’Couma. Avant de partir, il jette les fondations de l’établissement de N’tamo sur la rive droite, gardée par le sergent Malamine, sur le territoire concédé par le roi Makoko et dénommé quatre ans plus tard par la Société de géographie « Brazzaville ». Ce territoire est composé de quatre villages Batéké : M’Foa (près de l’hôtel de ville), M’Bama (sur le promontoire de Bacongo), Impila (près du port de pêche de Yoro) et Okila (derrière Poto-Poto). De l’autre côté du fleuve, Stanley signe en 1881 un traité avec le chef Ngaliema et « fonde » le premier poste colonial belge, la Stanley-Pool Station à l’emplacement du village de Kitambo[8] , avec son port.

Ces têtes de pont, tenues par les Européens, drainent l’ancien commerce indigène et accélèrent le déclin économique des villages Batéké dont les populations sont peu à peu repoussées vers l’intérieur. Elles servent de relais pour l’exploration et l’exploitation de l’intérieur des terres et en amont du fleuve, et sont reliées en aval par deux « routes des caravanes » dont le tracé est parfois encore visible dans le parcellaire urbain, aux comptoirs des deux ports atlantiques situés au nord et au sud de l’estuaire du fleuve, Loango[9] et Matadi.

Outre les matières premières convoitées par l’Europe, la tête des porteurs convoient également, en sens inverse les éléments préfabriqués et à assembler, issus notamment de l’industrie métallurgique nécessaires au transport et au logement des premiers pionniers européens et acheminés par bateau : steamers en pièces détachées pour la navigation du fleuve, comme l’A.I.A. construite par la Société des forges et chantiers de la Méditerranée (Le Havre) (1880-1882) pour le compte des Belges, bungalows à véranda en bois et métal fabriqués en Angleterre et édifiés pour les missionnaires baptistes vers 1880 sur la Pointe Anglaise (Léopoldville), tuiles de tôle utilisées pour la couverture du premier évêché de Brazzaville (1888- 1892?) ou poteaux en fonte pour les fondations ou les vérandas des premières maisons coloniales du quartier de Kintambo (Léopoldville) ou destinés à l’administration sur le quartier du Plateau (Brazzaville). Une étude sur les lieux de fabrication, les modes de transferts et la mise en oeuvre de ces architectures métalliques issues des révolutions industrielles européennes, au Congo belge et dans l’ensemble de l’A.E.F. est toujours en attente.

 Durant les premières années de leur fondation, les deux postes coloniaux présentent de nombreuses similitudes dans l’aménagement urbain des deux rives, organisées selon une disposition polynucléaire dont les pôles fonctionnels européens correspondent aux différents pouvoirs en place. A Brazzaville, les différents pôles sont séparés par des ravins où coulent les petites rivières qui rejoignent le fleuve et les implantations européennes s’installent généralement sur les hauteurs, considérées comme moins malsaines que les abords du fleuve. Dès 1884, les premières habitations européennes s’établissent sur le quartier dit du Plateau, à l’emplacement d’un petit village de 17 cases préexistantes. Charles de Chavannes édifie la première case pour l’administration, avec véranda périphérique et ossature en bois avec hourdis de nattes de palmes en raphia tressé et couverture végétale « en chaume » couvrant les quatre pans, dont les techniques sont en partie issues des cases batéké[10]. Vingt ans plus tard, l’ensemble du quartier est dévolu à l’administration et on édifie en 1903 la « résidence » du commissaire général qui abritera en 1908 le « palais » du gouverneur général de la colonie, devenu deux ans plus tard gouverneur général de l’Afrique équatoriale française (A.E.F.). Au début du siècle, le quartier présente un plan bien ordonnancé qui dessert les bâtiments administratifs des services publics et les cases pour les fonctionnaires, le tout construit avec les matériaux de la briqueterie placée en contrebas, près du fleuve et du petit débarcadère et doté d’embryons de réseaux d’adduction d’eau, d’éclairage public et même de liaison téléphonique avec Léopoldville. La colline du quartier de l’Aiglon, concédée en 1887 à la mission catholique des Pères du Saint-Esprit, présente une organisation similaire, avec comme point central la cathédrale et l’évêché d’où part une voierie en patte d’oie reliée aux autres points stratégiques du poste colonial, ouverte sur des jardins et des

plantations et donnant respectivement sur la Maison des soeurs de Cluny, le Port-Léon et la briqueterie de la Mission. A l’intérieur de la concession, sous le regard des Pères, un « village chrétien » dit du Petit-Mariage et du Grand-Mariage – comparable aux « villages de liberté » de Libreville ou de Freetown – est aménagé pour les anciens esclaves et les hommes libres. L’armée s’installe entre ces deux pôles, sur le plateau du Tchad : le siège du quartier général de l’A.E.F., édifié en 1913, reprend la typologie coloniale en usage chez les officiers constructeurs du génie, les maisons pour les cadres militaires s’inspirent des maisons à vérandas des civils et les cases circulaires de la garde indigène composée de tirailleurs sénégalais sont construites selon la tradition sénégalaise. Enfin, les factoreries des grandes maisons commerciales s’échelonnent le long du fleuve pour faciliter le stockage et le transbordement des marchandises, dont une partie ira rejoindre les entrepôts belges ou appartenant à la même compagnie[11], sur la rive gauche, desservis par la voie ferrée qui relie Léopoldville à Matadi dès 1898.

