L’affaire Tintin

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La deuxième aventure de Tintin, Les Aventures de Tintin, reporter du « Petit Vingtième », au Congo  est parue en prépublication du 5 juin 1930 au 18 juin 1931 dans un supplément du journal bruxellois Le Vingtième Siècle, dirigé par le père Norbert Wallez.

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Georges Remi — qui signe son travail sous le pseudonyme Hergé— y est, depuis 1925 employé comme reporter-photographe, cependant c’est surtout grâce à ses talents graphiques qu’il se fait remarquer.

Fin 1928, Wallez lui confie la responsabilité d’un supplément destiné à la jeunesse, Le Petit Vingtième Hergé y publiera deux séries de bande dessinée : Tintin et Quick et Flupke.

Léon Degrelle, fasciste notoire et journaliste dans le même organe de presse, influence sans doute Hergé lorsqu’il rédige la première aventure de Tintin, Tintin au pays des soviets, qui démontre un anticommunisme primaire.

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En 1930 commence la parution des aventures congolaises de Tintin. L’histoire est bourrée de poncifs et de clichés paternalistes et racistes envers les noirs que la religion du blanc vient extraire de la sauvagerie.

Le noir n'est pas très malin et parle "p'tit nèg"

Le noir n’est pas très malin et parle « p’tit nèg »

D'ailleurs les chiens s'expriment en français bien mieux que les indigènes.

D’ailleurs les chiens s’expriment en français bien mieux que les indigènes.

Le nègre est comme on s'imagine les nègres en Europe en 1930 et qu'on en a jamais vraiment vu. Le nègre est noir, il a d'énormes lèvres roses , des yeux bien blancs et tout ronds, des dents impeccables, un sourire béat et est atteint d'un énorme syndrome de Stockholm qui lui fait adorer le colon.

Le nègre est comme on s’imagine les nègres en Europe en 1930 et qu’on en a jamais vraiment vu. Le nègre est noir, il a d’énormes lèvres roses , des yeux bien blancs et tout ronds, des dents impeccables, un sourire béat et est atteint d’un énorme syndrome de Stockholm qui lui fait adorer le colon.

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Tintin est un chef, il utilise le moyen de transport des chefs (1930)

Tipoye modèle salon de 1946 (quatre porteurs en ligne, double arbre à cames sur têtes)

Tipoye modèle salon de 1946 (quatre porteurs en ligne, double arbre à cames sur têtes)

 

Le paternalisme dans toute sa splendeur

Le paternalisme dans toute sa splendeur

Tintin fait preuve d’un total mépris envers la biodiversité : il donne entre autres des coups de pieds à un léopard affaibli, fait exploser un rhinocéros à la dynamite, tue et dépèce un singe et un serpent, assomme un buffle, chasse un éléphant pour en prélever ses défenses et réalise une hécatombe de gazelles.

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Tintin viandard

Tintin viandard

Tintin chasse à la dynamite

Tintin chasse à la dynamite

Tintin trafiquant d'ivoire

Tintin trafiquant d’ivoire

Hergé redessina et mit en couleurs l’aventure pour la reprise de l’album en 1946, sans pour autant atténuer le caractère colonial et raciste de l’album.

 Hergé affirma plus tard que lors de la création de Tintin au Congo, tout comme pour Tintin au pays des Soviets, il vivait dans un milieu plein de préjugés. C’est d’ailleurs la particularité de Tintin au Congo : l’album, bien loin des prises de positions anti-colonialistes qui apparaissent dans l’œuvre d’Hergé dès le Lotus bleu, est rempli de stéréotypes typiques de la vision qu’avaient de l’Afrique les Européens à cette époque.

« Pour le Congo tout comme pour Tintin au pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu dans lequel je vivais…C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : « Les nègres sont de grands enfants,heureusement que nous sommes là ! », etc. Et je les ai dessinés, ces africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque en Belgique. »

Hergé défendait son ouvrage en disant que ses personnages étaient « des noirs de fantaisie », et citait dans ce sens un article élogieux publié par la revue Zaïre,l’hebdomadaire de l’Afrique centrale en 1969, selon lequel « si certaines images caricaturales du peuple congolais données par Tintin au Congo font sourire les Blancs, elles font rire franchement les Congolais, parce que les Congolais y trouvent matière à se moquer de l’homme blanc qui les voyait comme cela ».

On y trouvera de nos jours une caricature de la vision simpliste qu’avaient de l’Afrique et des africains les occidentaux, laquelle contient sa propre condamnation. Au titre de témoignage, cet ouvrage a le mérite d’exister.

Quant à Hergé et Tintin, ce sera leur seule aventure en Afrique subsaharienne. Ils mûriront ensemble allant vers la tolérance et le don de soi avec, en 1960, comme apothéose un voyage au Tibet pour sauver Tchang l’ami chinois de Tintin rencontré en 1936 dans le Lotus Bleu, mais c’est une toute autre histoire…

Ya Sanza (avec l’aide de Wikipédia)