La réserve de biosphère de Dimonika – 1995

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La série des Documents de travail est une publication du Programme de coopération Sud-Sud pour un développement socio-économique respectueux de l’environnement dans les Tropiques humides. La série a pour objectif de disséminer les résultats de la recherche sur les Réserves de la biosphère sur des sujets comme (i) les modèles prédominant de conservation et d’utilisation des ressources et, (ii) les moyens d’améliorer les pratiques traditionnelles et les orientations pour la recherche appliquée afin d’intensifier et d’utiliser de manière pérenne la biodiversité pour fournir de meilleure conditions de vie pour les populations locales des zones tampons et de transition. Sur des thèmes plus généraux, les Documents de travail sont aussi une tentative d’identifier les problèmes clés qui deviendront des éléments de préoccupation pour la coopération internationale.

La carte de première de couverture a été réalisée à l’aide d’un logiciel commercial. Le tracé des frontières n’implique ni approbation ni acceptation officielle de l’UNESCO ou des Nations Unies. II en est de même pour les idées et opinions exprimées dans la série des Documents de travail, lesquelles n’engagent uniquement que leurs auteurs.

La série des Documents de travail est publiée selon les nécessités soit en anglais, français ou espagnol en fonction de la langue utilisée par l’auteur.

© La permission de reproduire articles et illustrations de la série des Documents de travail sera accordée sans autorisation préalable, dans la mesure où les références complètes de la source (auteur, titre, titre de la série, date, institution éditrice et lieu de publication) sont citées.

Edité par:

UNESCO Division des Sciences Ecologiques
Programme de Coopération Sud-Sud
7 place de Fontenoy
75 700 PARIS (FRANCE)
Téléphone : 33 – (1) 45.68.41.46
Télécopie : 33 w (1) 40.65.98.97
Télex : 20.44.61 Paris
E-mail : scmcl @ unesco.org

 

AVANT-PROPOS DES EDITEURS

Il est demandé aux Réserves de la biosphère ou aux zones gérées de manière similaires qui rejoignent le Programme de Coopération Sud-Sud, de produire un état des lieux de leur région contenant des informations de première main sur sa situation et ses problèmes pressants.

Ces rapports seront en premier lieu utilisés comme matériels de support pour les projets comparatifs approuvés dans le programme d’activités établi lors de la réunion de Chiang Mai, tenue en mai 1994. Pour plus de détails veuillez vous reporter à la lettre d’information Perspectives Sud-Sud (N” 1, Octobre 1994 [28 pp.], UNESCO, Paris [France]).

Étant donnée la richesse d’information de ces rapports, ils sont mis à la disposition d’un large public. Ils peuvent être obtenus en contactant le Secrétariat du MAFJAJNESCO, Division des Sciences Écologiques.

Pour d’autres documents disponibles dans la série, veuillez voir la dernière de couverture.

INTRODUCTION

La forêt du Mayombe a été considérée, au début de ce siècle, par la communauté scientifique congolaise comme étant le massif forestier le plus dégradé. Celle-ci a donc recommandé au gouvernement qu’une attention particulière lui soit réservée.

Le gouvernement a été amené à créer en 1981 la Station de recherche bioécologique forestière de Dimonika qui a eu pour mission de mener des recherches pluridisciplinaires sur l’écosystème forestier du Mayombe. La détermination du gouvernement et de la communauté scientifique nationale et internationale a abouti en 1985 à l’idée d’un projet de développement régional du Mayombe pour lequel le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture UNESCO) se sont engagés à apporter leur appui. Depuis janvier 1986 le projet est fonctionnel.

Après une brève présentation de la forêt du Mayombe, il sera fait un rapide bilan des activités qui ont été menées dans cette forêt dont une partie a été érigée en Réserve de la biosphère en mars 1988.

Dans le cadre du présent document il sera exposé les points ci-après :

  1. Brève description du statut actuel de la Réserve de la biosphère de Dimonika.
  2. État sur les modes d’utilisation et de conservation de ressource.
  • Moyens d’améliorer les pratiques traditionnelles et les orientations pour des recherches appliquées visant une utilisation intensive et soutenue de la biodiversité, afin d’assurer des meilleures conditions de vie aux populations locales des zones tampons et de transition.
  1. État d’avancement sur des opérations de recherche et de contrôle en vue de l’utilisation soutenue de la biodiversité, la valorisation des ressources renouvelable de manière équitable
  2. Identification des problèmes clés qui sont ou seront des points de concentration de la coopération internationale dans laquelle chaque site sélectionnée pourrait contribuer efficacement.
  3. Note sur le fonctionnement opérationnel de la Réserve et sa place dans les efforts nationaux en matière de conservation et de développement durable.

I- BRÈVE DESCRIPTION DU STATUT ACTUEL DE LA RÉSERVE DE LA BIOSPHÈRE DE DIMONIKA

1)     Localisation

 

Le Mayombe congolais est compris entre les latitudes 3’30’et 4’50 sud et les latitudes 11’3O’et 13”12’ est. Il se trouve entre 40 et 80 km de l’océan Atlantique sur une largeur de 50 à 80 Km. et a une superficie d’environ 7 000 km2.

Le Mayombe est une chaîne montagneuse au relief très accidenté, mais d’altitude très modeste, culminant au Mont Foungouti vers 930 mètres. Il est couvert d’une forêt ombrophile planitaire guinéo-congolaise de types relativement secs (Cf. WHITE, 1983).

La Réserve de la biosphère de Dimonika (Cf. CARTE 1) quant à elle couvre une superficie de 136 km.2.

