L’art de la scarification dans le Mayombe

Jeunes filles yombe. Extraordinaire géométrie portée par celle de gauche. (Indatable, aurait certainement encore pu être prise jusqu'aux années 1930 (Origine du cliché G. Nguila)

Jeunes filles yombe. Extraordinaire géométrie portée par celle de gauche. (Indatable, aurait certainement encore pu être prise jusqu’aux années 1930 (Origine du cliché G. Nguila)

 

Autrefois très répandues, les scarifications rituelles furent très mal comprises par les colonisateurs et en particulier par les missionnaires qui firent tout pour éradiquer ces pratiques « païennes ». Pourtant, ils n’y sont jamais parvenus et si, au Congo, elles sont devenues plus discrètes et que leur signification a évolué jusqu’à en faire disparaître dans l’esprit des congolais leur utilité identitaire, il est plus que fréquent de rencontrer des gens, même très jeunes qui portent dans leur peau quelques cicatrices volontaires, désormais liées à des pratiques de médecine traditionnelle. Selon la région, les scarifications étaient très différentes : les hommes Téké sur leur visage, zébré de fines coupure, (on se souvient de ce directeur départemental du BCBTP à Pointe-Noire, hélas trop tôt disparu, qui arborait avec fierté les siennes), les femmes Mayombe sur leur ventre avec de grands dessins le plus souvent en relief.

Yombe

Yombe

 

Autrefois, les populations sans écriture ils avaient bien du mal à s’identifier. Leur corps, proche de la nudité, offrait de larges surfaces sur lesquelles on pouvait identifier un certain nombre de renseignements sur l’individu : son appartenance tribale, son rang social, sa situation familiale et autres, puisque si les marques étaient ineffaçables, on pouvait toujours les compéter.

Dos de femme Yombe

Dos de femme Yombe

Il ne suffisait pas qu’on décrive, encore fallait-il que la pratique fut esthétique, et de vrais artistes se sont exprimés sur ce matériau vivant.

Les critères de la beauté diffèrent terriblement en fonction du lieu où l’on se trouve et si pour les pères blancs, ces cicatrices pouvaient paraître barbares et inhumaines, elles n’en étaient pas moins pour les « indigènes » une part intégrante de leur culture et de leur historique. Les pudiques vêtements qu’ils imposèrent et la pudibonderie qui vint en corollaire fit que les tatouages corporels perdirent à la fois leur sens identitaire et leur intérêt esthétique puisque cachés. (Quoi que, j’ignore ce qui est sous les chemises et chemisiers.)

Femme Mayumbe préparant l'huile de palme

Yombe

Toujours chez les yombe (cliché daté de 1902)

Toujours chez les yombe (cliché daté de 1902)

Il leur resta cependant leurs fonctions mystique et médicinale, ce qui en pays du Mayombe ne se différencie guère. Elles perdurent aujourd’hui dans la discrétion.

Mon ex-épouse Ndassa avait des problèmes de conception. Elle avait consulté sans succès sur Pointe-Noire. Son père, infirmier de formation et surveillant général de l’hôpital général de Dolisie, lui suggéra l’accompagner chez un nganga (sorcier, tradipraticien) réputé à Dimonika. Lorsqu’elle revint, deux ou trois semaines plus tard, je fus surpris de la trouver ceinte de différents fils liés autour de la taille ou des bras, mais aussi portant deux petites incisions en relief au niveau des vertèbres lombaires. ça n’a pas, non plus, amélioré sa fertilité… Mais c’est dire qu’aujourd’hui, la pratique des scarifications perdure même auprès de jeunes gens citadins.

Les pays yombe et vili sont mitoyens, mais on peut constater sur cette jeune fille loango que le travail de tatouage sur son ventre, est bien différent. (Origine du cliché G. Nguila)

Les pays yombe et vili sont mitoyens, mais on peut constater sur cette jeune fille loango que le travail de tatouage sur son ventre, est bien différent. (Origine du cliché G. Nguila)

 

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