Le crépuscule des éléphants

1908 - Brazzaville - Arrivée d'une caravane de porteurs d'ivoire

1908 – Brazzaville – Arrivée d’une caravane de porteurs d’ivoire

L’éléphant d’Afrique est une espèce menacée de disparition. On recense aujourd’hui environ 500.000 éléphants d’Afrique. Leur population générale diminue de façon alarmante, puisqu’en 1979 on l’estimait à 1,3 million contre 5 millions en 1930. Le braconnage lié au commerce de l’ivoire, notamment avec le continent Asiatique et la perte de son habitat sont les causes principales de son déclin. En Tanzanie, ou encore au Mozambique, ce sont la moitié des éléphants qui ont été décimés en l’espace de 5 ans.

Les faits ne sont pas récents, comme on pourra le lire à la lecture d’un article de 1885 paru dans le périodique genevois L’Afrique explorée et civilisée qui a paru entre 1879 et 1894. Il s’inquiétait, déjà, sur l’avenir des pachydermes de l’ensemble du continent.

1912 - Éléphant tué dans la forêt

1912 – Éléphant tué dans la forêt

LE COMMERCE DE L’IVOIRE AFRICAIN

De tous les produits que le continent africain fournit au commerce, le plus recherché est sans contredit l’ivoire : c’est aussi celui qui peut être le plus rémunérateur pour les nouvelles possessions et colonies européennes, à leur début.

Il y avait, au dire de Stanley, l’année dernière, un stock de plus de 3000 défenses à vendre à Stanley-Pool. Le Moniteur des Consulats, du 11 juillet, s’exprimait ainsi : « L’ivoire sera, pour les nouveaux colons, une source considérable de richesse. Il occupe, sur le marché africain, une place tellement grande, que, parmi les productions animales du monde entier, il en est peu qui soient l’objet d’un plus grand commerce et la source de plus gros bénéfices. Si l’on songe qu’une belle défense, rendue à Londres, vaut de 1200 à 1500 fr., que le marché anglais à lui seul en demande annuellement 40 à 50,000, soit pour environ cinquante millions de francs qu’en outre les défenses africaines, pour la ténuité de leur grain et pour leur grosseur, sont plus recherchées que celles de l’Asie, et que d’un autre côté, au rapport de MM. Van Gèle, Coquilhat et Zboïnski, les éléphants sont très nombreux dans le Haut-Congo, on comprendra facilement quelle importance prendra, pour le nouvel État libre, le commerce de l’ivoire, dès la construction du chemin de fer pro¬ jeté, de Vivi à Isanghila et de Manyanga à Léopoldville. »

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Mission des pères du Saint-Esprit – Brazzaville – Une belle chasse

Quelle que soit la quantité d’ivoire que puisse fournir la région du Congo, il en est exporté d’une foule d’autres points des côtes, et il importe d’avoir une vue d’ensemble sur ce sujet, soit quant à la quantité, soit quant aux ports par lesquels se fait l’exportation et à la mesure dans laquelle chacun d’eux en fournit au marché européen. Sous ce rapport, nous avons été heureux de rencontrer, parmi les travaux présentés au Congrès des géographes allemands réunis à Hambourg en avril dernier, un mémoire très complet sur cette question, dû à M. Westendarp, qui, déjà en 1850, avait fait à la Société de géographie de Hambourg une communication sur les éléphants des Indes et de l’Afrique, et sur l’extension du commerce de l’ivoire. L’étude approfondie à laquelle il s’est livré et ses nombreux voyages en Asie et en Afrique, lui permettaient de traiter le sujet avec une autorité incontestée. C’est à ses travaux que nous empruntons les renseignements suivants.