Dès les années 1900, les Africains font l’objet de mesures discriminatoires et ségrégatives et sont logés à l’écart des quartiers européens dans les nouveaux villages indigènes de Bacongo[12] et de Dakar, puis à partir de 1911 de Poto-Poto aux lotissements quadrillés de voies orthogonales délimitant un plan en damier composé de petits îlots quadrangulaires comprenant 32 parcelles. Les indigènes résidents sont regroupés selon des critères d’appartenance ethnique[13] et contrôlés par un capita, chargé de faire respecter l’ordre en liaison avec les agents du camp de police[14] .

A partir de 1912, les cités indigènes, organisées selon les même principes inspirés par les cités contemporaines de Brazzaville, sont implantées au sud de la ville européenne, à Léo-Ouest et Léo-Est, et séparées par le camp militaire de la Force Publique. Dès 1922, les entreprises et sociétés de Léopoldville (les Huileries du Congo Belge (H.C.B.), la Société nationale des transports fluviaux du Congo (SONATRA) ou la Compagnie du chemin de fer du Congo (C.C.F.C.) sont obligées de lotir elles-mêmes, afin de pourvoir au logement de leurs employés et de les aider à y construire leurs maisons[15]. En 1930, les cités indigènes brazzavilloises de Mpila voient apparaître les premières cases standardisées expérimentales en dur, dans le « quartier des six » [16] ou pour la Cité des cheminots de la Compagnie de chemin de fer Congo-Océan (C.F.C.O.), disposées selon un plan géométrique savant sur plan carré[17]. Trois ans plus tard, à Léo-est, 27 habitations sont édifiées en matériaux durables, financées par le Fonds spécial d’avances consenti aux indigènes[18 ].

Des deux côtés du fleuve, le système de ségrégation s’accompagne d’une interdiction de circulation des indigènes dans le quartier européen durant la nuit[19]. Côté rive gauche, le poste colonial belge offre une vision moins compartimentée, hétéroclite, hiérarchisée et administrative, plus dynamique, plus moderne et plus industrieuse, mais tout aussi polynucléaire et ségrégative qui s’appuie sur les trois piliers de l’Etat, des grandes entreprises et des missions sur lesquelles reposent la charge de l’éducation et de l’enseignement.. A partir des années 1900-1910, le basculement de centralité vers le nouveau port proche de la gare attire les services publics, les banques et les grands hôtels de voyageurs, mais aussi les missionnaires comme les pères de la congrégation de Scheut. Ceux-ci s’installent dans leur vaste concession en 1903 et érigent, entre 1910 et 1920, cathédrale et presbytère, procure et bâtiments scolaires, selon un système analogue et contemporain à celui mis en place sur la rive opposée par les Pères du Saint-Esprit. En 1921, le port quitte le premier noyau urbain de Léo-ouest pour se fixer à Léo-est : les deux entités sont reliées par le rail qui irrigue la ville, selon les principes de la ville industrielle, innovation belge qui ne sera jamais reprise du côté français.

En 1923, la décision de transférer la capitale administrative de Boma à Léopoldville implique la construction d’un nouveau quartier administratif dans le quartier de Kalima, situé entre les deux pôles urbains de Léo-est et Léo-ouest, ce qui facilite le continuum urbain du quartier européen. Celui-ci n’est alors « qu’une vaste plaine poussiéreuse où un peu partout sont des chantiers entre lesquels passent des avenues incomplètes » [20]. Ce changement d’échelle permet la mise en place d’un véritable projet de composition urbaine autour d’une perspective radiale digne d’une ville-capitale coloniale, avec ses cités indigènes séparées par une zone neutre, dont les références sont exposées au Congrès international sur l’urbanisme colonial de Paris en 1931, qui marque l’aboutissement du savoir urbanistique occidental sur l’espace urbain colonial[21] . Dès 1930, la zone neutre de Léopoldville matérialisant le système colonial de ségrégation commence à se mettre en place avec l’aménagement du parc Fernand-de-Bock. On poursuit l’année suivante l’exécution de ce projet de cordon sanitaire : les parcelles indigènes sont évacuées pour la création de cette zone neutre de 2 à 300 mètres de large et des chômeurs sont employés aux cultures maraîchères. Ces projets de ségrégation raciale sont assez similaires à ceux élaborés dès 1929 à