CARTE 1 : La Réserve de la biosphère de Dimonika

CARTE 1 : La Réserve de la biosphère de Dimonika

 

2)     Le climat

Pour SAMBA-KIMEJATA le Mayombe est soumis pour l’essentiel à un climat chaud et humide combinant à la fois des traits équatoriaux, tropicaux et océaniques.

L’influence équatoriale se marque par la relative abondance pluviométrique annuelle (1 200 à 1 900 mm.), le régime pluviométrique de type bimodal (Cf. GRAPHIQUE l), la chaleur élevée (23-24 “C) et les faibles écarts thermiques saisonniers (Cf. GRAPHIQUE 2).

GRAPHIQUE 1 : Comparaison de la pluviosité à Dimonika et aux Saras

GRAPHIQUE 1 : Comparaison de la pluviosité à Dimonika et aux Saras

GRAPHIQUE 2 : Comparaison des températures maximales moyennes à Dimonika et aux Saras

GRAPHIQUE 2 : Comparaison des températures maximales moyennes à Dimonika et aux Saras

Les traits océaniques s’expriment par le rythme diurne des précipitations journalières à prépondérance nocturne, une humidité élevée de l’air, une nébulosité très abondante à faible variation saisonnière.

Les traits tropicaux se manifestent par les vigoureux contrastes des totaux pluviométriques entre les mois de la saison des pluies et ceux de la saison sèche, l’existence anormalement longue d’une saison sèche de 4 à 5 mois (Cf. GRAPHIQUES 3a et 3b) et un bilan hydrique déficitaire pendant 2 à 3 mois (Cf. GRAPHIQUE 4). La saison sèche est contrairement à ce qu’elle est dans l’hémisphère Nord, fraîche et légèrement arrosée.

GRAPHIQUE 3a : Diagramme ombrothermique de Dimonika

GRAPHIQUE 3a : Diagramme ombrothermique de Dimonika

GRAPHIQUE 3b : Diagramme ombrothermigue des Saras

GRAPHIQUE 3b : Diagramme ombrothermigue des Saras

 

GRAPHIQUE 4 : Comparaison du bilan moyen mensuel de l’eau à Dimonika et aux Saras

GRAPHIQUE 4 : Comparaison du bilan moyen mensuel de l’eau à Dimonika et aux Saras

La proximité de l’océan Atlantique, l’altitude et la végétation forestière donnent cependant au climat du Mayombe, un cachet particulier au Congo méridional. Il se manifeste par une humidité relative de l’air excessive (84 à 90 % avec un régime inversé, au maximum à la saison sèche) une légère atténuation de la saison sèche et une diminution de la température et enfin un petit allongement de la saison des pluies.

3)     L’hydrographie

Le réseau hydrographique est assez dense (Cf. CARTE 2) et s’organise autour de deux fleuves : le Kouilou alimenté par le Loubomo, la Ngoma-na-Ngoma et la Loukamba, la Loémé dont le principal affluent dans la zone de la Réserve est la Loukénéné qui, elle même a comme principal affluent la Loukoula.

CARTE 2 : Le réseau hydrographique

CARTE 2 : Le réseau hydrographique

 

4)     La géoloqie

La chaîne du Mayombe s’est mise en place au précambrien, par une suite de plissements qui ont été transformés pénéplaines en plusieurs phases. Un nouveau soulèvement eut lieu au crétacé, suivi de l’érosion responsable du relief actuel. La stratigraphie est complexe et la variété des roches très grande : trois faciès de granite, mais surtout des schistes, des quartzites, des gneiss, des grès et des amphibolites sans compter des intrusions de dolérite.

Globalement le Mayombe central congolais comporte d’ouest en est un massif granitique, le mont Kanda. Ces roches sont encadrées à l’ouest par une formation crétacée recouverte de sables tertiaires et à l’est par les calcaires du synclinorum du Niari.

5)     Les sols

Le Mayombe comporte des sols anciens bien évolués dans les parties du paysage à l’abri de l’érosion et des sols dont les caractères de jeunesse sont liés aux pentes et à l’érosion active même sous la forêt. L’érosion est d’autant plus active que les pentes sont fortes et les textures légères, ce qui entraîne un amincissement de l’épaisseur du sol.

Les caractéristiques physiques sont généralement satisfaisantes sauf pour les plus sableux et pour ceux fortement appauvris en surface. Même ceux dont la texture est plus lourde (issus des roches cristallophylliennes) sont bien structurés.

Tous ces sols sont chimiquement pauvres, fortement désaturés et très acides, le pH en surface peut être très bas (de l’ordre de 3,5 sur les sols issus de roches schisteuses).

Les sols issus de roches métamorphiques acides sont des sols ferralitiques à texture argile-sableuse, avec un horizon caillouteux plus ou moins profond qui permet en général la culture de la banane et du manioc.

6)     Les richesses du sous-sol

L’or est la seule richesse exploitée actuellement dans les zones tampons. Le diamant a été trouvé dans la Loukénéné en 1952-1956. Des gisements de marbre viennent d’être identifiés dans les environs des Saras.

7)     La végétation

La végétation est essentiellement constituée de forêt ombrophile planitiaire guinéocongolaise (Cf: PHOTO 1). Les grands arbres souvent caducifoliés dominent un sous-bois sempervirent, les épiphytes sont rares à cause de l’humidité élevée de l’air.

PHOTO 1 : Une vue de la forêt du Mayombe depuis la tour écologique de Koulila

PHOTO 1 : Une vue de la forêt du Mayombe depuis la tour écologique de Koulila

Les vallées humides et les forêts ripicoles sont particulièrement riches en Symphonia globulifera, Julbernardia brieyi, en fougères et en Gilbertiodendron dewevrei. Cette dernière espèce forme des peuplements purs sur les bas de pente du versant oriental du Mont M’Bamba.

