L’architecture pré-indépendance à Brazzaville – Jean-Yves Normand (1917)

Jean Yves Normand est né en 1917 à Paris et fut formé à l’Ecole des Beaux Arts avant de recevoir le Grand Prix de Rome. Il partit à Brazzaville en 1947, sous contrat avec le ministère des colonies afin de réaliser le plan d’urbanisme de la ville. Là, il rencontra Roger Erell avec qui il conçu de nombreux édifices.

Son plan directeur à l’époque fut assez suivi conservant assez bien la délimitation des zones. Sa volonté était de bien séparer les commerces, des industries et des habitats, tout en imposant quelques grands axes comme l’Avenue Foch.

Il conçut l’Hôtel de ville pour le maire de l’époque, l’abbé Fulbert Youlou et imposa les arcades de l’Avenue Foch, afin de permettre la circulation des passants à l’abri de la pluie. On retiendra parmi ces réalisations le Palais de Justice, le Stade Massamba Débat, l’église Notre Dame du Rosaire, l’église Saint Pierre Claver, et bien d’autres encore. Il réalisa aussi une maquette d’aménagement de la corniche mais le projet ne vit jamais le jour.

Hôtel de ville

La première mairie – © Auteur inconnu – Date inconnue – Source inconnue

En 1912, la première mairie de Brazzaville est inaugurée, un an après la création de la commune de Brazzaville sur le site où Savorgnan de Brazza hissa pour la première fois le drapeau tricolore. Malgré la création de bureaux en 1949 au sein de la véranda, le bâtiment devint trop étroit pour les fonctions de la Mairie.
En 1952, la mairie lance un concours pour la construction d’un nouvel Hôtel de Ville. Ce dernier est remporté par le duo d’architectes Jean Yves Normand et Roger Erellmais le gouverneur général Paul Chauvet refuse ce projet. En 1958, Jean Yves Normand propose un second projet lui aussi refusé.
En 1960, lors de l’Indépendance, un projet définitif ressemblant au pré-projet de 1952 est approuvé et réalisé trois ans plus tard.
Une série de volumes emboités, orientés selon les vents dominants séparent les circulations et les fonctions de réception, d’accueil et de travail en bureaux. Les espaces intérieurs sont auto-ventilés, bénéficiant de brise-soleil verticaux et horizontaux.
Le quadrillage des lames de béton forme écran et protège les bureaux de la réverbération.
La structure à portiques du premier plan, avec son large balcon ouvert accessible par un escalier extérieur reprend l’image traditionnelle de l’Hôtel de ville et accroit la monumentalité de l’édifice.
La façade en béton a été revêtue d’un placage de marbre en 1988.  (Bernard Toulier, Brazzaville la Verte, Images du Patrimoine no 62, Paris, 1996)

Arcades Foch

L’Avenue Foch, une des plus vieilles artères de la ville, déjà tracée en 1892 pour relier le fleuve à la Mission catholique, voit les architectes Erell et Normand s’associer de 1949 à 1955 pour réaliser ces arcades.
Les commerces sont placés en rez-de-chaussée protégés ainsi des pluies équatoriales.
Des logements, dont quelques appartements luxueux sur les terrasses supérieurs, occupent les étages.
L’ensemble contribue ainsi à densifier le centre ville alors peu urbanisé.

Palais de Justice

Le premier Palais de Justice – Auteur inconnu – Date inconnue – Source inconnue

Un premier Palais de Justice construit en 1910 se trouvait proche de l’Institut Pasteur dans le quartier du Plateau. Le bâtiment devint vite trop exigu pour accueillir les activités du Tribunal et de la Cour d’Appel et fut détruit en 1982 à la suite des travaux d’extension de l’Institut Pasteur.
En 1957, un second Palais de Justice est construit à proximité de la maison d’arrêt à l’emplacement de l’ancien camp de la Milice et du village sénégalais Dakar.
La disposition des bâtiments tient compte à la fois des vents dominants et d’une exposition minimum des murs au soleil.
Les portiques créent de larges zones d’ombre autour des salles d’audience du tribunal logé au rez-de-chaussée, et de la cour d’appel située au premier étage. Les bureaux et locaux de travail sont équipés de brise soleil à lames horizontales. (Bernard Toulier, Brazzaville la Verte, Images du Patrimoine no 62, Paris, 1996)

Eglise Notre Dame du Rosaire

© Guillaume Gambaro. 2009

Auteur inconnu – Date inconnue. Collection Privée. B.Toulier

Jean Yves Normand réalisa cette église en 1963. Il s’inspira de la tradition kongo pour réaliser cet ouvrage et notamment pour la façade où il reprend le modèle du Ngongui, un instrument de musique. (Abbé Mesmin)