Brazzaville, dans le premier plan d’urbanisme de la ville, et exposés en 1931 par le Gouverneur général Antonetti. Celui-ci projette d’unifier le quartier européen en lotissant les terrains de la Mission catholique, et en redessinant la trame viaire du quartier de la Plaine, tout en unifiant les différents quartiers occupés par les Européens par une grande avenue longue de 2 km et large de 40 m qui doit relier la nouvelle gare au « centre civique » du palais du gouverneur[22]. Le projet est assez comparable à celui mis en œuvre à Léopoldville, avec la construction du long corridor du quartier européen coincé entre les cités noires et la rive du fleuve. Selon les directives d’urbanisme en vigueur dans les villes de l’A.E.F., le plan de Brazzaville tient « résolument éloignées » de la ville européenne les deux « villes indigènes » de Bacongo et de Poto-Poto – encore appelées « villes africaines » ou « quartiers africains » – et la voie ferrée sert également de barrière ségrégative[23. En effet, en 1934, la ligne de chemin de fer du Congo-Océan[24], reliant Pointe-Noire à Brazzaville, arrive enfin dans la capitale, soit 36 ans après la ligne homologue belge MatadiLéopoldville, sortant enfin la capitale de l’A.E.F. de son isolement et de sa dépendance vis à vis de la capitale du Congo belge qui compte déjà plus du double de population[25]. En connexion avec le terminus ferroviaire, un nouveau port fluvial est construit en 1932 à M’Pila, avec un quai à profil incliné pour décharger les cargaisons des bateaux, utilisable en période de basses eaux ou de crues.

L’architecture du logement est aussi issu des mêmes modèles architecturaux mis en place en Europe dont les réalisations sous les tropiques offrent un évident parallélisme comme par exemple le concept de la cité-jardin qui traverse les deux capitales et mériterait une approche commune. De même, à partir des années 1930 et jusqu’au début des années 1950, les logements des Européens, civils et militaires, pourvus des dernières innovations de l’architecture climatique, se parent des accents régionalistes en usage dans les milieux de villégiature métropolitains : façades à fronton et pignons à redents à la flamande pour Léopoldville, faux pan de bois et toitures dissymétriques néo-basques pour Brazzaville-la-Verte[26] (comme à Pointe-Noire, dotée d’une gare néo-normande) et usage commun des soubassements en pierre locale en opus incertum et aux joints apparents. A Léopoldville, quelques résidences d’exception, comme celle du vice-gouverneur du Congo ou celle du directeur général de l’OTRACO, s’apparentent à de grandes demeures de villégiature au style moderne hybride. Parallèlement, les bâtiments commerciaux et les édifices

publics, notamment ceux dédiés à la santé et à l’éducation, symboles du renouveau économique et du progrès, se distancient du style néo-classique alors en usage et optent résolument pour la modernité teintée d’accents Art Déco comme la poste centrale de Brazzaville (1931) ou à l’hôpital Reine-Elisabeth de Léopoldville (1928-1934). Une approche commune et comparative de cette déclinaison des styles et des modèles serait riche d’enseignements et permettrait aussi d’éclairer d’un jour nouveau l’histoire des influences architecturales entre les deux capitales métropolitaines et la place de la modernité dans l’histoire des empires coloniaux.

L’ouverture vers la modernité et l’impossible maîtrise de l’urbanisation. 1934-1960

A Brazzaville, l’arrivée du Chemin de fer Congo-Océan (C.F.C.O.) et le dynamisme du gouverneur général François-Joseph Reste créent les conditions favorables à un renouveau de l’architecture et de l’urbanisme de la capitale de l’A.E.F., longtemps considérée comme une « colonie Cendrillon », abandonnée par la métropole. A partir de 1935-1936, la section d’architecture, nouvellement créée vers 1930 au sein de l’Inspection générale des Travaux Publics de l’A.E.F., propose un nouveau plan d’urbanisme de Brazzaville qui, dans le quartier européen, adapte la voierie pour l’automobile, embellit l’espace urbain par l’aménagement de squares et de jardins publics avec pergolas, installe d’élégantes clôtures en ciment le long des voies publiques, aménage des points de vue le long de la route de la Corniche et crée des réserves forestières et un nouveau jardin botanique. Parallèlement, l’architecte Jacques Bouvet, responsable de la section d’architecture réalise notamment la construction de nombreux bâtiments administratifs à usage social (écoles, dispensaires…) dans les cités indigènes de Bacongo et Poto-Poto, expérimente la création d’une cité-modèle avec cases en dur à Mafouta et édifie quelques constructions militaires prestigieuses dans un style moderne. L’histoire parallèle des deux services des Travaux Publics est encore à écrire pour cerner la place des ingénieurs et des architectes, la mise en place des nouveaux programmes et des modes de construction, …

