La Compagnie des potasses du Congo – un fiasco industriel

Quiconque est passé à Pointe-Noire il y a plus de 10 ans se souvient du wharf qui s’éloignait de la Côte Sauvage. C’était un des derniers vestiges de l’ambitieux projet minier de la Compagnie des potasses du Congo (CPC). Mis en production en 1969 il faisait long feu* le 23 juillet 1977. En cause : des études bâclées et la surdité de la direction aux avertissements des géologues.

En parcourant la RN1 entre Pointe-Noire et Dolisie, quelques kilomètres après Makola qui succède à Hinda, le voyageur peut remarquer sur une crête à droite, une immense tour de béton. C’est la cheminée de ventilation de la mine de potasse de Hollé.

La mine n’a été productive que de 1969 à 1977. Son exploitation a cessé à la suite d’une énorme voie d’eau qui a noyé la totalité de la mine en quelques jours.

Claude Cheysson en fut président-directeur général de 1970 à 1973.

Pour embarquer le minerai, un wharf de plus de 1 700 m de long a été construit sur la cote sauvage en 1967.

Le wharf à l'arrière l'imense hangar des potasses aujourd'hui disparu. Du wharf ne restent plus en mer que deux piles et à terre trois ou quatre voussoirs. Toute la partie de plaines est construite.Le wharf à l’arrière l’imense hangar des potasses aujourd’hui disparu. Du wharf ne restent plus en mer que deux piles et à terre trois ou quatre voussoirs. Toute la partie de plaines est construite.

La mine Saint-Paul à Holle

Elle consistait en la mine proprement dite dont le puits était profond de 420 m,et des installations au jour dont le moulin et l’usine de flottation destinée à produire la potasse commercialisable : KCL.

L’énergie électrique était produite sur place par 7 groupes mixtes diesel et gaz naturel (venant de Pointe-Indienne). Les moteurs étaient fournis par la Société alsacienne de constructions mécaniques (2 moteurs AGO de 16 cylindres de 240 mm par groupe). Sa puissance était de 19 600 kW.

Le début de l’exploitation fut marqué par de nombreuses difficultés : la potasse n’était pas à l’endroit attendu, il a fallu attendre des mois et percer des centaines de m de galeries pour en trouver la première veine. De plus les carottages ont montré la couche à une profondeur constante, logiquement elle devait être plane. C’était loin d’être le cas et les machines (Borer Marietta) n’étaient pas vraiment adaptées à cette configuration. Le 9 mai 1969 les géologues, au vu de la conformation de la couche, ont indiqué un risque d’infiltration d’eau pouvant conduire à une catastrophe. Elle s’est produite neuf ans après.

Le chevalement de la mine de Hollé 1968

Le chevalement de la mine de Hollé 1968

 

Vue générale des installations extérieures de la mine en 1968

Vue générale des installations extérieures de la mine en 1968

Les sondages ont également montré une importante concentration de sylvinite* ,et par conséquent, tous les équipements étaient destinés à son traitement. En réalité, il y avait plus de carnallite* (en). Vers 1974 il a été décidé de prospecter le gisement de carnallite, et cela a nécessité un important investissement aussi bien en matériel (Jeffrey), qu’en personnel (local et expatrié).

Enfin, il y a eu d’importants mouvements sociaux : grèves.

Pourtant,après cette difficile gestation, avec une survie sans cesse remise en cause,des périodes plus fécondes ont suivi.

L’inondation de la mine s’est produite dans le chantier carnallite (en).Un témoin rapporte « Lorsque nous sommes arrivés au front de la voie, il y a eu un bruit comme un volcan, une venue d’eau boueuse est entrée par une brèche. Tout le monde se sauvait. » L’accident n’a, fort heureusement, pas fait de victimes.