Les forêts secondaires sont également bien représentées. On note la présence de Musanga cecropioides, Harungana madagascariensis, Calocoba welvritschii, Trema guineensis

Le climax forestier du Mayombe est mité par endroit de savanes plus ou moins incluses. Dans les environs du village Makaba en trouve des forêts clairsemées à Marantacées et des savanes incluses (Cf. PHOTO 2).

Dans les forêts on note surtout la présence d’Aucoumea klaineana, Pentaclethra eetveldeana, Baillonella toxisperma. Dans certaines savanes Pobeguinea arrecta est largement dominante, alors que dans d’autres c’est Hyparrhenia SP. La strate arbustive est dominée par Annona senegalensis, Bridelia ferrugenea et Nauclea latifolia.

PHOTO 2 : Savane incluse des environs de Makaba

PHOTO 2 : Savane incluse des environs de Makaba

 

8)     Les animaux

La faune est abondante et variée, les groupes les plus connus à ce jour sont : les Coléoptères (cétoines, scarabées, longicornes) ; les lépidoptères de nuit (attacidés, spingidés) ; les phlébotomes ; les termites (Thoracotermes macrothorax et Macrothermes mulleri) ; les poissons ; les serpents (41 espèces de 5 familles dont Bitis gabonica, Naja melanoleuca et Dendroaspsis jamesonii) et les mammifères.

9)     Le peuplement et la population

Le massif forestier du Mayombe compte selon les résultats du recensement de 1984 près de 19 000 habitants dans la Sous-préfecture de M’Vouti où se trouve la Réserve de la biosphère et près de 8 000 habitants dans celle de Kakamoëka. Cela fait pour la Sous-préfecture de M’Vouti une densité de 5,8 habitants/km2 et pour celle de Kakamoëka une densité de 3,5. Ces chiffres sont tous les deux supérieurs à la densité rurale moyenne du Congo, qui était de 2,7 début 1985, la Sous-préfecture de M’Vouti a donc une densité plus de deux fois supérieure à la densité rurale moyenne du pays, c’est de très loin la Sous-préfecture forestière la plus densément peuplée de tout le Congo. Par conséquent, c’est donc là où la forêt est la plus menacée par les défrichements. La densité de population de la Sous-préfecture de M’Vouti est même légèrement supérieure à la densité générale du pays qui était de 5,6 au début de 1985.

Par ailleurs, la Sous-Préfecture de M’Vouti est la région qui a connu la plus forte immigration de tout le monde rural congolais. Plus d’un tiers des habitants de la zone sont des migrants nés dans les régions voisines du Niari, de la Bouenza, du Pool, de la Lékoumou ou venus du Zaïre et de l’Angola.

L’activité principale au Mayombe est l’agriculture vivrière, mais la chasse, l’orpaillage et le petit commerce sont très actifs.

II- MODE D’UTILISATION ET DE CONSERVATION DE RESSOURCES

L’utilisation de ressources reste très traditionnelle. Sur le plan agricole, la technique culturale la plus utilisée est la défriche sur brûlis de type itinérant, mais l’introduction des tronçonneuses permet le déboisement et l’abattage de superficies relativement plus importantes. Les méthodes de capture des animaux dans le Mayombe vont des pièges traditionnels aux armes à feu, en passant par d’autres procédés comme le filet. La pêche reste une activité d’appoint et se pratique avec des engins comme les filets maillants, les hameçons, les nasses et parfois l’ichtyotoxine végétale.

La forme traditionnelle de conservation de la flore reste la jachère. En matière de faune, les pouvoirs publics ont institué par arrêté une période de fermeture de la chasse de six mois allant du 1er novembre au 30 avril.

Ill- MOYENS D’AMÉLIORER LES PRATIQUES TRADITIONNELLES ET ORIENTATIONS POUR DES RECHERCHES APPLIQUÉES

Pour améliorer les pratiques culturales traditionnelles et les orientations pour des recherches appliquées visant une utilisation intensive et soutenue de la biodiversité, afin d’assurer des meilleures conditions de vie aux populations locales des zones tampons et de transition, il est nécessaire :

  1. En matière de production végétale, de parvenir à une sédentarisation de l’agriculture et à la réduction de la durée de la jachère et l’augmentation de la fertilité des sols. Les axes prioritaires de recherche devraient être les suivants :
    • effectuer un bilan des connaissances sur les systèmes agricoles traditionnels et une mise au point des systèmes efficaces assurant des rendements soutenus avec le minimum de risque pour l’environnement.
    • assurer la mise au point de techniques exigeant peu d’intrant, allégeant les travaux pénibles et fastidieux, augmentant l’emploi en milieu rural et enfin utilisant des terres à des fins multiples.
  2. Pour les productions animales, l’élevage du petit gibier comme Thryonomys swinderianus, Cephalophus monticola et Cephalophus dorsalis.
  • La pisciculture doit être relancée. Pour ce faire il est urgent d’approfondir les connaissances sur la biologie de certaines espèces susceptibles d’être utilisées en milieu paysans, telles Clarias camerunensis et Tilapia cabrae.