L’arrivée du général de Gaulle débarquant sur le petit aérodrome du camp du capitaine Gaulard, le 24 octobre 1940, marque un tournant dans l’histoire des deux capitales, toutes deux « unies » et participant à leur façon à l’effort de guerre. Brazzaville, capitale de l’A.E.F., est promue capitale de la France Libre et projetée au devant de la scène. En novembre 1940, Félix Eboué, nommé gouverneur général de l’A.E.F., lance une campagne fulgurante de travaux prestigieux pour hisser la ville au rang international, malgré le manque de moyens financiers et le retard considérable accumulé par rapport à sa voisine. Engagé dans le service des Travaux publics en mars 1941, le jeune architecte Roger Lelièvre (= R.L., alias Erell) a la lourde tâche de concevoir les édifices et monuments phares nécessaires à l’action gaulliste. De Gaulle ne peut être logé dans le vieux palais du gouverneur, poussiéreux et démodé. Situé en dehors du périmètre européen, à la lisière de la cité indigène de Bacongo, un nouveau palais « pour les hôtes de passage » vite surnommé la « case de Gaulle », d’un classicisme moderne épuré, inspiré du palais

parisien de Chaillot (1937) est à peine terminé pour la venue du général, en septembre 1942. A la hâte, il faut construire une école militaire pour la formation des officiers et sous-officiers envoyés sur la ville de Bangui et au Tchad, et – surtout pour la propagande – créer les fronts de scène et les cadres de rassemblement où les foules écouteront les grands discours et seront les témoins de la conférence de Brazzaville (1944), relayée par la nouvelle station de Radio-Brazzaville qui diffuse sur les cinq continents[27] : monument à Savorgnan-de-Brazza, stades Marchand et Sainte-Anne…[28] La nouvelle politique indigène en A.E.F. – initiée par le Gouverneur général Félix Eboué depuis 1940[29] fondée sur l’appui aux élites locales, l’intégration paritaire des populations indigènes par « l’assimilation » et le développement des structures sociales – sera implémentée par Erell à l’entrée de la cité indigène de Poto-Poto avec la construction d’une « maison commune », du temple protestant et de la basilique/stade-vélodrome de Sainte-Anne[30]. Ce vaste complexe catholique couplé au plus grand stade de l’A.E.F. s’inspire sans doute en partie de la première église indigène Saint-Pierre et de l’impressionnant stade-vélodrome attenant de la Reine-Astrid, construits dix ans plus tôt à Léopoldville et surtout du parc des sports contemporain GénéralErmens, édifié en 1942-1943. Les lieux de pratique du sport et des loisirs, activités largement répandues et partagées par la population des cités indigènes des deux capitales, encouragées et encadrées par le pouvoir colonial sont porteurs de fortes cultures identitaires[31] .

Le programme de construction de Léopoldville est moins intense mais elle assure plus directement une très grande part de l’effort économique de guerre. En 1941, elle exporte de nombreux produits alimentaires (sucre, bière, légumes secs, produits farineux) et textiles vers l’A.E.F. et l’A.O.F., privées d’approvisionnements métropolitains, et ses industries minières (étain, cobalt, tungstène, caoutchouc…) fonctionnent à plein rendement pour assurer les demandes des alliés.

Après la guerre, les deux capitales se lancent toutes deux dans une vaste campagne de construction et d’aménagement urbain à travers la mise en place de plans décennaux pour le développement économique et social[32] et d’organisations économique et financière spécifiques[33] .

En 1945, l’écart se creuse entre les populations des deux capitales et passe de 1 à 3 en faveur de Léopoldville[34]. Dix ans plus tard, les investissements, en très forte augmentation ont provoqué une hausse considérable des populations : celle de la capitale du Congo belge a encore augmentée de 3,6 % alors que celle de l’A.E.F. n’a progressé que de 1,9%[35] .

Pour l’A.E.F., le programme d’investissement prévoit la création et l’aménagement d’infrastructures, la construction d’équipements administratifs et sociaux et la réalisation de plans directeurs et d’aménagement urbain[36]. A Brazzaville, le changement du cadre de vie, programmé par le plan-directeur de Jean-Yves Normand (1949-1951) est plus directement perceptible dans la ville blanche, lieu de toutes les innovations de l’architecture climatique[37], irriguée par des transports collectifs, alimentée par une nouvelle installation hydroélectrique, et assainie par une station d’épuration. Les accès à la capitale sont entièrement reconstruits : nouvel aérodrome « impérial » installé à Maya-Maya, nouveau port fluvial et nouvelle gare. En moins de 7 ans, deux plans d’urbanisme tenteront de canaliser cette « ruée vers l’or ». Les équipements publics remplacent les nouvelles structures obsolètes et trop exiguës : hôtel de ville, hôpital général, institut pasteur et clinique privé, palais de justice, lycée, institut technique et collège, Institut d’Etudes Centre-Africaine,…. L’effort de l’Etat est relayé par les banques qui s’installent dans des édifices fastueux… L’accroissement des capacités de logement de la population et la création de nouveaux services (cinémas, restaurants, dancings), pour une population qui a presque doublé en dix ans[38], est prodigieux : hôtels ultra-modernes comme les Relais Aériens[39], villas somptueuses – voir par exemple celle du directeur général de la Caisse Centrale de la France d’Outre-Mer -, maisons innovantes telle la Maison tropique en métal et aluminium[40], et immeubles parmi lesquels on peut signaler celui à appartements en duplex de la Compagnie générale des Transports en Afrique, l’« unité d’habitation » d’inspiration corbuséenne pour Air-France[41] ou l’immeuble La Paternelle, réplique tardive brazzavilloise du premier gratte-ciel de la FORESCOM à Léopoldville.