Quelques dates et chiffres

  • 1948 : découverte de potasse dans la région de Pointe-Noire, à l’occasion d’une campagne de recherche de pétrole par la SPAFE.
  • 1960 : campagne de Sondage.
  • 8 avril 1964 : la CPC a été fondée sous forme de société anonyme de droit congolais dont le capital de 2,5 milliards de francs se répartissait entre :
  1. L’État congolais (15 %)
  2. L’Entreprise minière et chimique(EMC) (36,125 %)
  3. le Bureau de recherche géologiqueset minières (BRGM) (36,125 %)
  4. Elf Gabon (12,75 % )
  • 22 septembre 1968 : premier skip chargé (de déblais) symbolisant l’achèvement des installations.
  • 10 décembre 1968 : voie d’eau bénigne de 12 m3/h.
  • 26 mars 1969 : déjà 1 100 m de galeries de creusées, et toujours pas de potasse.
  • 8 avril 1969 : à 1 220 m du puits : enfin le champagne ! 1re potasse. 52 % de sylvinite.
  • 14 avril 1969 : la couche disparaît à nouveau… On commence à voir que le gisement est chaotique…
  • 23 mai 1969 : importante voie d’eau à 1 350 m du puits, mais elle a pu être endiguée.
  • 16 juillet 1969 : la production augmente dans des proportions encourageantes : 2 068 tonnes de sel brut ce jour.
  • 20 juillet 1969 au 18 août 1969 : Grève de près d’un mois. Les ouvriers demandent 30 % d’augmentation et bloquent l’accès au carreau.
  • 6 novembre 1969 : le premier minéralier embarque 18 000 tonnes de potasse traitée (KCL), au wharf.
  • 23 novembre 1970 : visite du président Marien Ngouabi.
  • 1970 : 28 milliards de francs CFA ont été déjà dépensés à cette date. Les effectifs étaient à ce moment-là de 1 100 agents, dont 900 Congolais.
  • 28 décembre 1971 : important incendie au fond, sur une bande de transport de potasse. Pas de victimes, mais la production est totalement stoppée, et ne reprendra qu’au 13 janvier 1972.
  • 5 septembre 1972 : la millionième tonne de KLC commercialisable est produite.
  • 3 mars 1973 : ouverture de la route bitumée de Pointe-Noire au carreau de la mine.
    Au fond en 1974

    Au fond en 1974

  • 17 août 1975 : première extraction de carnalite (en).
  • 11 mars 1977 : les galeries s’éloignent à plus de 6 km du puits.
  • 17 juin 1977 : le Jeffrey qui creuse la galerie de reconnaissance de la carnalite, perce dans la nappe phréatique. Le problème n’est pas jugé alarmant dans l’immédiat, mais la crainte de l’inondation possible est évoquée.
  • 20 juin  1977 : énorme voie d’eau au chantier carnalite (en), à 1 500 m du puits. Le débit est estimé à 6 000 m³ à l’heure
  • 22 juin 1977 : l’eau arrive au puits, toute la mine est noyée. Au jour, à l’endroit du stade de football (Papa Martin), un cratère de 44 m de profondeur se forme.
    Le cratère du fontis en 1977

    Le cratère du fontis en 1977

    Le même en 1983

    Le même en 1983

  • 21 juillet 1977 : visite du président Joachim Yhombi-Opango.
  • 23 juillet 1977 : départ de tous les expatriés et leurs familles par un avion spécialement affrété.

Merci Wikipédia et Daniel Cronenberger qui a rédigé l’article de Wiki et auquel on doit plusieurs des photos d’illustration.

NDLR : Une version encore moins glorieuse a été évoquée. Valéry Giscard d’Estaing n’avait aucune sympathie pour le régime marxiste de la République Populaire du Congo. Il lui préférait l’Empire Centre Africain de son ami Jean-Bedel Bokassa. Il aurait ordonné l’inondation de la mine plutôt que de risquer sa nationalisation. Il espérait aussi, dit-on, permettre la relance des potasses d’Alsace.

* Suite à l’incompréhension manifestée par certains à propos de l’expression « faire long feu » nous pensons nécessaire d’en donner le sens : Au temps des armes sans douilles à amorces, faire long feu signifiait que lorsque l’on mettait le feu à la poudre d’un mousquet (ou d’un canon) après avoir délicatement chargé l’arme, la poudre se consumait en fusant au lieu d’exploser. Faire long feu caractérise l’échec.

SylviniteSylvinite** La sylvinite est un minerai de potasse. C’est un mélange de sylvine (KCl, ou chlorure de potassium) et halite (NaCl, ou chlorure de sodium). Son exploitation a été massive au XXesiècle dans le nord de Mulhouse dans une zone appelée le Bassin potassique. Au Canada, la plupart des mines en exploitation extraient de la sylvinite contenant environ 31 % de KCl et66 % de NaCl, le solde étant constitué d’argiles insolubles, d’anhydrite et dans certains endroits de carnallite.

*** La carnallite est une évaporite,un chlorure de potassium et de magnésium hydraté de formule KMgCl3·6(H2O).