1-    Les opérations de recherche

Les recherches menées dans le Mayombe ont déjà fait l’objet d’une synthèse dans la Revue des connaissances sur le Mayombe (Cf. PNUD et al., 1989). Il ne sera présenté ici que les études complémentaires qui ont été effectuées et qui portent spécialement sur les interactions forêt-atmosphère, l’origine de l’évolution des savanes intra-mayombiennes, la biologie et le rôle des termites dans le processus d’humification des sols, l’étude des osidases digestives de plusieurs espèces de termites, l’ichtyofaune et les mammifères, la réhabilitation de certaines zones dégradées du Mayombe.

a)     L’étude des interactions forêt-atmosphère

De 1980 à 1992 les scientifiques de l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville (Congo) et de l’Université Paul Sabatier de Toulouse (France) ont effectué des études sur les interactions entre la forêt tropicale humide du Mayombe et l’atmosphère. Ces études ont été menées dans le cadre du programme DECAFE (Dynamique et Chimie de l’Atmosphère en forêt Equatoriale) et du Projet Mayombe.

La tour métallique de 45 m. de haut a été un des principaux outils pour les estimations des différents flux des éléments émis ou absorbés par l’environnement forestier. Un schéma conceptuel des échanges canopée-atmosphère a été élaboré en utilisant les particules submicromiques comme traceurs. Ces particules jouent, d’autre part, un rôle important dans la formation des brouillards matinaux qui sont critiques pour la survie de la forêt du Mayombe en saison sèche.

Ce premier schéma a ensuite été amélioré en employant des méthodes dynamiques et thermodynamiques. Elles ont mis en évidence l’aspect discontinu de ces échanges sous forme de “bouffies” dont les critères de déclenchement restent à définir.

Les études sur les aérosols montrent clairement que la forêt équatoriale est une source très active de particules biogéniques. Ces aérosols sont constitués principalement de matière carbonée; cependant l’analyse chimique suggère que la forêt produit également de façon significative des sulfates, des nitrates ainsi que du potassium et de l’ammonium. Ces aérosols se répartissent suivant deux modes granulométriques distincts correspondant à deux mécanismes d’émission : érosion des matières végétales pour les gros et transformation gaz-solide pour les plus fins.

Par ailleurs dans le cadre des études des sources et des puits des composés majeurs du carbone (CH4, CO et CO2) dans le bassin du Congo, de nombreuses mesures ont été effectuées dans la région de Dimonika. D’importantes émissions de méthane atteignant 6,1013 mol./cm.‘.s. ont été observées dans les bas-fonds inondés où les caractéristiques des sols, pH, et potentiel d’oxydoréduction favorisent la croissance des bactéries méthanogènes.

Cependant globalement, les sols de cette région constituent un puits de méthane atmosphérique avec des taux d’absorption variant de 1010 à 1011 mol./cm².s. selon le type de sol. La production de méthane par les termitières semble être une composante mineure du bilan global du méthane atmosphérique dans ce type de milieu qui apparaît, malgré des sources importantes, comme un puits net de méthane.

De même, malgré l’existence de formation photochimique d’ozone à partir de précurseurs biogéniques issus de la forêt (NMHCs, NOx–) la forêt du Mayombe reste un puits pour l’ozone troposphérique. Ce puits se situe principalement dans les strates supérieures de la végétation et l’ozone ne pénètre que fort peu sur le couvert forestier.

Les ions minéraux (Na+, K+, NH4+, Ca2+, NO3+, Cl, SO42) et organiques (HCOO, CH3COO) des eaux de pluies et de brouillards récoltées à Dimonika ont été analysées. Pendant près de deux ans. Le caractère acide des précipitations avec un pH moyen de 4,74 a été mis en évidence ; cette acidité est d’autant plus forte que les pluies ont un caractère stratiforme (pH = 4,58). L’acidité moyenne provient d’un mélange d’acides minéraux (pour 64 % dont 42 % de HNO,) et d’acides organiques (pour 36 %). La forte contribution de l’acide nitrique peut être attribuée à l’émission en toute saison de grandes quantités d’azote par les feux de végétation. Le contenu organique (HCOO, CH3COO), plus élevé dans les brouillards que dans les pluies stratiformes est en grande partie d’origine locale et due à l’écosystème forestier responsable du contenu en formate et acétate. L’ensemble des observations montre qu’il y a un couplage avec échange d’air entre les alizés vecteurs des affluents des feux de savane et la couche de mousson. Il est permanent et modifie considérablement la chimie des précipitations et la photochimie atmosphérique “naturelle” de la zone forestière du Mayombe.

b)     L’origine et l’évolution des savanes intra-mayombiennes

Les études sur l’origine et l’évolution des savanes ont été menées par plusieurs auteurs. Examinant les apports de la pédologie et de la biochimie isotopique (14C et 13C) SCHWARTZ et al. ont montré que ses savanes sont soumises à une forte érosion, elles trouent le massif forestier du Mayombe. Les datations par le 14C et la mesure de la composition isotopique en 13C de matière organique de paléosols permettent d’établir que ces savanes datent d’au moins 1 500 ans et qu’elles n’ont pas succédé à la forêt mais à des formes plus boisées de savane, dont elles constituent sans doute un faciès de dégradation anthropique. Par contre, les formes plus boisées primitives apparaissent comme des reliques paléoclimatiques, le climax de la région étant indubitablement resté forestier pendant les trois derniers millénaires.

Examinant les apports de la botanique forestière, DE FORESTA estime que les observations concernant l’impact des activités humaines traditionnelles sur la végétation forestière dans le cadre du climat humide actuel et les données paléoclimatiques permettent de faire remonter l’existence des savanes à il y a pratiquement 12 000 ans et à rejeter l’hypothèse d’une origine anthropique des savanes incluses.