Dépeçage d'un Éléphant en savane

Dépeçage d’un Éléphant en savane

On peut dire que toute l’Afrique centrale, du Sahara à la Colonie du Cap, est encore riche en éléphants, surtout les parties arrosées par les fleuves et baignées par des lacs. Les connaisseurs distinguent facilement deux qualités d’ivoires, l’un tendre, celui de la côte orientale, l’autre dur, qui provient de la côte occidentale. Au point de vue du commerce aussi, les deux côtes ont beaucoup différé jusqu’ici. Connue depuis plus de mille ans par des peuples de demi-civilisation, les Arabes, les Persans, les Hindous, la côte orientale a été exploitée par eux, tandis que la côte occidentale ne l’a été que beaucoup plus tard, et seulement par des nations européennes. C’est ce qui explique que les meilleurs guides nègres pour l’intérieur se rencontrent surtout à l’est ; en effet, depuis des siècles ils sont employés, soit au transport, soit aux recherches, et, dans leurs rapports avec des hommes de races supérieures, ils ont acquis plus de connaissances et de confiance. Aussi M. Westendarp reconnut-il bien vite que l’importance de la côte orientale, quant à l’exportation de l’ivoire, l’emportait de beaucoup sur celle de la côte occidentale. On ignorait ce fait en Europe ; les fortes quantités d’ivoire venant de l’Inde, on croyait que c’était l’Inde qui les produisait, tandis que c’étaient des Banians qui, voyant l’ivoire diminuer dans la péninsule, allaient le chercher à la côte orientale d’Afrique. Favorisés par les moussons du N.-E. et du S.-O., ils pouvaient accomplir leur voyage régulièrement, et en toute sécurité, en quelques mois. Par un examen attentif de certains lots importés de Bombay, M. Westendarp a constaté que la plus grande partie de l’ivoire expédié de ce port à Londres, provient de la côte de Mozambique. On peut, sans avoir visité soi-même le pays, et d’après l’état extérieur et intérieur des dents d’éléphants, dire quels étaient la nature du sol et le climat delà région où vivaient les individus qui les portaient. Il est facile de distinguer celles qui proviennent de la côte orientale de celles que l’on reçoit de la côte occidentale. Quoiqu’il y en ait de qualité intermédiaire, on reconnaît, en règle générale, que celles de cette dernière côte sont plus élégantes, moins massives, plus dures, plus transparentes, tandis que celles de la côte orientale sont de qualité plus tendre, plus blanche et plus opaque. Un bon connaisseur peut même, en examinant des dents bien conservées, indiquer approximativement le degré de longitude et de latitude, sous lequel, au nord ou au sud de l’Equateur, dans la partie orientale ou occidentale du continent, ont vécu les éléphants auxquels elles appartenaient. On admet d’ordinaire que les défenses les plus grosses et les plus lourdes, du poids de 50 kilog. comme on en rencontre souvent à la côte orientale, viennent du nord de l’Equateur; en revanche, au S.-O. de l’Equateur, une défense de 30 kilog. dépasse le poids moyen. Quoiqu’il soit parfois question de défenses du poids de 150 kilog., M. Westendarp n’en a jamais vu d’aussi pesantes ; sur un million de dents environ qu’il a eu à examiner en seize ans, la plus lourde pesait 94 kilog.

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Côte équatoriale française – Congo Français – Région de M’pouia – Plateaux batéké

Le port le plus rapproché de l’Europe, par lequel est exporté l’ivoire africain, est Tripoli. Les éléphants, il est vrai, n’apparaissent plus au nord du 15° : cependant il sort régulièrement, soit par ce port, soit par celui de Bengasi, de grandes quantités d’ivoire venant du pays des Haoussas et du Bornou. Les caravanes qui l’apportent mettent de 4 à 5 mois pour traverser le désert, et la marchandise, transportée à dos de chameaux qui doivent être chaque soir déchargés de leur fardeau, perd environ 30 % de sa valeur. Le transport par le Bénoué et le Niger serait beaucoup plus court, moins coûteux, et n’exposerait pas autant l’ivoire aux avaries. Il importe donc que cette voie fluviale soit adoptée pour l’exportation de l’ivoire de cette région. Tripoli en a exporté, dans les dernières années, en moyenne 18,000 kilog. ; il en est sorti 5000 kilog. par le port de Bengasi ; la valeur totale de la quantité exportée annuellement par ces deux ports a été de 430,000 fr. environ [1].

Caravane du Haut Ogooué de passage à Franceville

Caravane du Haut Ogooué de passage à Franceville

Pendant un certain temps, le Caire a été un marché très important pour l’ivoire. Le gouvernement égyptien s’en était attribué le monopole. Autrefois ce commerce était concentré à Khartoum, dans les mains de quelques Syriens, jusqu’à ce que la maison Westendarp résolut d’y avoir, comme sur d’autres points de l’Afrique, un représentant particulier. Lorsqu’on comprit que celui-ci serait un concurrent sérieux, les Syriens soulevèrent contre lui une opposition si vive, qu’il dut momentanément abandonner la place. Mais bientôt il reprit le chemin de Souakim à Berber et à Khartoum, et finit, malgré les nouveaux embarras qui lui furent suscités, par triompher de la malveillance des trafiquants, qui prétendaient écarter les Européens de ce commerce. L’Egypte reçoit pour l’exportation 83,000 kilog. d’ivoire du Bahr-elGhazal et du Darfour, et, par le Bahr-el-Djebel, 65,000 kilog. des provinces équatoriales, soit un total de 148,000 kilog. représentant une valeur de 2,960,000 fr. par an. Souakim et Massaoua, les deux ports du Soudan et de l’Abyssinie sur la mer Rouge, en exportent 19,000 kilog.