Si l’économie de la construction brazzavilloise ralentit à partir des années 1954, deux ans avant celle de Léopoldville, la comparaison entre l’ensemble des réalisations de cette brève période de grande extension mériterait des investigations plus approfondies sur la circulation des entrepreneurs et des architectes entre les deux capitales[42], la place des Congolais dans le processus de conception et de construction, la mise en place des procédures de la maîtrise d’ouvrage publique, l’apparition et la mise en œuvre de nouveaux matériaux et l’application des procédés climatiques, sans oublier les comparaisons stylistiques… Dans le cas du logement de la population africaine, les solutions trouvées pour contrer l’émergence des bidonvilles du Congo belge par l’Office des cités africaines (O.C.A.), qui succède en 1952 à Office des cités indigènes fondé en 1949, et les propositions mises en place en A.E.F. par la Société Immobilière de l’A.E.F. (S.I.A.E.F.) sont tout à fait comparables avec la recherche d’une architecture composée d’éléments standardisés et industrialisés. Les échelles de production sont néanmoins sans commune mesure entre les 13.814 habitations élevées de 1952 à 1958 par l’O.C.A. sur neuf quartiers planifiés de Léopoldville, et les lotissements brazzavillois édifiés par la S.I.A.E.F. qui comptent pour la même période moins de 700 logements construits. Ces mesures en faveur du logement africain ne permettent pas d’enrayer le phénomène de l’autoconstruction qui s’étend à Léopoldville sur plus de 5200 ha en 1960, soit une surface équivalente à l’ensemble des anciennes cités indigènes[43]. Au moment des indépendances, Léopoldville a une population d’environ 400.000 habitants, soit quatre fois plus que sa voisine. Dans les deux capitales, plus de 90% de ces populations vivent dans les villes noires. Le territoire de Brazzaville s’étend alors sur 24 km2 , soit sur un territoire trois fois plus étendu qu’en1946 selon un rythme de progression fulgurant qui ne sera jamais dépassé jusqu’à ce jour[44] .

Esquisse pour une histoire comparée des capitales post-coloniales. 1960-2010 Pour la période post-coloniale, les repérages architecturaux et les études sur l’évolution des paysages urbains ne sont pas assez avancés pour dresser des constats comparatifs pertinents portant en grande partie sur une histoire du temps présent[45 ].

Durant les années 1970, les nouveaux régimes en place dans les deux capitales sont désireux de reprendre en main les rênes de l’urbanisation et de la commande publique. Le savoirfaire français en matière d’urbanisme et les ingénieurs des Ponts-et-Chaussées sont néanmoins toujours présents et mettent en place des missions portant sur l’urbanisme et l’habitat par l’intermédiaire du Secrétariat des missions d’urbanisme et d’habitat (S.M.U.H.). Ils dressent, seuls ou avec les chercheurs de l’Office de la recherche scientifique et technique outre-mer (O.R.S.T.O.M.) des études urbaines, des atlas urbains et des plans directeurs, souvent en marge des projets opérationnels et incapables d’endiguer la dynamique urbaine aux infrastructures précaires et aux problèmes insolubles (érosion…)[46]. La majorité des commandes importantes est le plus souvent exécutée selon un style d’architecture internationale par des cabinets internationaux comme celui de Olivier-Clément Cacoub, présent dans de nombreuses capitales africaines et qui travaille pour le président Mobutu. Du côté de Brazzaville, la manne du pétrole alimente la construction des immeubles à façade-rideau aux verres teintés de nombreuses banques et de ministères, dont les maîtres d’œuvre et les maîtres d’ouvrage sont peu soucieux d’une architecture climatique alternative. Face aux grandes tours kinoises, comme la tour SOZACOM (1969-1977) à la recherche d’un langage formel qui se veut plus contextuel et fierté des kinois, Brazzaville « réplique » par une autre construction sculpturale, l’immeuble-tour Nabemba, haut de trente étages, cylindrique, en forme de double pyramide tronquée, siège d’ElfCongo et des ministères (1990). Des deux côtés du fleuve Congo, les stades nationaux sont érigés avec l’aide chinoise selon des modèles diffusés sur toute la planète. Aujourd’hui, l’empire du Milieu est toujours présent dans les deux capitales et réalise ou finance de nombreux projets d’infrastructure et de réalisations immobilières d’envergure. D’autres investisseurs étrangers, comme les émirats de Dubai, ne sont pas absents de la compétition et projettent sur une immense « île ghetto », la création de la nouvelle cité futuriste pour les affaires et la villégiature, la « Cité du fleuve » [47] .