L’étude de la végétation forestière et de sa dynamique autour de ces savanes dans la région de Makaba appuie par contre fortement l’hypothèse d’une origine paléoclimatique. Deux faits botaniques sont cités :

  1. La forêt progresse encore actuellement sur la savane, et ce malgré les feux qui parcourent assez régulièrement cette dernière ( FIGURE 1). Dans la région de Makaba l’une des preuves les plus flagrantes de cette progression réside dans la présence en lisière d’une frange d’Aucoumea klaineana espèce pionnière de la colonisation des savanes.
FIGURE 1 : Les savanes du secteur de Makaba

FIGURE 1 : Les savanes du secteur de Makaba

  1. La forêt qui progresse sur la savane est une formation tout à fait particulière, bien différente de la forêt dense, dans la région de Makaba, cette “forêt clairsemée à Marantaceae” occupe de grandes surfaces centrées autour des savanes incluses, ce qui a amené à considérer cette formation comme un marqueur de l’extension passée des savanes.

c)      La biologie et le rôle des termites dans les processus d’humification des sols

L’étude a été faite par GARNIER-SILLAM et a porté sur le métabolisme de quatre espèces de termites à régime alimentaire différents (Thoracotermes macrothorax, Macrotermes miilleri, Nasutitermes lujae et Sphaerothermes sphaerothorax), elle a permis de montrer que la matière organique végétale, subit une succession de décomposition et de synthèse c’est-à-dire une humification sous l’action mécanique et enzymatique du termite et sa microflore symbiotique associée. Ces transformations aboutissent à différentes fractions humifiées (acides mlviques, acides humiques et humines) et chez les espèces, qui par leur comportement de construction ou de nutrition ingèrent simultanément des particules minérales, à l’apparition de micro-agrégats, premiers maillons dans la formation d’une structure et donc d’un sol (Cf. FIGURE 2).

FIGURE 2 : Caractéristiques des horizons humifères influences par les termites

FIGURE 2 : Caractéristiques des horizons humifères influences par les termites

La composition et le devenir des déjections induisent l’orientation des processus d’humification des sols ter-mités : ainsi, l’espèce humivore, par son action biologique -afEouillement et incorporation des fèces dans ses constructions, améliore la porosité, la perméabilité et la stabilité structurale de son aire trophoporique ; l’espèce champignonniste, enrichit les horizons de surface en argile et en cations par la remontée des matériaux profonds, mais l’appauvrit en matière organique par ses prélèvements intensifs dans la litière et l’action synergique dégradative de sa flore symbiotique (champignons puis bactéries) et de ses propres enzymes. Localement l’horizon humifère est déstabilisé.

d)     L’étude des osidases digestives de plusieurs espèces de termites

Réalisée par ROULAND l’étude montre les osidases digestives présentes dans l’intestin moyen et dans l’intestin postérieur de six espèces de termites : Macrotermes miilleri (champignonniste), Sphaerotermes sphaerthorax, Nasutitermes arborum, Microcerotermes .parvus (xylophages), ntoracotermes macrothorax, Cubitermes sp. (humivores) a été entreprise afin d’une part de préciser le mode de nutrition de ces termites et leur impact sur les différents substrats végétaux et, d’autre part, de comparer les rôles respectifs du termite et des micro-organismes symbiotiques dans la dégradation de la matière végétale.

Par leur pauvreté en osidases digestives, les deux espèces humivores se différencient nettement des autres espèces étudiées. Les trois espèces xylophages et surtout l’espèce champignonniste dégradent fortement la plupart des substrats végétaux testés, en particulier la celhrlose et les hémicelluloses. Chez Microcero-termes parvus et Sphaerotermes sphaerothorax, la microflore symbiotique intestinale semble responsable de la majeure partie des hydrolyques de polysaccharides végétaux alors que pour Nasutitermes arborum, elle est due à la présence d’enzymes produites par le termite.

A partir du tube digestif des ouvriers de Macrotermes miilleri ont été purifiées une endocellulase, une exocellulase, une ß-glucosidase et -une endoxylanase. L’exocellulase et la ß-glucocidase sont produites par les glandes salivaires du termite, l’endocellulase et l’endoxylanase sont synthétisées et secrétées par son champignon symbiotique Termitomyces sp. qui produit, par ailleurs, une R-glucocidase intracellulaire. Dans le tractus digestif de l’ouvrier de Macrotermes miilleri coexistent donc des enzymes d’origine différente. La symbiose entre ces deux organismes peut être résumée de la manière suivante : l’exocellulase et la ß-glucosidase produites par le termite bien que capables d’hydrolyser la cellulose, semblent n’avoir pas un rendement suffisant pour maintenir les termites en équilibre nutritionnel. Le termite, en consommant la meule, ingère des fragments de cellulose et d’hémicelluloses ainsi que des enzymes. La dégradation de ces substrats végétaux s’achèvera dans le tractus digestif du termite grâce à l’action conjointe des glycosidases fongiques et tissulaires.

e)     La faune ichtyologique

Les travaux de MAMONEKENE et TEUGELS ont montré que l’ichtyofaune de la région est caractéristique de la province zoogéographique basse-guinéenne au sens de ROBERTS (1975) avec en plus, des éléments de la province zaïroise comme : Labeo lukulae, Amphilius Zamani, Epiplatys multifasciatus, Aethiomastacembelus marchei, Marcusenius morii et Bryconaethiops microstoma (Cf. ENCADRE 1).

ENCADRE 1 : Liste systématique des poissons de la Réserve de la biosphère de Dimonika

ENCADRE 1 : Liste systématique des poissons de la Réserve de la biosphère de Dimonika

Richesse spécifique

A l’état actuel des connaissances, quelques espèces peuvent être considérées comme endémiques à cette région : Nannopetersius lamberti, Chilochromis duponti. D’autres espèces à plus large distribution sont présentes dans ce milieu, c’est le cas de Malapterurus electricus, Hepsetus odoe, Brienomyrus brachyistius, Chrysichthys auratus et Hemichromis elongatus.