Caravane d'ivoire

Caravane d’ivoire

Le commerce de l’ivoire a beaucoup diminué dans le golfe d’Aden. depuis que M. Westendarp l’explora à ce point de vue, pour la première fois, il y a trente ans. Berbera était le seul port du vaste pays des Somalis : il n’avait d’importance que par un marché annuel qui s’y tenait en automne, et auquel arrivaient des caravanes considérables de l’intérieur et de nombreux navires de l’Arabie et de l’Inde. L’ivoire qui en sortait, ainsi que des petits ports du voisinage, pouvait monter à 7000 kilog. Aujourd’hui, il en vient très peu de l’intérieur.

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1904 – Stock d’ivoire à Oueso (environ 3 000 kilos)

Depuis longtemps les Arabes et les Hindous occupent et exploitent avec profit toutes les places de la côte jusqu’au Zanguebar ; toutefois, aujourd’hui ce trafic serait peu rémunérateur, la zone côtière fournissant peu d’ivoire, et les expéditions dans les territoires des tribus nègres belliqueuses étant très coûteuses. C’est Zanzibar qui, avec l’Egypte, est le plus ancien, en même temps que le plus grand marché africain pour ce commerce, Une douzaine de ports des Etats de Saïd-Bargasch, la plupart peu importants par eux-mêmes, envoient à ce marché environ 196,000 kilog. d’ivoire par an, pour une valeur de cinq millions de francs. M. Westendarp a exploré la plupart de ces ports au point de vue commercial, sans résultats appréciables pour le trafic européen ; les Banians y règnent en maîtres, et la concurrence avec eux est impossible. Les plus importants de ces ports sont Mombas, Pangani, Sadani et Bagamoyo. C’est Pangani qui fournit l’ivoire le plus beau, le plus fin et le plus tendre de la côte orientale ; preuve que l’influence du climat équatorial se fait sentir dans la formation de ce produit. Il faudrait pouvoir établir, dans cette partie du continent, des stations semblables à celles que l’on a fondées à la côte occidentale, mais les frais de création seraient beaucoup plus considérables, parce que, pour atteindre la région où les échanges seraient rémunérateurs, il faudrait les établir très avant dans l’intérieur. On ne pourrait obtenir l’ivoire à un prix modique qu’à l’ouest des grands lacs. Les quantités d’ivoire apportées de l’intérieur à Zanzibar, dans les dix dernières années, ont été sensiblement les mêmes : de 1874 à 1878 elles se sont élevées à 974,000 kilog., de 1879 à 1883, à 983,000 kilog.

1913 - Convoi d'ivoire, traversée d'un marais

1913 – Convoi d’ivoire, traversée d’un marais

Comme c’est à Londres que presque tout l’ivoire de Zanzibar est apporté, il est intéressant d’y suivre la marche des prix pendant les quarante dernières années. Les grosses défenses d’éléphants venues de Zanzibar coûtaient, de 1840 à 1850, 660 fr. les 50 kilog. ; de 1850 à 1860, 900 fr. ; de 1860 à 1870, il n’y eut pas d’augmentation, par suite de grandes guerres ; mais de 1870 à 1880, les prix montèrent de nouveau beaucoup : en 1872 ils atteignaient 1650 fr. ; toutefois ils baissèrent fortement jusqu’en 1879. L’importation en Angleterre a suivi, depuis 1840, la marche ascendante suivante :

De à Kilog.
1840 1850 300.000
1850 1860 500.000
1860 1870 550.000
1870 1880 600.000

Elle a donc doublé en quarante ans, ce qui suppose une destruction d’éléphants double de ce qu’elle était avant 1840.