La nouvelle cité urbaine, à Brazza[48] comme à Kin, ne tournera plus le dos au fleuve, mais sera conçue pour profiter du panorama de ses rives. Cette nouvelle modernité aux standards internationaux sera-t-elle soucieuse de conserver et de sauvegarder « l’authenticité » et la spécificité de ces paysages culturels urbains, naturels et bâtis, palimpsestes et patchworks identitaires au même titre que la Société des ambianceurs et des personnes élégantes (SAPE) ou la rumba congolaise, aux patrimoines partagées de chaque côté du fleuve [49] ? Depuis plusieurs décennies, malgré les conflits et les inerties, les mémoires locales sont patiemment enregistrées et collectées. Ces collectes des traces et des mémoires contribuent au patient tissage de liens sociaux dans chacune des capitales, à la création de solidarités et de fructueux échanges internationaux entre les deux Congo et les pays du Nord et du Sud, qui devraient autoriser une nouvelle lecture unifiée de « BraKin » [50], socle d’un futur patrimoine du fleuve Congo[51].

Bernard Toulier,
conservateur général du patrimoine.
direction générale des patrimoines,
département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique,
ministère de la culture et de la communication (France).

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  1. A partir des années 1970, l’ancien Stanley-Pool est dénommé Pool Malebo par les autorités zaïroises.
  2. Charles-Didier Gondola, Villes miroirs. Migrations et identités urbaines à Brazzaville et Kinshasa. 1930- 1970. Paris, L’Harmattan, 1997, p .13-20.
  3. Pour la lecture des deux sites urbains cités dans cet article, on se réfère aux deux inventaires de l’architecture et des espaces urbains effectués à Brazzaville vers 1995-1996 et à Kinshasa en 2009-2010. Bernard Toulier, Brazzaville-la-Verte. Congo, Brazzaville/Nantes, 1996 ; Bernard Toulier, Joahn Lagae, Marc Gemoets, Kinshasa. Architecture et paysage urbains, Paris, Somogy, 2010 et site internet www.wikinshasa.org.
  4. Jan Vansina, « L’histoire de l’Afrique centrale dans la perspective du temps long », Jean-Luc vellut (dir.), La mémoire du Congo. Le temps colonial. Tervuren/Gand, Musée royal de l’Afrique centrale/ Ed. Snoeck, 2005, p.23-27.
  5. Olivier de Bouveignes, « Jérôme de Montessarchio et la découverte du Stanley-Pool », in Zaïre, II, 1948, p.989-1013.
  6. Léon de Saint Moulin, « Les anciens villages des environs de Kinshasa », in Etudes d’histoire africaine, II, 1971, p.83-119.
  7. L’Association Internationale Africaine (A.I.A.), créée en 1876 par le roi des Belges, avait pour mission « d’explorer les parties inconnues de l’Afrique, de faciliter l’ouverture des voies qui fissent pénétrer la civilisation dans l’intérieur du continent africain, et de rechercher des moyens efficaces pour amener à la suppression de la traite des noirs. ». C’est la même association qui, en 1879, renvoie Stanley à l’embouchure du Congo pour fonder des stations commerciales le long de ses rives.
  8.  http://www.brazza.culture.fr/fr/missions/leopoldville.htm. Consulté le 15/08/2012
  9. Roger Frey, « Brazzaville. Capitale de l’Afrique Equatoriale française », Encyclopédie mensuelle d’OutreMer, 48-49, août-septembre 1954, p.36
  10. Eugène Guernier (dir.), Afrique Equatoriale Française, Paris, Encyclopédie coloniale et maritime, 1950, p.60. Reproduction du dessin de Charles de Chavannes représentant « La première maison de Brazzaville » signé et daté du 30 septembre 1884. Voir aussi http://www.brazza.culture.fr/fr/missions/brazzaville_1.htm. Consulté le 15/08/2012.
  11. La Nieuwe Afrikaanse Handels Vennootschap (N.A.H.V.), compagnie hollandaise dirigée par Anton Gresshoff possédait des entrepôts de chaque côté du fleuve desservis par une flottille impressionnante de steamers.
  12. Bacongo fut fondé « … en 1909 sur l’emplacement du village M’Bama, grossi d’un quartier de transfuges et de porteurs du Bas-Congo (village Liberté). » Rogey Frey, « Brazzaville. Capitale de l’Afrique Equatoriale Française », in Encyclopédie mensuelle d’Outre-Mer, août-septembre 1954, n°48-49, p.95.
  13. Pour Poto-Poto, voir le plan de la cité, confectionné vers 1950 en fil de fer et en céramique, à l’intérieur de la Maison commune, dont le nom des rues décline d’innombrables ethnies.
  14. Charles-Didier Gondola, op.cit., p.87-90.
  15. Charles-Didier Gondola, op.cit., p.85.
  16. Charles-Didier Gondola, op.cit., p.113.