Une espèce nouvelle pour la science a été décrite, il s’agit de Barbus diamouanganai (Cf. TEUGELS & MAMONEKENE), une autre du genre Limbochromis est en cours de description.

Certaines espèces présentes dans la Réserve n’ont pu être capturées dans le bas-Kouilou voisin malgré un inventaire très poussé de TEUGELS et al. (1991), ce sont par exemple : Brienomyrus brachyistius, Bryconaethiops microstoma, Brycinus schoutedeni, Nannopetersius lamberti, Distichodus hypostomatus, Barbus diamouanganai, B. martorelli, B. brichardi, Chiloglanis cameronensis, Synodontis batesii et Aethiomastacembelus marchei. Leur présence dans les eaux de la Réserve reflète le caractère particulier de ce milieu.

Zonage des cours d’eau

Lorsqu’on exclut le zonage imposé par les accidents géomorphologiques comme les chutes, on peut distinguer un cours supérieur et un cours moyen et inférieur au sein des cours d’eau de la Réserve. Les peuplements de ces zones sont assez distincts.

Le cours supérieur comprend des groupes dont les représentants sont de petite taille, c’est le cas du genre Amphilius, les Barbus du groupe 1 (B. trispilomimus, B. camptacanthus, B. martorelli), des Cyprinodontidae (Aphyosemion escherichi, Plataplochilus cabindae, Epiplatys multifasciatus) des petits Cichlidae (Chromidotilapia kingsleyae) et des Clariidae.

Les cours moyen et inférieur renferment le reste des groupes, y compris certaines espèces présentes dans le cours supérieur.

Il faut ajouter à ces zones les radiers, présents aussi bien dans le cours supérieur que dans les cours moyen et inférieur. Ces biotopes sont très représentés dans les eaux du Mayombe et renferment une faune torrenticole dont les représentants au sein de la Réserve sont des Amphiliidae (Amphilius, Doumea, Phractura), les Mochokidae (Chiloglanis) et les Cyprinidae (Garra).

Conclusion

Plus de 50 espèces ont été recensées dans les eaux de la Réserve et mises en collection au Laboratoire d’Hydrobiologie de Dimonika.

Les cours d’eau appartenant au bassin de la Loemé sont à Cyprinidae dominant alors que ceux du bassin du Kouilou sont à Cyprinidae et Characidae dominant. Ces deux bassins, au sein de la Réserve ont en commun 24 espèces, les autres espèces rencontrées habitent les eaux du bassin du Kouilou. La famille la plus représentée est celle des Cyprinidae suivie de celle des Characidae (Cf. GRAPHIQUE). Quant aux genres, on trouve en tête les Barbus puis viennent les Brycinus, les Labeo. Les Amphiliidae sont très présents car c’est un groupe de poissons rhéophiles bien adapté aux eaux très torrentueuses du Mayombe.

GRAPHIQUE 5 : Spectre des familles dans les bassins de la Loémé et du Kouilou

GRAPHIQUE 5 : Spectre des familles dans les bassins de la Loémé et du Kouilou

Après le travail de DAGET et STAUCH (1968), celui-ci vient de contribuer à la connaissance de l’ichtyofaune du bassin de la Loemé et avec l’étude de TEUGELS et al. (1991) les connaissances ont été enrichies pour le bassin du Kouilou qui est une région assez particulière, caractérisée par la forêt et la montagne.

Il est difficile de recenser toutes les espèces de la Réserve de la biosphère tant il est complexe de travailler dans les eaux du Mayombe du fait de la quasi inaccessibilité de plusieurs de ses cours d’eau.

Il existerait ainsi des espèces que nous n’avons pas étudiées et que signalent seulement les habitants des villages de la région ou dont nous ne disposons pas d’exemplaires exploitables, c’est le cas de Barbus cf. progenys capturé dans la Loubomo vers le confluent avec la Mpoulou. Néanmoins, les observations faites dans la Réserve montrent que la diversité spécifique est importante malgré la nature du milieu qui pourrait augurer d’un petit nombre d’espèces sténoèces très adaptées.

f)       La grande faune

L’inventaire de la faune mammalienne de la Réserve de la biosphère de Dimonika a été amorcée par FEER qui estime qu’il y a environ 53 espèces de mammifères dans la Réserve (Cf. ENCADRE 2), cela représente 62 % du nombre de grandes espèces recensées sur l’ensemble du pays (Cf. DOWSETT et al.).

ENCADRE 2 : Liste systématique des mammifères de la Réserve de la Biosphère de Dimonika

ENCADRE 2 : Liste systématique des mammifères de la Réserve de la Biosphère de Dimonika

Il manque quelques espèces qui sont limitées aux forêts du nord du pays il s’agit notamment de : Boocercus euryceros, Hylochoerus meinertzhageni, Orycteropus, Cercocebus galeritus, Cercopithecus neglectus, Colobus guereza et Colobus pennanti. D’autres ne trouvent pas de biotope favorable dans le Mayombe ce qui semble le cas de Hippopotamus amphibius et Myopithecus talopoin.

g)     Réhabilitation des zones dégradées

Le Mayombe est généralement considéré comme l’écosystème forestier le plus dégradé du Congo. Au niveau de la Réserve de la biosphère de Dimonika des superficies importantes sont de nos jours atteintes. Il est donc apparu nécessaire d’amorcer des études sur la réhabilitation de ces zones. Cette réhabilitation se fait essentiellement dans deux directions : reboisement des terrains dénudés par suite d’une surexploitation forestière et valorisation de certaines jachères à Chromolaena odorata et Pteridium aquilinum par la mise en place des arbres fruitiers.