Arrivée d'une caravane d'ivoire

Arrivée d’une caravane d’ivoire

Quoique Mozambique passe pour exporter de grandes cargaisons d’ivoire, il n’en vient cependant que très peu de l’intérieur de la province portugaise. La plus grande partie sort de Quilimane, où se con¬ centre presque tout le commerce du bassin du Zambèze, du Chiré et du lac Nyassa. Indépendamment de la population nègre, cette ville a 350 habitants contribuables, Hindous et descendants de Portugais de toutes nuances. Le nombre des vrais Européens est très petit. Le commerce de l’ivoire y était autrefois considérable, et se faisait contre avances de marchandises; mais il en est résulté de fortes pertes, beaucoup de cour¬ tiers, envoyés à l’intérieur avec des Quilimane, dont il ne leur est pas permis d’approcher davantage, parce que, en 1877, lors de l’abolition de l’esclavage, ils ont occasionné des troubles. L’arrivée de ces grandes caravanes de l’intérieur attire à Boror, à la rencontre des Matapuirès, tout ce qui porte le nom de marchand ; des huttes sont construites, et chacun se loge comme il peut. Personne ne se hâte; le plus souvent il s’écoule un mois avant que le trafic commence. Alors chaque défense est échangée contre des étoffes, des perles, du fil de laiton, etc. Les principales affaires se font le soir et la nuit, où acheteurs et Matapuirès cherchent à se surpasser les uns les autres en ruse. La quantité exportée par la côte de Mozambique s’élève à 142,000 kilog., pour une valeur de 3,550,000 fr. Il n’en arrive guère en Europe que 30,000 kilog. pour 1,250,000 fr. Ces fortes quantités d’ivoire, qui ne sont que peu inférieures à celles du Soudan Égyptien, et qui dépassent de beaucoup celles des bassins du Congo et du Niger, indiquent que le pays d’où proviennent ces défenses doit avoir une végétation extrêmement riche. M. Westendarp estime que ce vas te territoire, avec tous ses fleuves, ses lacs, ses tribus nègres débonnaires, est, au point de vue de l’ivoire, la partie la plus intéressante de l’Afrique.

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Transport d’ivoire

La colonie du Cap a beaucoup perdu de son importance comme marché d’ivoire; l’abondance de gibier qu’elle possédait autrefois est passée aujourd’hui. C’est du territoire au nord du Limpopo que se faisaient les plus fortes exportations pendant les premières années de l’occupation anglaise. Il y a 70 ans, cette contrée offrait encore aux chasseurs d’éléphants de riches districts de chasse. Lorsqu’il se trouvait un homme capable de diriger une expédition, on faisait à cet effet, et pour le long voyage qu’elle entraînait, de forts chariots à roues, pourvus de tout le nécessaire. Le guide s’engageait pour la moitié du produit de la chasse, et souvent pour deux ou trois ans. Quelques chasseurs d’éléphants ont, de cette manière, gagné beaucoup d’argent, ce qui n’est pas le cas ailleurs. Aujourd’hui les colonies de l’Afrique australe ne fournissent plus que 29,000 kilog. d’ivoire, pour 625,000 fr., tandis que précédemment elles en exportaient 52,000 kilog.

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L’achat d’ivoire

En remontant le long de la côte occidentale, il faut gagner les possessions portugaises, pour rencontrer de nouveau des éléphants. La colonie d’Angra-Pequena n’en a point et n’exporte pas d’ivoire; Mossamédès même, fondé seulement au milieu de ce siècle, n’en fournit que 2000 kilog. En revanche Benguéla, établissement portugais du commencement du XVIIème siècle, en exportait environ 24,000 kilog. Il y a eu cependant une diminution sensible ces dernières années. S’-Paul de Loanda siège de l’administration portugaise, a beaucoup perdu, par le fait de tarifs élevés et de difficultés innombrables. L’ivoire qu’on en exporte ainsi que celui d’Ambriz, appartient indubitablement, par la qualité, au bassin du Congo, tandis que celui de Benguéla vient du Haut-Zambèze ; ce n’est qu’ainsi qu’on peut expliquer la différence très marquée de qualité entre deux ivoires sortant de ports si rapprochés.

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Mission catholique de Brazzaville – un commerçant d’ivoire installé à côté de la mission

Quant au territoire du bassin du Congo, au dire de Stanley, l’ivoire y est si abondant, surtout dans la région de l’Equateur, qu’il n’y a presque point de valeur ; il y a sans doute de l’exagération dans cette assertion, car c’est l’objet d’échange le plus précieux, contre lequel les indigènes de l’intérieur mettent en gage leur bien le plus cher, leurs femmes. A l’est comme à l’ouest, on s’en sert pour payer le tribut, et les natifs eux-mêmes le paient très cher. Stanley a trouvé un temple de cornes de guerre, de massues, de fléaux à battre le grain, de bracelets, en ivoire, comme on eu rencontre encore dans l’Inde. Mais l’Afrique centrale et ses habitants ne peuvent être comparés à l’Inde au point de vue de la civilisation.