  17. Jacqueline Poinsot, Alain Sinou, Jaroslav Sternadel, Les villes d’Afrique noire. Politiques et opérations d’urbanisme et d’habitat entre 1650 et 1960. Paris, Ministère de la coopération et du développement / La Documentation française, 1989, p.142-143. A comparer avec le plan du village de Liberté de Bamako (1890). Ibid, p.94-95.
  18. Charles-Didier Gondola, op.cit., p.113.
  19. Jacqueline Poinsot, Alain Sinou, Jaroslav Sternadel, op. cit., p.83.
  20. Roger de Chatelux [« CHALUX »], Un an au Congo. Les grandes enquêtes de la « Nation Belge », Bruxelles, 1925.
  21. Jean Royer, L’urbanisme aux colonies et dans les pays tropicaux. Rapport du congrès tenu à l’occasion de l’exposition coloniale de 1931, Paris, 1932-1935, 2 t.
  22. Ernest Spanner, « Brazzaville », Jean Royer, dir, L’urbanisme aux colonies et dans les pays tropicaux, t.1, 1932, p.160
  23. Jean Royer, op.cit., t.I, p.158-159.
  24. Blandine Sibille et Tuan Tran Minh, Congo-Océan. De Brazzaville à Pointe-Noire. 1973-1934. Paris, Ed. Frison-Roche, 2010, 142 p.
  25. En 1930, Brazzaville et Léopoldville comptaient respectivement 17.000 et 34.700 habitants, soit un rapport sensiblement de 1 à 2.
  26. L’architecte G. Crételle, employé au service de l’architecture de l’Inspection générale des Travaux publics de l’A.E.F. sera l’auteur de nombreuses constructions dans ce style néo-basque, conçues entre les années 1930 et les années 1950. L’origine de ce style pourrait être mise en rapport avec la forte densité de fonctionnaires émanant de la région bordelaise.
  27. Charles-Didier Gondola, op.cit., p.236. A comparer avec la station privée Congolia de Léopolville qui émet des programmes pour les indigènes dès 1942 et les petites stations de quartier qui se multiplient ensuite. Bernard Toulier, Johan Lagae, Marc Gemoets, op. cit., p.94-95.
  28. Robert Ageron, Bernard Toulier et al., De Gaulle, l’homme de Brazzaville. Paris, Ed. Mazarin, 1996, 125 p.
  29. Félix Eboué, La nouvelle politique indigène pour l’Afrique Equatoriale Française. Paris, Office francais d’édition, 1945 [1er éd. Brazzaville, 1941].
  30. http://www.ambafrance-cg.org/Inauguration-officielle-de-la basilique-Sainte-Anne du Congo. Consulté le 15/08/2012. Le stade est inauguré en 1946.Voir aussi le parallèle sur les conceptions sociales et politiques entre le concepteur de Sainte-Anne, le R.P. Charles Lecomte (1912-1985), président du Cercle des évolués de Brazzaville et le père Raphaêl de la Kéthulle (1890-1856), à Léopoldville, grand promoteur des sports et constructeur de stades. Charles-Didier Gondola, op.cit., p.205-208.
  31. Phyllis Martin, Leisure and society in colonial Brazzaville, Cambridge University Press, 1995 [trad. française, Karthala, 2006].
  32. Plan décennal pour le développement de l’A.E.F (1947-1956) et plan décennal pour le développement économique et social du Congo belge (1949-1959).
  33. Pour la France, Fonds d’investissement pour le développement économique et social (FIDES) et Caisse de coopération économique de la France d’Outre-Mer (C.C.F.O.M.).
  34. Charles-Didier Gondola, op.cit., p.189. Nombre d’adultes, Brazzaville : 28.000 : Léopoldville : 71.000.
  35. Jean-Luc Piermay, Citadins et quête du sol dans les villes d’Afrique centrale. L’Harmattan, 1993, p.69.
  36. Olivier Christin et Armelle Filliat, « Destin des villes de pouvoir. L’urbanisme dans les anciens territoires de l’A.E.F. », in Maurice Culot et Jean-Marie Thiveaud (dir.) Architectures françaises Outre-Mer, Paris, Mardaga/IFA, 1992, p.258-271 / Jean-Jacques Youlou et Scholastique Dianzinga, « Une capitale dans l’histoire », in Robert-Edmond Ziavoula (dir.), Brazzaville, une ville à reconstruire, Paris, Karthala, p.25- 32.
  37. Tristan Guilloux, « Le climat dans l’architecture moderne : regards sur le patrimoine colonial de Brazzaville », Marc Pabois et Bernard Toulier, Architecture et patrimoine colonial. L’expérience française, Paris, INP, 2005, p.70-85.
  38. De 1947 à 1952, la population européenne a été multipliée par 6.
  39. Pour l’ensemble des réalisations de Henri-Jean Calsat, cf. Archives d’architecture de l’Université de Genève (Suisse), http://www.unige.ch/archives/architecture/fonds/archivesdiverses/calsat.html. Consulté le 16/08/2012.