En matière de reboisement, l’étude de certaines espèces ayant une valeur commerciale importante et dont la fréquence à l’intérieur de la Réserve est devenue faible a été amorcé. Il s’agit notamment : BURSERACEAE (Okoumea klaineane, Dacryodes pubescens) ; CESALPINIACEAE (Oxystigma oxyphyllum) ; COMBRETACEAE (Terminalia superba) ; FABACEAE (Pterocarpus soyauxii) ; MELIACEAE (Entandrophragma cylindricum, Entandrophragma utile) ; MORACEAE (Chlorophora excelsa) ; MYRISTICACEAE (Pycnanthus angolensis, Staudtia stipitata) ; RUBIACEAE (Nauclea diderrichii) et SAPOTACEAE (Baillonella toxisperma, Tieghemella africana, Gambeya afiicana, Gambeya lacourtiana).

Toutes espèces confondues, 8466 plants sont en ce moment disponibles en pépinière et seront mis en place progressivement. Dans le cadre d’une meilleure connaissance des ressources phytogénétiques de la Réserve, la rédaction d’un prodrome des principales plantes du Mayombe a été amorcé.

En ce qui concerne la valorisation des jachères, le safoutier (Dacryodes edulis) a été retenu par les populations riveraines. La multiplication des plants a été faite par la technique du marcottage aérien. Trois vergers à marcottes dune superficie moyenne d’un hectare chacun ont été mis en place à Dimonika, Les Saras et Manzi à partir des pieds-mères jugés particulièrement performants. Ces vergers constituent pour les populations riveraines et les scientifiques congolais des parcelles de démonstration de nouvelles techniques culturales et des banques de ressources génétiques in situ pour l’espèce Dacryodes edulis.

h)     Perception par les populations du Mayombe de la Réserve de la biosphère de Dimonika

Les études menées ont révélé que pour les populations du Mayombe, la Réserve est vue comme un élément perturbateur d’une vie certes rude dans un milieu habité depuis toujours par des générations qui se sont toutefois adaptées. Un conflit d’intérêt semble être né à partir des interprétations qu’auraient pu donner les paysans aux déclarations des autorités concernant les perspectives du développement régional. Bien que la forêt soit considérée comme une ressource inépuisable, il n’y a pas un attachement particulier aux terres et aux activités pénibles de chasse et de culture. Cependant, il n’apparaît aucune rigidité dans le comportement des individus, malgré un attachement quasi viscérale à la technique de culture sur brûlis, l’idée d’introduire des techniques nouvelles suscite néanmoins beaucoup d’intérêt. Certains, les jeunes notamment, n’attendent que des emplois plus rémunérateurs qu’il faudrait créer.

2-    Les opérations de surveillance

En matière de surveillance il a été réalisé les opérations suivantes : collecte des données climatologiques au niveau des Stations des Saras et Dimonika (Cf. PHOTO 3) ; matérialisation des limites extérieures et zonage de la Réserve ; élaboration d’une carte de base à l’échelle 1/100 000 ; installation des panneaux de signalisation le long des layons et de la route Nationale no 1 ; construction de deux cases de garde à Dimonika et aux Saras et affectation de deux ingénieurs des Eaux et Forêts en qualité de chefs de poste et suppression de tous les permis d’exploitation forestière.

PHOTO 3 : Vue de la station climatologique de Dimonika

PHOTO 3 : Vue de la station climatologique de Dimonika

Malheureusement jusqu’à ce jour il n’a pas été possible de recruter des agents de garde, la surveillance de la Réserve demeure peu efficiente et la pression des braconniers reste très forte.

 V- IDENTIFICATION DES PROBLÈMES CLÉS

Au regard de la situation qui prévaut dans la Réserve de la biosphère de Dimonika, les problèmes clés susceptibles de constituer des points de concentration de la coopération internationale sont les suivants :

  • une meilleure connaissance de la biodiversité et des menaces auxquelles elle est confrontée ;
  • recherche sur les systèmes agricoles traditionnels ;
  • réhabilitation des zones dégradées ;
  • conception, essai et évaluation des solutions susceptibles de remplacer l’agriculture itinérante ;
  • recherche sur les activités alternatives visant l’amélioration des conditions de vie des populations et garantissant une meilleure gestion de l’écosystème ;
  • formation des chercheurs, des techniciens et des responsables de l’aménagement et de la gestion des aires protégées ;
  • échange des chercheurs entre des Réserves de la biosphère ;
  • formation et sensibilisation des populations riveraines ;
  • recherche de solutions aux problèmes posés par la dévastation des cultures par la faune sauvage dans les zones tampons et de transition et
  • appui en équipement minimum des centres de santé et des écoles des villages riverains.

VI- NOTE SUR LE FONCTIONNEMENT OPÉRATIONNEL DE LA RÉSERVE

Conscient de l’impérieuse nécessité de planifier sur une base scientifique solide le développement du Mayombe considéré comme l’écosystème forestier congolais le plus dégradé, le gouvernement congolais a sollicité l’assistance du PNUD et de WNESCO pour matérialiser ces préoccupations.

