L’élevage du porc et ses conséquences dans la société beembe (XVIIIe – XIXe siècles) Benjamin KALA-NGOMA

Le porc fait aujourd’hui partie du cheptel des Beembe. Il en est fort estimé pour les bénéfices substantiels qu’il leur rapporte et pour la qualité de sa viande, bien qu’il leur cause nombre de désagréments, en particulier par les dégradations de cultures. Or cet animal, introduit par les Portugais dans le royaume de Koongo au début du XVIIIe siècle, en même temps que certaines plantes d’origine américaine (manioc, maïs, patates, etc.), a singulièrement marqué l’histoire beembe aux XVIIIe et XIXe siècles, et a profondément modifié le genre de vie sur les plateaux beembe. Il nous a paru intéressant de suivre au cours de ces deux siècles la diffusion et les avatars de l’élevage du porc dans la société beembe, qui eut des effets considérables en bien des domaines, avant qu’il ne perde de son importance au XXe siècle.

Ce texte à l’immense avantage de nous démontrer que la tradition n’a rien d’immuable et qu’elle évolue en fonction des circonstances. Les beembés se lancent dans l’élevage porcin au XVIIIe siècle, très vite ils en font la base de leur économie, donc un élément essentiel de leur société. Puis placés devant une situation qui fait qu’un système d’échanges commerciaux différent et plus « universel » est mis en place, ils abandonnent totalement cette tradition au point de l’avoir oubliée.

Une question est à même de se poser : on sait par les témoignages des missionnaires et des « explorateurs » du pays beembé que ceux-ci étaient volontiers anthropophages. L’arrivée du porc dans leurs contrées n’aurait-t-elle pas été encouragée par les missionnaires pour éradiquer le cannibalisme ? (autre « tradition » heureusement perdue).

Lire l’article