  40. Bernard Toulier, op.cit., p.9, 36. TOUCHALEAUME Eric, Jean Prouvé : Les maisons tropicales. Cat. expo. Paris, Galerie 54, 2006. GUILLOUX Tristan, « The Maison « Tropique »: a modernist icon or the ultimate colonial bungalow? », Fabrications, 18/2, 2008, p.6-25. CINQUALBRE Olivier, Jean Prouvé : La Maison tropicale/The Tropical House, Paris, Editions du Centre Pompidou, 2009. Voir aussi ensemble de huit maisons expérimentales à voûtes en béton à double parois de Léopoldville dont le système breveté est comparable à ceux mises en place à Thies (Sénégal).
  41. La comparaison reste à faire entre l’icône brazzavilloise de l’immeuble Air-France de Brazzaville et les immeubles Sabena de Léopoldville, icones du « nouveau Congo », inspirées également des unités d’habitation de Le Corbusier (Claude Laurens, 1952-1954).
  42. Roger Errell fréquentait le milieu des architectes de Léopoldville et s’est même associé, comme son confrère Jean-Yves Normand avec l’architecte belge René Wolff.(information aimablement fournie par Johan Lagae).
  43. Charles-Didier Gondola, op.cit., p.177-184. Carte des réalisations de l’O.C.A. à Léopoldville en 1957.
  44. Axel Bonnardel et Guillaume Gambaro, Le patrimoine de Brazzaville. Comprendre la stratification historique d’une ville par l’implantation de son patrimoine architectural. Mémoire de master 1 de géographie, Université de Provence Aix-Marseille I, 2009, p.52.
  45. Pour Brazzaville, Elisabeth Dorier-Apprill, Abel Kouvouanna, Christophe Apprill, Vivre à Brazzaville, Paris, Karthala, p.30-5
  46. Pour Kinshasa, recherches dirigées Jean Floriot du Bureau d’études d’aménagement et d’urbanisme (BEAU), 1975, et les travaux de René de Maximy et de Marc Pain (1984). Voir bibliographie complète en annexe. Sur l’autoconstruction à Kinshasa, Patrick Canel, Philippe Delis, Christian Girard, Construire la ville africaine. Chroniques d’un citadin promoteur, Paris, Karthala/ACCT, 1990.
  47. http://www.youtube.com/watch?v=KoyzqlViw44. Consulté le 16/08/2012.
  48. http://www.keldi-architectes.com/aub-aménagement-urbain-de-brazzaville. Consulté le 16/08/2012.
  49. Elikia M’Bokolo, « Le patrimoine urbain, un outil de développement pour l’Afrique », Villes africaines et patrimoines, actes du colloque UNESCO, Yaoundé, 4/12/2003. Bernard Toulier, « Architecture coloniale, identités culturelles et patrimoine en Afrique noire francophone », Jean-Yves Andrieux, Patrimoine. Sources et paradoxes de l’identité ? Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011, p.117-142. Pour un parallèle entre Brazzaville et Dakar, les deux capitales coloniales de l’A.E.F. et de l’A.O.F. Hamady Bocoum, « Dakar, un patrimoine en devenir », Les villes africaines et leurs patrimoines, Paris, Musée du quai Branly, séminaire 11 octobre 2011, p.193-208.
  50. Wim Cuyvers (dir.), Brakin. Brazzaville -Kinshasa. Visualizing the Visible, 2006.
  51. http://fleuves-et-patrimoines.fr/. Consulté le 21/08/2012. Le site, lancé le 15 mars 2012 s’inscrit dans le cadre du programme « Fleuves et patrimoines », lancé au sein de l’UNESCO pour accompagner le processus de reconquête culturelle des fleuves et mettre en réseau les expériences existantes en matière de valorisation culturelle formulées notamment par des sites du patrimoine mondial.

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L’auteur

Historien de l’architecture et ancien pensionnaire de l’Académie de France à Rome, Bernard Toulier est conservateur général du patrimoine. Il est spécialiste du patrimoine architectural des xixe et xxe siècles et exerce ses compétences au sein de la direction générale des Patrimoines (département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique) au ministère de la Culture et de la Communication. Expert pour le compte du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Culture et de la Communication ainsi que pour l’Unesco, il conduit des missions d’inventaire et d’étude dans toute la France comme à l’étranger, en Afrique notamment. Il est responsable du programme « Architectures de la villégiature » au sein du Centre André-Chastel (CNRS).
Il est l’auteur de très nombreuses publications, et notamment : Architecture et patrimoine du xxe siècle en France, Paris, Éditions du patrimoine, 1999. La Côte d’Émeraude, La villégiature balnéaire autour de Dinard et Saint-Malo (dir. avec Francis Muel), Paris, Éditions du patrimoine, 2001. Ville d’eaux. Architecture publique des stations thermales et balnéaires, Paris, Dexia, Imprimerie nationale, 2002. Kinshasa. Architecture et paysage urbain (avec Johan Lagae, Marc Gemoets et al.), Paris, Somogy,