En 1984, une mission pluridisciplinaire composée de géographes, de forestiers et d’un sociologue a étudié le problème de la délimitation des différentes zones de la Réserve de la biosphère de Dimonika. En 1985, le Projet de développement régional du Mayombe est programmé et planifié lors d’une réunion tenue à Brazzaville et au cours de laquelle ~‘UNESCO et le PNUD ont solennellement annoncé qu’ils apporteraient leur appui au Projet ; l’accord entre le Congo et l‘UNESCO est signé et le document du projet est par ailleurs adopté par le PNUD, ~‘UNESCO et le gouvernement. L’année 1987 est l’année de plein fonctionnement de la première phase : de nombreuses recherches de terrain sont menées parallèlement à quelques travaux de réfection de la Station de Recherches Bioécologiques Forestières de Dimonika (STARDI), siège de la Réserve. Le décret créant la Réserve de la biosphère de Dimonika est signé par le Président de la République et publié le 1er mars 1988, quelques jours après le Bureau du Comité International de Coordination du W de l‘UNESCO intègre cette Réserve dans le réseau international des Réserves de la biosphère. Depuis mars 1988, de nombreuses actions, récapitulées dans les ENCADRES 3 et 4, ont été menées pour la rendre plus fonctionnelle.

ENCADRE 3 : Action dans l’amélioration des domaines de la conservation, de la gestion et du développement

ENCADRE 3 : Action dans l’amélioration des domaines de la conservation, de la gestion et du développement

En matière de coopération, il convient de retenir :

  1. Sur le plan national, des efforts sont faits pour établir des liens solides entre les différents groupes d’intervenants et ce par l’intermédiaire de deux organes : le Comité de Développement du Mayombe et le Comité Scientifique.
  • Le Comité de développement est un organe local de concertation qui comprend un représentant de l’autorité de la Sous-préfecture, des délégués des populations riveraines, le Directeur du projet et à titre occasionnel toute personne dont la présence est jugée utile. Le Comité de développement du Mayombe identifie les problèmes liés à la mise en oeuvre du projet et propose des solutions pour les résoudre.
  • Le Comité scientifique est présidé par le Directeur Général de la Recherche Scientifique et Technique et regroupe les chercheurs travaillant sur le Mayombe, les représentants des ministères techniques suivants : Plan, Economie et Finances, Agriculture Eaux et Forêts et Environnement, ainsi que les Directeurs des organismes de recherche intéressés par les travaux de recherche menés au Mayombe. Le Comité scientifique coordonne et évalue les activités de recherche, de conservation et de développement entreprises dans le Mayombe ( PHOTO 4).

2. Sur le plan international la Réserve entretient, à travers la Direction nationale du Projet Mayombe de fructueux rapports de coopération avec la Division des Sciences Écologiques de l‘UNESCO, le Musée Royal d’Afrique Centrale de Tervuren (Belgique), le Laboratoire de Biologie des Populations de l’Université de Paris-Val de Marne (France).

ENCADRE 4 : Principales connaissances acquises dans diverses disciplines scientifigues

ENCADRE 4 : Principales connaissances acquises dans diverses disciplines scientifigues

 

CONCLUSION GÉNÉRALE

Au stade actuel du fonctionnement de la Réserve, des efforts sont faits pour que celle-ci puisse remplir plus ou moins bien les fonctions essentielles d’une Réserve de la biosphère, mais force est de constater que l’adhésion et la participation des populations sont timides et ce par le fait que plusieurs problèmes relatifs à l’amélioration des conditions de vie ne sont pas résolus.

Pour garantir la conservation de l’écosystème forestier du Mayombe, il est impérieux que des solutions soient trouvées aux principaux problèmes énumérés au point V. Aussi, un appel vibrant est-il lancé au gouvernement congolais, à la communauté internationale en  général et au Programme de coopération Sud-Sud pour un développement socio-économique respectueux de I’environnement dans les Tropiques humides pour que des appuis financiers, matériels et humains soient apportés à la Réserve de la biosphère de Dimonika afin qu’elle puisse véritablement jouer sont rôle de Réserve pilote.

PHOTO 4 : 4ème- Réunion du Comité scientifique du Projet Mayombe

PHOTO 4 : 4ème- Réunion du Comité scientifique du Projet Mayombe

 

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RESUME

La Réserve de la Biosphère de Dimonika est localisée dans la forêt du Mayombe. Le Mayombe est une forêt ombrophile guinéo-congolaise de type relativement sec. La Réserve de la biosphère de Dimonika est comprise entre les latitudes 3’3’ et 4”26’ sud et les longitudes 11” 30’ et 13” 12’ est. Elle couvre une superficie de 136 000 hectares. La Réserve de la biosphère de Dimonika est actuellement placée sous la tutelle du Ministère de la science et de la technologie, mais sa gestion courante va être cédée dans les prochains mois au Ministère des eaux et forêts. En matière de conservation, tous les permis d’exploitation ont été supprimés, mais le braconnage reste assez actif Aussi, les aspects de conservation et de surveillance devraient être renforcés dans les mois à venir grâce à un financement du Fonds mondial sur l’environnement. Des recherches ont été menées sur : les échanges forêt-atmosphère ; la faune mammalienne et ichtyologique ; la biologie et le rôle des termites dans les processus d’humification des sols ; la flore et la perception de la Réserve par la population locale. L’approfondissement des connaissances sur la diversité biologique, l’amélioration de la fertilité des sols des zones tampons, la réhabilitation des terrains dégradés restent les problèmes préoccupants sur lesquels la coopération internationale pourrait se mobiliser. Grâce à ses infrastructures, la Réserve de la biosphère de Dimonika a accueilli et peut encore accueillir des ateliers de formation dans les domaines de la gestion et de la conservation des ressources naturelles.

Jean DIAMOUANGANA est Directeur du Projet Mayombe (Congo).