Westendarp croit que ce serait une illusion dangereuse de s’imaginer qu’on trouvera, au cœur de l’Afrique, l’ivoire en quantité si considérable que la valeur en deviendrait presque nulle : l’Européen devra le payer partout à proportion de la difficulté des transports à la côte, à moins qu’il n’imite les Arabes, ses prédécesseurs de plusieurs siècles, qui dépouillaient simplement les indigènes de leur ivoire. Il engage donc les commerçants à ne pas entreprendre d’expéditions commerciales dans l’Afrique centrale en vue d’y trouver de l’ivoire en abondance et à bon marché. L’éléphant sauvage disparaît bien vite là où commence la civilisation.

Si l’on compare les quantités d’ivoire reçues du bassin du Congo pendant les cinq années qui précédèrent l’ouverture de ce fleuve par Stanley, et pendant les cinq années qui la suivirent, on voit que de 1875 à 1879, il en est sorti 441,000 kilog., et de 1879 à 1884, 421,000 kilog.

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Pesage de l’ivoire

Les ports du Gabon et ceux du nord, jusqu’au golfe de Cameroon, en livraient 64,000 kilog. pour 1,437,500 fr. C’est du Gabon que vient la belle qualité transparente connue sous le nom d’ivoire vert ; tandis que de Cameroon on n’en exporte qu’une qualité, belle encore sans doute, mais plus grossière, selon qu’elle y est apportée du sud ou du nord. La nuance de ces défenses est brun foncé. On trouve au Cameroon l’éléphant à une altitude de 3000m [2].

1913 - Sculpteurs d'ivoire à Loango

1913 – Sculpteurs d’ivoire à Loango

Depuis un certain nombre d’années la région du Niger est, pour les trafiquants d’ivoire, le pays le plus important de la côte occidentale. Le Niger inférieur et le Bénoué n’ayant pas de cataractes, les navires peu¬ vent les remonter toute l’année et atteindre sans difficulté les marchés d’ivoire de l’intérieur. Avant 1876 ce bassin fournissait à l’exportation 89,000 kilog. de ce produit ; dès lors ce chiffre s’est élevé de beaucoup. La « United-African-Company » a des vapeurs qui font des courses régulières sur les deux fleuves, ce qui contribue beaucoup à cette augmentation.

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Brazzaville – l’école des Beaux Arts – ivoiristes

Tous les ports de la Côte des Esclaves, de la Côte d’Or, de la Côte des Dents, et de la Côte du Poivre, jusqu’à la Sénégambie, étaient encore, dans la première moitié de ce siècle, d’une grande importance pour le commerce de l’ivoire, mais aujourd’hui celui-ci a presque cessé. Il n’en sort plus guère que 14,000 kilog. d’ivoire. La Sénégambie en fournit 5000 kilog.

1908 - Expédition d'ivoire en gare de Kinshasa

1908 – Expédition d’ivoire en gare de Kinshasa

Quant à la qualité, c’est l’ivoire exporté de la limite septentrionale de l’habitat des éléphants, qui est le plus grossier et a le moins de valeur : il en est de même de celui de la limite méridionale, Mossamédès ; preuve nouvelle que la température exerce son influence sur la qualité ; plus on s’éloigne de l’Equateur, plus un district est élevé et sec, moins l’ivoire est fin ; la finesse et la transparence augmentent avec la chaleur et l’humidité.

Le Maroc reçoit chaque année, de Timbouctou, environ 8000 kilog. d’ivoire ; mais il est travaillé dans le pays, sous forme de crosses de fusils, et d’objets de parure, qui se vendent à Fez et dans les autres villes de l’empire.

Les timbres de la colonie font la part belle au commerce de l'ivoire

Les timbres de la colonie font la part belle au commerce de l’ivoire

En résumé, de 1879 à 1883, l’exportation totale de l’ivoire africain a été en moyenne de 840,000 kilog. — 564,000 kilog. de la côte orientale, et 284,000 kilog. de la côte occidentale — pour une somme de dix-neuf à vingt-deux millions de francs. Cela suppose une destruction de 65,000 éléphants par année[3], sans compter ceux qui sont tués pour fournir aux Africains eux-mêmes les objets de parure que l’on rencontre chez eux.

1957 - Oblitération postale promouvant la chasse à l'éléphant

1957 – Oblitération postale promouvant la chasse à l’éléphant

[1] Les indications fournies par M. « Westendarp reposent sur des observations faites surtout dans une sérielle cinq années, de 1879 à 1883.

[2] Johnston l’a rencontré à 4200m au Kilimandjaro.

[3] NDLR : Ce chiffre est à comparer avec l’estimation de 25 000 éléphants tués en 2012 sur l’ensemble du continent.