Le 20 février 1916, la colonie allemande du Kamerun (Cameroun) capitule

Article posté par monsieur Guy Volckaert sur la page facebook « Les anciens du Congo Belge »

Le 20 février 1916, la colonie allemande du Kamerun (Cameroun) capitule. Lors de la cérémonie au drapeau à Douala, trois pays sont représentés: la France, la Grande-Bretagne et la Belgique. Depuis le traîté franco-allemand de 1911 et l’agrandissement de cette colonie, le pays avait deux débouchés sur le bassin du Congo: Bonga et Zinga. Bonga (Mossaka) est situé aux confluents des rivières Likouala et Sangha. Un peu plus loin, du côté belge, se trouve Lukolela où se trouve la liaison télégraphique entre le Congo Belge et l’AEF (Afrique Equatoriale Française). Zinga se situe à 50 kms au sud de Bangui sur l’Ubangui à la hauteur de Libenge.

Schéma des opérations alliées ayant contraint à la capitulation allemande au Kamerun.

Schéma des opérations alliées ayant contraint à la capitulation allemande au Kamerun.

Le 2 août 1914, la mobilisation générale est déclarée à Brazzaville. En rade de Kinshasa se trouve 4 baleinières allemandes se préparant à partir pour les postes allemands. La Belgique, ne l’oublions pas, est neutre. Le même jour, le « Largeau » des Messageries Fluviales, quitte Brazza avec à son bord un détachement de 25 tirailleurs et 1 sergent. Ils sont chargés de protéger Lukoléla et la ligne télégraphique. Le 3 août ils apprennent que l’Allemagne a déclaré la guerre à la France et à la Russie. Le 4 août c’est la Belgique qui est envahie en dépit de sa neutralité. Le 6 août la Grande-Bretagne, garante de cette neutralité, déclare la guerre à l’Allemagne. Toute l’Afrique est en guerre sauf les colonies espagnoles et portugaises qui sont neutres.

Le 6 août les postes de Bonga et Zinga ont été occupés sans coup férir. Les communications sont libres entre les différents tronçons des colonies alliées. De plus le « Largeau », en patrouillant dans cet enchevêtrement de cours d’eau, d’îles et d’inondations, formé par la rencontre du Congo, de la Mossaka, de la Likouala et de la Sangha, a capturé le « Dongo », un des quatre vapeurs allemands, qui avait réussi à s’échapper de Kinshasa.
Dès lors, Brazzaville n’est plus isolé puisque le Kamerun se trouve entre les colonies du Nigéria, du Congo Belge et de l’AEF. Il n’y a que la colonie espagnole du Rio-Mundi (actuellement Guinée Equatoriale) qui est enclavée dans la colonie allemande.

Les forces françaises de l’AEF se trouvent en septembre et octobre en grande difficulté. Je passerais sur les combats qui ont eu lieu pendant ces deux mois. Le 25 octobre 2014, alors que le général Aymérich (français) se trouve à Mossaka avec son état-major, arrive un vapeur. C’est un bateau de passagers aux couleurs belges, le « Luxembourg » qui navigue sur le Congo et fait les liaisons entre Kinshasa et Stanleyville.

Sur le pont supérieur, des soldats congolais s’alignent en bon ordre. Les clairons sonnent « aux champs », un commandement bref retentit, et les soldats présentent les armes avec une correction impeccable. Puis, un lieutenant franchit la passerelle, se porte rapidement au-devant du général, le salue de l’épée, et l’informe que le « Luxembourg » avec son personnel et son armement ont été mis à la disposition du commandant
des troupes françaises par le Gouverneur Général du Congo Belge.

Ce magnifique bateau avait été armé en guerre dans les ateliers de Léopoldville ; des plaques d’acier d’une épaisseur de cinq millimètres avaient été rivées le long de la coque, une rangée de rails et de traverses métalliques se dressait sur toute la longueur du bastingage ; un canon de 47 millimètres à tir rapide, sur pivot, avec bouclier d’acier, était installé à l’avant ; une pièce de 77 Krupp à bâbord, une mitrailleuse Albini à tribord. Et enfin, une magnifique compagnie de 150 hommes de la Force Publique, triés sur le volet, tous chevronnés et pourvus des insignes des bons tireurs. Le lieutenant Bal, avec sa compagnie entière, apporte 200 soldats aux français.

Le 9 novembre une 2ème compagnie de la FP, sous les ordres du lieutenant Marin se joint à eux. Les accompagne un armurier formé à la FN d’Herstal. Il leur sera très précieux pour les campagnes à venir.

Le 11 février 1915, une troisième compagnie congolaise de la FP (lieutenant Jarissen), et 4 pièces de 47 arrive en renfort ; renfort précieux, en vue des opérations projetées.

Le 20 février 1916, la campagne du Kamerun, contre les forces allemandes se termine. Voilà le message que le général de division Aymérich adressa aux troupes de la FP:
« Je dois rendre justice également aux officiers et gradés européens, et aux soldats congolais de la Force Publique du Congo Belge. Incorporés dans nos colonnes depuis le mois d’octobre 1914, ils ont été à N’Zimou, à Moloundou, à Monso, partageant, avec une solidarité touchante, nos fatigues, nos privations et nos dangers. Jusqu’à la dernière minute, les compagnies Bal, Marin, Weyemberg ont rivalisé de zèle et de courage avec les troupes françaises et anglaises, contre l’ennemi commun.
Avant de me séparer des contingents de la Force Publique Belge, j’ai le devoir d’exprimer combien la collaboration de ces belles troupes nous a été précieuse, et j’adresse, de tout cœur, aux gradés et soldats européens et congolais, le tribut des éloges qu’ils ont mérités par leur bravoure au feu, par l’abnégation dont ils ont fait preuve, pendant toute la durée de cette pénible campagne.
Cette fraternité du champ de bataille, ce sang versé en commun et pour la même cause, aura resserré encore plus les liens d’amitié qui ont toujours uni les deux nations voisines.
C’est pour moi un grand honneur d’avoir eu sous mes ordres, pendant quelque temps, de si vaillantes troupes.

Aymérich.

Le rapatriement des 3 unités était demandé, en effet, par le gouvernement de la colonie pour participer aux opérations prochaines contre l’Est Africain allemand. Les deux premières rentreront par Douala et la mer, la compagnie Weyemberg, beaucoup trop à l’est, rejoindra le Congo belge par Nola et la Sangha, c’est-à-dire par étapes. Les 3 lieutenants seront nommés capitaines par le Gouverneur Général Henrys et par le colonel Marchand, chef de la Force Publique.